Du sommet de l’État à la rue : Toutes les femmes exposées aux violences
Image générée par l’IA
L’agression dont a été victime la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, le mardi 4 novembre 2025, en pleine rue et sous les caméras, rappelle une réalité que beaucoup préfèrent encore ignorer : aucune femme, quel que soit son statut, n’est totalement à l’abri des violences sexistes et sexuelles.
Alors qu’elle échangeait avec des habitants et prenait des selfies dans les rues de Mexico, un homme s’est approché d’elle et a tenté de l’embrasser de force, posant ses mains sur elle. La scène, captée en vidéo et rapidement devenue virale sur les réseaux sociaux, ne dure que quelques secondes. Mais ces quelques secondes suffisent à illustrer un problème bien plus profond.
Si une cheffe d’État peut être agressée de la sorte, entourée de collaborateurs, sous la protection de la sécurité présidentielle et sous les regards de nombreux témoins, que dire alors des millions de femmes anonymes qui vivent ces violences dans le silence et l’indifférence ?
Car derrière chaque affaire médiatisée se cachent des milliers d’autres qui ne feront jamais la une de l’actualité. Des femmes vivant dans des situations de grande vulnérabilité : celles qui traversent des difficultés financières, les veuves qui assument seules la charge familiale, des réfugiées, des femmes déplacées internes, les femmes de ménage, les vendeuses de rue, les employées dans les entreprises, ou tout simplement des citoyennes « ordinaires ». Des femmes qui, contrairement aux personnalités publiques, n’ont pas toujours les moyens d’accéder à la justice ni la possibilité de faire entendre leur voix.
Dans de nombreuses sociétés à travers le monde, dont celles africaines et burkinabè, les victimes de violences sexuelles doivent encore affronter un autre combat : celui du regard social. Avant même d’obtenir justice, elles doivent se défendre contre les soupçons, les jugements et les accusations à peine voilées. On leur demande ce qu’elles faisaient à cet endroit, pourquoi elles étaient seules, pourquoi elles étaient sorties à cette heure, ou encore comment elles étaient habillées. Sur les réseaux sociaux, elles sont souvent harcelées et moquées. Le plus troublant est que cette culture du blâme peut parfois être relayée par des femmes elles-mêmes. Non par cruauté, mais parce que les pesanteurs sociales et culturelles ont façonné les mentalités au point de banaliser l’inacceptable.
Ces propos contribuent à faire porter sur les victimes le poids de l’agression, plutôt que sur l’agresseur. Dans ces conditions, comment s’étonner que tant de femmes choisissent de se taire ? Porter plainte devient alors un parcours semé d’obstacles : peur de ne pas être crue, peur d’être stigmatisée, peur de représailles, ou tout simplement manque de moyens pour engager des procédures judiciaires.
L’histoire récente a pourtant montré que ces violences ne connaissent ni frontières ni classes sociales. L’affaire Epstein, révélant un vaste réseau de trafic sexuel impliquant des mineures et de jeunes femmes, a exposé au grand jour l’ampleur de ces crimes et les mécanismes de silence qui les entourent. Elle a également mis en lumière comment le pouvoir, l’argent et l’influence peuvent parfois contribuer à protéger les agresseurs et à faire taire les victimes.
Face à ces réalités, l’agression subie par Claudia Sheinbaum doit être perçue comme un signal d’alerte. Elle rappelle que les violences faites aux femmes ne relèvent pas seulement d’histoires individuelles, mais d’un phénomène structurel profondément ancré dans certaines mentalités.
En ce 8 mars 2026, il est essentiel de rappeler que cette date ne doit pas être seulement symbolique. Elle doit être un moment de réflexion collective et d’engagement concret.
La lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles ne peut se limiter à des discours ou à des déclarations de principe. Elle exige des actions fortes : des lois appliquées avec rigueur, des systèmes judiciaires réellement accessibles aux victimes, des mécanismes de protection efficaces, mais aussi un travail profond sur les mentalités et les normes sociales.
Car tant que les femmes devront encore se justifier d’avoir été agressées, tant que la honte pèsera davantage sur les victimes que sur les agresseurs, la bataille pour l’égalité et la dignité restera inachevée.
Et si même une présidente peut être victime d’une telle agression, cela devrait nous rappeler une chose essentielle : toutes les femmes sont exposées.
Ces violences ne sont pas des cas isolés. Elles constituent une réalité mondiale. Les féministes ne déforment pas la réalité. Elles/ils n’exagèrent pas, même si certains internautes (qui ont souvent de fortes audiences) et des personnalités publiques dans les médias le prétendent. Pour preuve, selon un rapport publié le 19 novembre 2025 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), près d’une femme sur trois dans le monde, soit environ 840 millions de femmes, a subi au moins une fois dans sa vie des violences physiques ou sexuelles de la part d’un partenaire intime ou une agression sexuelle.
Sur les douze derniers mois seulement, 316 millions de femmes, soit 11 % des femmes âgées de 15 ans et plus, ont été victimes de violences physiques ou sexuelles au sein de leur couple. Des chiffres alarmants qui rappellent que, derrière chaque statistique, il y a des vies brisées, des silences imposés et une urgence : celle d’agir réellement pour que la sécurité et la dignité des femmes ne soient plus une revendication, mais une évidence.
Lire le rapport ici : https://www.who.int/fr/news/item/19-11-2025-lifetime-toll--840-million-women-faced-partner-or-sexual-violence
Samirah Elvire Bationo
Lefaso.net


