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Santé communautaire : Clotilde Ilboudo, au chevet des femmes et des malades depuis plus de deux décennies

Publié le dimanche 8 mars 2026 à 22h35min

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Santé communautaire : Clotilde Ilboudo, au chevet des femmes et des malades depuis plus de deux décennies

Depuis plus de vingt ans, Clotilde Ilboudo consacre son énergie à l’accompagnement des personnes vulnérables au sein de l’Association Zems Taaba (AZET). Conseillère en dépistage puis conseillère psychosociale, elle a vu évoluer les perceptions autour du VIH et d’autres maladies chroniques dans les communautés. Entre sensibilisation, soutien moral et plaidoyer pour une meilleure prise en charge des malades, cette actrice communautaire poursuit un engagement nourri par la conviction que l’écoute et la solidarité peuvent sauver des vies.

Dans le monde discret et sensible du travail communautaire, certaines trajectoires se distinguent par leur constance. Celle de Clotilde Ilboudo en fait partie. Depuis 23 ans, cette femme engagée œuvre au sein de l’Association Zems Taaba (AZET), une organisation communautaire engagée dans la lutte contre plusieurs maladies, dont le VIH, la tuberculose, le paludisme et l’hépatite. Membre du réseau Convergence communautaire du Faso (COCOFA), l’association a vu le jour en 1995 et s’est progressivement imposée comme un espace d’écoute, d’accompagnement et de sensibilisation au cœur des communautés.

Lorsque Clotilde Ilboudo rejoint l’association en 2003, la situation est très différente d’aujourd’hui. Le VIH demeure alors un sujet tabou et fortement stigmatisé. Les personnes infectées vivent souvent leur maladie dans le silence et l’isolement. « Au début, je faisais seulement le dépistage et nous référions les cas positifs vers les structures de prise en charge », se souvient-elle. Progressivement, les activités de l’association évoluent. Les conseillers communautaires ne se contentent plus d’orienter les malades vers les centres de santé. Ils participent désormais à leur accompagnement psychosocial. Clotilde Ilboudo suit cette transformation. De conseillère en dépistage, elle devient conseillère psychosociale, un rôle qui consiste à écouter, soutenir et orienter les personnes confrontées à la maladie.

Au fil des années, elle se retrouve face à des histoires humaines souvent bouleversantes. Beaucoup de femmes qui franchissent les portes de l’association arrivent seules, malades et sans soutien familial. Selon la conseillère, certaines y découvrent leur sérologie lors des consultations prénatales. D’autres viennent après le décès de leurs maris ou lorsqu’une maladie persistante les pousse à chercher des réponses. « La plupart des femmes qui viennent vers nous viennent seules. Parfois leurs proches ne savent même pas qu’elles vivent avec le VIH », explique-t-elle, ajoutant que la peur de la stigmatisation reste une réalité pour beaucoup d’entre elles.

Clotilde en pleine discussion avec une femme avant le dépistage du VIH en décembre 2025 dans le village de Tansoabtinga

Un engagement né d’un choc personnel

Si Clotilde Ilboudo s’est engagée dans la lutte contre le VIH, c’est aussi à cause d’une expérience personnelle qui l’a profondément marquée. Elle évoque le souvenir d’une amie proche dont la maladie a longtemps été entourée de silence. « J’avais une copine qui disait souvent qu’elle était malade, mais elle parlait seulement de douleurs aux pieds », raconte-t-elle. Pendant longtemps, elle n’a plus eu de nouvelles d’elle. Ce n’est que plus tard qu’elle apprend son décès. Lorsqu’elle se rend aux funérailles, la vérité lui est révélée. « Quand je suis allée pour saluer les funérailles, c’est en ce moment que j’ai compris que son décès était dû au VIH. Donc, ça m’a marquée. C’est ce qui m’a donné le courage de partir vers les associations pour comprendre plus le VIH et aider les femmes. »

Au sein de l’Association Zems Taaba, les activités ne se limitent plus uniquement à la sensibilisation. Face aux réalités économiques et sociales des membres, l’organisation a développé des initiatives complémentaires, notamment la production de savon afin de générer des ressources pour soutenir les activités. AZET fonctionne selon une organisation structurée avec une présidence, un secrétariat et une trésorerie, etc. Bien qu’elle soit ouverte à tous, les femmes y sont majoritaires.

Au fil du temps, Clotilde Ilboudo observe également une évolution dans les problématiques sanitaires rencontrées par les populations. Si le VIH demeure présent, les cas semblent aujourd’hui moins nombreux grâce aux efforts de sensibilisation et aux progrès de la prise en charge. « Les cas de VIH ont diminué, mais il en existe toujours. Aujourd’hui, nous faisons surtout le suivi des personnes déjà infectées », dit-elle. Parallèlement, de nouvelles préoccupations sanitaires des femmes émergent. Les activités de l’association s’étendent désormais au dépistage de l’hépatite, à la sensibilisation sur le diabète et à l’accompagnement des femmes confrontées à certains cancers, notamment le cancer du sein. « Beaucoup de femmes viennent maintenant pour des problèmes liés au diabète ou pour se renseigner sur le cancer du sein », note-t-elle.

Pour Clotilde, il est important que les femmes aient une autonomie financière pour améliorer leur état de santé

Malgré ces avancées, le travail communautaire reste éprouvant. Les conseillers sont souvent confrontés à des situations émotionnellement difficiles. Écouter les souffrances des autres peut laisser des traces. Pour tenir dans la durée, Clotilde Ilboudo a appris l’importance de partager ses propres émotions. « Quand on écoute les problèmes des autres, il faut aussi pouvoir parler des siens. Sinon tout reste en toi », confie-t-elle.

L’un des défis majeurs pour son association reste la précarité dans laquelle vivent de nombreuses femmes malades. Au-delà du soutien moral, Clotilde fait savoir que certaines ont simplement besoin de nourriture pour pouvoir suivre correctement leur traitement. « Quand elles viennent vers nous, elles partagent leurs problèmes. Et souvent, la dernière solution est simplement de pouvoir manger pour tenir face à la maladie. » Dans ces cas, l’association tente d’orienter ces femmes vers d’autres structures ou institutions susceptibles de leur apporter un soutien.

« Depuis 23 ans je suis au sein de l’association Zems Taaba comme conseillère et je n’ai jamais changé d’association »

Malheureusement, toutes les histoires ne connaissent pas une issue heureuse. Clotilde Ilboudo se souvient notamment d’une jeune fille qui refusait de révéler sa sérologie à sa famille. Convaincue par ses proches d’abandonner son traitement pour se tourner vers des pratiques religieuses, elle a fini par perdre la vie. Ces drames rappellent, pense-t-elle, combien la sensibilisation reste essentielle. Aujourd’hui, malgré les difficultés et l’âge, Clotilde Ilboudo reste convaincue de l’importance de son engagement. Pour elle, la lutte contre les maladies passe aussi par l’autonomisation des femmes. « Je voudrais dire aux femmes d’avoir le courage de lutter pour leur avenir et de chercher une activité. Il ne faut pas tout attendre des autres ou des associations », adresse-t-elle pour aux femmes au Burkina.

Farida Thiombiano
Lefaso.net

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