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L’analphabétisme et la fracture numérique de la population, répercussion sur la réussite du projet PACT digital au Burkina Faso

Publié le samedi 4 avril 2026 à 12h39min

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L’analphabétisme et la fracture numérique de la population, répercussion sur la réussite du projet PACT digital au Burkina Faso

Introduction

La digitalisation du monde s’accélère. Elle concerne la quasi-totalité des services (soins de santé, administration, recherche d’emplois, logement...). A l’instar des autres pays Le numérique est aujourd’hui au cœur du développement du Burkina Faso. Le pays a lancé une vaste transformation de l’administration et des services publics, visant à moderniser ses infrastructures, renforcer les compétences locales et élargir l’accès aux technologies pour tous. L’acquisition de deux data center (date) en dit plus sur la volonté du gouvernement à faire des technologies numériques par ricochet l’IA un puissant levier de développement. Selon les propos de la Ministre de la Transition digitale, Aminata Zerbo/Sabané le Burkina Faso ne souhaite plus dépendre d’outils numériques importés.

Pour elle, l’ambition affichée c’est de développer une IA qui « ressemble » au pays, pensée selon les besoins locaux et construite par des compétences nationales. La vision gouvernementale est de lutter contre la corruption et de travailler à la modernisation de l’administration par sa digitalisation pour réduire les tracasseries, accélérer les services publics et sécuriser les procédures. Cet élan précède la mise en place en 2021 par le ministère des postes et des comminations électroniques et la stratégie nationale du développement du numérique SN@DN. Force est de constater une dimension dualiste quand il s’agit de l’application effective de ses mesures par les riverains au regard de la fracture numérique et l’analphabétisme de la population en termes de connaissance numérique.

Approche définitionnelle

La fracture numérique ou fossé numérique concerne les inégalités dans l’usage et l’accès aux technologies de l’information et de la communication (TIC) comme les téléphones portables, l’ordinateur ou le réseau Internet.

Le développement de l’analphabétisme numérique se caractérise par le fait que des personnes ne maitrisent pas les connaissances et les codes du langage et du matériel numérique. La culture liée à leurs usages reste insuffisante pour leurs permettre d’en tirer un bénéfice personnel ou d’exercer leur rôle de citoyen ; voire même, les écartent de divers domaines de la vie sociale. Dès lors, des fractures apparaissent.

Les grands chantiers du gouvernement dans le déploiement technologique

Projet d’accélération de la Transformation digitale au Burkina Faso (PACT Digital). Un projet de plus de 98 milliards de FCFA financé par la Banque mondiale et l’Etat burkinabè, qui devrait permettre d’accélérer la transformation digitale au profit des populations. Il vise l’extension de la connectivité la digitalisation des services public et le développement des compétences numérique. Le PAC digital est opérationnalisé par 12 chantiers prioritaires pour la période 2021 -2030. Il est une stratégie nationale qui vise à faire du numérique un levier de modernisation et de développement économique à travers des actions concrètes comme le renforcement de l’expertise et la sensibilisation de la population. Il s’agit entre autres :

Programme zéro zone blanche (réduction de la fracture numérique, connexion de 750 zones d’ici 2027 ? ZERO donne à l’extérieur, zéro bâtiment non connecté, zéro papier, zéro cash pour les paiements publics, zéro infrastructure non protégée cybermenace, une alphabétisation numérique
Modernisation des infrastructure (réhabilitation du réseau national informatique de l’administration (RESINA), finalisation des data centers, extension de la couverture par fibre optique
Digitalisation des services publics (meilleur accès des citoyens au service public en ligne) (la maison du citoyen)

Dans la dynamique de la modernisation et de la bonne gouvernance au sein de l’administration publique, la vision stratégique énoncé par les plus hautes autorités de notre pays, cela vise à la dématérialisation des procédures administrative, l’administration et la maintenance du réseau informatique, l’administration des bases de données, la gestion de la sécurité informatique.
Le lancement de la stratégie nationale pour l’adoption de l’IA par le ministère de la transition digitale des postes et de communications électroniques (MTDPCE) ayant comme perspective de lancer un plan d’action national sur l’IA 2026-2028 et vise à doter le pays d’un cadre clair pragmatique et ambitieux pour tirer parti du potentiel de l’IA.

La politique gouvernementale est fortement appuyée par des initiales individuelles ou par des structures précurseurs des technologies numériques locales pour faciliter l’accès des populations aux solutions numériques qui inondent le marché à l’ère de l’IA. C’est ainsi que le Faso digital à travers une foire numériques, les webinaires de Africa data entry, les hackathon de Mia-BF, Faso-codex, Scientia Afrique, Aperc, l’INIAA, et j’en passe, se sont inscrites dans une vaste campagne d’acculturation et d’appropriation de l’IA afin d’offrir un vivier en la matière.

Discussion

Au vu d’une mise en application concret des douze chantiers prioritaires le ministère de la digitalisation a mise en œuvre des actions des sensibilisation des populations. Ses missions de sensibilisation visent à d’abord expliquer le projet PAC digital, l’importance au plan humain et social et les défis majeurs que cela pourrait relever.

Abordant les trois axes, à mi-parcours ces forces sont la disponibilité du dispositif connectif dans les milieux urbains et ruraux, le diligentement de la création des centres de données notamment la mise en fonction de deux data center d’une capacité de stockage globale estimée à environ 3 000 téraoctets, une puissance de calcul de 28 800 cœurs CPU et une mémoire de plus de 105 600 Go. L’infrastructure permet de créer jusqu’à 7 000 machines virtuelles, avec un potentiel d’extension pouvant atteindre entre 10 000 et 12 000 machines en exploitation optimale.

Chaque ministère pourra ainsi disposer de 100 à 300 serveurs dédiés pour héberger ses applications et ses bases de données. Ces infrastructures sont appelées à héberger l’ensemble des plateformes numériques de l’administration publique, notamment celles liées à l’état civil, à la gestion des finances publiques, à la santé, à l’éducation, à l’identification électronique et à la dématérialisation des services administratifs. La numérisation massive des prestations et service étatique. il s’agit notamment de E-burkina le portail digital qui vous connecte aux institutions, aux services et aux démarches administratives du Burkina Faso.

Pour l’obtention de certains actes et services il s’agit essentiellement de la démarche de la carte nationale, l’obtention d’un identifiant unique (UFI), la démarche et l’obtention du passe port burkinabè, la création d’entreprise en plus il existe plein d’autre open data qui fournissent des données actualisées SOUS PORTAIL ANNUAIRE :

L’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) a mis en ligne, avec l’appui de la Banque Africaine de développement (BAD), la plateforme ODP (Open Data Plateforme du Burkina Faso) qui, à terme, regroupera toutes les données disponibles sur le Burkina Faso sous formats ouverts (XLSX, CSV, JSON). https://fasoarzeka.bf/ : Application innovante et multicanale pour les paiements des services publics. Accessible via un smartphone (mobile app), un navigateur (web), un code USSD ou un serveur vocal interactif (IVR).

Au niveau du ministère des Finances des 8 plateformes numériques sont fonctionnelles et les atouts engrangés sont énormes. Il s’agit de :
https://secop.finances.bf/ : Accès facile, sécurisé et performant aux services administratifs liés aux marchés publics. Réduction des délais de traitement et amélioration de la transparence des procédures.

https://sif.bf/: Plateforme d’authentification en ligne des titres et d’accélération des délais de traitement.Réduction considérable des délais de traitement.
https://dgi.bf/: Délivrance dématérialisée des actes fiscaux (quitus et attestations).Quitus fiscaux délivrés en 48h avec une traçabilité renforcée et une obligation d’utilisation en ligne.
https://ebulletin.finances.bf/: Accès permanent et sécurisé aux bulletins de paie par les fonctionnaires. Économies annuelles de plus de 130 millions FCFA sur les charges de production des bulletins papiers.

https://etitre2.dgi.bf/ : Dématérialisation de la délivrance des titres fonciers pour plus de rapidité et de traçabilité. Plus de 22 000 titres sécurisés produits et 6 milliards FCFA de taxes mobilisés.
https://ecadastre.dgi.bf/: Identification précise des propriétés bâties et non bâties. Réduction des litiges liés aux limites de terrains. Base fiable pour la mobilisation de la taxe et la contribution foncière.
https://ventes-encheres.finances.bf: plate-forme qui permet de visiter le matériel en vente et de faire un enchérissement en ligne (ventes aux enchères en ligne).
Ces innovations sont alléchantes avec des résultats apodictiques et plausibles. Certes les statistiques annoncent une forte pénétration des téléphonies mobile près de 112% en milieu urbain et au-delà de 60% en milieu rural selon le magazine e-reporteur-Burkina. L’emploi utilitaire de ces outils fait toujours défaut. Pour le commun des mortels au Burkina Faso les terminaux numériques ont d’abord une fonction ludique avant d’être utilitaire.

Comment dont persuader le citoyen à ces atouts dont l’état s’évertue à les mettre en œuvre ? comment amener un paysan à comprendre qu’il peut soumissionner à un marché public de vente de céréale via son smartphone ? comment l’amener à comprendre que l’IA peut l’assister sur la nature de semence qu’il pourrait faire sur un terrain brin volcanique ou argileux ? il y a tant d’exemple d’intérêt dont le citoyen reste toujours inapte à l’exploitation. les efforts très pertinents du gouvernement visant à tirer une plus-value des technologies numériques et de l’IA se butent à un facteur très important notamment l’analphabétisme numérique de la population et la fracture numérique constatée dans les profondeurs du pays lié à l’inaccès équitable à ces outils.

La nécessité d’instaurer une politique d’acculturation

Il faut le dire au Burkina Faso, l’acculturation au numérique est inégale. Pendant que les centres urbains bénéficient d’infrastructures mobiles et d’initiatives publiques, les zones rurales quand a elles souffrent d’accès limité, d’alphabétisation numérique faible et d’insuffisance de formation professionnelle. Les terminologies numériques et concepts d’intelligence artificielle (IA) restent peu standardisés, dispersés entre anglicismes, francisation approximative et langues locales peu représentatives, freinant appropriation, réglementation et formation. Les capacités institutionnelles, données fiables et cadre légal pour l’IA sont embryonnaires.

Suggestions pour un déploiement utilitaire

Il convient d’ élaborer une stratégie nationale inclusive associant ministères, universités, secteur privé et société civile ; créer un plan d’infrastructures résilientes et d’accès Internet subventionné ; lancer un glossaire officiel multilingue des terminologies numériques et IA (français ou anglais + langues nationales) validé par des experts et pédagogues ; intégrer des modules sur le numérique et d’éthique de l’IA aux cursus professionnels et de formation continue ; développer les centres d’excellence régionaux pour la recherche appliquée et la formation de formateurs ; instaurer la gouvernance des données, la protection de la vie privée et le cadre réglementaire agile (sandbox) ; financer les projets pilotes sectoriels (santé, agriculture, éducation) évalués par des indicateurs d’impact ; soutenir les partenariats internationaux pour le transfert de compétences et veille technologique.

Ces mesures favorisent l’appropriation, l’inclusion et le développement socio-économique durable. Une gouvernance transparente et les évaluations régulières garantiront l’efficience et la pérennité du dispositif.

Bibliographie

Accueil - Service Public de l’Administration Burkinabè
Brotcorne : http://inegalites.be/Inegaux-face-aux-technologies 7OTTAVIANI, E., Les fractures numériques - Comment réduire les inégalités ? Analyse CPCP 2016. http://www.cpcp.be/medias/pdfs/publications/fracture_numerique.pdf 8Chercheur et conseiller au Centre d’études économiques, politiques et sociales (Cepess). 4 / 11 L’analphabétisme numérique : inévitable ? Analyse UFAPEC 2017 n°34.17 -
L’analphabétisme numérique : inévitable ? Analyse UFAPEC 2017 n°34.17
LE FASO DIGITAL - Foire virtuelle des solutions digitales
La digitalisation des services publics au Burkina Faso : les défis se dressent ! | e-academy Burkina
https://www.bing.com/search?q=la+fracture+numerique&cvid=70e1fe6f3cf7405cb8a142b4d022ffaa&gs_lcrp=EgRlZGdlKgYIABBFGDkyBggAEEUYOT
OCDE, Understanding the Digital Divide, 2001 (lire en ligne [archive]), p. 5

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