Nécrologie : Ben Idriss Zoungrana, figure emblématique de la photographie burkinabè, inhumé à Gounghin
Le photographe burkinabè Ben Idriss Zoungrana, affectueusement appelé “Big Z”, a été conduit à sa dernière demeure ce dimanche 15 mars 2026 au cimetière municipal de Gounghin. Famille, amis, collègues et admirateurs lui ont rendu un ultime hommage, saluant le parcours remarquable d’un homme qui aura profondément marqué la photographie et le reportage sportif au Burkina Faso.
Ben Idriss Zoungrana, dit Big Z, a définitivement rangé son appareil photo le vendredi 13 mars 2026. Sa disparition constitue une perte immense pour le monde de la photographie burkinabè.
Ce dimanche 15 mars 2026, au cimetière municipal de Gounghin, sa famille, ses amis et ses collègues sont venus l’accompagner à sa dernière demeure, avant de livrer des témoignages empreints d’émotion sur le parcours inspirant de l’homme et du professionnel qu’il était.
Aimé Pathé Ouédraogo, ami proche de Ben Idriss Zoungrana : « Ben fait partie des tout premiers meilleurs photographes d’Afrique »
« Je pense qu’il a eu un parcours extraordinaire. Ce qu’il a accompli, rares sont ceux qui peuvent le faire, surtout dans ce métier. Ben fait partie des tout premiers meilleurs photographes d’Afrique. Bien sûr, au Burkina, beaucoup ne l’ont pas compris. Il fallait voyager avec lui à l’étranger pour mesurer qui il était réellement.
Il a travaillé, il a fait ce qu’il fallait. C’est vraiment un grand regret pour nous. Je voyais qu’il était très malade. Son fils m’a appelé pour me dire que cela n’allait pas. Trois jours plus tard, il m’a annoncé son décès. C’était difficile pour lui.
Quand je suis allé le voir, il était déjà très fatigué. Mais on ne peut rien contre le destin de chacun. Nous prions seulement que le Tout-Puissant lui accorde la place qu’il mérite. »
Arouna Sawadogo, ami de Ben Idriss Zoungrana : « Il a beaucoup fait pour le sport burkinabè »
« Ben Idriss Zoungrana était un artiste, un photographe qui maîtrisait véritablement son art. Il a parcouru le monde. En matière de photographie et de reportages sportifs, il a beaucoup contribué à la promotion du sport burkinabè.
J’ai créé la Fédération burkinabè de vovinam viet vo dao. C’est Ben Idriss qui nous a aidés. La Fédération burkinabè de rugby, je l’ai également créée, et là encore, il nous a soutenus.
Il possédait une mémoire impressionnante. Même si vous demandiez une photo d’enfance d’une autorité du pays, il pouvait vous la retrouver. C’était une véritable mémoire vivante. Malheureusement, il vient de nous quitter.
Je n’ai jamais entendu dire que Ben Idriss était fâché avec quelqu’un. Toujours courtois, toujours jovial, il s’adressait à tout le monde avec respect.
Je me souviens d’une anecdote : une année, le président Laurent Gbagbo était en visite officielle au Burkina Faso. Blaise Compaoré était à l’aéroport pour l’accueillir. En passant sur le tapis rouge, Laurent Gbagbo s’est arrêté après avoir aperçu Ben Idriss. Il lui a demandé de venir le voir à l’hôtel Libya. C’est dire combien il était connu, tout en restant un homme simple.
Je suis un peu déçu, un peu découragé. Mais que voulez-vous ? C’est l’œuvre de Dieu. Nous sommes tous appelés à partir un jour. »
Warren B. Saré, photographe : « Partout où il passait, il donnait envie d’être photographe »
« Comme on le dit chez nous, il faut prier pour ceux qui nous ont devancés et prier aussi pour nous-mêmes. Que la terre du Burkina Faso soit légère à tonton Kolo Kolo, comme il était surnommé.
La photographie burkinabè vient de perdre l’un de ses baobabs. Avec tonton Kolo Kolo, il était impossible de ne pas rire. Partout où il passait, par sa manière de pratiquer la photographie, il donnait envie de devenir photographe.
Il mettait de l’ambiance partout où il allait. C’est un monument qui disparaît, emportant avec lui de nombreux souvenirs.
Les jeunes générations connaissent-elles vraiment l’homme ? C’est là tout le problème. Il est parti avec beaucoup de connaissances. À l’époque, nous aurions dû davantage l’approcher, l’interviewer, comprendre son histoire et sa vision pour le Burkina de demain.
Personnellement, j’ai réalisé un travail de mémoire sur d’anciens combattants et des personnes du troisième âge. Aujourd’hui, je regrette de ne pas avoir davantage appris sur le parcours inspirant de mon tonton Kolo Kolo.
J’appelle les jeunes, notamment les jeunes photographes, à ne pas laisser partir d’autres aînés sans recueillir leurs mémoires et préserver leur histoire. »
Jean Élysée Nikiéma (stagiaire)
Lefaso.net

