Burkina : Zenabo Edmone Kaboré structure son engagement entre justice sociale et climatique
Ingénieure en environnement et économiste planificatrice, Zenabo Edmone Kaboré incarne une génération de jeunes femmes burkinabè qui conjuguent expertise technique et engagement citoyen. Entre gouvernance inclusive, justice climatique et droits des femmes, elle trace son parcours, guidé par la conviction que le développement n’a de sens que s’il est juste.
« Le développement ne peut pas être durable s’il oublie la justice sociale », pense Zenabo Edmone Kaboré qui dégage une assurance discrète. Cette phrase résume à elle seule le socle de son parcours. Ingénieure en environnement et économiste planificatrice, elle a volontairement croisé les disciplines pour mieux comprendre la complexité des défis contemporains. « Le climat n’est pas qu’un sujet technique. C’est un sujet économique. C’est un sujet politique. C’est un sujet social », insiste-t-elle. Pour elle, les crises ne se compartimentent pas. Comprendre les écosystèmes est essentiel, mais cela ne suffit pas. Il faut aussi maîtriser les outils budgétaires, les mécanismes de planification et les dynamiques institutionnelles qui orientent les politiques publiques.
Ainsi au fil des années, elle a collaboré avec plusieurs organisations nationales et internationales, toujours avec la même ligne directrice. Celle de renforcer le pouvoir d’agir des jeunes et des femmes. Son travail consiste à structurer des projets, accompagner des organisations féminines et de jeunesse, consolider des stratégies. « Un projet n’est pas une activité. C’est un levier de transformation », souligne-t-elle. Cette exigence explique son choix de poursuivre un master 2 en management de projets. « L’expérience du terrain m’a montré que la passion ne suffit pas. L’engagement doit être structuré pour être durable », confie-t-elle.
Derrière chaque initiative qu’elle accompagne, elle se pose systématiquement trois questions : est-ce viable ? Est-ce juste ? Est-ce durable ? À la Coalition burkinabè des droits de la femme (CBDF), où elle est actuellement, elle participe à l’élaboration du plan d’action, suivi-évaluation, capitalisation des expériences, mobilisation de ressources, visibilité institutionnelle : elle œuvre à renforcer l’impact du plaidoyer. « Il ne suffit pas d’avoir raison. Il faut aussi être organisé, crédible et cohérent », analyse-t-elle.
Les thématiques qu’elle porte se répondent : participation citoyenne et politique des jeunes et des femmes, leadership féminin, lutte contre les violences basées sur le genre, justice climatique. « On ne peut pas parler de leadership féminin sans parler de sécurité et de droits reproductifs. L’autonomie commence par le corps », affirme-t-elle avec gravité. Pour elle, les jeunes et les femmes sont à la fois les plus vulnérables… et les plus puissants. Vulnérables face aux normes sociales, aux inégalités structurelles, aux effets combinés des crises sécuritaires et climatiques. Puissants par leur capacité d’innovation et leur résilience. « Ils ne doivent pas être de simples bénéficiaires. Ils doivent être de véritables acteurs de changement », martèle-t-elle.
Les progrès sont perceptibles, reconnaît-elle, car les femmes prennent davantage la parole. Des organisations se structurent de plus en plus et les plaidoyers gagnent en cohérence. Mais les obstacles persistent. « Les textes existent. Mais ils sont peu appliqués », regrette-t-elle. Les normes sociales évoluent lentement et le contexte sécuritaire fragilise les mécanismes de protection. Son analyse est que le vrai combat est autant culturel qu’institutionnel. » Transformer les mentalités tout en consolidant les cadres légaux.
C’est dans cette articulation qu’elle situe la justice climatique. « Ceux qui contribuent le moins à la crise en paient le prix le plus lourd », explique-t-elle. Dans les zones rurales, les jeunes filles et les femmes sont en première ligne face aux dérèglements climatiques, à la raréfaction des ressources, aux déplacements forcés. « Si elles ne sont pas autour de la table des décisions, les politiques seront incomplètes », prévient-elle.
« Le leadership, ce n’est pas un titre, c’est une responsabilité. »
Sa définition du leadership s’éloigne des logiques communes. « Le leadership, ce n’est pas un titre, c’est une responsabilité », affirme-t-elle. Influencer positivement, ouvrir des espaces, créer des opportunités. Le leadership féminin et jeune, dit-elle, exige du courage pour occuper des espaces où l’on ne nous attend pas, affirmer sa vision, rester résiliente. Parmi ses figures inspirantes, elle cite Ellen Johnson Sirleaf, mais elle tient aussi à mettre en lumière les militantes locales. « Il y a des femmes qui changent des vies dans l’ombre, au quotidien. Elles sont tout aussi inspirantes. » Ce qu’elle souhaite transmettre à ses pairs, c’est la notion de confiance. La conscience des droits. Et la certitude que chaque jeune fille a sa place dans les espaces de décision.
Pour renforcer le leadership féminin, elle plaide pour plus de financements structurels, plus de mentorat et plus de volonté politique. Le talent existe, assure-t-elle, mais ce sont les opportunités équitables qui restent insuffisantes.
Son combat pour les années à venir est de renforcer la participation citoyenne et politique des jeunes filles et des femmes, notamment en milieu rural, dans les processus de paix. « La paix durable se construit avec les femmes, pas sans elles », affirme-t-elle. À celles qui hésitent encore à s’engager, son message est : « N’attendez pas d’être prêtes à 100 %. Lancez-vous. Apprenez en marchant. Votre voix est légitime. »
Farida Thiombiano
Lefaso.net