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Pratique journalistique et Intelligence artificielle (IA) : « Un couteau à double tranchant »

Publié le lundi 19 janvier 2026 à 20h58min

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Pratique journalistique et Intelligence artificielle (IA) : « Un couteau à double tranchant »

Image générée par l’IA

La Cellule Norbert Zongo pour le journalisme d’investigation en Afrique de l’Ouest (CENOZO) a organisé, du 12 au 14 janvier 2026 à Ouagadougou, un atelier de formation sur le thème : « Innovations éditoriales : l’IA dans la production de l’information ». Cette formation s’inscrivait dans le cadre du projet « Promouvoir la transparence et la bonne gouvernance par l’accès à l’information ». À cette occasion, Lefaso.net a tendu son micro à des journalistes afin de recueillir leurs avis sur l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans la pratique de leur métier.

Yvette Nadège Mossé, journaliste à Studio Yafa

« Je dirais que la relation entre l’intelligence artificielle et le journalisme est avant tout celle d’un couteau à double tranchant. L’IA représente à la fois un facilitateur et une véritable opportunité, à l’image de ce qu’a été internet en son temps, à condition toutefois de savoir l’utiliser de manière appropriée.
Aujourd’hui, par exemple, il devient difficilement envisageable de retranscrire mot à mot une interview de deux ou trois heures. Cela reste possible, mais l’exercice est particulièrement fastidieux. Grâce à l’intelligence artificielle, il est désormais possible de retranscrire une interview en quelques minutes, voire en une fraction de seconde, là où il fallait auparavant consacrer une heure, voire une journée entière. Cet aspect constitue un avantage indéniable.

Par ailleurs, les journalistes sont souvent confrontés à des difficultés de documentation. Autrefois, il fallait se rendre dans les bibliothèques, chercher des documents, les feuilleter longuement. Bien que la bibliothèque demeure une référence fondamentale et une source principale de savoir, l’intelligence artificielle permet aujourd’hui d’effectuer certaines recherches sans se déplacer. Elle offre également la possibilité de résumer des documents. Lorsqu’un journaliste doit traiter un sujet et se retrouve face à une importante quantité de dossiers à lire pour s’imprégner du thème, l’IA peut l’aider, faute de temps, à en comprendre rapidement les grandes lignes.

Tous ces éléments constituent des avantages réels. Toutefois, comme tout couteau à double tranchant, l’intelligence artificielle comporte des risques. Si le journaliste ne parvient pas à se l’approprier correctement, elle peut l’induire en erreur et le conduire là où il ne souhaite pas aller. C’est pourquoi il est essentiel de rappeler que nous restons les maîtres de l’intelligence artificielle. C’est à nous de l’orienter, de lui fournir les éléments nécessaires, de lui faire des propositions, afin qu’elle puisse, en retour, enrichir notre travail.

Enfin, il convient de souligner qu’un usage excessif de l’intelligence artificielle peut favoriser une certaine forme de paresse intellectuelle. En effet, l’IA ne remplacera jamais le cerveau humain. Elle ne saurait se substituer à notre culture générale ni à notre capacité de réflexion. Il nous revient donc de continuer à nous cultiver par nous-mêmes. L’intelligence artificielle demeure avant tout un outil de facilitation, et non une bibliothèque capable de remplacer notre esprit critique et notre savoir ».

Yvette Nadège Mossé

Emmanuel Gouba, journaliste à Info Nature

« Avant de répondre à votre question, j’aimerais rappeler que le journalisme reste avant tout une activité humaine, fondée sur l’investigation, l’analyse critique et l’éthique. Au Burkina Faso comme ailleurs, il implique la collecte d’informations fiables, la vérification des faits et leur mise en contexte pour le public. Le rôle du journaliste va au-delà de la simple transmission de nouvelles : il éduque, éclaire et, parfois, protège les citoyens en exposant les dérives et les injustices.

À présent, concernant la pratique journalistique et l’apport de l’intelligence artificielle, je pense qu’elle peut constituer une réelle valeur ajoutée. Comme nous l’avons rappelé, le journalisme repose majoritairement sur l’investigation, et qui dit investigation dit documentation. C’est dans ce sens que l’IA devient intéressante, car elle peut générer des contenus simples, des résumés ou des rapports statistiques en un temps record. Cela permet aux journalistes de se concentrer davantage sur l’enquête et l’analyse. L’IA favorise donc la rapidité et l’automatisation dans le traitement de la documentation.

Deuxièmement, l’IA peut faciliter l’analyse de données massives. En effet, les algorithmes sont capables de traiter de grands volumes de données, notamment celles liées aux marchés publics ou aux réseaux sociaux, afin de détecter des tendances ou des anomalies.
Troisièmement, l’IA facilite la vérification. Surtout dans notre contexte marqué par la prolifération des fake news et des deepfakes, certains outils d’intelligence artificielle peuvent aider à identifier les fausses informations ou les images manipulées. Cela permet de renforcer la crédibilité et la fiabilité des contenus journalistiques.

Malheureusement, l’IA ne présente pas que des avantages. En tant que jeune journaliste, je ressens parfois une certaine frustration, car avec l’IA, tout le monde peut désormais produire des textes bien rédigés. Il suffit de disposer des données et de demander à l’IA de rédiger un article. Je n’apprécie pas cette tendance. À long terme, elle pourrait conduire à l’émergence d’une génération de journalistes dont la qualité narrative serait amoindrie en l’absence de l’IA.

Quoi qu’il en soit, une dépendance excessive à l’intelligence artificielle peut réduire la capacité des journalistes à enquêter et à réfléchir de manière critique.
En conclusion, l’IA représente un outil puissant pour le journalisme moderne, mais elle ne doit en aucun cas remplacer le rôle central du journaliste. Au Burkina Faso, son utilisation doit être réfléchie, éthique et complémentaire de l’investigation humaine. L’idéal reste un équilibre : tirer parti de l’IA pour gagner en efficacité et en précision, tout en conservant l’analyse critique et le jugement humain comme fondements de la pratique journalistique ».

Emmanuel Gouba

Rachid Assade Zongo, journaliste

« Ce qu’il convient de souligner, selon moi, c’est que l’intelligence artificielle est devenue un outil indispensable dans le travail journalistique. La problématique de la désinformation, qui constitue aujourd’hui un enjeu majeur, nous interpelle sur la nécessité de recourir à des ressources modernes, telles que l’intelligence artificielle, afin de faciliter et renforcer notre travail en tant que journalistes.

Toutefois, au-delà de son rôle d’outil essentiel, il ne faut pas perdre de vue que l’intelligence artificielle demeure un couteau à double tranchant. Si les journalistes peuvent l’utiliser pour améliorer leur efficacité et la qualité de leurs productions, elle est également exploitée, malheureusement, par certains acteurs à des fins malveillantes. Dans ce contexte, l’enjeu pour nous, journalistes, est de tirer le meilleur parti de ce que l’intelligence artificielle peut nous apporter, notamment pour professionnaliser davantage notre pratique.

Il est vrai que certains demeurent sceptiques quant à l’usage de l’intelligence artificielle dans le travail journalistique. Ces réticences peuvent se comprendre et se justifier. Néanmoins, il apparaît que cet outil peut contribuer à faciliter le travail journalistique, quel que soit le support, qu’il s’agisse de la presse écrite, de la télévision, de la radio ou d’autres médias ».

Rachid Assade Zongo

Simplice Zongo du Reporter

« En tant que journaliste, je pense que l’intelligence artificielle facilite notre travail de collecte et de vérification de l’information. C’est un outil qu’il convient toutefois d’utiliser avec beaucoup de précaution, en restant vigilant face aux risques d’erreurs ou d’hallucinations. Malgré ces limites, l’IA demeure importante et permet, dans une certaine mesure, de nous soulager dans notre travail journalistique.
Certes, l’IA peut être utilisée, mais elle ne doit en aucun cas remplacer le journaliste. Il est essentiel de garder à l’esprit qu’elle reste un outil d’appui et non une fin en soi. Selon moi, il ne faut donc pas y recourir de manière systématique, sans réflexion préalable.

L’IA peut néanmoins être utile pour certaines tâches spécifiques, comme la reformulation de textes. Cela se pratique déjà dans les rédactions, notamment lors des phases de production et de correction des contenus. Utilisée dans ce cadre précis, elle peut constituer un appui intéressant et contribuer à améliorer l’efficacité du travail journalistique ».

Les participants à la formation

Propos recueillis par Samirah Bationo
Lefaso.net

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