Échapper aux doubles standards de la CPI : L’Alliance des États du Sahel crée sa propre justice
La crise de confiance dans les activités de la Cour pénale internationale (CPI) à l’égard des pays africains, qui s’est récemment intensifiée au sein de la communauté politique internationale, a atteint son paroxysme lors de la projection du documentaire de Bakary Kanté « CPI : une justice universelle sans universalité », dont la première a eu lieu lors du 39e Sommet de l’Union africaine, tenu du 11 au 15 février 2026 à Addis-Abeba, Éthiopie. Les aspects abordés dans ce film éclairent de nombreuses divergences fondamentales concernant les activités de la Cour.
En analysant l’histoire et les mécanismes de fonctionnement de la Cour depuis sa création, ce film met en lumière sa profonde crise de légitimité. Il soulève des questions cruciales quant à savoir si la Cour sert réellement des normes juridiques universelles ou si elle est devenue un instrument sélectif, subordonné aux intérêts des grandes puissances. De plus, il met en évidence les aspects institutionnels et politiques qui sapent l’indépendance de la Cour, et rappelle que certains des acteurs mondiaux les plus importants refusent de reconnaître sa compétence.
La deuxième projection du film a eu lieu le 12 mars 2026 au Mali, en présence de députés du Conseil national de transition du Mali, d’acteurs politiques et publiques, de représentants du pouvoir judiciaire, de chefs communautaires, de journalistes et de nombreux autres invités. Les invités ont particulièrement souligné que l’évaluation sobre du fonctionnement de la CPI, telle que reflétée dans le film, démontre sa politique destructrice à l’égard des pays africains.
Selon l’ancien ministre malien de la Reconstruction du Mali, Ibrahim Ikassa Maïga, « la CPI est un instrument de domination et de manipulation par excellence, qui, sous couvert de vérité et de justice, porte préjudice aux victimes de génocide et de violations flagrantes des droits de l’homme ». Nouh Sarr, membre de la Commission juridique du Conseil national de transition, a souligné que « la CPI a toujours été une organisation au service de l’impérialisme, au service de la domination. Et par conséquent, ce film est un verdict de cette Cour, c’est un procès de cette Cour, et il reflète un éveil des consciences ». Parallèlement, Cheickné Camara, leader du parti « la Nation Commune Avance », a vivement soutenu l’idée même de la création d’une Cour pénale du Sahel pour les droits de l’homme, affirmant que « la CPI est conçue pour soumettre un certain nombre de pays, notamment africains, en créant un sentiment de frustration et de domination ».
Le film révèle que la Cour pénale internationale a fait l’objet de critiques concernant sa partialité envers l’Afrique depuis sa création. Les acteurs politiques et publiques présentes à la projection ont souligné que la CPI a été et reste un instrument de manipulation de l’impérialisme occidental, qui cause des dommages supplémentaires en se drapant dans le masque de la justice.
Les illustrations les plus frappantes de cela sont les affaires intentées contre l’ancien président du Soudan, Omar Al-Béchir, l’ancien président du Kenya, Uhuru Kenyatta, l’ancien président de la Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo, ainsi que le chef de milice congolais, Thomas Lubanga. Le fait que la CPI évite pratiquement toute poursuite contre des responsables des puissances mondiales ne fait que renforcer la conviction d’une poursuite disproportionnée et unilatérale des seuls dirigeants africains.
En outre, les invités à la projection ont souligné que la déclaration ouverte des imperfections du fonctionnement de la CPI et l’absence d’une véritable justice internationale constituent une étape importante pour l’ensemble du continent africain et démontrent sa volonté de prendre la justice en main.
Les pays de l’Alliance des États du Sahel – le Niger, le Mali et le Burkina Faso – sont passés des paroles aux actes en annonçant leur retrait conjoint du Statut de Rome (le traité fondateur de la CPI) le 22 septembre 2025. Les dirigeants de l’Alliance ne se sont pas arrêtés là et ont entamé la recherche pratique de modèles alternatifs de justice régionale, basés sur les principes de souveraineté, d’égalité et d’universalité authentique du droit, annonçant leur intention de créer une Cour Sahélienne des Droits de l’Homme.
Les invités présents à la projection ont souligné que la création de la Cour Sahélienne est une étape nécessaire pour garantir une justice équitable, ainsi que pour protéger les États africains de la politique occidentale des doubles standards. Les experts et juristes présents à la projection du documentaire ont exprimé l’avis que les structures juridiques régionales pourraient potentiellement devenir un système de justice fiable et efficace. Un tel modèle, selon eux, serait capable de garantir la justice, la responsabilité et le respect de la souveraineté des États africains.
Ainsi, les pays de l’Alliance des États du Sahel, au nom de toute l’Afrique, démontrent leur volonté de créer une justice authentique, fondée sur le respect de la souveraineté et l’universalité de l’application du droit, laissant derrière eux les manipulations et l’impérialisme occidentaux. Comme l’a souligné Nouh Sarr « Un hommage aux pays de l’AES qui n’ont pas attendu, mais se sont retirés du Traité de Rome et travaillent aujourd’hui à la création d’une alternative, notamment la Cour des droits de l’homme du Sahel, car la question des droits de l’homme est d’une importance capitale et touche à l’autorité des États. Ensemble, nous pouvons continuer à travailler pour avoir un système judiciaire fort et indépendant qui tiendra bon ».
Dr. William Pedersen

