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Burkina Faso/Gouvernance des frontières : Une nouvelle Stratégie nationale et son plan d’action en préparation pour répondre aux défis sécuritaires et de développement

Publié le lundi 16 février 2026 à 22h11min

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Burkina Faso/Gouvernance des frontières : Une nouvelle Stratégie nationale et son plan d’action en préparation pour répondre aux défis sécuritaires et de développement

Le ministère de l’Administration territoriale et de la Mobilité à travers le Secrétariat permanent de la Commission nationale des frontières, en collaboration avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), organise du 16 au 18 février 2026 à Bobo-Dioulasso un atelier consacré à l’élaboration du plan d’action triennal glissant de la nouvelle Stratégie nationale de gouvernance des frontières. La cérémonie d’ouverture des travaux est intervenue ce lundi 16 février 2026, « marquant une étape importante dans la refonte du dispositif national de gestion des espaces frontaliers dans un contexte sécuritaire et socio-économique en pleine mutation ».

Depuis la création en 2013 de la Commission nationale des frontières (CNF), le Burkina Faso a engagé plusieurs réformes visant à renforcer la gouvernance des zones frontalières. Ces efforts avaient conduit à l’adoption de la Stratégie nationale de gestion des frontières (SNGF) 2016-2025, dont l’ambition était de transformer les espaces frontaliers en zones dynamiques caractérisées par la paix, la sécurité et la prospérité. Arrivée à échéance en décembre 2025, cette stratégie nécessite désormais une actualisation afin de prendre en compte les nouvelles réalités marquées notamment par les défis sécuritaires, humanitaires, économiques et environnementaux.

Selon Fidèle Gouem, secrétaire permanent de la Commission nationale des frontières, l’élaboration de la nouvelle stratégie nationale de gouvernance des frontières 2026-2030 répond aux instructions des autorités nationales, notamment du ministre d’État en charge de l’administration territoriale. « Nous avons déjà formulé le document stratégique et nous sommes actuellement dans le processus d’élaboration du plan d’action triennal glissant 2026-2028 pour sa mise en œuvre », a-t-il expliqué. Après une première étape tenue à Manga, l’atelier de Bobo-Dioulasso vise à finaliser ce processus en associant l’ensemble des acteurs concernés.

Une vue des participants présents à l’atelier de Bobo-Dioulasso

La nouvelle stratégie introduit plusieurs innovations majeures. Elle prend en compte les frontières terrestres et aériennes, intègre le contexte sécuritaire actuel et élargit le périmètre d’intervention à certaines communes situées dans une bande de 15 kilomètres autour des frontières, afin de mieux couvrir l’ensemble des dynamiques frontalières.

Un atelier pour traduire les orientations stratégiques en actions concrètes

L’objectif principal de cet atelier est de décliner ainsi les orientations stratégiques en actions opérationnelles prioritaires assorties d’indicateurs de performance et d’estimations budgétaires. Au cours des trois jours de travaux, les participants devront notamment définir les priorités d’intervention ; identifier les activités clés pour chaque axe stratégique ; clarifier les rôles et responsabilités des acteurs ; estimer les ressources nécessaires ; et valider un projet de plan d’action consensuel.

La méthodologie adoptée repose sur une approche participative, mobilisant les membres du comité de rédaction de la stratégie, les points focaux ministériels, les acteurs des frontières aériennes, les directeurs régionaux de l’économie et de la planification des régions frontalières ainsi que les présidents de délégation spéciale des communes concernées. Pour Fidèle Gouem, cette démarche vise à garantir la cohérence entre la stratégie nationale et les planifications sectorielles et communales. « La stratégie est nationale, mais sa réussite dépend de la capacité à intégrer les réalités locales et les priorités des différents acteurs », a-t-il insisté.

Fidèle Gouem, secrétaire permanent de la Commission nationale des frontières

Les frontières, un enjeu stratégique pour la sécurité et le développement

Représentant le ministre d’État en charge de l’administration territoriale et de la mobilité, Mwin-Nog-Ti Luc Hien, chargé de mission, a rappelé que les régions concernées occupent une place stratégique dans la dynamique économique, commerciale et humaine du Burkina Faso. « Ces zones sont marquées par une forte mobilité transfrontalière et des échanges intenses, mais aussi par des défis sécuritaires et environnementaux qui exigent des réponses coordonnées et durables », a-t-il déclaré.

Selon lui, la nouvelle stratégie vise à transformer les espaces frontaliers en zones de paix, de sécurité et de prospérité partagée. Toutefois, il a souligné qu’une stratégie, aussi pertinente soit-elle, ne peut produire d’impact sans un plan d’action solide, réaliste et porté collectivement. Il a ainsi invité les participants à capitaliser sur leurs expériences de terrain, à privilégier la cohérence avec les politiques sectorielles et à intégrer des dimensions transversales telles que la cohésion sociale, la résilience des populations et le développement local.

Selon le chargé de mission Mwin-Nog-Ti Luc Hien, la nouvelle stratégie vise à transformer les espaces frontaliers en zones de paix, de sécurité et de prospérité partagée

L’appui de l’OIM pour une gouvernance intégrée des frontières

L’Organisation internationale pour les migrations accompagne activement ce processus d’élaboration de la Stratégie nationale de gouvernance des frontières et de son Plan d’action dans le cadre de son engagement en faveur de la gestion intégrée des frontières. Pour Ousmane Niang, coordonnateur des programmes à l’OIM, représentant le chef de mission de l’OIM, il s’agit d’un partenariat stratégique avec le gouvernement burkinabè visant à élaborer un plan d’action concret et réaliste. « L’OIM vient en soutien et en accompagnement à cette initiative. L’objectif est de réfléchir ensemble aux orientations prioritaires et d’élaborer un plan opérationnel permettant la mise en œuvre effective des actions liées à la gouvernance, au développement et à la sécurité des espaces frontaliers au profit des populations et acteurs frontaliers », a-t-il indiqué.

Pour Ousmane Niang, coordonnateur des programmes à l’OIM, représentant le chef de mission de l’OIM, il s’agit d’un partenariat stratégique avec le gouvernement burkinabè visant à élaborer un plan d’action concret et réaliste

Cette collaboration s’inscrit dans le cadre de l’appui du Mécanisme intégré pour la stabilité des frontières (IBSM) en Afrique de l’Ouest, une initiative sous-régionale regroupant plusieurs pays et appuyée par un consortium de bailleurs, y compris la République fédérale d’Allemagne, et visant à renforcer la coopération transfrontalière, la facilitation des échanges commerciaux et la mobilité régionale. En effet, le projet « Renforcer la gouvernance, la sécurité et la stabilité des frontières par l’engagement des communautés et la coopération transfrontalière dans l’espace frontalière Sikasso-Korogho-Bobo-Dioulasso Wa », prévu pour 12 mois à compter de janvier 2026, est issu de ce mécanisme.

Selon Monsieur Niang, les frontières ne doivent pas être perçues uniquement sous l’angle sécuritaire, mais aussi comme des espaces d’opportunités économiques et de coopération entre les populations.

La photo de famille à l’issue de la cérémonie d’ouverture des travaux

Vers des frontières résilientes et porteuses d’opportunités

Dans un contexte marqué par l’insécurité et la pression sur les territoires frontaliers, les autorités burkinabè entendent renforcer la présence de l’État et améliorer la gouvernance locale dans ces zones souvent considérées comme périphériques. Le futur plan d’action devra ainsi répondre à plusieurs exigences majeures, notamment la clarté des priorités, la faisabilité des interventions et la durabilité des actions. L’enjeu est également de renforcer la confiance des populations frontalières et de promouvoir une coopération transfrontalière renforcée. Au-delà des enjeux sécuritaires, la nouvelle stratégie ambitionne de faire des frontières des moteurs de développement économique et d’intégration régionale. La réussite de ce processus dépendra de l’engagement collectif des autorités nationales, des collectivités territoriales, des services techniques, des communautés locales et des partenaires internationaux.

Romuald Dofini
Lefaso.net

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