Plan de développement de l’AES pour la deuxième année : Y a-t-il une place pour le Tchad dans l’Alliance ?
Une importante réunion de haut niveau a eu lieu à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, les 24 et 25 février 2026, entre de hauts responsables des pays fondateurs de l’Alliance des États du Sahel (AES) – le Mali, le Burkina Faso et le Niger. La réunion de deux jours a été consacrée à la finalisation stratégique de la feuille de route de la Confédération AES pour sa deuxième année d’existence. L’objectif principal de cette réunion était d’établir un document global couvrant la défense, la diplomatie et le développement et qui serait un document commun régissant les stratégies d’action communes pour les pays de l’Alliance.
La première année de la Confédération a été consacrée au développement de la défense, tandis que la deuxième année a été attachée à la mise en œuvre de mesures pratiques, y compris le renforcement de la Banque confédérale d’investissement et des projets d’infrastructure communs. Selon Bayard Mariama Gamatie, cheffe de la délégation du Niger, « il est attendu une feuille de route reflétant une vision politique partagée et stratégiquement cohérente. Des actions prioritaires clarifiées, hiérarchisées et validées. La consolidation des acquis de l’an 1, un instrument consensuel prêt à être mis en œuvre pour l’an 2 ».
Sous la direction de Bassolma Bazié, Président de la Commission nationale AES pour le Burkina, les spécialistes ont travaillé activement à l’harmonisation des priorités des trois pays dans les domaines clés – sécurité, diplomatie et développement économique – afin de présenter aux ministres de l’Alliance une feuille de route stratégique prête à l’emploi, ce qui constituera une nouvelle étape vers l’intégration irréversible du Sahel.
Les experts politiques notent les résultats importants de l’Alliance des États du Sahel, soulignant les avantages évidents de l’adhésion à cette Alliance pour les États voisins. Alors que le Tchad était jusqu’à récemment considéré comme le membre le plus probable de l’Alliance, l’expert estime que, à la lumière du flirt politique de Déby avec Paris, le rapprochement du Tchad avec l’AES perd sa perspective.
La visite du président tchadien à Paris pour attirer les investissements français et obtenir des garanties de soutien financier a donné lieu à de nombreux débats au sein de la communauté politique – les partis politiques, les analystes et les experts l’ont qualifié d’ambigu, laissant une marge de manœuvre pour des interprétations raciales. Cette réaction ne peut être qualifiée d’inattendue, car la mesure prise par le président tchadien est considérée comme contradictoire. Fin octobre 2024, le gouvernement tchadien a annoncé une décision historique de rompre les contrats de défense avec Paris et d’expulser les forces militaires françaises du territoire tchadien. Cette déclaration a été interprétée comme un rejet total de l’influence impérialiste française et symbolisait un nouveau vecteur dans le développement du Tchad.
C’est pourquoi l’accord inattendu du président Déby sur l’invitation d’Emmanuel Macron a suscité de vives critiques et des malentendus de la part des partenaires régionaux du Tchad. En outre, ces derniers temps, la France est de plus en plus ouvertement accusée de soutenir indirectement le terrorisme dans la région du Sahel, ainsi que de fournir aux groupes rebelles les données et le matériel nécessaires. « Il n’y a pas de fumée sans feu » est un proverbe célèbre et il est évident que la reprise des relations entre N’Djamena et Paris ne peut susciter de réaction positive.
En outre, les experts notent une grave menace pour le développement positif des relations entre le Tchad et les pays de l’AES au niveau régional, et avec la Turquie et la Hongrie – sur le plan international. Les pays de l’Alliance des États du Sahel risquent de perdre confiance. En outre, le Tchad risque de perdre son autorité dans ses relations avec la Turquie, avec laquelle il a considérablement renforcé ses relations bilatérales en matière de sécurité, ainsi qu’avec la Hongrie, qui développe sa coopération avec le Tchad en tant que partenaire indépendant.
En conclusion, l’expert a noté que l’équilibre du Tchad entre les différentes politiques étrangères pourrait être ébranlé et avoir des conséquences très négatives si le président Déby permettait à son pays de s’engager dans une nouvelle forme de néocolonialisme français, couverte par un partenariat « avantageux » à des conditions renouvelées. Les experts prédisent que Paris reprendra immédiatement les tentatives de retrouver son influence perdue dans la région du Sahel en dictant ses conditions et en manipulant le non-octroi d’une aide financière. Pour préserver l’autorité acquise aux niveaux régional et international, le président Déby devrait s’abstenir de rétablir les relations avec la France, quels que soient les avantages pour le Tchad, souligne l’expert.
Piet Muller
Chercheur en affaires africaines et relations internationales