Financer les PPP en Afrique : Sortir du mimétisme et de l’incantation, bâtir la confiance
Souvent présentés comme une panacée face au déficit criant d’infrastructures, les Partenariats Public-Privé (PPP) peinent pourtant à tenir leurs promesses en Afrique. Dans cette tribune, Dr Harouna Kaboré, ex-ministre du Commerce, appelle à bâtir des PPP fondés sur la confiance, une meilleure répartition des risques et la mobilisation des ressources financières africaines au service de la souveraineté économique du continent.
Les Partenariats Public-Privé (PPP sont souvent présentés comme une solution miracle pour combler le déficit d’infrastructures en Afrique. Lorsqu’ils fonctionnent pleinement, les PPP allient aux qualités uniques du secteur privé, agilité de déploiement opérationnelle, expertise technique et capacité autonome à mobiliser des financements complexes, la permanence et force des entités publiques, maitrise de l’environnement règlementaire, contrôle sociale, garantie d’un marché solvable.
Il ne faut cependant pas s’y tromper : le PPP n’est pas une simple source de fonds, mais une discipline rigoureuse de gestion de projet. Contrairement à la privatisation, l’infrastructure reste généralement un actif public, mais sa complexité requiert une structuration fine et rigoureuse.
Routes, énergie, eau, télécommunications, santé, éducation : les besoins sont immenses et urgents. Pourtant, malgré leur potentiel, les PPP restent en deçà de leurs promesses sur le continent. La question centrale n’est pas tant celle de leur utilité que celle de leur financement et, plus largement, de l’écosystème de confiance qui doit les porter.
Le piège du copier-coller institutionnel
Le piège ne réside pas seulement dans l’importation de lois, inspirés de modèles européens ou asiatiques, mais dans l’illusion qu’un cadre légal suffit. Or, il faut toujours l’adapter aux réalités locales A ce titre, de nombreux pays africains ont établi des unités PPP, mais peinent à produire un "pipeline" de projets crédibles
Trop souvent, les cadres PPP africains sont importés de modèles européens ou asiatiques, sans adaptation suffisante aux réalités locales : structures économiques plus informelles, faiblesse de l’ingénierie publique, profondeur limitée des marchés financiers domestiques, instabilité réglementaire ou politique. Trop souvent, les gouvernements lancent des appels d’offres sur des concepts immatures, là où les investisseurs exigent des études de faisabilité techniques, financières et environnementales robustes avant même de s’asseoir à la table des négociations.
Le résultat est connu : des projets bancables sur le principe mais fragiles dans le développement et quand ils arrivent au bout, c’est par des montages financiers excessivement dépendants de financements extérieurs, et une asymétrie de risques défavorable aux États africains. L’impréparation coûte cher.
Le vrai nœud : le financement et la répartition des risques
Un PPP ne se finance durablement que si les risques sont clairement identifiés, correctement répartis et assumés par les acteurs les plus à même de les porter. En Afrique, cette règle élémentaire est encore trop souvent violée.
L’éléphant dans la pièce reste le risque de change. La majorité des projets d’infrastructures génèrent des revenus en monnaie locale (Cedi, Naira, Shilling), alors que la dette est souvent libellée en devises fortes (Dollar, Euro). Cette inadéquation structurelle peut transformer des projets viables en gouffres financiers et risques systémiques pour les pays.
Ce risque, ainsi que Le risque politique, le risque de demande ou encore le risque de paiement public sont systématiquement surpondérés dans les exigences des investisseurs et des bailleurs. Cela renchérit le coût du capital, allonge les négociations et décourage l’investissement privé local.
Pour bâtir la confiance, il faut innover : mécanismes de couverture partagés, indexation partielle des tarifs, ou mieux, financement maximal en monnaie locale. De plus, la garantie souveraine ne doit plus être le "premier recours" de confort pour les prêteurs, mais un instrument utilisé avec parcimonie pour ne pas alourdir les dettes publiques
Mobiliser l’épargne africaine : un impératif stratégique
L’Afrique ne manque pas de ressources financières. Elle manque de mécanismes efficaces pour les mobiliser. Fonds de pension, compagnies d’assurances, banques régionales, épargne de la diaspora : ces ressources doivent devenir des piliers du financement des PPP.
Cela suppose de développer :
– des instruments de dette de long terme en monnaie locale,
– des fonds d’infrastructure régionaux,
– des mécanismes de garantie partagée,
– et une ingénierie financière adaptée aux cycles réels des projets.
Le financement des PPP doit cesser d’être perçu comme un exercice technocratique réservé à quelques experts internationaux. Il doit devenir un levier de souveraineté économique.
L’intelligence économique au cœur des PPP
Financer un PPP, c’est aussi maîtriser l’information stratégique. Trop d’États africains négocient encore en situation d’asymétrie informationnelle : méconnaissance des coûts réels, dépendance aux conseils extérieurs, faible capitalisation des expériences passées. Ce n’est pas une fatalité.
L’intelligence économique et stratégique permet d’anticiper les rapports de force, de sécuriser les intérêts publics, de structurer des appels d’offres transparents et de négocier des contrats équilibrés. Sans cette capacité, le financement des PPP devient un terrain de vulnérabilité plutôt qu’un outil de développement.
Les États doivent cesser de percevoir les conseillers transactionnels (financiers, juridiques, techniques) comme un coût superflu, mais comme un investissement de souveraineté. Un contrat mal négocié faute d’expertise coûtera infiniment plus cher sur 25 ans qu’une équipe d’experts lors de la structuration.
Vers des PPP afro-responsables
L’avenir des PPP en Afrique passe par un changement de paradigme. Ni rejet idéologique, ni adhésion naïve. Il s’agit de construire des PPP afro-responsables : ancrés dans les priorités nationales, financièrement soutenables, socialement inclusifs et économiquement transformateurs.
Le financement des PPP n’est pas une fin en soi. C’est un moyen. Un moyen de structurer des économies, de créer de la valeur locale, de transférer des compétences et de bâtir des États stratèges capables de penser le long terme.
L’Afrique a besoin de meilleurs PPP, mieux structurés, mieux financés, mieux négociés et mieux gouvernés.
Dr HK