LeFaso.net, l'actualité Burkinabé sur le net
Proverbe du Jour : “Si le bélier a tendance à reculer, il ne faut pas croire que c’est parce qu’il est lâche” Proverbe Angolais

Corée du Sud : Une mère vole des sujets d’examen pour son fils, révélant une faille plus profonde

Publié le vendredi 12 décembre 2025 à 22h15min

PARTAGER :                          
Corée du Sud : Une mère vole des sujets d’examen pour son fils, révélant une faille plus profonde

Nous sommes le 4 juillet 2025. Vers 1h du matin, dans le silence d’un lycée endormi, une alarme met au jour une vérité dérangeante : une mère d’élève vole les sujets d’examen pour son fils avec la complicité d’une enseignante. Mais derrière ce geste d’une mère prête à tout pour son enfant, se dessine une faille plus vaste : celle d’un système où l’échec n’a plus droit de cité, et où l’enfance se paie au prix fort.

C’était une nuit ordinaire, jusqu’à ce qu’une alarme déchire le silence d’un lycée en Corée du Sud. Quand la police arrive, elle ne tombe pas sur des cambrioleurs ordinaires. Elle découvre deux femmes, recroquevillées dans l’ombre, serrant contre elles des sujets d’examens comme on serrerait un trésor.

L’une a 31 ans. L’autre, 48. La première est une ancienne enseignante. La seconde, une mère d’élève. Deux vies respectables. Deux trajectoires brisées non par la cupidité, mais par quelque chose de plus diffus, plus insidieux : la peur de l’échec.

Dans le bureau encore tiède de l’effraction, une question flotte, lourde, impossible à ignorer : qu’est-ce qu’une mère est prête à sacrifier pour que son enfant « réussisse » ?

Ou, plus précisément encore : jusqu’où peut aller l’amour d’un parent quand l’avenir de son enfant semble suspendu à une simple note ?

L’enquête révèle rapidement que cette scène n’était pas un accident. C’était une routine. L’enseignante connaissait les lieux par cœur. Normal : elle avait travaillé dans ce même établissement pendant des années. Après son départ, elle donnait des cours particuliers au fils de sa complice. Et peu à peu, la frontière s’est effacée.

Contre rémunération, ou peut-être pour calmer une angoisse plus profonde, elle pénétrait régulièrement la nuit dans les bureaux et récupérait tous les sujets d’examen possibles : mathématiques, sciences, littérature. Tout ce qui pouvait donner une longueur d’avance. Chaque épreuve, chaque contrôle.

Un agent d’entretien ouvrait les portes. La nuit faisait le reste. Et le garçon, depuis 2023, enchaînait les notes brillantes. Les enseignants le félicitaient. Les camarades l’admiraient. Les parents projetaient déjà un avenir prestigieux.

Mais rien n’appartenait à l’enfant vraiment. Chaque succès reposait sur une fraude invisible. Chaque bonne note était le fruit d’une peur adulte, pas d’un effort d’enfant. L’adolescent jouait un rôle écrit par d’autres. Et il l’ignorait peut-être lui-même.

La chute fut brutale et sans appel : Arrestation. Aveux. Regrets. Et pour le garçon : expulsion immédiate. Toutes les notes annulées. Deux années d’études rayées d’un trait, comme si elles n’avaient jamais existé.
Pas parce qu’il avait échoué. Mais parce qu’on l’avait empêché d’essayer honnêtement. Son avenir académique s’est brisé non pas sur son incapacité, mais sur l’obsession d’une réussite à tout prix. Sur l’amour déformé de sa mère. Sur un système qui transforme la réussite scolaire en combat à mort.

Cette histoire n’est pas un cas isolé, mais un symptôme.

En Corée du Sud, comme dans beaucoup d’autres pays d’Asie du sud-est, un seul examen peut décider d’une vie entière. Il ouvre -ou ferme- l’université. L’université façonne la carrière. La carrière dessine le futur. Et le futur sourit rarement à ceux qui trébuchent une seule fois.

Dans un tel système, l’éducation n’est plus seulement un levier. Elle devient une frontière entre la dignité et la chute. Et lorsque la pression devient insoutenable, certaines familles sont prêtes à franchir toutes les lignes. Ce qui trouble le plus, c’est que cette affaire n’est pas unique.

Quelques mois plus tôt, près de 250 enseignants Sud-Coréens ont été démasqués pour avoir vendu des sujets d’examens pendant six ans, empochant chacun l’équivalent de 61 000 dollars, près de 37 millions de francs CFA.

Un commerce bâti sur la peur. Un marché alimenté par l’angoisse silencieuse de parents convaincus qu’un faux pas peut ruiner une vie. Des adolescents broyés par un système qui exige la performance, mais refuse l’erreur. Des enseignants épuisés, pris au piège. Et, au sommet, un système qui finit par trahir ceux-là mêmes qui sont censés en garantir l’équité.

La Corée du Sud n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Ce serait une erreur monumentale de croire que cette histoire ne concerne qu’un pays lointain. La Corée du Sud n’est ici ni un bouc émissaire, ni une exception. Elle est un miroir grossissant, un point d’observation.
Car partout où la réussite scolaire devient une question de survie -en Afrique, en Asie, en Europe ou ailleurs- les mêmes dérives apparaissent : la peur, la triche, la pression familiale, le sacrifice silencieux des enfants.
Ce récit ne pointe pas un pays du doigt. Il éclaire un mécanisme universel. Ce n’est pas une histoire sur « les autres ». C’est un avertissement sur ce que nous devenons, collectivement, lorsque l’échec n’a plus droit de cité.

Car la vraie question n’est pas : « Comment ces deux femmes ont-elles triché ? »

La vraie question est plus inconfortable : combien d’élèves dits « excellents », chez nous, doivent leur réussite à des mécanismes cachés ?

Combien d’enfants intelligents, chez nous, sont jugés « médiocres » simplement parce qu’ils n’ont pas bénéficié d’un avantage illégal ?

Et surtout : combien d’adolescents, sous nos tropiques, portent le poids de rêves qui ne sont pas les leurs ?
Ce n’est pas une histoire de fraude. C’est une histoire de civilisation. C’est ce qui arrive quand la réussite scolaire devient une question de survie. Quand l’école cesse d’être un lieu de croissance pour devenir une arène où personne ne veut être le premier à tomber. Quand l’échec n’est plus un apprentissage, mais une condamnation.

Au cœur de cette histoire, il n’y a ni statistiques ni classements. Il y a un adolescent, encore en construction, dont l’avenir s’est effondré non pas parce qu’il manquait de talent, mais parce qu’on lui a retiré ce qui compte le plus : le droit d’essayer par lui-même, de tomber sans être condamné, de se relever sans honte. Le droit de comprendre ses limites, d’apprendre de ses erreurs et de grandir par l’effort. Le droit, tout simplement, d’être préparé à la vie d’adulte.

Voyez-vous, nous parlons souvent de l’avenir de l’éducation. Nous parlons des classements, des performances, des élites à former. Mais nous parlons rarement du prix humain que certains paient pour y accéder.

Cette nuit-là, dans ce lycée silencieux sud-coréen, ce prix est apparu au grand jour. C’est le vrai sujet, la vraie alerte, la vraie tragédie.

Si nous refusons d’entendre ce cri, nous continuerons à célébrer des succès fabriqués, tout en laissant, dans l’ombre, des enfants tomber sans bruit. Et alors, il ne faudra pas feindre la surprise face à ce qui vient. Car nos ancêtres nous ont prévenus :
« L’enfant qui n’est pas accueilli par le village brûlera le village pour sentir sa chaleur. »
━━━━━━━━━
Envie de lire mes prochaines histoires dès leur parution ?
Ou de découvrir en avant-première des extraits exclusifs de textes inédits ?

Écrivez-moi à : nayasankore@gmail.com
 Naya Sankoré 

PARTAGER :                              

Vos réactions (1)

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

 LeFaso TV
 Articles de la même rubrique
Pourquoi le Président Sankara ne portait presque jamais de montre
Le jour où j’ai commandé une « Hommelette » en Chine
Pour ses vœux de Nouvel An, elle arrosait un arbre sous la pluie