LeFaso.net, l'actualité Burkinabé sur le net
Proverbe du Jour : “Avoir de longues plumes ne veut pas dire voler haut.” Proverbe Zambien

Burkina/Éducation : « Je ne pensais pas être à la hauteur », Malika Yasmine Kaboré

Publié le mardi 31 mars 2026 à 21h32min

PARTAGER :                          
Burkina/Éducation : « Je ne pensais pas être à la hauteur », Malika Yasmine Kaboré

À seulement 20 ans, Malika Yasmine Kaboré incarne déjà la détermination et la passion d’une jeune génération de journalistes en devenir. Étudiante en troisième année de journalisme numérique à l’Institut supérieur de la communication et du multimédia (ISCOM), elle s’est récemment illustrée en remportant le premier prix en présentation du journal télévisé, lors des 72 heures de l’étudiant en communication et journalisme de l’IPERMIC. Une consécration qu’elle n’avait pourtant pas anticipée.

Le jour de la compétition, l’atmosphère est électrique. Dans la salle, les regards sont attentifs, le jury exigeant. Face à des candidats qu’elle juge « redoutables », Malika doute. Le stress s’installe, presque paralysant. Elle, habituée aux caméras, doit cette fois affronter un public en direct, sans filtre. « Je ne pensais pas être à la hauteur », confie-t-elle. Mais lorsque son nom est finalement prononcé, le temps semble suspendu. L’émotion la submerge. Surprise, émue, presque en larmes, elle comprend que ses efforts, longtemps invisibles, viennent d’être reconnus.

Cette victoire, loin d’être le fruit du hasard, s’inscrit dans un parcours jalonné d’hésitations et de remises en question. Après l’obtention de son baccalauréat en 2023, la jeune étudiante se retrouve à la croisée des chemins. Le droit, envisagé au départ, ne parvient pas à combler ses attentes. Quelque chose manque. Une forme d’évidence tarde à se dessiner. Curieuse, attentive au monde qui l’entoure, elle se découvre peu à peu une affinité avec l’univers des médias. Regarder, analyser, comprendre, transmettre, autant de gestes qui la rapprochent du journalisme.

Mais le choix n’est pas simple. Les stéréotypes autour du métier, les discours décourageants sur ses difficultés, viennent nourrir ses doutes. Il lui faudra du temps pour s’affirmer, pour assumer cette voie encore incertaine. Finalement, elle décide de tenter sa chance. Un pari sur elle-même. Un risque, dit-elle aujourd’hui, mais un risque nécessaire.

Le véritable déclic intervient en deuxième année, à l’occasion d’un stage à lefaso.net, où elle anime une émission. Face à la caméra, quelque chose s’aligne. Sa voix trouve sa place, son aisance se révèle, son regard s’affirme. Ce moment agit comme une révélation. La présentation ne sera plus un simple exercice académique, mais une vocation.

À 20 ans, Malika Yasmine Kaboré s’impose comme une jeune voix prometteuse du journalisme burkinabé

Et pourtant, même avec cette certitude naissante, le doute n’est jamais totalement loin. Lorsqu’il s’agit de participer à la compétition, Malika hésite. Elle se sent illégitime, presque étrangère à cet espace d’excellence. Il faudra l’insistance d’un camarade pour la convaincre de s’inscrire. Une décision qu’elle ne regrettera pas.

Le jour J, après le slam et les épreuves de culture générale, vient le moment de la présentation du journal télévisé. La pression monte. Mais Malika tient bon. Elle lit, elle incarne, elle donne le meilleur d’elle-même. À la fin de sa prestation, les applaudissements retentissent. Un moment qu’elle décrit comme l’un des plus marquants de son expérience. « J’étais fière de moi », confie-t-elle, comme une première reconnaissance intérieure.

Le jury saluera notamment sa diction, la qualité de sa voix et sa maîtrise du texte. Mais au-delà de ces aspects techniques, c’est aussi sa capacité à gérer le stress et à s’imposer face au public qui aura fait la différence. Une performance qui révèle bien plus qu’un talent, une personnalité en construction.

Aujourd’hui, ce prix dépasse largement la dimension symbolique. Il vient renforcer sa confiance en elle, mais aussi transformer son regard sur le journalisme. Longtemps perçu à travers ses difficultés et ses contraintes, le métier lui apparaît désormais comme un espace d’expression, un engagement, une responsabilité. Un « métier noble », selon ses propres mots.

Inspirée par des figures du paysage médiatique comme le Dr Cyriaque Paré, Sonia Kocty ou encore Konnie Touré, Malika trace progressivement son chemin. À court terme, elle ambitionne de s’imposer dans la présentation télévisée. À long terme, elle envisage un parcours hybride, à la croisée du journalisme et de la communication, avec l’envie d’élargir son champ d’action.

Mais derrière cette ambition se dessine aussi une histoire de soutien et de transmission. Celle d’une jeune femme portée par ses enseignants, qui ont contribué à façonner ses compétences, et par ses proches, qui ont nourri sa confiance. Son père, en particulier, occupe une place centrale dans ce parcours. « Il me soutient dans toutes mes décisions », souligne-t-elle avec émotion. Un soutien indéfectible auquel elle dédie cette victoire.

Aujourd’hui, Malika Yasmine Kaboré avance avec plus de certitudes, mais sans jamais oublier ses débuts. À ceux qui hésitent encore, elle adresse un message empreint de lucidité et d’espoir : Oser. Oser malgré la peur, malgré les doutes, malgré les regards extérieurs. Car, pour elle, c’est dans l’audace que se construisent les trajectoires les plus sincères.
Et la sienne, portée par une voix désormais assumée, ne fait que commencer.

Anita Mireille Zongo
Lefaso.net

PARTAGER :                              

Vos réactions (2)

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

 LeFaso TV
 Articles de la même rubrique
Doriane Wendyam Sawadogo : Slamer pour exister