Ruptures collectives à Ouagadougou : Entre convivialité et défi de la tolérance
À Ouagadougou, les ruptures collectives organisées à l’occasion du carême chrétien et du jeûne musulman suscitent différents avis parmi les citadins. Certains saluent ces initiatives pour leur rôle dans la promotion de la cohésion sociale, tandis que d’autres appellent à aller au-delà des symboles et à instaurer un véritable dialogue interreligieux au quotidien.
Pour Mamadou Zongo, ces initiatives sont positives mais nécessitent un suivi concret pour dépasser le simple symbole. « Pour moi, les ruptures collectives, ce sont de très belles initiatives si et seulement si c’est accompagné d’actes concrets après. On voit que c’est à l’occasion du carême chrétien et du jeûne musulman que beaucoup se rappellent qu’il faut promouvoir le bien-vivre ensemble, la cohésion sociale et faire de bonnes actions. Et après, il faut attendre encore l’an prochain. On pourrait faire d’autres actions ensemble avec toutes les confessions religieuses (activité à Faso Mêbo, activités sportives, œuvres sociales, etc.) Je pense que le vrai combat actuel, c’est la tolérance religieuse. Permettre à chacun de pratiquer librement sa religion si cela ne met pas en péril la sécurité nationale. Que personne ne s’en prenne à la religion ou à la croyance de l’autre. Accepter les autres confessions religieuses et surtout les mariages interreligieux. Que ces ruptures collectives aillent au-delà du simple partage de repas ensemble. Le monde actuel fait que les gens se rencontrent beaucoup plus hors de leurs milieux religieux. Et quand cela arrive, je pense qu’on peut commencer à tolérer cela et accepter les couples mixtes. Tout ceci contribuera à former une société bien soudée, indivisible et tournée vers des intérêts communs, gages d’une paix durable. Cela contribuera également à lutter contre les discours de haine, les discours extrémistes, qui dans notre contexte actuel ne sont pas les bienvenus. Je trouve que le problème, ce ne sont pas les jeunes. Entre jeunes, on fait preuve de tolérance et d’acceptation mutuelle, pour la grande majorité en tout cas. Donc, il faut beaucoup sensibiliser et continuer à promouvoir le vivre-ensemble. Si le créateur de l’univers voulait d’une seule et unique religion, il l’aurait créée au commencement. »
À l’inverse, Nourdine Ouédraogo souligne les limites de ces initiatives et appelle à une cohésion durable bien en amont des périodes religieuses. « Je pense que les ruptures collectives sont une très bonne chose mais la cohésion doit commencer bien avant le carême car nous avons des problèmes beaucoup plus sérieux que cela. Nous parlons chaque fois de ruptures collectives, pourtant nous avons de la rancœur les uns envers les autres. Avant d’organiser des ruptures collectives, nous devons d’abord chercher à nous entendre. Il ne sert à rien de se croiser pour manger des papayes, boire des jus et s’ignorer le lendemain. »
Pour Nadia Gnaba, ces rencontres représentent un pas positif vers l’acceptation entre communautés, mais restent parfois symboliques. « Je pense que la rupture collective est une très bonne initiative, parce qu’elle rapproche les communautés musulmane et chrétienne et renforce la cohésion sociale. Mais en même temps, il existe encore des familles qui refusent les mariages entre personnes de ces deux religions. J’espère donc que ces ruptures collectives seront un pas vers plus d’acceptation, et que le respect entre les religions ne se limitera pas seulement à ces moments symboliques. »
Patricia Coulibaly insiste sur la convivialité et la dimension nationale de ces moments. « Pour moi, les ruptures collectives sont à saluer, parce qu’elles sont des moments de convivialité et de rencontre entre des personnes de religions différentes et donc de visions différentes. Mais grâce à ces genres d’événements, on oublie un peu le côté diversité religieuse et on se concentre sur le plus important : être tous de la même nationalité burkinabè. »
Enfin, Claude Zoungrana rappelle que ces initiatives ont un impact positif sur le vivre-ensemble et appelle à traduire cette fraternité symbolique dans la vie quotidienne. « Je pense que les ruptures collectives sont très bénéfiques. Elles renforcent la cohésion sociale et le vivre-ensemble. Elles montrent qu’au-delà de nos divergences religieuses, nous sommes tous frères et sœurs, fils et filles d’un même pays : le Burkina Faso. Maintenant, il serait aussi beau de voir cette fraternité se traduire par davantage d’unions entre les familles de différentes confessions. »
Ainsi, si les ruptures collectives sont unanimement reconnues pour leur valeur symbolique et leur capacité à rassembler, elles posent également la question de leur impact concret et durable sur la tolérance et la cohésion sociale. Pour certains, elles doivent devenir un tremplin vers une acceptation quotidienne et une réelle fraternité interreligieuse, au-delà du partage d’un repas.
Anita Mireille Zongo
Lefaso.net







