Guerre États-Unis–Iran : Quand la puissance militaire américaine atteint ses limites…
Le mardi 7 avril 2026, le président américain Donald Trump a annoncé un cessez-le-feu de deux semaines entre l’Iran et les États-Unis et l’ouverture le vendredi 10 avril de discussions pour la fin du conflit. Cette annonce est intervenue quelques heures avant la menace de destruction de la civilisation iranienne par l’armée américaine pour renvoyer les Iraniens à l’âge de la pierre auquel ils appartiendraient, selon Donald Trump. Cette guerre a été rude de part et d’autre et beaucoup se demandent aux États-Unis si leur président n’y a pas perdu le peu qui restait de sa santé cognitive.
Les pertes de cette guerre sont immenses pour les destructions, les crimes de guerre et les coûts des armes utilisées. À l’annonce du cessez-le-feu, Donald Trump est heureux et les Iraniens sont sortis dans les rues pour célébrer aussi leur victoire. Tout le monde a-t-il gagné la guerre ? Qui est le véritable perdant de la guerre si on ne se fie pas aux apparences ? Quelles sont les conséquences de cette guerre unilatérale pour la puissance américaine ? Car des conséquences il y en a quand la première armée mondiale s’associe à la quinzième, Israël, pour combattre la seizième, l’Iran, et que cela finit autour de la table de négociation sans que l’Iran n’ait accepté de se soumettre à la volonté du « grand Satan et du petit ».
Depuis la guerre du Vietnam, le mythe de l’invincibilité des États-Unis s’est effondré et leurs interventions extérieures ne font que confirmer qu’ils accumulent les armes de toutes sortes, ont les troupes les plus nombreuses, mais ne savent plus gagner les guerres. Leur intervention en Irak, après avoir menti à l’ONU pour avoir son aval, s’est terminée par le chaos qu’ils ont installé. En Afghanistan, les caméras du monde ont montré comment ils ont fui devant les talibans qui prenaient Kaboul. Donald Trump, malgré tout, rêve de victoires militaires pour son pays et sa grandeur, se mesurerait au sang versé des peuples du monde et aux innombrables destructions. C’est pourquoi il s’est lancé dans cette guerre contre l’Iran dont personne ne sait encore le but original.
Les États-Unis ont perdu face à l’Iran
Un moment, il s’agissait de changer de régime et après avoir assassiné bon nombre de dirigeants, les objectifs changeaient, aussi illusoires les uns que les autres, sans que leur volonté s’impose à l’adversaire qui, en pleine guerre, a remplacé son guide suprême éliminé par son fils. La force américaine n’empêche pas l’Iran d’être gouverné par les mollahs et les gardiens de la révolution. Malgré son intensité, elle est incapable de tracer une autre voie dans la gouvernance du pays. Ce que cette guerre nous a montré, c’est que la victoire ne s’obtient pas seulement par l’arsenal militaire que l’on détient. Il faut d’autres capacités intellectuelles, stratégiques et morales pour obtenir la victoire. Les anciens disent que : « Qui connaît son ennemi comme il se connaît, en cent combats ne sera point défait. Qui se connaît mais ne connaît pas l’ennemi sera victorieux une fois sur deux. »
Le président américain et ses conseillers ignorent tout de l’Iran. Et l’Iran a obtenu une victoire stratégique immense en fermant le détroit d’Ormuz, point de passage de 20% des hydrocarbures et des engrais nécessaires au monde. On peut parier que les dirigeants américains n’ont pas imaginé cette option et que les soldats intelligents et courageux qui en ont parlé ont été rabroués et chassés de l’armée. Le prix du pétrole a grimpé dans le monde entier et les bourses américaines ont commencé à chuter. Trump a annoncé la fin de la guerre pour divertir, et a finalement accepté d’aller aux négociations. C’est une défaite américaine, encore une fois, contre plus petit que soi. Comme le dit la sagesse populaire, une armée de fourmis peut triompher d’un serpent venimeux.
On a frôlé une insurrection comparable à celle du cuirassé Potemkine lors de la révolution russe puisque l’équipage d’un porte-avions qui devait rentrer au port pour des révisions et le repos des troupes a refusé d’être mobilisé et est rentré au pays. Cette rébellion n’est pas rien, elle montre la défiance des troupes face à une autorité incompétente. Et les États-Unis viennent d’apprendre une leçon de Mahatma Gandhi qui dit : « La force n’a rien à voir avec les capacités physiques. Elle émane d’une volonté indomptable. » L’Iran a une plus grande force de caractère, ou force mentale, que les responsables du mouvement MAGA au pouvoir aux États-Unis. Il a surmonté les épreuves et trouvé le point faible de son adversaire, ses alliés du Golfe qui ont subi les attaques de drones et de missiles à la place des États-Unis.
Le sol américain ne faisait pas partie du théâtre des opérations, mais celui d’Israël, l’autre belligérant, et les alliés des pays du Golfe qui ne sont pas des belligérants. Ce qui illustre à merveille ce que Henry Kissinger disait à propos de son pays : « Être un ennemi des États-Unis est dangereux, mais être leur ami est fatal ». C’est la triste réalité que vivent le Qatar, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite… Ils paient de n’avoir pas voulu vivre en paix avec leur voisin iranien que les États-Unis ont présenté comme leur ennemi parce qu’ils sont des monarchies. On ne peut effacer de la surface de la terre un pays comme l’Iran, qui n’est pas voisin d’Israël, ou le Liban, qui est son voisin. Il faut discuter, accepter la solution à deux États pour la Palestine. La paix au Moyen-Orient est entre les mains des pays de la région, s’ils refusent les ingérences extérieures et cherchent la paix entre eux. Les puissances étrangères ont intérêt à alimenter la guerre, ne serait-ce que pour vendre leurs armes.
La chute des États-Unis
Dans quelques mois, on s’apercevra que Donald Trump n’est pas un dirigeant avisé et que cette guerre a été lancée sans prévision. Après le constat du succès stratégique du blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran. Les États-Unis pourraient perdre leurs alliés du Golfe parce qu’ils n’ont pas été protégés et la guerre a détruit leur modèle économique de stabilité et de sécurité, des affaires sans entraves et sans impôts. La conséquence de cela est qu’ils pourraient choisir de ne plus mettre tous leurs œufs dans le même panier et de s’ouvrir davantage à la Chine et à la Russie et à des puissances moyennes. La décision la plus radicale serait de ne plus vendre leur pétrole en dollars, ce pacte qui date de la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
Si cela advenait, les États-Unis perdraient leur première place de puissance financière et économique. Dans tous les cas le dollar est en perte de vitesse : il représentait 71% des réserves mondiales en 2000 et est à 58% en 2026. Cette guerre va accentuer le mouvement déjà amorcé par le choix de l’or comme devise de recours et une hausse continue de l’utilisation du yuan et de l’euro. Depuis le retour de Trump, le dollar a baissé de 9% face à un paquet de devises et de 12% face à l’euro. Un système monétaire multipolaire est en train de se mettre en place parce que les États-Unis ne sont pas fiables avec leurs alliés de l’OTAN et des pays du Golfe ainsi que leurs voisins du Canada et du Mexique. Les dirigeants américains ne savent pas, comme le disait Victor Hugo, que la paix c’est la guerre des idées. Ils ne comprennent que le langage de la guerre et de la destruction. Sortir d’une guerre n’est pas une chose aisée avec un allié comme Netanyahu qui se nourrit de la guerre. Il aimerait réussir à faire capoter les pourparlers en refusant d’appliquer le cessez-le-feu au Liban.
Sana Guy
Lefaso.net

