Organisation de la coopération islamique : La migration et les réfugiés, un défi humanitaire majeur débattu à Ouagadougou
Dr Ousmane Bougouma a officiellement ouvert les travaux de la réunion du comité spécialisé permanent des affaires politiques et des relations extérieures de l’Union parlementaire des États membres de l’organisation de la coopération islamique (UPCI). Le président de l’Assemblée législative de transition (ALT), a ainsi donné le ton de cette rencontre en présence du secrétaire général de l’UPCI, Mouhamed Khouraichi Niass et de son adjoint, Dr Ali Asghar Mohammadi Sijani. Ces échanges qui se tiennent les mardi 13 et mercredi 14 janvier 2026, à Ouagadougou, sont consacré à la protection des migrants et des réfugiés. L’évènement est ainsi placé sous le thème : « La migration et les réfugiés ».
Au nom du peuple burkinabè et de l’ALT, le chef de l’institution parlementaire a souhaité la bienvenue aux délégations venues des pays membres, rappelant que le Burkina Faso demeure une « terre de tradition d’accueil des réfugiés et des migrants ». Pour étayer ses propos, il a convoqué l’histoire et la mémoire africaine, citant les travaux du Pr Joseph Ki-Zerbo. « Comme le rappelle le Pr Joseph Ki-Zerbo dans ces écrits, lorsque la force colonisatrice arrivait dans notre pays, elle avait envoyé des précurseurs étrangers pour informer le Mogho Naaba, empereur de l’époque, qu’il doit se soumettre.
Le roi rétorqua en ces termes : “vous avez de la chance ! vous êtes des envoyés étrangers, sinon je vous aurai fait trancher les têtes », a-t-il relaté.
Un épisode marquant de l’époque précoloniale, démontrant pour le président de l’ALT, que la protection des étrangers était déjà solidement ancrée dans les sociétés africaines bien avant la colonisation. Dès lors, a-t-il souligné, le choix du Burkina Faso pour abriter une telle réflexion n’a rien de fortuit.
De tous les maux divers que l’homme inflige à l’homme, les souffrances des migrants et des réfugiés, demeurent dans l’histoire parmi les plus cruels et les plus persistants, selon le Dr Bougouma. Il a rappelé que le prophète Mahomet lui-même, harcelé par ses persécuteurs, a dû chercher refuge à Médine en 622. Et sa fuite ou hégire, poursuit-il, marque le point de départ du calendrier musulman. Depuis lors, guerres, persécutions et misères continuent de contraindre des millions de personnes à quitter leurs terres, leurs repères culturels et familiaux, souvent pour affronter une nouvelle précarité.
Le terrorisme, l’une des causes des migrations forcées
Le président de l’ALT a insisté sur le fait que la question migratoire concerne directement de nombreux États membres de l’OCI, qu’ils soient pays d’origine, de transit ou d’accueil. Il a salué la cohérence des travaux du comité inspirée des cadres internationaux, notamment le Pacte mondial sur les réfugiés, et l’engagement commun en faveur d’une migration « sûre, ordonnée et régulière », ainsi que d’une protection efficace et digne des réfugiés.
Abordant les causes profondes des migrations forcées, le Dr Ousmane Bougouma a mis en exergue la situation du Burkina Faso et des pays de l’Alliance des États du Sahel. Le terrorisme, a-t-il affirmé, constitue aujourd’hui le facteur le plus immédiat et le plus brutal du déracinement des populations, engendrant une crise humanitaire marquée par l’augmentation des personnes déplacées internes. Ces dernières, qu’il qualifie de « réfugiés de l’intérieur », vivent une détresse sociale, économique et humaine comparable à celle des réfugiés franchissant les frontières. Dans cette perspective, la lutte contre le terrorisme et le soutien aux États affectés relèvent aussi d’une action préventive contre les migrations forcées.
Dans son allocution, le secrétaire général de l’UPCI, Mouhamed Khouraichi Niass, a salué le retour de l’institution parlementaire islamique au Burkina Faso, rappelant que le pays avait déjà accueilli, en janvier 2020, la 15ᵉ session de la Conférence de l’Union parlementaire des États membres de l’OCI. Exprimant sa profonde gratitude aux autorités burkinabè, il a particulièrement remercié le président de l’Assemblée législative de transition, le Dr Ousmane Bougouma, pour son invitation et pour l’appui constant apporté aux activités de l’UPCI.
Le secrétaire général a rendu un hommage appuyé au peuple burkinabè et à ses institutions, soulignant leur résilience et leur sens élevé de l’hospitalité, malgré les épreuves persistantes liées au terrorisme, à l’extrémisme violent et à l’insécurité, tout en continuant d’accueillir avec générosité des milliers de réfugiés et de personnes déplacées internes.
Environ 122 millions de personnes déplacées à travers le monde
Mouhamed Khouraichi Niass a insisté sur l’urgence et la portée mondiale de la question migratoire. « En 2024, le nombre de personnes déplacées dans le monde était estimé à environ 122 millions, tandis que le nombre de migrants était presque deux fois plus élevé. Ces dernières années, le monde a été témoin de vagues croissantes de déplacements et de migrations à cause des guerres et des conflits armés, du terrorisme et de l’extrémisme, des crises économiques, du changement climatique, outre les défis persistants de la pauvreté et du chômage », a-t-il indiqué.
Mouhamed Khouraichi Niass a appelé les Parlements membres de l’UPCI à faire de cette problématique une priorité politique, à coordonner leurs positions dans les instances internationales et à défendre fermement les droits des réfugiés. Convaincu que l’Oumma islamique peut offrir un modèle exemplaire de solidarité fondé sur la miséricorde, la justice et la fraternité, le secrétaire général a réaffirmé l’engagement de l’UPCI à promouvoir une vision parlementaire unifiée, capable de s’attaquer aux causes profondes des migrations et de renforcer la coopération humanitaire entre les États membres.
Explorer des mécanismes endogènes de financement
L’intervention du président de l’ALT a également attiré l’attention sur la vulnérabilité accrue des enfants, des femmes et des personnes âgées. Face à la baisse des financements extérieurs, il a invité l’UPCI et ses États membres à explorer des mécanismes endogènes de financement, capables d’assurer une prise en charge durable des migrants et réfugiés, dans le respect de leur dignité et de leurs droits fondamentaux.
En conclusion, le Dr Ousmane Bougouma a souhaité des travaux « féconds, courageux et porteurs d’actions concrètes », fondés sur une approche globale, la promotion des droits humains, la lutte contre la xénophobie et la construction de sociétés inclusives. Il a formulé le vœu que cette rencontre débouche sur des recommandations parlementaires fortes, au bénéfice de toutes les victimes de déplacements forcés.
Ainsi, face aux drames silencieux des migrations et des déplacements forcés, l’indifférence n’est plus une option. À travers la mobilisation de l’UPCI et l’engagement renouvelé de ses Parlements membres, la rencontre appelle à transformer les paroles en actes, la solidarité en politiques concrètes et la fraternité en protection effective des plus vulnérables. Dans un monde en quête de repères humains, l’espace de l’OCI entend rappeler que derrière chaque migrant et chaque réfugié, il y a une dignité à préserver et un avenir à reconstruire collectivement.
Hamed Nanéma
Crédit photos : Bonaventure Paré
Lefaso.net