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Dynamiques de co-construction de connaissances dans la communauté en ligne des chercheurs burkinabè (cas du forum WhatsApp « chercheurs-BF »)

Publié le lundi 15 décembre 2025 à 13h52min

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Dynamiques de co-construction de connaissances dans la communauté en ligne des chercheurs burkinabè (cas du forum WhatsApp « chercheurs-BF »)

Résumé : « Chercheurs-BF », est une communauté en ligne composée de 689 membres desquels seulement une quarantaine de membres est active dans les discussions. Cet article sur les interactions socio-cognitives dans le forum de discussions WhatsApp « Chercheurs-BF » a pour but d’analyser comment les interactions dans la communauté permettent la co-construction de connaissances et l’apprentissage mutuel entre pairs. La démarche, pour analyser les interactions, repose sur une triangulation méthodologique combinant l’analyse de contenu des discussions observées directement dans le forum avec les données issues d’entretiens semi-directifs réalisés auprès des participants. Les observations ont été réalisées entre juin et août 2025.

Les résultats montrent que la communauté est un espace de partage d’informations, de convivialités mais aussi de tensions qui résultent des conflits sociocognitifs et socio-affectifs. Mais au-delà des tensions, les interactions entre pairs conduisent à la négociation de sens donc à la co-construction de connaissances et à l’apprentissage entre pairs. Les résultats montrent également que les interactions créent des liens qui sont essentiels au maintien des dynamiques de partage et co-construction de sens dans le forum.
Mots clés : Forum de discussion, co-construction, apprentissage, communauté de pratique, Burkina Faso

Introduction

De nombreux papiers (Minichiello, 2020 ; Sagnan, 2006 ; Kouakou, 2015 ; SIssokho et al., 2023 ; Simon et Simonnot, 2016) se penchent aujourd’hui sur l’accès à la connectivité, aux fractures numériques de territoires et de genre, à l’accès aux artefacts de communication notamment en milieu rural, aux dynamiques de réseautages sociaux dans les domaines privés et professionnels, aux usages des outils de téléconférence en milieu académique, etc.

Ces travaux posent des problématiques certes cruciales mais invitent également à analyser les dynamiques d’usages des fora de discussions dans le partage de savoirs et la co-construction de connaissances notamment sur WhatsApp. Le développement des technologies de l’information et de la communication (TIC), du numérique et de l’Internet couplé à la baisse des coûts de connexion et de certains artefacts de communication (téléphone, tablette, ordinateur) a permis le développement exponentiel d’applications de réseautage social aussi bien dans les sphères privées que professionnelles. Bien que très répandus, les forums de discussion sur WhatsApp sont souvent perçus comme de simples espaces d’échanges sociaux, rarement considérés comme des lieux de production ou de circulation de savoirs.

Or, dans ces forums se sont développées des dynamiques de co-construction et de partage de connaissances qui, au-delà de la simple communication entre individus, sont devenues des communautés de pratiques ayant pour territoire l’espace virtuel du forum. Sur ces espaces virtuels se développement et se renforcent des dynamiques de co-construction de connaissances, d’apprentissages et de développement de capacités.

Dès lors, les questions suivantes se posent : par quels processus ces espaces virtuels donnent-ils lieu à des échanges de connaissances, à des apprentissages entre pairs ? Quelles sont les dynamiques, les logiques interactionnelles en jeu qui conditionnent les apprentissages et les partages de connaissances ? Pour répondre à ces questions, le présent article se propose d’analyser les dynamiques interactionnelles et leurs impacts sur les processus de partage de connaissances et d’apprentissage.

Mais avant d’analyser ces questions, il faut noter que l’intérêt d’une telle recherche réside dans le fait qu’elle essaie d’apporter un éclairage nouveau sur comment des dispositions et des règles communément acceptées peuvent conduire à des discussions structurées, à la co-construction et à la circulation de connaissances moteur de tout apprentissage. L’autre intérêt de cet article est qu’il essaie également de montrer que ce qui est déterminent ce n’est pas l’outil mais l’usage qui en est fait.

2. Méthodologie

Pour répondre aux questions de recherche posées une approche méthodologique qualitative a été adoptée avec pour population d’étude les 689 membres du forum de discussion « Chercheurs-BF ». Le groupe de discussion WhatsApp « Chercheurs-BF » n’est pas un espace de discussion spécialisé ou disciplinaire. Il est un espace fédérateur qui veut réunir dans un seul lieu tous les chercheurs et enseignants-chercheurs du Burkina Faso. Il offre à tous les chercheurs et enseignants-chercheurs, quelle que soit leur discipline, spécialité ou grade, l’opportunité d’interagir dans un esprit de partage et de co-construction des connaissances. Il est un espace pluridisciplinaire d’échanges, d’apprentissage et d’enrichissement mutuel. Au-delà des spécialités, il est ouvert à tout débat en raison des diverses spécialités qui la composent.

Chacun des membres de la communauté en ligne est libre de partager un point de vue, une préoccupation, des pensées, documents, réflexions, doute, etc. La parole est libre à condition de ne pas attaquer et frustrer spécifiquement un membre. La communauté des chercheurs en ligne est composée de 689 chercheurs et enseignants-chercheurs. De ces 689 chercheurs seulement une quarantaine est active et la grande majorité des « Lurkers1 ».

Pour mieux comprendre la dynamique du groupe, le choix d’observation directe et participante des discussions et la conduite d’entretiens semi-directifs a été utile. Cette triangulation permet d’appréhender en profondeur les dynamiques interactionnelles, les processus de co-construction, et leurs effets sur les apprentissages individuels. L’étude s’inscrit dans une démarche compréhensive visant à produire des données empiriques sur les effets des interactions dans la co-construction du sens, à partir de l’expérience vécue des participants.

L’approche qualitative a permis de croiser les données issues de l’observation directe et participante avec les perceptions des acteurs, relatives à leurs expériences vécues de co-construction des connaissances et d’apprentissage entre pairs. Les données qualitatives issues des interactions et des entretiens semi-directifs ont été traitées selon une analyse de contenu thématique, en identifiant les récurrences, les divergences et les éléments significatifs dans les discours recueillis. Cette étape a permis de dégager les logiques sous-jacentes en termes de position et de perceptions des dynamiques interactionnelles et leurs effets sur les apprentissages des membres de la communauté.

3. Résultats

3.1.Des discussions sur le groupe
L’observation des interactions dans la plateforme montre que celle-ci se prête à divers usages académiques et non académiques. En effet, elle recrée l’espace d’une enceinte académique (centres de recherche et universités) avec ses espaces de partage d’information, de débats académiques, de réflexions sur les actualités académiques et sociales, de co-construction de connaissances, d’apprentissages et de convivialité sociale et de tensions.

3.2. Un espace d’information

Le groupe est un espace de partage d’informations. Les décisions politiques, l’actualité nationale et internationale, les annonces de colloques, de séminaires, de webinaires, de publication et autres événements scientifiques sont librement partagés selon le principe que tout information, à priori, peut intéresser les chercheurs. Les membres sont libres de partager toute information susceptible de donner lieu à des échanges fructueux et constructifs. Les informations partagées sous forme d’images et de vidéos courent le risque d’être supprimées si elles ne sont pas accompagnées de commentaires pour éclairer et susciter de l’intérêt à le visionner.

3.3. Un espace de convivialité, de camaraderie et de tensions

Comme dans la vie réelle, certains membres de la communauté ont des liens professionnels, de camaraderie et d’amitié. Ces liens de collégialité et de camaraderie marquent souvent le débat par des railleries amicales et des taquineries que renforcent souvent les alliances et les parentés à plaisanterie.
AB2 : Mon petit frère me fait du chantage pour avoir les deux petites Bobo de 18 ans qu’il espère depuis. Mais, comme. L’espoir fait vivre, je le laisse dans ses espérances.

Au-delà de la camaraderie, il y a par moment des temps de tension
Le forum est par moment traversé par des tensions entre membres. Ces tensions sont le résultat de conflits sociocognitifs entre pairs. Ces derniers sont souvent le fait d’incompréhension, de positionnement scientifique ou encore de différence d’angle d’analyse sur un sujet. Les échanges qui suivent témoignent de ces temps de tensions dans la communauté.

BC1 : Bonsoir Mr Vous n’avez rien compris et vous vous permettez de tenir un langage peu courtois à l’égard de personne que vous ne connaissez pas.
Tu ne m’apprends rien. J’ai envoyé ce audio pour taquiner mes parents du Yatenga
C’est plutôt toi qui le dénigres et qui raconte n’importe quoi. Je te répète, tu ne m’apprends rien dans ce domaine.

Ces échanges de propos illustrent les tensions qui traversent les discussions sur le forum.
Les conflits sociocognitifs les plus vifs sont ceux qui résultent de l’appréciation des niveaux d’analyse des uns et des autres. Ils sont si présents que la réputation de la communauté va bien au-delà de l’espace de discussion pour toucher toute la communauté scientifique. Au point que sur plus 636 membres beaucoup sont devenus des « lurker » pour laisser la place à une trentaine de personnes fortement impliquées dans les échanges. Ces manques d’égards à l’endroit de collègues ressortent dans les entretiens. En effet, une des personnes interviewées souligne : « j’ai même vu un collègue dire à un autre « toi là-bas tais-toi » et depuis lors la personne rudoyée n’est plus apparue dans les échanges ».

Mais ces tensions sont vite apaisées pour vite faire place à des échanges riches et constructifs. L’apaisement est souvent même de l’initiative d’un des protagonistes ou d’un médiateur volontaire. Dans l’exemple qui suit, l’apaisement a été suscité à la fois par un médiateur volontaire et par l’un des protagonistes.
CK : C’est regrettable de s’énerver les uns contre les autres sur un sujet qui ne méritait pas sa place dans notre groupe. Bon, comme nous évitons de parler des sujets qui relèvent de nos compétences et par lesquels nous pouvons contribuer à l’élévation de la culture scientifique dans notre milieu et dans la société. Hier, j’ai posté une vidéo abordant la question de la civilisation judéo-chrétienne. Silence total. Refus de partage de savoir ou crainte d’être attaqué ?

OB : Toutes mes excuses si mes propos ont blessé des personnes.
Cet appel à l’apaisement a été pour le médiateur volontaire un prétexte pour revenir sur un sujet pour lequel il n’y avait pas encore de contributions. Comme l’illustre bien ces Tirades, il y a toujours des médiateurs pour apaiser les tensions et poursuivre les débats avec sérénité et courtoisie. L’appel au débat sur la civilisation judéo-chrétienne sera entendu et fera l’objet de riches échanges.
SD : Merci beaucoup Dr. Votre vidéo m’a permis de mettre fin à une polémique sur la civilisation judéo-chrétienne avec des amis. Merci beaucoup.

Ces propos témoignent des riches échanges qui ont suivi l’appel à l’apaisement et au débats constructifs sur la civilisation judéo-chrétienne.
Au-delà de ces tensions, la courtoisie et le respect sont des valeurs promues et encouragées et dont les manifestations peuvent souvent entraver la profondeur des débats.

3.5 Des relations de maître à apprenti

Les relations académiques sont régies par des règles explicites dont entre autres celles liées au grade, à l’expertise dans la spécialité d’appartenance et aux relations de maître à apprenti. L’expression apprenti, n’est pas utilisé ici dans un sens de rabaissement ou de subordination à son enseignant mais plutôt dans le sens d’une reconnaissance intellectuelle et morale de celui de qui des enseignements ont été reçus. Ces règles non exhaustives influencent par moment les discussions selon les observations. Les relations de maître à apprenti subsistent même quand l’apprenti parvient au grade du maître.

Cela conduit souvent à des retenues langagières dans les échanges quand des propos émanent de maîtres. Il est apparu dans le forum des expressions comme « que puis-je dire après mon maître », « Le maître a tout dit, je ne peux plus rien ajouter » ou tout simplement « cher maitre » pour signifier le lien de maître à apprenti. Ces liens de maitres à apprentis limitent souvent la profondeur de certaines contributions dans les échanges. Des membres évitent d’en dire plus sur un sujet que le maître par souci de respect. D’autres comme, l’a souligné un des membres dans un entretien, « certains apprentis vont jusqu’à soutenir le maitre même quand celui-ci tient des propos peu convaincants ».

Un espace de débats académiques, de co-construction de connaissances et d’apprentissage
La diversité des profils, des spécialités et des approches conceptuelles, définitionnelles, méthodologiques et les différences d’école et d’angle d’analyse sont des socles sur lesquels se construisent les débats tantôt « conflictuels » tantôt structurés, contradictoires, riches et complémentaires qui fondent la co-construction des connaissances et structurent les apprentissages individuels et collectifs. Comme mentionné plus haut, tout fait est sujet à débat à condition qu’il s’inscrive dans une démarche de discussion académique, à partir d’un argumentaire cohérent, structuré et fondé sur des preuves, des références académiques crédibles. Ces discussions structurées permettent à la fois de coconstruire des connaissances et d’apprendre les uns des autres.

« C’est un lieu de partage de connaissances. C’est pourquoi, les gens s’inscrivent et ne sortent plus. Si tu prends le cas des partages sur l’épistémologie, il y a beaucoup de jeunes chercheurs qui apprennent pour aiguiser leurs méthodes scientifiques. Et ils s’appuient sur les références bibliographiques qui y sont partagées » soutient un membre interviewé.

Ce partage des connaissances entre pairs participe à la co-construction de connaissances. C’est le cas de la discussion sur la faible consommation par les africains des productions littéraires locales.
Au cours de ces échanges sur le peu d’intérêt accordé aux productions littéraires locales des questions sont apparues. Elles se résument en ces questions posées par un des membres de la communauté : « Comment peut-on expliquer ce désintérêt ? Est-ce lié au sujet, au prix, au déficit de publicité ou à l’auteur ? ».
A la suite de ces questions, la conduite d’une étude sociologique a été suggérée pour approfondir la problématique.

OB : Cette situation peut être comprise si on fait une étude sociologique de la réception, c’est-à-dire chercher à répondre à ces quelques questions : qui lit ? Que lit-on ? Pourquoi lit-on ? Quand lit-on ? »
Malgré la suggestion, le débat s’est poursuivi.
Pour certains cette situation peut trouver une explication dans : « … les conditions de la lecture dans un pays comme le nôtre : (où les) conditions socio-économiques, prix des livres, lieu de diffusion, disponibilité de l’ouvrage, etc. » posent problème.

En effet, les conditions socio-économiques, le prix des livres, le lieu de diffusion et la disponibilité de l’ouvrage posent problèmes tant tous ces problèmes sont liés. Malgré ces difficultés des esquisses de réponses émergent même si elles n’apportent pas de réponses complètes, totales aux questions posées. Ces réponses portent sur le fait que les productions locales burkinabè intéressent plus les publics européens et américains. Ces derniers, notamment leurs universités et leurs bibliothèques, sont les premiers acheteurs et lecteurs de livres burkinabè. De plus le rapport prix du livre et coût de la vie influence l’achat et la lecture du livre. Ce lien entre le prix du livre et le coût de la vie a été démontré.

OB : Ce qu’on peut ajouter, c’est qu’un livre qui coûte 20 euros en France par exemple, où le SMIG est à 1 800 euros, ne ferait que 1,11% dudit SMIG. Chez nous, où le SMIG est à 45 000 FCFA (depuis seulement juillet 2023) un livre de 20 euros, 13 000 FCFA, vaudrait 28,89% du SMIG. Le livre est donc relativement trop cher, et de très loin, chez nous qu’en France, par exemple. On pourrait remplacer France par tout pays de son choix et refaire les calculs.

Ces constats sont appuyés à l’aide d’exemples concrets.

LK : Même ce qui est édicté à Ouaga, les gens ne lisent pas. Par exemple, mon travail « Bendrologie », le langage des tam-tams et des masques en Afrique, quatre volumes et chaque volume c’est à peu près 250 à 300 pages. J’ai tiré 1000 exemplaires et j’ai envoyé 800 exemplaires dans les librairies à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. L’année qui a suivi, j’étais surpris, c’est un Anglais même pas un Français qui vient et qui demande 20 exemplaires, j’étais surpris parce que la page de gauche c’est du mooré et de droite c’est le français. L’année suivante, il vient, il demande encore 20 exemplaires. J’avais gardé 200 exemplaires pour moi, il (l’Anglais) demande (…) il ne me restait plus que 20. ». Cet extrait est une citation des propos de feu Maître PACERE par un membre de la communauté.
Un autre témoignage qui porte sur l’expérience de l’institut de recherche d’un membre vient encore corroborer le constat.

LK : A l’INSS, des Américains sont venus par deux fois acheter des dizaines de livres en langues nationales et français...le premier portait sur traduction en langues nationales du code électorale, le second un ouvrage collectif sur les savoirs endogènes et développement...
Et un autre de rappeler que : « Le développement endogène passe par la consommation des productions locales. Or, nous ne sommes pas encore dans cet état d’esprit. ».

Mais comme l’a si bien souligné un acteur en ligne, « … ce constat doit surtout nous pousser à réfléchir. Comment rendre le livre désirable, accessible et intégré dans nos pratiques sociales ? Comment réinventer des espaces où lire et écouter deviennent des actes de plaisir pas uniquement des devoirs scolaires ? Sinon on viendra toujours contenter nos amis, parents etc. en assistant à leurs journées de dédicaces et ensuite plus rien. »

Comme cela peut s’observer, les informations partagées sont le socle à partir duquel des connaissances sur les dynamiques de lectures peuvent se construire. En plus de coconstruire des connaissances, les discussions sur le forum en ligne donnent lieu à des apprentissages.

Les discussions de co-construction de connaissances sur la vente de livres et la lecture se sont étendues pour aboutir à un nouveau sujet de discussion sur le numérique et l’oralité. Cette transition vers le numérique et l’oralité est partie du fait que le potentiel lectorat des productions littéraires préfère se réunir autour d’une bière que d’acheter un livre.

CK : Oui le marché de la bière explose pendant que celui du livre végète. Mais ce constat doit surtout nous pousser à réfléchir. Comment rendre le livre désirable, accessible et intégré dans nos pratiques sociales ? Comment réinventer des espaces où lire et écouter deviennent des actes de plaisir pas uniquement des devoirs scolaires ?

@CK l’oralité n’est peut-être pas que savante (griots, littérature orale...). Le grain de thé ou le cabaret et le maquis (tous en voie de disparition ?) peuvent être aussi considérés comme des espaces conviviaux où se décline une oralité populaire. On a parlé je crois d’une oralité numérique dans les réseaux sociaux. Le déclin de la culture du papier dans le monde nous place dans un nouvel entre-deux.
On lit seul alors qu’on boit à plusieurs 😊 au grin de thé autour de la table de belote. C’est celui qui avait subi de nombreuses défaites qui s’isolait pour...lire un roman »

🤷🏾♂️ on aime causer c’est clair :) le chat est une version numérique de la causerie. Elle a plus de sel quand on est coprésents physiquement avec la musique, la boisson etc. Lol
Cette transition vers un autre sujet d’intérêt scientifique souligne comment sont coconstruites les connaissances et comment ce processus de co-construction est permanent, quotidien. Mieux ce processus dont le moteur repose sur les interactions sociocognitives est central dans le parcours d’apprentissages individuels et collectifs.

Mais comment dans ces flux d’interactions les apprentissages se réalisent-ils ?

Le processus d’apprentissage dans la communauté ne diffère en rien de tout processus classique. Il part d’une situation d’interaction, de discussions autour d’un sujet, d’un problème. Les discussions, les interactions des membres autour du sujet permettent de coconstruire du sens que les personnes intéressées s’approprient. Cette appropriation des contenus partagés permet aux personnes qui s’approprient ces contenus de les renouveler, de les mettre à jour Ces dernières sont intégrées individuellement ou collectivement dans les schémas mentaux comme des acquis qui pourront être de mis à jour ou contredit par de nouvelles connaissances.

L’un des exemples de ce processus d’apprentissages individuels et/ou collectif est la discussion sur le numérique et l’oralité. Les échanges sur ce sujet indiquent comment certains apprentissages dans la communauté se réalisent.

Un espace d’apprentissage individuel et collectif
Revenant sur le débat entre le numérique et l’oralité, un des membres de la communauté, a souligné que le numérique est un danger pour les cultures de l’oralité. Et un autre de lui démontrer le contraire en ces termes :

S1 : On peut aujourd’hui encore affirmer que nous sommes de l’oralité et le numérique est au service de l’oralité. Le numérique permet de sauvegarder l’oralité. L’oralité, comme vient de le partager VK, s’est réinventée. Le conte autour du feu tend à disparaitre mais le conte est écouté sur les réseaux sociaux. Les proverbes et autres paraboles sont repris par l’IA avec des vieillards virtuels qui nous distillent contes et autres proverbes et légendes

CK : Tu as raison.
Et VK de soutenir avec preuve à l’appui que le numérique est une chance pour l’oralité et ces derniers sont plutôt complémentaires. Il a, à cet effet, partagé un lien sur le sujet : https://share.google/EFBURxdMp7d9iJIUW . Et celui pour qui le numérique tue l’oralité de répondre :
CK : Très édifiant !

Ce lien donne accès à une série d’écrits sur le numérique et l’oralité africaine. Ces écrits démontrent avec des exemples à l’appui que grâce au numérique, l’oralité africaine se réinvente. Le numérique plus que le livre devient le nouveau support de conservation et de diffusion de l’oralité africaine. Et le numérique « ne sonne pas le glas de l’oralité ancestrale. Celle-ci reste vivante. Pratiquée dans ses formes héritées mais aussi nouvelles, revivifiée par les réseaux sociaux ou des applications dédiées, elle s’impose également aujourd’hui comme un objet de science à part entière. » Sylvie Larrière et Stéphanie Maurice (2021). Loin de faire de l’ombre à l’oralité, le numérique lui donne un souffle nouveau.

Cette co-construction a permis à ce membre d’acquérir une connaissance sur le lien entre le numérique et l’oralité. Cet acquis peut être considéré comme un apprentissage. Et au-delà de cet individu qui saura dire combien d’autres membres de la communauté en ligne ont réalisé cet apprentissage dans le même temps.
Ces moments de partage, de co-construction et d’apprentissage ne sont possible que parce que les membres de la communauté poursuivent une quête de sens commune (entreprise commune) avec comme pour outils l’usage de la démarche scientifique (répertoire partagé).

Conclusion

Cette recherche vise à montrer que les interactions socioaffectives et sociocognitives sont les moteurs de co-construction de connaissances et des apprentissages individuels et collectifs. Cette recherche révèle que dans une communauté en ligne comme le groupe de discussions « Chercheurs-BF pour qu’il y ait co-construction de connaissance et apprentissages, il est important pour la communauté en ligne de poursuivre une quête de sens commune (entreprise commune) et d’avoir en partage des règles et des outils commun (répertoire commun).

Ce répertoire commun dans le cadre de cette recherche ce sont les règles propres à la communauté en termes d’outils d’analyse, de démarche méthodologique et de rigueur dans l’argumentation, les approches définitionnelles et le partage de l’information. Malgré cette quête de sens commune et ce répertoire partagé, la communauté est parfois traversée par des tensions mais connaît également des moments de convivialité, à l’image de la vie réelle. Ces tensions sont des témoignages de participation aux discussions. Elles sont consubstantielles aux interactions. Ces tensions tous comme l’élicitation sont au cœur des interactions sociocognitives desquelles émergent des informations utiles aux apprentissages et à la co-construction de connaissances utiles à la communauté.

Yorsaon Christophe HIEN
Institut des Sciences des Société/Centre National de la recherche
Scientifique et Technologique (INSS/CNRST)
hienchristophe@gmail.com

Référence bibliographique

Coulibaly Bernard. 2009. « Analyse ethnographique du processus de socialisation dans un forum informel ». Education–Formation–e, 290, 55-66.

SERRA-MALLOT, Christophe. 2012. Observation participante. Dictionnaire des cultures alimentaires, hal02985112

GADO Alzouma. 2020. Changement technologique et sociabilité : les trois âges des communautés virtuelles africaines. tic&société, 14(1-2), 273-302.

Yorsaon Christophe HIEN, 2025, Dynamiques de co-construction de connaissances dans la communauté en ligne des chercheurs burkinabè (cas du forum whatsapp « chercheurs-bf »), DJIBOUL, N°10, Vol.1, pp. 29-44

MINICHIELLO, Federica. (2020). « Un accès internet pour tous : enjeux, solutions ». Revue internationale d’éducation de Sèvres, no 84, p. 15-18.

SAGNA Olivier. (2006). « La lutte contre la fracture numérique en Afrique : Aller au-delà de l’accès aux infrastructures ». Hermès, La Revue, vol. 45, no 2, p. 15-24.

KOUAKOU, Kouassi Sylvestre. (2015). « Fracture numérique : essai de définition et regard critique sur quelques stratégies déployées pour sa réduction en Afrique de l’Ouest francophone ». FRONTIÈRES NUMÉRIQUES & SAVOIR

Ce document de vulgarisation est tiré de l’article : « Yorsaon Christophe HIEN, 2025, Dynamiques de co-construction de connaissances dans la communauté en ligne des chercheurs burkinabè (cas du forum WhatsApp « Chercheurs-BF »), DJIBOUL, N°10, Vol.1, pp. 29-44 »

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