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Burkina/Culture : « Pour un one-man show, vous me laissez la somme de 5 millions et j’écris un spectacle de deux heures », Simplice Zombré alias Simplice simplement simple

Publié le jeudi 2 avril 2026 à 23h10min

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Burkina/Culture : « Pour un one-man show, vous me laissez la somme de 5 millions et j’écris un spectacle de deux heures », Simplice Zombré alias Simplice simplement simple

Humoriste et orateur Simplice Zombré, alias Simplice simplement simple, s’est imposé sur la scène burkinabè à travers un style mêlant imitation et regard sur la société. Inspiré notamment par le professeur Laurent Bado, il fait de l’imitation un moyen d’expression et de réflexion. Dans cet entretien, il revient sur la découverte de son talent, son parcours et sa manière d’aborder des sujets de société à travers l’humour.

Lefaso.net : Comment est-ce que vous avez découvert votre talent d’imitateur ?

Simplice Zombré : D’abord, j’ai été passionné par le professeur Laurent Bado, qui m’a tenu en quatrième année d’université. Et j’estimais que c’était l’un des meilleurs professeurs que j’ai pu avoir durant mon parcours donc je me plaisais à l’imiter surtout ce qu’il faisait en classe. Et à mon spectacle, le terrorire, il y avait une partie où on devait parler des politiciens. Donc le professeur Laurent Bado, en plus de véhiculer les idées fait rire. Et donc je me suis dit, pourquoi ne pas essayer ? J’ai essayé l’imitation et c’était un succès. Et il a fallu maintenant me perfectionner et rentrer dans la peau du professeur et proposer quelque chose au public burkinabè.

Pourquoi avoir choisi d’imiter particulièrement le professeur Laurent Bado ?

D’abord, le professeur Laurent Bado répond, sur le plan intellectuel, à beaucoup de mes attentes. Déjà, il arrive à véhiculer les idées les plus complexes, il arrive à aborder des sujets complexes, en les ramenant souvent soit dans le cadre de l’humour ou en les traitant de manière différente. Sur la scène, ce n’est pas facile mais lui il m’a beaucoup inspiré. Depuis très petit, je le suivais lors des débats télévisés où c’était vraiment engagé. On avait ces frasques aussi qu’on avait à la télévision lors des campagnes électorales, quand on entendait le fameux « ton derrière ». Et c’est un monsieur qui cadre beaucoup avec ce que j’apporte dans l’humour. Mes spectacles font rire, certes, mais j’aborde pas mal de thématiques politiques, sociales, etc. Je pense que c’était le mieux qui cadrait plus. Et il a un timbre vocal particulier qui est reconnaissable et surtout son habillement aussi. Donc non seulement vous avez l’habillement car il est reconnaissable facilement, il a un timbre vocal et il a des sujets qui me captent beaucoup plus.

Comment se passaient vos premières imitations ?

Mes premières imitations étaient plus naturelles que difficiles. Je vais vous faire une confidence. En réalité, je ne prépare pas dans les petits détails l’imitation du professeur parce qu’il est plus naturel que préparé. Donc, j’ai le thème abordé, j’ai des expressions que je dois rechercher, j’ai des idées qu’il faut orienter, j’ai la logique de ces idées qu’il faut avoir. Et après, c’est comme si on invoquait l’esprit du professeur. Et là, ça te permet facilement de rendre avec les émotions possibles cette imitation.

Mais comment est-ce que vous arrivez à passer d’une émotion à une autre ?

C’est grâce au travail. J’ai eu des formations avec des grands maîtres du milieu dont professeur Prosper Compaoré, professeur Hildeverd Médah, Lucas Fousi, Gérard Ouédraogo à qui je dis merci. Après j’ai suivi pas mal Noël Minoungou. Lors de ces formations en théâtre comme en humour, il y a des moments où on parle de la mémoire sensorielle, ce qui te permet de passer d’une émotion à une autre. Donc c’est grâce à ces différentes formations et le travail aussi, bien sûr, qui me permettent de passer de telle émotion à telle émotion et en fonction du sujet.

Arrivez vous à vivre de cette activité ?

Pour l’instant, je ne suis pas encore arrivé à construire une grande maison ou à avoir un véhicule dans l’humour. Je suis venu dans l’humour pour véhiculer un message à travers le pays mais à côté, ça me permet aussi d’avoir des revenus et de vivre. Donc ne nous cachons pas, ça paie bien. Et je prends pour preuve il y a pas mal d’artistes humoristes et des comédiens qui arrivent à s’en sortir très bien actuellement, qui voyagent, qui sont à l’international. Peut-être que je n’ai pas encore le bon filon, ou bien je ne suis pas extrêmement bien organisé pour sortir et faire valoriser mon art, mais j’espère que peut-être avec le soutien de la presse, je pourrais le faire.

Combien il faut prévoir si on veut Simplice pour un spectacle ?

Si c’est pour un one-man show, si vous acceptez de prendre tout en charge et que vous me laissez la somme de 5 millions, j’écris un spectacle de deux heures pour vous en fonction de la thématique que voulez et je viendrai jouer. Ces 5 millions, c’est vraiment pas beaucoup parce qu’il faut payer les équipes qui sont en cours. Je travaille beaucoup plus avec des musiciens. Donc 5 millions si c’est un burkinabè mais si c’est à l’extérieur on peut négocier à 10 millions. Maintenant si c’est pour des spectacles au niveau du ministère, avec des partenaires qui nous invitent, ça dépendra de quel type de partenaire qui nous invitent. Donc le prix varie en fonction du type d’invitation, du lieu et de la personne qui invite.

Vos spectacles abordent souvent des sujets sensibles comme le terrorisme. Pourquoi ce choix et quel message souhaitez-vous transmettre à travers vos œuvres humoristiques ?

Le terrorisme a commencé en 2015. Donc en 2016, déjà, on avait commencé à discuter tout autour, mais on voyait cela comme étant quelque chose d’assez passager. Nous y sommes maintenant après onze année. Comme je l’ai dit dans mon spectacle, beaucoup pensent que le terrorisme c’est seulement celui qui prend une arme qui tire. Non ! Le terrorisme a été un long processus pour quoi on arrive là. Mais nous sommes tous des terroristes d’une certaine manière. Quand vous avez un père de famille, par exemple, qui terrorise sa famille, qui terrorise sa femme, qui frappe sa femme, ou qui terrorise ses enfants, les enfants ne sont plus à la maison, ils deviennent quoi ? Des terroristes sociaux, et plus tard s’ils ont l’occasion, ils prendront des armes. Nous avons des comportements même dans la société qui sont des comportements terroristes. Qu’est-ce que le terrorisme ? C’est semer la terreur, la peur. Et nous sommes dans un monde actuellement où celui qui est craint est respecté et fait peur. Ce sont des comportements que nous avons adoptés pendant longtemps, que nous avons couvés pendant longtemps, qui sont en train de revenir au fur et mesure sur le devant. Et c’est ça qui est très grave. Donc nous alertons pour dire aux gens, attention ! Ne pensez pas que c’est en brousse seulement, ne pensez pas que c’est juste l’histoire des militaires. Non ! Le terrorisme nous concerne tous. Personne nous aurai dit il y a 30 ans de cela qu’on aurait parlé du vivre ensemble au Burkina Faso. C’était naturel. Aujourd’hui, le vivre ensemble est remis en cause. Il faut rechercher les causes. Le terrorisme en brousse va finir parce que moi j’ai confiance aux FDS. Mais et le terrorisme en ville ? Qu’est-ce qu’on en fait ? Et donc il faut alerter sur les petits comportements. Les FDS font leur travail, ils font du très bon boulot. Mais nous aussi à notre niveau, faut qu’on fasse le notre. C’est très important.

Quel a été le spectacle ou la scène dont vous avez été le plus fier ?

Les « parvis de l’enfer », de loin. J’ai été fier du terrorire parce que j’ai eu du monde quand même mais les « Parvis de l’Enfer », c’était mieux parce que j’ai plus aborder tous les sujets que je voulais et j’ai eu des gens qui ont pleuré dans la salle. Et sincèrement cela m’a touché. Il y avait le professeur Laurent Bado qui était là, qui a fait quatre heures de spectacle sans bouger et après, il était tellement content.

Avez-vous souvent des trous de mémoire pendant vos spectacles ?

Pendant les spectacles il y a des trous de mémoire, mais c’est généralement à la fin car lié à la fatigue. Mais il y a des techniques d’art oratoire, des diversions et de petites pauses qu’on utilise. Je fais du spectacle de 2 heures. Je fais d’abord 1 heure de scène, 15 minutes de pause musicale et je refais 1 heure ce qui fait 2 heures. Il faut emmagasiner le maximum d’informations possibles. Et généralement, il y a des citations qui sont au milieu sans oublier le professeur Bado aussi qui doit intervenir. Donc il peut y avoir des trous de mémoire. La scène, a un esprit parce que lorsque vous jouer et vous avez un public qui vous suit, vous oubliez le reste. Le monde n’existe plus. C’est vous qui parlez.

Vous êtes à la fois juriste, enseignant et artiste. Comment conciliez-vous ces différentes casquettes ?

C’est un peu compliqué et complexe, mais avec une petite organisation, on arrive à s’en sortir. La plupart du temps, l’écriture d’un texte se fait en fonction du lieu d’inspiration. Moi, j’écris mes textes dans des lieux assez cocasses. Mais disons qu’en circulation, il m’arrive d’écrire des textes. Par exemple, le « terrorire », je l’ai écrit lorsque j’étais en déplacement entre Koupela et Ouagadougou. Et ce jour, je corrigeais des copies dans le car et là, il y a quelqu’un qui me dit à l’arrière, « Mon frère, fais attention parce que les terroristes s’en prennent aux enseignants. » Et donc l’idée m’est venue comme ça. Pourquoi ne pas parler du terrorisme ? Et j’ai commencé à écrire et l’inspiration est venue de là. Même pendant nos cours, on arrive d’avoir des éclairs d’idées et donc on les note et au fur et à mesure on les développe en fonction. Il y a pas mal de situations qui permettent de décrire un texte. Bien sûr, après il y a l’organisation du spectacle qui demande énormément de temps. Généralement je joue en décembre, ce qui me donne un petit temps de préparation, d’écriture, de répétition. La grande difficulté c’est qu’après il faut laisser les bancs pour aller préparer. Quand on dit préparer, ce n’est pas seulement la répétition. Il faut courir, chercher les partenaires, on sait tous au Bukina comment ça fonctionne. Ce n’est pas facile. Courir, chercher les partenaires, répondre aux différentes sollicitations, mobiliser le public pour enfin venir jouer.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent se lancer dans l’art oratoire, l’imitation ou la scène ?

Dans l’art oratoire, lisez beaucoup. Lisez tout ce qui vous passe sous la main. Souvent, je dis à mes élèves que ma bibliothèque personnelle dépasse largement la bibliothèque de l’école car j’ai environ 200 livres et j’ai lu la majeure partie. La lecture c’est d’abord la clé parce que si vous n’avez pas les idées comment vous allez les déployer ? Il faut lire, avoir une certaine culture générale. Ensuite s’intéresser à l’information. Intéressez-vous aux grands orateurs, formez-vous et soyez humbles parce que quand on se forme, il faut être humble.
En humour, je dirais aussi la formation parce que tout est essentiel. Réaliser des videos qui font des millions de vues ne fait pas de toi un humoriste car tu n’es pas passé par une formation. Ils ne savent même pas ce que c’est qu’un décor. Donc il y a cette formation qui manque. Si vous ne vous faites pas former, vous risquez de subir les critiques et après le discrédit est jeté sur votre travail et vous ne pouvez pas être respecté dans le milieu. Certes vous aurez des followers, mais vous n’êtes pas d’abord humoriste.

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