Projet Réduire les effets du changement climatique sur la santé au Burkina Faso (CLIMSA) : Les résultats de l’étude dévoilés
L’atelier national de restitution des résultats de l’étude intitulée « Réduire les effets du changement climatique sur la santé au Burkina Faso (CLIMSA) » s’est tenu à Ouagadougou, ce jeudi 5 mars 2026. Cette rencontre a permis de présenter les principaux résultats du projet, de favoriser les échanges entre les parties prenantes et d’appuyer la prise de décision afin d’atténuer les impacts sanitaires du changement climatique au pays des hommes intègres.
Au Burkina Faso, le changement climatique se traduit depuis plusieurs décennies par une diminution des précipitations et une hausse des températures, avec des conséquences importantes sur les moyens de subsistance et la santé des populations. Afin de répondre aux besoins croissants en matière de sécurité alimentaire, des agropoles ont été développés autour de grands barrages artificiels, contribuant à améliorer la production agricole.
Cependant, ces transformations ont également favorisé l’apparition et l’augmentation de certaines maladies, notamment celles liées à l’eau et celles transmises par les moustiques. Les nouveaux environnements créés autour des barrages offrent en effet des conditions propices à la prolifération des vecteurs et des germes responsables de maladies telles que la schistosomiase, le paludisme, la dengue ou encore les maladies diarrhéiques.
Face à ce constat, il devient essentiel de mieux comprendre les interactions entre le changement climatique, les environnements artificiels comme les agropoles et les agents pathogènes, afin de trouver un équilibre entre production alimentaire intensive et protection de la santé publique. Il est également important d’examiner la manière dont les communautés locales perçoivent, interprètent et s’adaptent à ces changements afin d’orienter des interventions durables et efficaces.
C’est dans cette perspective que l’étude CLIMSA a été mise en œuvre dans le district sanitaire de Nanoro, autour de l’agropole de Soum. Le projet vise à améliorer la santé des populations vivant dans et autour des agropoles, en générant des connaissances scientifiques, en développant des outils de modélisation innovants et en formulant des recommandations pour atténuer les impacts sanitaires du changement climatique.
Le projet s’articule autour de trois axes de recherche complémentaires. Le premier vise à identifier les facteurs socioculturels, anthropologiques et comportementaux influençant le risque de maladies liées à l’eau, ainsi que les éléments susceptibles d’affecter la résilience des communautés. Le deuxième consiste à explorer les principaux risques sanitaires liés au climat autour du barrage de Soum, notamment les maladies liées à l’eau, et à développer des modèles de prédiction pour le paludisme et la schistosomiase. Le troisième axe porte sur le renforcement des capacités de recherche au Burkina Faso à travers la formation et le transfert de technologies, ainsi que sur la formulation de recommandations pour des interventions visant à atténuer l’impact du changement climatique sur la santé.
Concrètement, cet atelier a été l’occasion de présenter les résultats des recherches menées dans le cadre du projet CLIMSA. Il a également permis de favoriser les échanges entre chercheurs, acteurs institutionnels et parties prenantes locales. Enfin, les participants ont pu formuler des recommandations visant à améliorer la santé des populations face aux maladies sensibles au climat.
Les acteurs de mise en œuvre du projet CLIMSA
Il faut noter que le Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST), à travers ses instituts de recherche, a notamment pour mission d’appuyer la prise de décision et le développement du pays par la production de connaissances scientifiques. Dans cette dynamique, l’Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS), l’un des quatre instituts du CNRST, et plus particulièrement son Unité de recherche clinique de Nanoro (URCN), contribuent à générer des données probantes au service de la santé publique et du bien-être des populations.
Le projet CLIMSA a ainsi été conçu et mis en œuvre par l’IRSS, avec l’appui de partenaires nationaux et internationaux, afin de mieux comprendre les interactions complexes entre climat, environnement et santé. Les résultats présentés lors de cet atelier devraient contribuer à orienter les politiques publiques et les stratégies de prévention face aux maladies sensibles au climat, notamment dans les zones d’aménagement hydroagricole.
« Je tiens à saluer l’approche multidisciplinaire et participative qui a caractérisé ce projet, associant entomologie, parasitologie, microbiologie, sciences sociales et modélisation, ainsi que l’implication active des communautés, des services techniques, des autorités locales et des institutions de recherche. Cette démarche illustre parfaitement celle du CNRST, qui consiste à mener une recherche ancrée dans les réalités nationales et orientée vers des solutions concrètes. Elle est consacrée dans la vision déclinée dans son Plan stratégique 2025-2029, qui est de faire du CNRST, à l’horizon 2029, un pôle d’excellence de recherche et d’innovation transdisciplinaires pour le développement durable du Burkina Faso. Les résultats présentés lors de cet atelier constituent une base scientifique précieuse pour éclairer les politiques publiques dans les domaines de la santé, de l’agriculture, de la gestion de l’eau et de l’adaptation au changement climatique. Ils contribueront sans doute à renforcer l’intégration de la dimension sanitaire dans les grands programmes de développement, notamment ceux liés aux barrages et aux agropoles », a déclaré dans son allocution le président de la cérémonie d’ouverture de l’atelier, le délégué général du CNRST, Dr Emmanuel Nanéma.
Un taux élevé de paludisme dans la zone d’intervention de l’étude
Le chef de l’Unité de recherche clinique de Nanoro, Pr Halidou Tinto, a quant à lui dévoilé les principaux résultats de l’étude, menée sur une période de cinq ans.
« Nous avons constaté que dans les zones où il existe des barrages et des aménagements hydroagricoles, la dynamique du paludisme est complètement différente de celle généralement prise en compte dans les stratégies de prévention. Au Burkina Faso, le paludisme est habituellement associé à la saison pluvieuse, qui s’étend globalement de juillet à décembre. Cependant, dans ces zones d’aménagement, nos observations montrent une transmission quasi permanente du paludisme, du 1er janvier au 31 décembre.
Grâce à un suivi longitudinal des cas de paludisme sur toute l’année, nous avons notamment constaté qu’en saison sèche, période où l’on s’attend normalement à une faible présence de la maladie en raison de l’absence de pluies, la prévalence du paludisme atteint tout de même environ 34 % dans ces zones. À l’inverse, dans les zones ne disposant pas de barrages, la prévalence est pratiquement nulle à la même période. Cela montre clairement que les stratégies actuelles de prévention, principalement concentrées sur la saison pluvieuse, ne sont pas adaptées aux zones d’hydroaménagement », a-t-il détaillé.
Il a ajouté : « Dans ces environnements, il est nécessaire de maintenir des interventions de manière continue, même en saison sèche. En tant que chercheurs, il nous revient d’analyser ces phénomènes et de proposer au gouvernement des approches innovantes, avec des interventions ciblées dans ces zones. L’objectif est d’éviter que la forte productivité attendue de ces aménagements ne soit compromise par les problèmes de santé. En effet, lorsque les populations tombent malades, elles deviennent moins productives et utilisent une partie importante de leurs revenus pour se soigner ou soigner leurs enfants.
À la suite de ce projet, nous envisageons d’élaborer un paquet d’interventions intégrant fortement les communautés, afin qu’elles s’approprient les solutions proposées. Nous espérons également bénéficier de l’appui du gouvernement pour mettre en œuvre des phases pilotes permettant de tester ces approches. Si les résultats sont concluants, ces stratégies pourraient être répliquées dans d’autres zones d’aménagement hydroagricole du pays, notamment à Bagré ou à Samandéni. L’objectif est qu’à terme, les populations puissent produire davantage, tout en étant en meilleure santé », a souligné le Pr Halidou Tinto.
Au-delà de cette étude, d’autres actions porteuses ont été menées. Grâce au projet CLIMSA, plusieurs étudiants ont également pu bénéficier de bourses pour financer leurs études et leurs recherches.
Faïzatou Sorgho en fait partie. Cette doctorante en épidémiologie dans le cadre du projet CLIMSA a souligné que cette initiative a permis aux étudiants impliqués de renforcer considérablement leurs capacités. Selon elle, le projet leur a offert l’opportunité de s’inscrire en thèse afin d’obtenir le doctorat et d’envisager une carrière dans la recherche.
Elle a également indiqué que les doctorants sont actuellement en phase de finalisation de leurs travaux de thèse et se préparent à soutenir prochainement. Il en est de même pour les étudiants en master. Par la suite, ils ambitionnent d’intégrer des structures de recherche ou des universités afin de contribuer à la production scientifique et à l’enseignement supérieur.
Au nom des étudiants bénéficiaires, Faïzatou Sorgho a exprimé sa reconnaissance à l’endroit de l’Unité de recherche clinique de Nanoro, qui les accueille, ainsi qu’aux partenaires techniques et financiers du projet pour l’opportunité qui leur a été offerte de se former. Elle a indiqué que les compétences acquises leur permettront, à leur tour, de contribuer à la formation d’autres étudiants et de partager leurs connaissances avec leurs collaborateurs dans le domaine de la recherche.
Samirah Bationo
Lefaso.net




