Histoire du Burkina : Le professeur Claude Étienne Sissao retrace les mutations de la Haute-Volta, de la conquête coloniale à l’indépendance, à travers son nouvel ouvrage
Le professeur Claude Étienne Sissao a procédé, le vendredi 26 décembre 2025 à Ouagadougou, à la dédicace de son ouvrage intitulé « Comprendre l’histoire des mutations coloniales et de la formation du Burkina Faso (fin XIXᵉ siècle – 1960) ».
À travers cet ouvrage de 305 pages, l’auteur propose une lecture approfondie et structurée des transformations politiques, économiques et sociales qui ont marqué l’espace voltaïque depuis la pénétration coloniale jusqu’à l’accession à l’indépendance.
« Comprendre l’histoire des mutations coloniales et de la formation du Burkina Faso (fin XIXᵉ siècle – 1960) » est organisé en trois grandes parties qui retracent, de manière chronologique et analytique, les grandes étapes de la construction historique du Burkina Faso.
La première partie, intitulée « Les fondements : systèmes socio-historiques, conquêtes et résistances », comprend trois chapitres. Elle revient sur les formes d’organisation socio-historiques précoloniales, les explorations européennes et les mécanismes de conquête. L’auteur y analyse notamment la persistance des identités, la logique des explorations comme prélude à la domination coloniale, ainsi que les violences de l’ordre colonial face auxquelles les sociétés locales ont développé une résilience constante.
La deuxième partie, consacrée à « L’installation coloniale et son évolution », est composée de quatre chapitres. Claude Étienne Sissao y examine la mise en place de l’administration coloniale française, à travers la création du gouvernement général de l’Afrique occidentale française et la naissance de la colonie de la Haute-Volta. Il analyse également les difficultés économiques de la colonie, marquées par la crise des années 1930 qui conduit à sa dislocation et à son rattachement partiel à la Côte d’Ivoire, au Soudan français et au Niger. L’auteur revient ensuite sur la reconstitution de la Haute-Volta dans un contexte international favorable après la Seconde Guerre mondiale, avant d’aborder l’évolution de la chefferie traditionnelle sous la domination coloniale et les conditions de son instrumentalisation par le pouvoir colonial.
La troisième partie, intitulée « Des péripéties économiques, sociales et politiques à la veille des indépendances », comprend cinq chapitres. Elle met l’accent sur les mutations économiques induites par la colonisation, notamment l’imposition d’un modèle économique extraverti et l’utilisation de la Haute-Volta comme réservoir de main-d’œuvre au profit de l’AOF. L’auteur s’intéresse également aux questions du logement, de l’urbanisation et de l’urbanisme dans les années 1950. Les problématiques des migrations, de la main-d’œuvre et, enfin, du transfert progressif du pouvoir entre 1957 et 1960 sont analysées comme l’aboutissement d’un long processus politique, amorcé notamment avec l’adoption de la loi-cadre de 1956.
« À travers mon ouvrage, je veux tout simplement que les gens prennent conscience que nous avons eu une séquence historique qui nous a rassemblés et qui a fait de nous des Burkinabè. Cela s’est passé dans la douleur, c’est-à-dire une conquête armée, des résistances, mais cela s’est aussi terminé par un moment de communion des Burkinabè pour lutter contre l’arbitraire. Et le ciment de cette nation, c’est la lutte contre l’arbitraire. C’est cela qui a uni l’élite qui a demandé l’indépendance. Et je pense que c’était important à comprendre. Et aussi, il faut montrer les fondements de l’économie coloniale. Il faut aussi expliquer les transformations sociales de ce pays. Et l’ouvrage permet de comprendre comment il y a eu de grandes transformations sociales que nous vivons aujourd’hui, qui structurent notre société actuelle. Les grands bouleversements s’étaient passés pendant la colonisation. Et à partir de tout cela, les Burkinabè ont pris leur destin en main et c’est cela l’essentiel. Je crois que c’est une histoire d’optimisme, qu’on peut passer de la domination à la liberté », a-t-il déclaré.
Selon l’auteur, la liberté n’est jamais totalement acquise. Il souligne que la décolonisation doit être comprise comme un processus et non comme un événement achevé. Pour lui, les sociétés contemporaines continuent de vivre les conséquences et les séquelles de la colonisation, qui ont pu produire certains effets positifs, mais dont les impacts négatifs demeurent largement prépondérants. Il estime dès lors nécessaire de se défaire de tout ce qui, durant cette période, a contribué à transformer négativement l’homme burkinabè, afin de construire un nouvel ancrage pour l’avenir. L’auteur insiste enfin sur l’importance de tirer les leçons de ce passé marqué par la domination, pour mieux exercer et assumer la liberté aujourd’hui.
Préfacé par le Dr Samuel Salo, l’ouvrage est édité aux éditions L’Harmattan et est disponible au prix de 10 000 FCFA.
Hanifa Koussoubé
Lefaso.net
