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Soutenance de mémoire : Yvette Mossé décrypte les stratégies discursives de Lefaso.net et Burkina 24 sur l’identité des PDI

Publié le vendredi 3 avril 2026 à 17h00min

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Soutenance de mémoire : Yvette Mossé décrypte les stratégies discursives de Lefaso.net et Burkina 24 sur l’identité des PDI

"Construction médiatique de l’identité sociale des Personnes déplacées internes (PDI) dans la presse burkinabè : analyse des stratégies discursives de Lefaso.net et Burkina 24 (2022-2024)". C’est sous ce thème que Yvette Nadège Sekoudoin Mossé a soutenu son memoire pour l’obtention de son master en Sciences de l’information et de la communication (SIC), option communication et journalisme. Après échanges avec le jury présidé par Dr Régis Balima, avec pour rapporteur Dr Cyriaque Paré, directeur de mémoire Dr Régis Zerbo et co-directeur Dr Poussi Sawadogo, elle s’en sort avec la note de 16/20, mention Très bien.

"Courageuse, persévérante, toujours en quête du travail bien fait." Les superlatifs pour qualifier la personne de Yvette Nadège Mossé n’ont pas manqué au cours de sa soutenance de mémoire, le jeudi 2 avril 2026. Face à un jury d’experts présidé par Dr Régis Balima, l’impétrante a défendu son document de plus d’une centaine de pages sur le thème suivant : "Construction médiatique de l’identité sociale des Personnes déplacées internes (PDI) dans la presse burkinabè : analyse des stratégies discursives de Lefaso.net et Burkina 24 (2022-2024)".

"Au départ, on voulait travailler sur les Koglweogos. Mais nous avons éprouvé des difficultés à obtenir des informations sur ce corps de sécurité. On a donc changé la perspective en regardant du côté des PDI" a soulevé dans un premier temps, le co-directeur de son mémoire, Dr Poussi Sawadogo. Le travail a débuté il y a un peu plus de trois années en arrière, soit en 2022. "On aurait pu le soutenir depuis, mais on voulait faire un travail fameux. Elle a donc fait preuve de persévérance pour qu’on aboutisse à ce travail" s’est réjoui Dr Sawadogo.

" Le travail a été jugée satisfaisant par son directeur de mémoire, Dr Roger Zerbo", Dr Poussi Sawadogo

Pour revenir à son thème, la candidate qui est passée par Lefaso.net, Burkina Infos et qui évolue aujourd’hui à Studio Yafa, dit être passée par cette situation de PDI. "Nous avons à un moment de notre vie été sans abri et nous savons ce que ça fait. Nous avons vu les regards de la société sur nous" a-t-elle dit dans un premier temps. Plus tard, c’est au détour de ses innombrables reportages sur le terrain, que l’idée d’apporter un regard scientifique sur la question des PDI, jugée pertinent et d’actualité selon le président du jury, Dr Régis Balima, lui est venue en tête. Le choix des médias que sont Lefaso.net et Burkina 24, est motivé par deux éléments : "la qualité du traitement de leurs informations et la fiabilité de leurs archives." 72 articles, soit 36 de chacun des médias ont pu être parcourus pour la réalisation de ce travail.

Et pour rehausser la qualité de son travail, la candidate, outre la documentation, est passée par des entretiens semi-directifs avec des journalistes, des PDI et des experts en communication, cela sans oublier des focus groupes. Les genres journalistiques étudiés pour la réalisation de ce document sont le reportage, le compte rendu, la dépêche, l’enquête/analyse. L’étude s’est faite entre Ouagadougou, Kaya et Dédougou. De ses résultats, Yvette Mossé fait ressortir du champ lexical dominant, l’utilisation de certains termes tels que : "urgence et vulnérabilité" (72%) ; "assistance et aide" (85%) ; " résilience" (35%).

Yvette Mossé propose que la parole soit de plus en plus donnée aux PDI pour que leurs voix soient entendues

Par ailleurs, elle relève que de manière générale, la perception des PDI dans ces deux médias repose sur des genres factuels et institutionnels avec une prédominance des comptes rendus ; que les PDI sont présentées comme des personnes en détresse, tributaires de l’aide humanitaire mais également résilientes ; que les médias ont figé l’image des PDI dans une posture de vulnérabilité, toute chose qui nuit à leur réinsertion sociale. En somme, conclut-elle : "de 2022 à 2024, les PDI ont été principalement mises en lumière dans les colonnes des journaux en ligne Lefaso.net et Burkina 24, à travers un prisme institutionnel et humanitaire et non du point de vue personnes directement concernées."

Dans ses observations le rapporteur, Dr Cyriaque Paré (par ailleurs fondateur de Lefaso.net) a, dans un premier temps, lui aussi, saluée la journaliste qu’il a vu grandir sous ses yeux, avant de voler vers d’autres horizons. "Je me rappelle de la jeune fille timide qui est arrivée à la rédaction... Quand je vois la journaliste confirmée qu’elle est aujourd’hui, je pense qu’elle est à féliciter. C’est un exemple de résilience et de capacité d’amélioration et d’adaptation... Je prends le soin de le dire parce que je suis bluffé par son parcours. Elle a même été décorée par les sapeurs pompiers. Son parcours est extraordinaire" a-t-il jugé.

"C’est une fierté de voir que Mossé soutient sur Lefaso.net car c’est là qu’elle a fait ses débuts dans le journalisme", Dr Cyriaque Paré

Pour ce qui est de son travail à proprement parler, Dr Paré a, dans la forme, félicité l’étudiante pour les efforts fournis. "Le document est très bien écrit, bien articulé, la revue de littérature est riche, même s’il n’y a pas toujours eu de recours au contexte local. Le cadre théorique est bien adapté et la corrélation entre les théories et ce que l’on veut en faire dans le document est bien établie. La bibliographie est très riche et très abondante. Dans l’ensemble, le travail est bien rendu, sinon, trop bien rendu. Il est agréable à lire" a-t-il apprécié.

Toutefois, regrette-t-il certains éléments, dont le plus important est l’échantillonnage. Par ailleurs, il releve que contrairement à ce qui est rapporté par l’impétrante, pour la même période, 2022-2024, des reportages donnant la parole aux PDI ont bel et bien été réalisées. Et si pour l’heure, leurs voix semblent de plus en plus étouffée, ce n’est nullement la faute aux journalistes car dit-il : "vous n’avez pas souligné que ce traitement est tributaire des conditions de travail qui sont celles des médias. On connaît les lois qui régissent ce travail et où il est pratiquement interdit au journaliste d’aller sur le terrain" a-t-il lâché.

"C’est une étudiante qui s’est beaucoup appliquée, en mettant en valeur ses études de lettres et son expérience sur le terrain", Dr Régis Balima

"Dans ces conditions, ce ne serait pas très juste de reprocher aux médias de se servir des communiqués de presse des institutions comme source principales, vu qu’ils n’ont pas le choix de faire autrement dans le contexte actuel. Il est essentiel qu’elle revoit ce contexte-là, qu’elle en parle pour l’histoire mais aussi, pour le lecteur qui serait hors d’ici, pour qu’il comprenne dans quelles conditions le travail des médias s’effectue aujourd’hui" a ajouté Dr Paré dans ses observations. Même son de cloche pour Dr Régis Balima qui estime que la nuance est de rigueur dans ce cas présent, qui est un travail scientifique, car, dit comme tel, l’on serait tenté de croire que les journalistes ne s’intéressent pas à ce que vivent les PDI.

Des observations que la candidate promet d’intégrer dans la version finale de son document. Master en poche, Yvette Mossé envisage poursuivre des études de doctorat, mais pour l’heure, souligne-t-elle : " je laisse tout entre les mains de Dieu."

Erwan Compaoré
Lefaso.net

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