Bobo-Dioulasso : Le CGD outille des journalistes sur les « lois innovantes adaptées au contexte burkinabè »
Le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) a organisé, les 10 et 11 mars 2026 à Bobo-Dioulasso, une session de formation au profit des journalistes sur les « lois innovantes adaptées au contexte burkinabè ». Pendant deux jours, une trentaine de professionnels des médias ont été outillés sur deux réformes juridiques majeures à savoir la loi Faso Bõ-Kaooré et les innovations introduites dans le nouveau code des personnes et de la famille.
Cette session s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du projet Kiogo-so, présenté comme une maison initiatique de la société civile. À travers ce projet, le Centre pour la gouvernance démocratique a mis en place à Bobo-Dioulasso une plateforme d’échanges avec les médias locaux. Cette plateforme vise notamment à renforcer les capacités des journalistes afin qu’ils puissent mieux comprendre certaines réformes et en assurer une meilleure vulgarisation auprès des populations.
Selon Anselme Somda, chargé de programme au CGD, l’organisation de cette formation répond à la nécessité d’accompagner les médias face aux réformes engagées par les premières autorités du pays dans plusieurs domaines, notamment celui de la justice. « Pour nous, en tant que centre de recherche, il était important que les journalistes de Bobo soient outillés autour de ces deux réformes, notamment la loi Faso Bõ-Kaooré et les innovations du nouveau code des personnes et de la famille », a-t-il indiqué.
Il a également souligné que ces deux jours de formation ont permis de renforcer les capacités des acteurs de la presse afin qu’ils puissent traiter les informations relatives à ces réformes avec davantage d’aisance et de compréhension. Pour assurer la qualité des échanges, le CGD a fait appel à des acteurs du monde judiciaire. Parmi eux figuraient le juge Diakalya Traoré et le conseiller Baudouin Poda, tous deux de la cour d’appel de Bobo-Dioulasso, qui ont animé les différentes communications.
Au-delà de la formation, le CGD nourrit aussi des attentes vis-à-vis des journalistes. L’objectif est que les médias contribuent activement à la vulgarisation de ces nouvelles dispositions légales. « Notre attente, c’est que les journalistes puissent, à travers leurs différents médias, participer à la vulgarisation de la loi et à sa compréhension par les citoyens. Toute réforme doit faire l’objet d’une appropriation par les communautés et les populations », a insisté Asseghna Anselme Somda. Selon lui, il est essentiel que les populations comprennent les tenants et les aboutissants de ces réformes afin qu’elles puissent progressivement les intégrer dans leurs pratiques sociales.
La loi Faso Bõ-Kaooré : reconnaître la justice coutumière et traditionnelle
La première journée de formation a été consacrée à la présentation de la loi Faso Bõ-Kaooré par Diakalya Traoré, substitut du procureur général près la cour d’appel de Bobo-Dioulasso. Selon lui, cette loi consacre officiellement la reconnaissance de la justice coutumière et traditionnelle. « On parle de reconnaissance parce que ces mécanismes existaient déjà avant même la colonisation. Il fallait juridiquement les reconnaître à travers un texte de loi », a-t-il expliqué.
Adoptée le 14 janvier 2026, cette loi répond ainsi à deux raisons majeures. La première, dit-il, est l’inadaptation du système judiciaire inspiré du modèle occidental à certaines réalités sociologiques locales. La seconde tient au contexte sécuritaire marqué par le terrorisme et les conflits communautaires. Ainsi, la loi Faso Bõ-Kaooré se veut une réponse aux défis liés à la paix, à la sécurité, à la cohésion sociale et à la gestion des conflits communautaires.
Le magistrat a également souligné que les décisions rendues par les juridictions classiques peuvent parfois être juridiquement correctes, mais socialement conflictuelles. Cette situation est particulièrement visible dans certains litiges, notamment fonciers. Toutefois, il a évoqué certains défis liés à la mise en œuvre de cette loi. Parmi ceux-ci figurent la contestation de la légitimité de certains chefs coutumiers dans certaines localités, l’absence de rémunération prévue pour les membres des tribunaux coutumiers, ainsi que certaines réalités sociologiques qui pourraient créer des difficultés d’application.
La loi précise néanmoins que les tribunaux coutumiers et traditionnels ne doivent tolérer aucune forme de discrimination fondée sur l’origine, le sexe ou la religion, etc. Ces juridictions pourront traiter la majorité des litiges, à l’exception des questions administratives liées aux décisions des autorités publiques. En matière pénale, elles ont l’obligation aussi d’informer immédiatement le procureur du Faso lorsqu’elles sont saisies d’une affaire.
Les innovations du nouveau code des personnes et de la famille
La deuxième journée de formation a porté sur les innovations du nouveau code des personnes et de la famille. Cette communication a été assurée par Baudouin Poda, conseiller à la cour d’appel de Bobo-Dioulasso. Selon lui, les innovations se situent à la fois sur la forme et sur le fond.
Sur la forme, la principale évolution concerne l’appellation du texte. « Avant, c’était une Zatu. Désormais, il s’agit d’une loi », a-t-il expliqué. Le nombre d’articles a également connu une augmentation, passant d’environ 1 067 à 1 113 articles. Par ailleurs, la nouvelle législation introduit une numérotation analytique des articles en lieu et place de la numérotation chronologique.
Sur le fond, plusieurs innovations majeures sont introduites. Parmi elles figure l’identification électronique unique, ainsi que l’institution de registres numériques pour l’état civil. Jusqu’à présent, les actes d’état civil étaient enregistrés uniquement dans des registres physiques. La nouvelle loi prévoit également la possibilité d’enregistrements électroniques, ce qui constitue une avancée vers la modernisation de l’administration.
Autre innovation notable : la reconnaissance des mariages religieux et coutumiers à travers la possibilité de leur transcription dans les registres officiels. Le texte réglemente également le statut des apatrides, une question qui n’était pas prise en compte dans l’ancien code des personnes et de la famille. Selon Baudouin Poda, ces innovations constituent des avancées importantes et devraient produire des effets positifs une fois pleinement mises en œuvre.
Des journalistes satisfaits mais vigilants
Du côté des participants, la formation a été saluée comme une opportunité d’apprentissage et d’échanges avec des experts du domaine. Amina Sanou, journaliste à Silure Média, estime que cette session lui a permis de mieux comprendre ces nouveaux instruments juridiques. « La formation m’a permis de mieux comprendre ces nouveaux outils de droit en matière de gestion des conflits et aussi le nouveau code des personnes et de la famille », a-t-elle confié.
Elle souligne également que les échanges avec les experts ont permis aux journalistes de poser les « bonnes questions » sur les enjeux de ces réformes. Toutefois, elle estime que certaines inquiétudes subsistent, notamment concernant la prise en compte du genre dans les mécanismes de justice coutumière. Selon elle, certaines pratiques traditionnelles ont parfois tendance à minimiser les droits des femmes dans la gestion des conflits. Elle s’interroge donc sur la capacité des instances coutumières à garantir une justice équitable dans certains cas.
Malgré ces préoccupations, la journaliste reconnaît que certaines innovations, notamment la reconnaissance du mariage coutumier, constituent une avancée importante pour de nombreuses femmes. À l’issue de cette formation, les journalistes repartent ainsi avec de nouveaux outils pour mieux comprendre et expliquer ces réformes juridiques aux populations, contribuant ainsi à leur appropriation par les citoyens.
Romuald Dofini
Lefaso.net


