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Iron Biby et la Saint-Valentin : Une Leçon sur votre pire ennemi

Publié le vendredi 13 février 2026 à 23h07min

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Iron Biby et la Saint-Valentin : Une Leçon sur votre pire ennemi

Six fois champion du monde. Mais Iron Biby n’a pas remercié ses fans. Il n’a pas remercié ses sponsors. Il a remercié ses ennemis. Et ce simple geste pourrait redéfinir ce que devrait être la Saint-Valentin.

À cinq ans, Cheick Ahmed al-Hassan Sanou avait déjà compris qu’il n’était pas « comme les autres ». Il ne pouvait pas se fondre dans un groupe. Il débordait. Son corps arrivait toujours avant lui. Les rires aussi. Parce que les enfants ont un talent cruel : ils repèrent la différence à distance. Ils n’analysent pas. Ils pointent. Ils rient.

« Le Gros. »

Le surnom colle plus vite que la poussière en saison sèche. Ce n’était pas un épisode. C’était un climat, celui de toute son enfance. Même au lycée, Cheick peinait à se faire des amis. Encore moins auprès des filles. « Les filles de ma classe préféraient les garçons minces, » se souvient-il sans amertume.

Les plus âgées lui parlaient par politesse, sourires diplomatiques accrochées aux lèvres. Mais dès qu’il montrait un intérêt sincère, elles disparaissaient comme des mirages dans le désert, comme un taxi qui klaxonne pour t’appeler, puis démarre dès que tu ouvres la portière.

Non. Ce n’était même pas de la simple déception. C’était une arnaque émotionnelle : elles portaient l’uniforme de l’intérêt, mais refusaient d’intervenir quand on les appelait au secours. La leçon est amère : on peut être très grand physiquement et se sentir minuscule intérieurement.

Malgré son poids et sa corpulence, Cheick avait toujours aimé le sport. Il ne rêvait pas d’être fort. Il rêvait d’être athlète. Il rêvait de faire des saltos et des acrobaties. Mais chaque tentative devenait un spectacle involontaire. Quand il courait, son corps vibrait et les autres déclenchaient des rires hystériques en le pointant du doigt. Quand il sautait, le sol semblait protester et les autres exagéraient. Il ne manquait pas de talent, il manquait de silence.

Alors il abandonnait. Pas par faiblesse, mais par fatigue, cette fatigue qui vient quand on se voit trop longtemps à travers le regard des autres.

Mais les rêves ne meurent pas facilement, ils se replient. Cheick n’a jamais cessé de vouloir être athlète. Chez lui, dans le secret, il s’entraînait à la gymnastique avec l’aide de son grand frère. Son amour du sport était si profond qu’après avoir obtenu un master en administration des affaires, il a choisi une carrière dans l’athlétisme.

Désespéré de maigrir et d’être enfin accepté, Cheick a tout essayé : ne manger que de la laitue, des bananes, des légumes. Rien n’y faisait. C’était comme s’appliquer la discipline d’un moine et n’obtenir que le résultat d’un paradoxe : il ne diminuait pas, il se transformait.

Mais à l’époque, il ne le voyait pas. Il voyait un défaut. Finalement, il a abandonné. La honte s’est installée. Puis la haine de soi. Il en est arrivé à blâmer le Créateur pour l’avoir fait si différent des autres. « J’avais un complexe, » confie-t-il. « Je manquais de confiance. J’avais peur de prendre des décisions. Je me détestais. J’étais le plus jeune de ma classe, mais je paraissais quatre ans de plus que tout le monde, même mes grands frères. J’étais toujours plus gros que mes amis, mes frères. Et on se moquait toujours de moi. »

Comme quoi, le corps peut devenir une prison quand les autres en font une caricature.

Le moment de révélation -celui où Cheick a découvert qu’il était un géant endormi destiné à devenir champion du monde- est survenu le jour où il a décidé d’affronter l’un de ses bourreaux. « Il y avait ce garçon plus âgé qui me harcelait régulièrement », se souvient-il. « Mais ce jour-là, je n’en pouvais plus. J’étais à bout. Je lui ai dit : "Laisse-moi tranquille" et je l’ai poussé. Pas violemment, mais stratégiquement, instinctivement. Il a traversé la pièce comme une plume emportée par un tourbillon. »

Résultat : deux enfants stupéfaits se regardent. L’agresseur et l’agressé. Ce jour-là, Cheick comprend quelque chose : il n’était pas fragile. Il était mal orienté :

« J’ai compris ce jour-là que j’avais du pouvoir. Ce garçon ne m’a plus jamais embêté. »

Cet incident a marqué le début d’un basculement majeur dans la vie de Cheick. À partir de ce jour, quand il se regardait dans le miroir, il ne voyait plus un garçon gros, solitaire et humilié. Il voyait un homme fort avec, un jour peut-être, des admirateurs. Mais le complexe profondément ancré n’a pas disparu du jour au lendemain.
En 2009, le garçon de 17 ans a été envoyé à Moncton, au Canada, pour terminer ses études secondaires. Nouveau pays. Nouvelle vie. Nouvelle promesse : « Je vais perdre du poids. »

Dès le premier jour, il s’est inscrit dans une salle de sport et a commencé à s’entraîner. Mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévu. Au lieu de maigrir, il grossissait. Et devenait plus fort.

De la déception à la surprise, il a fini par avoir une révélation : « J’ai remarqué que beaucoup de gens dans la salle peinaient à soulever les poids lourds. Moi, je les trouvais relativement faciles ».

Ce n’est pas qu’il est « trop gros ». Il est naturellement puissant. Le problème n’était pas le poids. C’était la perspective. Cette prise de conscience l’a poussé à soulever les mêmes charges que les powerlifters professionnels.

En septembre 2013, Cheick a fait les gros titres internationaux en terminant troisième au championnat du monde junior de l’homme le plus fort, à Gatineau. Il a alors compris qu’il pouvait faire quelque chose de plus grand avec cette force qu’il possédait. Debout sur le podium, médaille au cou, Cheick a fait un rêve : « Devenir l’être humain le plus fort sur terre. Et ramener le titre d’homme le plus fort du monde au Burkina Faso, mon pays. »

Aujourd’hui, ce n’est plus un rêve. En septembre 2018, Cheick Ahmed al-Hassan Sanou -désormais connu sous le nom d’Iron Biby- a participé au championnat du monde du développé couché de tronc d’arbre (log lift). L’objectif : soulever un poids d’environ 60 kilos le plus de fois possible en une minute. Le précédent record était de 45 répétitions. Biby l’a pulvérisé avec une aisance absolue : 69 répétitions. Son nom -et celui de son pays, le Burkina Faso- sont entrés dans le Livre Guinness des records.

En avril 2019, il a confirmé son titre d’homme le plus fort du monde en battant son propre record : 220 kilos soulevés.

Il a accompli tout cela en s’entraînant dans sa ville natale, Bobo-Dioulasso, sans avoir accès à tout l’équipement nécessaire.

« Ce n’est pas une question d’équipement », a-t-il expliqué. « C’est une question d’état d’esprit. » Une phrase simple au poids colossal.

Septembre 2024. Birmingham, Angleterre. Devant une foule médusée, Iron Biby saisit une barre de 231 kg et la soulève au-dessus de sa tête comme si elle ne pesait rien. Sixième titre mondial. Nouveau record du monde. Son propre record de 230 kg, établi en 2023, vient de tomber. Mais les chiffres ne racontent qu’une partie de l’histoire.

En février 2025, Iron Biby est couronné Meilleur Athlète Africain de 2024 aux African Sports Economy Awards. Pas seulement pour ses records, mais pour ce qu’il représente : un homme qui refuse les limites, qui transforme les insultes en carburant, qui porte son continent sur ses épaules — littéralement et symboliquement.

En 2019, on a posé à Biby une question simple : « À qui devez-vous votre succès ? »

Il n’a cité ni sponsor, ni coach, ni chance.

Il a dit : « À ceux qui se moquaient de moi. »

Silence.

Il ne parle pas par rancune. Il parle par lucidité.

« Je suis profondément reconnaissant envers ceux qui se sont moqués de moi. Ceux qui m’ont harcelé. Ceux qui disaient que j’étais trop gros, que je ne pourrais jamais faire ceci, jamais devenir cela. Bien sûr, j’étais complexé. Mais pour être honnête, leur opposition a été ma force. S’ils ne s’étaient pas moqués de moi, je traînerais peut-être encore aujourd’hui sans but. S’ils ne m’avaient pas ridiculisé pendant mes premières années, s’ils n’avaient pas douté de mes capacités, je n’aurais pas travaillé aussi dur. S’ils ne m’avaient pas fait sentir si mal, j’aurais peut-être été complaisant et me serais contenté d’une vie médiocre. C’est leur opposition qui m’a donné la détermination de continuer à avancer. Ce sont leurs commentaires négatifs qui m’ont tenu en alerte et m’ont rendu plus résilient. »

Iron Biby est suffisamment humble et sage pour reconnaître que les personnes mêmes qui ont rendu son enfance misérable sont celles qui l’ont aidé à définir qui il est vraiment, et ce qu’il était destiné à faire de sa vie.

Et que fait Biby de sa vie aujourd’hui ? Est-ce qu’il se promène en montrant ses poings et en rappelant au monde à quel point il est fort ? Est-ce qu’il garde rancune contre ses bourreaux ?

Non.

Il a choisi d’honorer sa vie en gardant la bonne perspective et en faisant les bonnes choses. Chaque année, Biby retourne dans sa patrie, le Burkina Faso. Là-bas, il ne se contente pas d’acheter de la nourriture pour les enfants et les jeunes orphelins. Il les inspire à poursuivre leurs rêves.

« Je veux montrer aux gens qu’il ne faut jamais abandonner, qu’il faut toujours avancer quoi qu’il arrive, et qu’on peut toujours accomplir quelque chose tant qu’on respire. »

On le connaît dans le monde entier comme l’homme le plus fort de la planète. Mais ceux qui le connaissent vraiment diraient que son muscle le plus puissant, c’est son cœur. Il utilise sa force et sa notoriété pour bâtir un monde meilleur. Parce qu’au final, ce ne sont pas les talents qui construisent une nation—ce sont les cœurs. Ces cœurs qui refusent de battre seulement pour la poitrine qui les porte.

« Il y a beaucoup de haine et de violence dans ce monde aujourd’hui, » dit-il. « Mais on n’a pas besoin de ça. On doit tous s’entraider. De nature, je n’aime pas du tout la violence. J’aime plutôt aider les gens. Et je pense que c’est mieux que d’être violent, parce que la force physique n’est pas éternelle. Mais la trace morale, oui. Quand Dieu vous fait un don, on doit l’utiliser pour aider et construire, et non pour diviser et détruire. »

Iron Biby ne se contente plus de gagner. Il construit. En avril 2025, il organise le tout premier Iron Biby Sports Festival à Bobo Dioulasso, sa ville natale au Burkina Faso. Trois jours de compétition, de formation, de transmission. Des jeunes Burkinabè côtoieront des champions internationaux comme Martins Licis, sacré l’homme le plus fort du monde en 2019.

L’objectif d’Iron Biby ? Former la prochaine génération. Prouver que l’Afrique n’a pas besoin de la permission de l’Occident pour briller dans les sports de force. Montrer aux jeunes que la discipline et la résilience peuvent transformer n’importe qui en champion. Et son prochain record ? 240 kg. Parce qu’Iron Biby n’a jamais su s’arrêter à "assez bien."

Aujourd’hui, au Burkina Faso, quand un enfant est costaud, on l’appelle Iron Biby. En d’autres mots : le champion. Oui. Autrefois, « gros » était une insulte. Aujourd’hui, c’est un potentiel.

Ce que l’histoire de Iron Biby dit vraiment, c’est ceci : il ne s’agit pas de romantiser la souffrance. La moquerie fait mal. Le rejet blesse. Mais parfois, l’adversité révèle ce que le confort aurait laissé endormi. Les ennemis ne sont pas des anges déguisés. Ils sont des catalyseurs involontaires. La différence entre destruction et propulsion se joue dans l’interprétation.

Cheick Ahmed al-Hassan Sanou aurait pu rester un garçon blessé. Il a choisi d’être un homme construit. Et le conseil qu’il a pour les jeunes d’aujourd’hui est simple : « il y aura toujours des gens qui feront de leur mieux pour vous faire sentir moins confiant. Croyez toujours en vous-même. Soyez positif. Transformez toujours la négativité en positivité. »

Quand les gens vous rendent la vie dure, quand ils tentent de vous rabaisser en vous insultant, il est naturel de se sentir blessé et d’avoir envie de les remettre à leur place. Mais si nous ne faisons pas attention, nous gaspillerons une énergie précieuse à mener des batailles qui n’en valent pas la peine.

Nous devons utiliser chaque once de notre énergie pour marcher avec une détermination plus audacieuse vers nos objectifs. Il n’y a qu’une seule façon de faire taire les détracteurs : la détermination et le travail acharné. C’est cette attitude que vous et moi devons adopter.

Moi en tout cas j’ai fait l’inventaire de tous les succès et grands changements survenus dans ma vie. Et j’ai découvert que la plupart d’entre eux sont les résultats de circonstances difficiles : déceptions, échecs, découragements, trahisons.

Et vous ? Et si vous faisiez l’inventaire ? Qui vous a blessé ? Qui a douté de vous ? Qui vous a rabaissé ? Peut-être que votre géant dort encore. Peut-être qu’il attend une friction. Iron Biby n’a pas gagné malgré ses moqueurs. Il a gagné avec eux, sans qu’ils le sachent.

Aujourd’hui, Iron Biby a choisi d’être « le VDP national ». Il s’est fait le représentant de ces Volontaires pour la Défense de la Patrie, de tous ces FDS qui militent jour et nuit pour un retour de la paix au Burkina Faso.
Ce choix est tout un symbole.

Tout comme Iron Biby est reconnaissant envers ceux qui l’ont moqué et tourmenté dans son enfance—car ils ont, sans le savoir, forgé le champion qu’il est devenu—le Burkina Faso émergera plus fort de ses épreuves.

Oui, dans un futur très proche, le Burkina Faso aussi dira merci à ses ennemis :
« Merci. Merci de nous avoir réveillés. Merci d’avoir secoué le champion qui dormait en nous. Car tout ce que vous avez fait pour nous détruire est devenu la fondation de notre force. Vous avez essayé de nous diviser, et nous nous sommes retrouvés. Vous nous avez secoués, et nous sommes sortis de notre somnolence. Vous avez essayé de nous diviser, et nous nous sommes rapprochés comme jamais. Nous voilà debout, fils et filles d’une même nation, les manches retroussées, prêts à bâtir de nos propres mains le bonheur que nous méritons. Nous vivrons et nous prospérerons. Car nous sommes debout et riches en tout. »

L’étoile jaune dorée au centre de notre drapeau nous rappelle cette vérité essentielle : le Burkina Faso n’est pas né pour l’invisibilité. Il n’est pas né pour briller comme un feu d’artifice passager. Il est né pour rester, pour éclairer comme un phare, pour guider au-delà de ses propres frontières. Et pour nous rappeler, génération après génération, que nous tiendrons toujours, même au cœur de la tempête.

Alors, oui. Un jour, ce pays des hommes intègres dira à ses ennemis : « Merci pour tout. Vous avez contribué à faire de nous ce que nous sommes aujourd’hui. Nous vous convions au banquet de notre victoire. Au banquet de notre renaissance. Au banquet de la nation retrouvée. »

Mais en attendant ce jour—si proche, si certain, si inévitable—la Saint-Valentin, c’est demain. Au nom de l’amour, le vrai, faisons une exception : sortons et passons un bon moment avec nos ennemis. Tout le monde n’a pas de Valentin ou de Valentine. Mais chacun a au moins un ennemi.

Et si vous n’avez pas le courage d’inviter qui que ce soit ce soir, ne cherchez pas loin. Cet ennemi est plus proche que vous ne l’imaginez. Il est dans votre chambre quand vous vous réveillez avec des regrets. Il est dans votre lit quand vous ruminez vos échecs au lieu de dormir. Il est dans votre miroir quand vous évitez votre propre regard. Il est dans votre tête quand vous vous dites : « Je ne suis pas assez bien. »

Cet ennemi, c’est vous. La version de vous qui sabote, qui doute, qui abandonne avant même d’essayer.
Alors ce soir, pour la Saint-Valentin, faites la paix avec lui. Invitez-le à dîner. Offrez-lui le cadeau que vous auriez souhaité qu’on vous offre. Regardez-le en face et dites-lui : « Merci de m’avoir rendu la vie difficile. Grâce à toi, je sais maintenant ce que je vaux. »

Vous verrez, mes amis : quand vous vous lèverez le lendemain matin, quelque chose aura changé. En faisant la paix avec votre pire ennemi, vous n’aurez pas simplement célébré une fête commerciale. Vous n’aurez pas célébré l’amour des autres. Vous n’aurez pas simplement célébré la Saint-Valentin. Vous l’aurez révolutionnée, redéfinie. Transformée en quelque chose de plus grand, de plus vrai, de plus courageux.

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 Naya Sankoré 

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