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Voyage d’immersion en Chine : « J’ai été séduit par la force du travail et la discipline du peuple chinois », dixit Serge Ika Ki

Publié le mercredi 28 janvier 2026 à 22h06min

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Voyage d’immersion en Chine : « J’ai été séduit par la force du travail et la discipline du peuple chinois », dixit Serge Ika Ki

Journaliste au sein du journal en ligne Lefaso.net, Serge Ika Ki a séjourné pendant quatre mois en République populaire de Chine dans le cadre du programme du Centre de communication de presse internationale de Chine (CIPCC). Aux côtés d’une centaine de journalistes internationaux, il a découvert la Chine contemporaine à travers ses réalités culturelles, sociales et professionnelles. Dans cet entretien réalisé avec lui ce mercredi 28 janvier 2026, il revient sur ses premières impressions, son adaptation au mode de vie chinois, la pratique du journalisme dans ce pays et les enseignements tirés de cette immersion. Lisez plutôt !

Lefaso.net : Dans quel cadre êtes-vous allé en Chine ?

Serge Ika Ki : Je suis allé en République populaire de Chine sur invitation du Centre international de communication de presse internationale de Chine (CIPCC). Durant quatre mois (17 août au 15 décembre 2025), j’ai séjourné dans ce pays avec une centaine de journalistes internationaux venus aussi pour la même raison.

Je rappelle que le programme CIPCC est initié par l’Association chinoise de diplomatie publique (CPDA). C’est une plateforme de coopération entre les médias chinois et ceux des pays émergents et en développement. Elle offre aux journalistes étrangers l’opportunité d’acquérir une compréhension complète et approfondie de la Chine.

Quelles étaient vos attentes avant le départ ?

Je dois dire que c’est ma première sortie à l’international après trois ou quatre ans de pratique professionnelle dans le métier de journaliste. Donc, j’étais impatient de découvrir ce pays que tout le monde cite en exemple de développement. Je partais aussi avec la soif d’améliorer mes compétences journalistiques et de découvrir aussi la pratique professionnelle d’ailleurs, notamment de la Chine. C’était également l’occasion pour moi d’enrichir mon carnet d’adresses comme tout journaliste.

A l’issue d’une visite à l’université de Shanghaï

Quelle a été votre première impression à l’arrivée en Chine ?

Dès mon arrivée à l’aéroport international de Chine à 16h30, heure de Chine, et 8h30, heure de Ouagadougou, des assistants du CIPCC sont venus me chercher. Avec d’autres confrères de pays africains, ils nous ont immédiatement conduits au centre diplomatique où nous avons habité tous les quatre mois.
Pour répondre directement à votre question, ma première impression fut celle de la grandeur. Des gratte-ciels s’élevaient à perte de vue, illuminant la nuit comme pour rappeler la puissance de la modernité chinoise. Les rues grouillaient de monde, comme si la ville refusait de dormir. Dans le métro, des centaines de visages pressés circulaient dans un silence surprenant, chacun absorbé par son téléphone.

En réalité, mes premières impressions étaient un mélange de confusion et d’émerveillement. Je me sentais un peu perdu dans cette immense métropole. Tout était nouveau, différent, parfois déroutant : les caractères chinois partout, les sons de la langue, les habitudes culturelles. Je finis par me rappeler que je suis très loin de mon pays.

Comment s’est passée votre adaptation au mode de vie chinois ?

Je me suis adapté progressivement, sinon c’était vraiment compliqué les deux premières semaines. Il y avait non seulement le souci avec la langue mais aussi le décalage horaire qui est de 8h. Mais le problème de la langue a été vite réglé parce que nous avons pu installer des applications de traduction permettant d’échanger avec les Chinois sans problème. En plus, le programme du CIPCC a quatre centres. Il y a le centre français, anglais, arabe et l’espagnol. Il y avait des assistants et assistantes ; et en même temps des interprètes pour chaque centre. Ce qui a facilité les échanges parce qu’ils étaient là avec nous à toutes les activités.

Au début, j’avais du mal à commander un taxi sans une assistance. Mais au bout de trois semaines, je commandais mes taxis sans l’aide de quelqu’un d’autre. De même que les achats en ligne que j’effectuais moi-même.

En ce qui concerne le décalage horaire, j’avais vraiment du mal à m’endormir quand la nuit tombait. 20h à Pékin, c’est 12h à Ouagadougou. Mais j’ai pu m’adapter sans souci. Le froid aussi a failli me fatiguer. Mais je me suis adapté très vite.

« Le froid aussi a failli me fatiguer. Mais je me suis adapté très vite », a confié Serge Ki

Quelles différences culturelles vous ont le plus marqué ?

La ponctualité. C’est l’une des grandes identités culturelles du peuple chinois. Cela m’a beaucoup marqué. Pour eux, être à l’heure, c’est une valeur sacrée, un signe de respect et de discipline. Les organisateurs de toutes les activités auxquelles nous avons participé ont toujours été ponctuels.

Par exemple, lors des conférences de presse organisées dans le cadre des préparatifs de la célébration du 80ᵉ anniversaire de la guerre de résistance, les ministres et responsables invités arrivaient toujours à l’heure prévue. Les conférences commençaient exactement à l’heure indiquée dans le programme, sans le moindre retard.

À l’image des autorités, la ponctualité en Chine est une affaire de tous. Même dans les zones reculées de Pékin, cette valeur reste respectée. Il nous est souvent arrivé, nous journalistes africains, d’arriver en retard et de trouver les conférenciers déjà installés et prêts à commencer.

Ils aiment vraiment parler leur langue, le mandarin. On nous a expliqué que le mandarin est la langue parlée par l’ethnie majoritaire, notamment les Hans. Étant donné que plus de 80% parlent cette langue, ils l’ont adoptée comme langue officielle. On peut avoir l’impression qu’ils ne comprennent pas d’autres langues tellement ils aiment parler leur langue. Le pays compte 56 ethnies.

Ils sont aussi très attachés à leur culture. Partout où nous sommes passés, il y a un musée. Dans les institutions, les entreprises privées, il y a toujours des musées qui parlent de leur évolution. J’ai vraiment été séduit par cet aspect.

Pékin incarne modernité et tradition. Les sites touristiques tels que la Cité interdite, la Grande Muraille verte, le musée du Parti communiste, le mémorial de Kékéya à Asku illustrent cette richesse culturelle qui côtoie les infrastructures ultramodernes.

L’opéra chinois, un des éléments culturels que j’ai beaucoup appréciés. De Asku en passant par Nanjing, Shanghai ou encore Xinning, la Chine s’est construite en se basant sur sa propre identité.

Comment se pratique le journalisme en Chine, comparativement au Burkina Faso ?

Selon mon expérience, je ne pense pas qu’il y ait une grande différence en termes de fondamentaux de ce métier. J’ai eu la chance de faire un stage à la télévision publique chinoise, CGTN français, j’ai pu remarquer un média très diversifié à travers les plateformes digitales.

J’ai également eu la chance de couvrir des grands évènements comme le 80ᵉ anniversaire de la guerre de résistance, le forum économique de Shanghai, le plénum sur le 15ᵉ plan quinquennal du Parti communiste, etc. J’ai constaté la modernisation des outils de travail. Les smartphones sont omniprésents dans la production de l’information. J’ai vu des grands médias faire le direct ou couvrir l’intégralité des activités à partir de leurs téléphones. Il y a des médias qui sont dans cette dynamique de miniaturisation des appareils chez nous au Burkina, mais c’est encore plus développé en Chine.

Des attestations décernées par l’Université de communication de Chine

Quel rôle jouent les médias dans la société chinoise selon vous ?

Je pense que c’est le même rôle que jouent les médias chez nous aussi au Burkina Faso : celui de l’éducation, de la sensibilisation. l’J’ai pu constater qu’il y a beaucoup de médias spécialisés, cela participe à la diversification des informations.

Comment décririez-vous le quotidien d’un étranger en Chine ?

De mon expérience, j’ai dû supporter le froid intense, surtout la neige qui est arrivée en début décembre.
Le quotidien, c’est d’être plongé dans la technologie comme eux parce qu’il est impossible de se passer de cela. Chez nous, je pouvais m’arrêter en bordure de route pour prendre un taxi. Là-bas, ce sont des VTC. On est obligé de commander directement en ligne et tout se paye en ligne ; les achats dans les marchés et autres. Les applications mobiles sont les plus sollicitées. WeChat Pay et Alipay sont les deux applications très utilisées par les Chinois pour les achats. J’ai dû les installer pour me mettre dans la dynamique.
En plus, j’étais obligé de m’habituer à leur rythme de travail. Ils travaillent intensément et je me suis adapté.

Qu’avez-vous appris sur les habitudes alimentaires et sociales chinoises ?

Honnêtement je ne connais pas tous les noms des plats chinois, mais j’avoue que j’en ai savouré beaucoup. Les fruits et légumes après les repas, je pense que c’est une habitude qui s’est imposée avec le temps. En termes d’habitudes sociales, c’est de savoir travailler sous pression pendant longtemps. J’ai pu m’habituer à cela. Il y en a tellement que j’en oublie.

Votre regard sur la Chine a-t-il changé après ces quelques mois ? Quels clichés sur la Chine ont été confirmés ou déconstruits ?

Évidemment, le séjour a changé mon regard sur la Chine. J’ai vu un peuple très discipliné, travailleur et bienveillant. Avant que je ne parte en Chine, j’ai plusieurs fois entendu les gens dire que ce pays n’est pas un modèle de démocratie. Mon petit séjour m’a permis de savoir que la Chine est un pays socialiste qui s’est bâti son propre système démocratique, différent de la conception de l’Occident. D’ailleurs, lors d’une interview avec un universitaire là-bas, il m’avait indiqué que la question du système politique chinois est souvent perçue de manière biaisée à travers le prisme occidental. Il me disait que pour savoir si la Chine est une démocratie ou non, il faut d’abord connaître l’opinion du peuple chinois lui-même, et non pas se limiter à ce que dit la presse occidentale. Je me suis rendu compte que c’est vrai. Parce que, à chaque fois que nous interrogeons un Chinois sur cette question, il vantait toujours leur propre démocratie. J’ai eu la chance de couvrir un plénum sur l’adoption du 15ᵉ plan quinquennal au cours duquel j’ai suivi l’inclusion des différentes personnes dans l’élaboration de ce plan. Nous avons assisté aussi à des conférences au cours desquelles nous avons été suffisamment outillés sur le modèle de gouvernance, sinon de la démocratie chinoise.

Je pense que la démocratie comme le disait le philosophe Abraham Lincoln, c’est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. Je pense que c’est l’essentiel. J’ai échangé avec un ami chinois sur la liberté d’expression. Il m’a renvoyé ma question. Qu’est-ce que tu peux critiquer dans ce pays ? C’est la question qu’il m’avait posée en ajoutant qu’il y a du développement dans tous les secteurs.

On disait aussi toujours que tout ce qui est chinois n’est pas bien ou ne dure pas. C’est faux. En Chine, tout est à la portée de tout le monde. Si tu veux moins cher, tu vas avoir ; si tu veux aussi plus cher, tu l’auras. Il y a beaucoup de choses de très bonne qualité et c’est un pays d’affaires.

Concernant la nourriture, il se disait qu’ils mangeaient de tout et qu’il était difficile pour les étrangers de s’adapter. Ce n’est pas vrai aussi. Tout ce que je mangeais au Burkina, je pouvais le trouver en Chine aussi pour manger. Je partais m’approvisionner dans un marché, je dirai africain. Je n’ai vraiment pas eu de problème à ce niveau. J’ai quand même eu des difficultés à maîtriser leurs baguettes pour manger. Je ne mangeais pas aussi les nouilles qu’ils apprécient beaucoup. Avant de partir, je me rappelle que mon directeur de publication m’avait dit que les Chinois travaillent beaucoup. Effectivement, c’est ce que j’ai pu remarquer ; ils travaillent énormément.

À la couverture du plénium sur le 15e plan quinquennal de la Chine

En quoi ce séjour a-t-il renforcé vos compétences journalistiques ?

J’ai beaucoup appris en termes de pratique professionnelle. Moi qui ne suis pas de la télévision, j’ai pu renforcer mes capacités en techniques de production télévisuelle. J’ai renforcé mes compétences en montage vidéo et autres. De manière globale, mon stage à CGTN Français a été très bénéfique pour moi. On m’a appris à me faire assister par l’Intelligence artificielle pour améliorer les contenus ; ce que je ne faisais pas avant.

Que peut apprendre le journalisme burkinabè du modèle chinois ?

Avant de parler du journalisme, je pense que notre pays peut s’inspirer du modèle chinois. Le travail et la discipline : voici les réalités que nous devons relever dans notre pays. Les Chinois sont très rigoureux dans le travail. Des gens qui aiment bien leur pays et qui donnent tout pour le pays. Ils parlent et racontent leur pays avec beaucoup de fierté et d’admiration.

Parlant du journalisme, je pense qu’on peut s’inspirer de la culture de l’innovation des médias chinois. L’intelligence artificielle est un allié de travail pour eux alors que nous, nous sommes toujours dans l’hésitation, sinon dans la peur. Nous devons améliorer les canaux de production à travers la diversification des plateformes. C’est le journalisme numérique qui est très développé dans leur pays. Cela peut nous servir davantage à renforcer les compétences des journalistes dans ce domaine. Je me rappelle une fois pendant mon stage qu’ils sont venus me demander mon adresse X, ex Twitter J’ai compris l’importance de l’animation de nos médias sociaux de manière individuelle.

Entretien réalisé par Hanifa Koussoubé
Crédit photo : Serge Ika Ki
Lefaso.net

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