Lutte contre le blanchiment des capitaux : Le trafic des otages, angle mort de la traite des êtres humains
La communauté internationale lutte contre les activités illicites et les ressources financières qu’elles dégagent et surtout contre la volonté des criminels de faire passer cet argent sale pour le fruit d’un business légitime qui respecte les lois et règlements. Il y a plusieurs traités internationaux qui ont été signés par les États et un organisme international promeut la coopération et l’échange d’informations pour lutter contre le blanchiment des capitaux. Le Groupe d’action financière (GAFI) est l’organisme inter État qui lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.
On peut dire qu’il a une certaine légitimité et ses rapports sont attendus sur la liste grise des pays considérés sous surveillance parce que présentant des risques et des carences stratégiques dans la lutte contre le blanchiment des capitaux et la lutte contre le terrorisme. Si on observe cette action internationale contre les bandes criminelles, peut-on y voir une efficacité dans la ressource financière qu’est la prise d’otages contre rançon ? Quels sont les pays sur la liste grise du GAFI et quelles sont les surprises que l’on y décèle ?
Les activités illicites sont nombreuses et il est difficile d’en faire une liste exhaustive. Il faut considérer que ce sont des activités proscrites par la loi et qui sont contraires à l’intérêt général et à l’ordre public. On connaît depuis fort longtemps les activités criminelles comme le narcotrafic, la vente d’armes, de cigarettes, de médicaments et d’alcool de contrefaçon, l’exploitation et l’exportation illégale des ressources naturelles et minérales comme l’or, le diamant et le bois, etc.
Parmi les activités à surveiller dans la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, il y a la cybercriminalité qui est une menace nouvelle et qui est en croissance dans le monde : « On estime ainsi que le blanchiment d’argent lié à la cybercriminalité pourrait atteindre 10 500 milliards de dollars » en cette année 2025. Ce sont des actions comme le hameçonnage ou phishing, qui obtiennent des informations sensibles et utilisent l’identité de la victime pour des fraudes ; les logiciels malveillants sont des virus pour nuire ou bien exploiter les vulnérabilités du système informatique comme verrouiller des fichiers et des équipements. Les criminels avec ces logiciels peuvent réclamer des rançons payables le plus souvent en cryptomonnaies.
Les établissements financiers sont les organismes auxquels le GAFI fait le plus de recommandations contre le blanchiment des capitaux. Lequel concerne aussi la traite des êtres humains. Chaque année, dans le silence et le regard détourné des États, des millions de personnes perdent leur liberté, sans assistance pour briser les chaînes de l’esclavage et l’exploitation sexuelle de ces hommes et femmes qui ont le plus souvent fui la misère, la dictature, et les catastrophes climatiques. Les criminels, par des fausses promesses d’emploi, de contrat dans des clubs de football, recrutent des migrants qui finissent dans leurs mailles pour toutes sortes d’activités allant jusqu’à être des chairs à canon dans des guerres qui ne sont pas les leurs. En 2018, l’Organisation internationale du travail et l’Office international des migrations estimaient que « la traite des êtres humains génère un bénéfice mondial de 29,4 milliards de dollars, alors qu’environ 27,6 millions de personnes n’ont pas la liberté de choisir leur mode de vie et de travail ».
Des activités illicites qui génèrent beaucoup d’argent sur les larmes et le sang des victimes. Si la traite des êtres humains est reconnue et documentée, il y a, il nous semble, un aspect de cette traite qui est le rapt de personnes contre rançon qui s’est développé dans les pays du Sahel il y a une décennie et dont Hissen Habré semble être l’initiateur, qui n’est pas inclus dans cette traite des personnes. Il y a un angle mort dans l’analyse de ce phénomène. Il est évident que le paiement de rançons aux groupes terroristes a été une source de financement du terrorisme. Et ce sont souvent les États qui l’ont fait aux quatre coins du monde. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) affilié à Al-Qaeda a bâti son organisation sur le rapt des otages et les États qui ont payé ces rançons pour la plupart n’ont pas été épinglés par le GAFI si on ne se trompe pas ?
Pays de la liste grise du GAFI
Le Burkina Faso a été retiré de la liste grise du GAFI en octobre 2025. Celle-ci est régulièrement actualisée et de nouveaux pays sont ajoutés tandis que d’autres sont retirés une fois leur plan d’action achevé. En octobre 2025, la liste grise du GAFI comprenait les pays suivants : l’Algérie, l’Angola, la Bolivie, la Bulgarie, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, Haïti, les îles Vierges britanniques, le Kenya, le Laos, le Liban, Malte, Monaco, la Namibie, le Népal, le Soudan du Sud, la Syrie, le Venezuela, le Vietnam, le Yémen.
Dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), seule la Côte d’Ivoire y figure. C’est le pays censé être la locomotive de l’organisation qui est le plus à risque concernant la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Tous les pays prétendent lutter contre le terrorisme. Mais quand les ressortissants de certains d’entre eux sont enlevés par les groupes terroristes, ils consentent à leur fournir pour leur libération des ressources qui, ils le savent, vont renforcer leurs capacités à semer la mort et la désolation.
Source : https://www.fatf-gafi.org/fr/publications.html
Sana Guy
Lefaso.net

