Doriane Wendyam Sawadogo : Slamer pour exister
À l’état civil, elle se nomme Doriane Wendyam Sawadogo. Sur scène, elle devient Wendyam. À seulement 21 ans, cette communicatrice de formation conjugue aujourd’hui métier et passion : chargée de clientèle dans une entreprise de la place, elle mène en parallèle une trajectoire artistique singulière dans l’univers du slam burkinabè. Entre esthétique assumée, tonalités sombres et engagement féministe, Wendyam fait de la parole une thérapie et de la scène un espace de vérité.
L’histoire commence au collège. En classe de première, lors d’un cours de commentaire composé, les élèves étudient « Coup de pilon », extrait du recueil éponyme de David Diop. La jeune Doriane est fascinée par la puissance du texte, mais déçue par la manière dont ses camarades le déclament. « Je trouvais que c’était un très beau poème, mais qu’il n’y avait pas assez d’émotion dans la lecture », confie-t-elle.
Elle décide alors de l’apprendre par cœur et de le réciter à sa manière, avec intensité, comme une performance. Elle ignore encore qu’elle est en train de faire du slam. Pour elle, il s’agit simplement d’une autre façon de dire la poésie.
De retour à la maison, enthousiaste, elle partage son admiration avec sa mère. Celle-ci lui lance une phrase qui changera le cours des choses : « Toi aussi, tu peux écrire. » Wendyam tente l’expérience. Son premier texte, court et intime, est dédié à sa mère, tout en rendant hommage à la femme africaine dans son ensemble. Une graine venait d’être semée.
2020, la première scène, le déclic
La véritable révélation survient en 2020, alors qu’elle est en classe de terminale. Son établissement participe à la première édition du Salon du livre africain de Koudougou (SLAC). En duo avec un camarade, elle représente son lycée lors d’une compétition de poésie. Leur prestation leur vaut la troisième place.
Mais l’essentiel se joue en coulisses. Un membre de l’organisation, impressionné par sa performance, l’invite à revenir déclamer un autre texte le soir même. Elle accepte, part se préparer et revient avec un texte sur l’insécurité. Le public est conquis. Les félicitations affluent. Pourtant, un reproche revient : ses textes sont trop courts. « On est resté sur notre faim », lui dit-on.
Elle en prend note. Dès lors, elle s’emploie à écrire davantage, à approfondir sa plume, à soumettre ses productions à ses enseignants pour correction. Le travail devient plus exigeant, mais la passion, elle, ne faiblit pas.
Le slam comme thérapie et espace de liberté
Aînée de sa famille, Wendyam a longtemps intériorisé ses émotions. « J’ai l’habitude d’être celle qui écoute. » Le slam devient alors un refuge.
Sur scène, la parole lui appartient. Elle peut exprimer tristesse, colère, doutes et espoirs sans craindre le jugement. « C’est une thérapie », affirme-t-elle. « Quand je déclame, on est obligé de m’écouter. »
Son univers artistique se définit en quatre mots : esthétique, sombre, réaliste et féministe.
Esthétique, parce qu’elle est sensible à la beauté sous toutes ses formes. Sombre, parce qu’elle explore volontiers les zones d’ombre de l’âme humaine. Réaliste, parce qu’elle s’inspire de son vécu et de celui de son entourage. Féministe, enfin, parce qu’elle refuse l’injustice, en particulier celle faite aux femmes.
« Naître femme est déjà un défi », soutient-elle avec conviction. Dans une société encore marquée par le patriarcat, elle estime que les femmes doivent fournir deux à trois fois plus d’efforts pour se faire une place, y compris dans le milieu artistique.
Si son entourage l’a soutenue à ses débuts, ses parents ont toujours insisté sur la priorité des études. Diplômée d’une licence en communication d’entreprise et relations publiques, Wendyam a parfois été tentée de se consacrer pleinement à la musique. En licence 2, elle envisage même d’enregistrer un album. Le projet est mis en pause.
« Je ne suis pas quelqu’un qui aime aller contre la volonté de ses parents », explique-t-elle.
Depuis, elle avance avec prudence. Elle se produit sur quelques scènes, sans chercher encore à conquérir un large public. Les doutes persistent : est-elle prête à affronter les réalités d’un milieu qu’elle juge exigeant, voire hostile aux femmes ?
Elle évoque les stéréotypes tenaces : l’artiste perçue comme désinvolte, la femme artiste jugée « légère » ou peu respectable. « Le système est compliqué », reconnaît-elle. Mais elle ne ferme aucune porte.
Des ambitions claires pour l’avenir
Dans cinq ans, Wendyam se voit détentrice d’au moins un album, ayant donné des concerts dans les grandes villes du Burkina Faso. Elle ambitionne également de publier un livre, un projet déjà en cours d’écriture, et de devenir une référence dans le domaine de la communication.
Au-delà de la carrière, elle aspire à être un modèle pour les jeunes filles. « Je veux que mes petites sœurs soient fières de moi et qu’elles ne se laissent pas faire. »
Si sa vie devait se résumer en refrain, elle dirait : « Je suis le reflet de la femme qui m’a portée, la consécration de l’homme qui a voulu être père, un enfant du monde appelé à être lumière. »
Entre doutes et détermination, Wendyam avance à son rythme, avec ses mots comme boussole.
Car pour elle, le slam n’est pas qu’une scène.
C’est une voix, une guérison.
1. Une
2. Sur scène, Wendyam impose sa voix et refuse le silence
Anita Mireille Zongo
Lefaso.net
