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Université Joseph Ki-Zerbo : Des doctorants engagés sur des recherches au service du développement

Publié le mardi 17 mars 2026 à 22h40min

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Université Joseph Ki-Zerbo : Des doctorants engagés sur des recherches au service du développement

Crédit photo © Une minute.bf

À l’université Joseph Ki-Zerbo, de jeunes doctorants explorent des thématiques variées allant de la post-vérité à la nutrition, en passant par la linguistique et la coordination de drones. À travers leurs travaux, ces chercheurs ambitionnent d’apporter des réponses scientifiques à des enjeux majeurs de la société, tout en appelant à un meilleur accès aux données pour renforcer la recherche au Burkina Faso. Nous avons échangé avec certains d’entre eux le 12 mars 2026 en marge de la rentrée académique des doctorants qui se tenait à l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou.

Lucien Kambou, doctorant en première année en communication

« Je suis du Laboratoire lettres, sciences humaines et communication, précisément dans le Laboratoire médias et communication des organisations nationales. Je travaille sur la post-vérité dans les sciences d’information et son influence sur la formation de l’opinion en Afrique de l’Ouest. L’Oxford Dictionary définit la post-vérité comme les circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence sur l’opinion publique que ceux qui font appel à l’émotion et aux croyances personnelles. La post-vérité ou post-factuel fait référence à la manipulation de l’information. Il est vrai que ce n’est pas un phénomène nouveau, mais il se présente aujourd’hui différemment avec l’avènement des réseaux sociaux et de l’IA qui ont favorisé la prolifération de deepfakes (manipulation de photo, son ou vidéo). L’Afrique de l’Ouest aujourd’hui traverse des crises, notamment sécuritaire, politique et économique, et dans de tels contextes, le contrôle de l’information devient un enjeu vital. Nous voulons analyser l’influence de la post-vérité sur les perceptions des citoyens des populations ouest-africaines, sur la formation de l’opinion publique. Pour mener à bien notre recherche, nous avons besoin de certaines informations. Malheureusement, chez nous ici, souvent pour avoir accès aux données, ce n’est pas facile. Souvent quand on a besoin de certaines informations sur le Burkina Faso, c’est dans les revues étrangères qu’on va les avoir. C’est déplorable. Pour que l’Afrique puisse être indépendante, il va falloir qu’on donne les informations à nos propres chercheurs ».

Lucien Kambou

Wend-Data Rachidatou Niampa, doctorante en première année en nutrition

« Mon travail portera sur l’allaitement maternel exclusif à partir des techniques nucléaires. J’ai fait un master en nutrition humaine et techniques nucléaires. Il faut savoir que la technique nucléaire, ce sont des méthodes qu’on utilise au niveau de la nutrition pour mesurer de façon précise ce qu’on recherche. Par exemple, on dit qu’une personne est obèse. Qu’est-ce qui prouve que la personne est obèse ? On va plus loin avec ces techniques pour montrer que ce n’est pas le gras qui est en excès mais c’est plutôt les muscles. Il en est de même pour l’allaitement maternel exclusif. On ne va plus se baser sur les déclarations des mères, on va mesurer pour voir si l’enfant a réellement consommé uniquement que le lait maternel durant ses six premiers mois. Donc, j’aimerais déterminer l’allaitement maternel exclusif à partir des techniques nucléaires. C’est-à-dire l’apport en lait chez les femmes mais aussi la composition corporelle des enfants. Quand on parle de composition corporelle des enfants, on parle tout simplement de masse grasse et de masse maigre. Chez nous, la masse maigre, c’est tout ce qui est os, muscle et autres. Et quand on parle de masse grasse, c’est tout ce qui est gras du corps. Particulièrement l’allaitement maternel exclusif : on a remarqué que lorsque l’on fait les enquêtes, c’est tout le temps des paroles déclaratives, on ne se base pas sur des analyses réelles. Rien ne prouve que ce que la femme a dit est vrai. Notre travail, c’est d’analyser en profondeur à travers les techniques nucléaires. Nous allons donner des doses aux mères. Ce sont des doses non invasives. Elles ne font rien à l’homme. C’est juste de l’eau oxygénée. C’est pour savoir si l’enfant a été exclusivement allaité au sein. Les résultats pourront réorienter les stratégies et les programmes pour un avenir meilleur. Il faut savoir que l’allaitement maternel exclusif est très important dès le bas âge. C’est très important pour les mille premiers jours. C’est très important pour la cognitive de l’enfant, pour lutter contre la malnutrition qui fait des ravages au Burkina ».

Wend-Data Rachidatou Niampa

Marie Bazié, doctorante en première année en linguistique

« Je travaille sur la phonologie et la morphologie du Kandèré parlé du Kandarzana. Le Kandèré est une langue minoritaire en danger parlée dans la province du Sanguié, région du Nando, notamment à Kandarzana. Il est considéré comme hybride. Pour certains, ce dialecte est fortement influencé par le lyélé et le mooré. À travers mon travail, j’aimerais faire connaître le peuple Kando et sa culture. Aussi, ma recherche pourra servir pour les travaux d’alphabétisation, les travaux didactiques et la constitution des manuels ».

Marie Bazié

Daouda Kaboré, doctorant en première année en mathématiques appliquées

« Mon thème porte sur la coordination robuste des systèmes multi-agents dans des environnements partiellement observables. Nous avons choisi ce thème parce que nous faisons face actuellement à un défi sécuritaire. À la fin de nos travaux, nous allons mettre en place un mécanisme dans la navigation des drones. Nous allons voir comment est-ce qu’on peut coordonner plusieurs drones pour pouvoir mener à bien une mission. Il peut arriver que la météo compromette la mission. Notre objectif, c’est de préparer à l’avance les difficultés météorologiques. Notre souhait est que les structures que nous allons approcher nous permettent d’avoir accès aux données. Quand on crée un modèle mathématique, il faut l’appliquer et pour l’appliquer il faut tester le modèle. Pour pouvoir tester le modèle, il faut des données. Par faute de données, on a souvent des modèles qui ne correspondent pas à la réalité ».

Daouda Kaboré

Rama Diallo
Lefaso.net

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