Tony Elumelu Foundation : 3 200 entrepreneurs africains retenus pour la cohorte 2026, 10 Burkinabè parmi les bénéficiaires
La Tony Elumelu Foundation a dévoilé ce 22 mars 2026, au cours d’une cérémonie suivie en ligne à l’échelle du continent, les noms des entrepreneurs sélectionnés pour son programme 2026. Au total, 3 200 jeunes porteurs de projets africains bénéficieront cette année d’un accompagnement comprenant formation, mentorat, accès aux réseaux et capital d’amorçage. Le Burkina Faso figure parmi les pays représentés avec 10 entrepreneurs retenus, majoritairement actifs dans l’agriculture, mais aussi dans l’énergie, la mode, les services professionnels et l’économie circulaire. Cette nouvelle cohorte s’inscrit dans une dynamique de soutien continental portée depuis plus d’une décennie par la fondation du philanthrope nigérian Tony Elumelu, avec l’ambition affichée de faire de l’entrepreneuriat un levier direct de transformation économique et sociale en Afrique.
La cérémonie d’annonce des lauréats 2026 a été marquée par une prise de parole du fondateur, Tony Elumelu, qui a placé son intervention sous le signe de la gratitude, mais surtout de la responsabilité collective face aux défis économiques africains. Dès l’ouverture de son discours, il a insisté sur la portée humaine de l’engagement entrepreneurial. Pour lui, accompagner les jeunes créateurs d’entreprises n’est pas seulement une action philanthropique, mais une réponse structurelle à la pauvreté, au chômage et aux déséquilibres sociaux sur le continent. « Personne d’autre que nous ne développera l’Afrique », a affirmé l’économiste et philanthrope nigérian, en rappelant que l’avenir économique du continent dépend de la capacité des Africains eux-mêmes à créer des opportunités durables.
Le président de la fondation a longuement insisté sur une idée centrale de sa philosophie : la prospérité doit être partagée. Selon lui, les grandes entreprises africaines, les institutions financières et les partenaires internationaux ont la responsabilité de soutenir les jeunes entrepreneurs afin de réduire les inégalités économiques. Il a également souligné que la création d’emplois reste, selon ses mots, « la plus grande obligation envers la jeunesse africaine », en ajoutant que les petites et moyennes entreprises constituent aujourd’hui le principal moteur de cette dynamique.
La cohorte 2026 structurée autour de 4 vagues de financement
Les données présentées lors de la rencontre montrent que 3 200 entrepreneurs seront accompagnés en 2026 à travers quatre cohortes réparties sur l’année. La première vague, prévue en mars, concerne 1 951 entrepreneurs. Elle est portée avec plusieurs partenaires stratégiques, notamment Heirs Holdings, Transcorp Power, Transcorp Hotels et United Capital. Deux autres cohortes de 100 entrepreneurs chacune sont programmées en mai et en août, avec l’appui notamment de IKEA Foundation, de UNDP et de partenaires institutionnels. La dernière cohorte, annoncée pour novembre, regroupera 1 049 entrepreneurs, avec le soutien de l’European Union et de GIZ. Le modèle retenu permet à la fondation d’adapter les financements aux calendriers de ses partenaires, tout en maintenant un même socle d’accompagnement : formation entrepreneuriale, mentorat, réseautage et subvention de 5 000 dollars non remboursable pour les projets retenus.
Les statistiques sectorielles présentées pendant l’événement confirment la place dominante de l’agriculture dans les candidatures sélectionnées.
L’agriculture et l’agrobusiness représentent 30,70 % de la cohorte 2026, loin devant les autres secteurs. Viennent ensuite la mode, l’habillement et le textile (8,87 %), la transformation alimentaire (8,66 %), les technologies numériques et l’intelligence artificielle (7,02 %), puis l’économie verte (6,51 %). Cette hiérarchie reflète les réalités économiques du continent : les activités liées à la production, à la transformation et à l’alimentation continuent d’attirer massivement les jeunes entrepreneurs africains. Mais la fondation note aussi une progression visible des secteurs innovants tels que l’énergie propre, les technologies de santé, les services numériques, la fintech, l’économie circulaire et les industries créatives. Cette diversité est aussi visible dans la sélection burkinabè.
Dix entrepreneurs burkinabè retenus cette année
Le Burkina Faso compte dix lauréats dans cette cohorte 2026. La liste révèle une forte présence du secteur agricole, mais aussi une ouverture vers des domaines à fort potentiel.
Les bénéficiaires burkinabè sont :
• Yacouba Doumbia, services professionnels
• Steve Yonli, services professionnels
• Mazo Kienou, énergie et technologies propres
• Kati Kibora, agriculture et agrobusiness
• Emmanuel Zagré, agriculture et agrobusiness
• Ariel Boro, économie circulaire et gestion des déchets
• Alice Sanou, agriculture et agrobusiness
• Ali Yaméogo, mode, habillement et textile
• Alain Savadogo, agriculture et agrobusiness
• Agnès Sibidou Ouédraogo, agriculture et agrobusiness
Sur ces dix profils, cinq évoluent directement dans l’agriculture et l’agrobusiness, confirmant l’importance de ce secteur dans l’écosystème entrepreneurial burkinabè avec trois femmes parmi les sélectionnés.
Pour ces 10 entrepreneurs burkinabè sélectionnés, cette annonce marque surtout le début d’un processus exigeant. L’accompagnement TEF implique plusieurs étapes : formation intensive, validation du projet, mentorat, suivi d’exécution et décaissement progressif du capital. Au-delà des 5 000 dollars de subvention qu’ils percevront, l’intérêt majeur réside souvent dans l’accès à un réseau continental avec des investisseurs, des experts sectoriels, des anciens bénéficiaires et des partenaires institutionnels. Pour des secteurs comme l’agriculture, l’énergie propre ou l’économie circulaire, ce réseau peut accélérer l’accès au marché, à la technologie et aux partenariats.
Une philosophie : « démocratiser la chance »
Depuis sa création, la Tony Elumelu Foundation affirme avoir accompagné plus de 2,5 millions de jeunes Africains via sa plateforme de formation numérique TEFConnect. Plus de 24 000 entrepreneurs ont déjà reçu un financement direct, pour un montant global supérieur à 100 millions de dollars. Les résultats avancés par la fondation indiquent 4,2 milliards de dollars de revenus cumulés générés par les bénéficiaires, plus de 1,5 million d’emplois directs et indirects créés, 2,1 millions d’Africains sortis de la pauvreté et plus de 4 millions de ménages impactés. Ces chiffres expliquent pourquoi le programme continue d’attirer un très grand nombre de candidatures chaque année à travers les 54 pays africains.
Dans son intervention, Tony Elumelu a réaffirmé une formule devenue centrale dans son approche : démocratiser la chance. L’idée consiste à donner à des jeunes entrepreneurs, parfois éloignés des grands circuits de financement, les moyens minimums pour transformer une idée en activité viable. Pour lui, l’argent accumulé n’a de sens que s’il permet d’ouvrir des perspectives à d’autres. Il a rappelé qu’aucune richesse n’a de valeur durable si elle ne contribue pas à réduire la précarité collective. Tony Elumelu a aussi insisté sur la nécessité d’un entrepreneuriat enraciné dans les réalités africaines avec une production et une transformation locale innovante.
Farida Thiombiano
Lefaso.net


