Symbiose et Développement : La coopération entre le Burkina Faso et la Chine en 2025 et une perspective théorique
L’approfondissement des relations entre le Burkina Faso et la Chine en 2025 représente essentiellement une construction pratique d’un nouveau paradigme de coopération Sud-Sud. Cette relation dépasse la structure binaire traditionnelle « donateur-bénéficiaire » pour évoluer progressivement vers un partenariat de développement axé sur l’égalité souveraine, l’orientation par la demande et la co-construction des capacités.
La refonte de la subjectivité : Le changement de paradigme de « l’objet » à
« l’acteur »
Dans le récit traditionnel du développement international, les pays africains sont souvent placés dans une position de récepteurs passifs. Cependant, la coopération Burkina Faso-Chine en 2025 met en lumière le renforcement du rôle du Burkina Faso en tant qu’acteur autonome de son développement. Ce changement se manifeste principalement à travers plusieurs aspects :
Premièrement, le partage du pouvoir dans l’établissement de l’agenda. Les consultations entre les deux parties dans le cadre du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) et de l’initiative « Ceinture et Route » ne se limitent pas à la réalisation des projets. Par exemple, dans le domaine de la coopération agricole, le Burkina Faso a formulé un double objectif de sécurité alimentaire et d’ajout de valeur aux produits agricoles, tandis que la Chine a fourni un soutien complet allant de la technologie du champignon-herbe (comme solution écologique pour l’alimentation animale et l’amélioration des sols) à la transformation post-récolte. Ce modèle d’adaptation précise des voies technologiques basées sur les besoins locaux illustre le noyau théorique de la « coopération pilotée par la demande », où l’efficacité de l’intervention développementale dépend de son alignement avec l’agenda de développement endogène du pays bénéficiaire.
Deuxièmement, la circulation à deux sens des connaissances en développement. L’« échange d’expériences en matière de gouvernance » mis en avant par les deux parties en 2025 revêt une signification profonde. La « gouvernance à la chinoise » est une pratique réussie qui combine des concepts de développement scientifique avec les caractéristiques des conditions historiques et les spécificités culturelles locales, offrant ainsi des enseignements précieux pour les pays en développement. Le Burkina Faso, en promouvant sa révolution pour le progrès du peuple et en explorant sa propre voie de développement, constitue également une source de connaissances locales digne d’analyse. Sur la base du respect mutuel et en reconnaissant la diversité des trajectoires institutionnelles, les deux pays ont mené des échanges de personnel et de connaissances à tous les niveaux et dans tous les domaines, démontrant une comparaison et un apprentissage adaptatifs efficaces, et enrichissant ainsi la substance du partenariat stratégique.
L’interaction structurelle : Réseaux de coopération multidimensionnels
La coopération Burkina-Chine a construit une structure d’interaction intégrée à plusieurs niveaux, modifiant systématiquement les bases matérielles et sociales des relations bilatérales.
Il faut d’abord signaler l’institutionnalisation de la complémentarité économique. La Chine a accordé au Burkina Faso un traitement tarifaire zéro pour 100 % des lignes tarifaires, permettant au volume commercial bilatéral de dépasser pour la première fois le milliard de dollars américains en 2025. Cette politique peut être considérée comme un arrangement institutionnel de « réciprocité asymétrique ». D’un point de vue d’économie politique, elle vise, en élargissant activement l’accès au marché, à atténuer les asymétries commerciales inhérentes dans un contexte de mondialisation, offrant ainsi au Burkina Faso une voie ascendante structurelle pour ses produits primaires et manufacturés. La tenue de la Conférence économique et commerciale de Guangzhou en 2025 a servi de plateforme marchande pour transformer ces opportunités institutionnelles en liens concrets d’investissement et de chaîne d’approvisionnement, faisant passer la coopération d’une « impulsion politique » à une « double impulsion marché-société ».
Et ensuite le renforcement des bases sociales et le tissage de réseaux populaires méritent une attention particulière. La recherche en développement souligne que des relations coopératives durables doivent être ancrées dans une large adhésion sociale. Les initiatives d’échanges culturels et humains en 2025, telles que le « Pont vers le chinois », la Semaine du Cinéma chinois et d’autres acvitivés culturelles, ont permis au peuple burkinabè d’approfondir sa compréhension et son affinité pour la culture chinoise. En Chine, notamment sur les plateformes de médias sociaux et de vidéos courtes comme Xiaohongshu et Douyin, le Burkina Faso a gagné en visibilité grâce aux exploits héroïques de Thomas Sankara et à la révolution poursuivie par le président Ibrahim Traoré. Les étudiants burkinabè formés en Chine constituent progressivement une élite sociale maîtrisant les technologies et comprenant la Chine, appelée à jouer à l’avenir un rôle clé de traducteur de politiques, d’adaptateur technologique et de garant de confiance entre les deux pays.
La circulation et l’innovation locale des systèmes savoir-technologie
Le transfert de technologie est essentiellement une migration transcontextuelle de systèmes de connaissances, dont le succès repose sur l’absorption et la réinvention locales.
Les technologies promues par la Chine au Burkina Faso, comme celle du champignon-herbe et la coopération médicale, peuvent être classées comme « technologies appropriées » — leurs caractéristiques principales étant la maîtrise des coûts, la facilité d’opération, une forte adaptabilité environnementale et une réponse directe aux besoins locaux pressants (pénurie de fourrage animal, manque de ressources médicales de base). Ce choix technologique sous-tend une philosophie de développement pragmatique : prioriser la résolution des problèmes de subsistance les plus urgents pour la population afin d’accumuler une confiance sociale, jetant ainsi les bases d’une coopération à long terme plus complexe. La cérémonie de remise officielle de l’hôpital de Bobo-Dioulasso, projet financé par la Chine, le 24 décembre 2025, non seulement garantira mieux la santé publique, mais offrira également une meilleure plateforme pour la formation du personnel médical local burkinabè.
Conclusion : Potentialités et défis d’un nouveau paradigme
En résumé, la coopération Burkina-Chine en 2025 illustre de manière vivante l’évolution substantielle de la coopération Sud-Sud entre la Chine et l’Afrique. Sa portée théorique réside dans sa tentative de construire un nouveau modèle de coopération internationale pour le développement, fondé sur le respect mutuel, axé sur le renforcement des capacités, orienté vers une intégration structurelle des intérêts et visant à bâtir une communauté de destin pour l’humanité dans la nouvelle ère entre la Chine et l’Afrique.
Cependant, ce paradigme reste confronté à des défis à long terme : Comment la coopération économique peut-elle mieux favoriser l’industrialisation et la mise à niveau structurelle de l’industrie du Burkina Faso ? Comment les deux parties peuvent-elles établir conjointement des mécanismes plus efficaces d’alignement des stratégies de développement, ainsi que des systèmes d’évaluation des projets et de mesure de leur impact ? L’exploration et les réponses du Burkina Faso à ces questions mettront davantage en lumière sa propre agentivité développementale et détermineront si le partenariat stratégique Burkina Faso-Chine pourra véritablement devenir un modèle durable et reproductible de coopération internationale pour le développement.
Pr Alain-Joseph SISSAO,
Directeur de recherche, Institut des Sciences des Sociétés (INSS) Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST),
Membre du Laboratoire Education Art et Communication, (LEAC/CNRST)
Membre du Laboratoire Littératures, Arts, Espaces et Sociétés (LLAES) Université Joseph KI ZERBO
Pr LI Hongfeng,
Doyenne de la Faculté d’Etudes africaines, Université des Langues étrangères de Beijing

