Burkina/Transition agroécologique et nutritionnelle : Des chercheurs mettent en évidence le rôle des réseaux de producteurs
Dans le cadre de la première édition des Journées scientifiques de l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA), un panel a mis en lumière le rôle central des réseaux de producteurs dans l’adoption des pratiques agroécologiques et l’amélioration nutritionnelle. Les chercheurs et acteurs de terrain ont pu partager leurs expériences, les défis et perspectives pour construire un système alimentaire résilient et durable au Burkina Faso.
Le Burkina Faso se trouve à un tournant crucial dans sa manière d’aborder l’agriculture et l’alimentation. La première édition des Journées scientifiques de l’INERA a été l’occasion d’ouvrir un débat central autour de la transformation durable des systèmes alimentaires. Quatre panélistes ont partagé leur réflexion sur la manière dont les réseaux de producteurs peuvent contribuer à une agriculture plus durable et à une meilleure nutrition pour tous. Les communications ont été modérées par Dr Batamaka Somé, représentant régional Afrique de l’Ouest de la Fondation McKnight. C’est Dr Eveline Sawadogo/Compaoré, sociologue du développement, qui a ouvert le panel en soulignant l’importance de comprendre la dynamique des producteurs. Son intervention a insisté sur le rôle central des producteurs dans la co-construction des innovations agricoles et la nécessité d’adopter une approche systémique, prenant en compte les besoins, les connaissances et les expériences des acteurs de terrain.
Dr Mahama Ouédraogo, spécialiste en génétique et amélioration des plantes à l’INERA/CNRST, a détaillé le fonctionnement des Farmer Research Networks (FRN), où les producteurs deviennent acteurs et co-créateurs des innovations. Selon lui, « chaque groupe a la responsabilité dans l’exécution de l’expérimentation. Une fois qu’ils implantent l’expérimentation ensemble, ils vont faire le suivi ; et à la fin, ils vont faire l’évaluation ensemble. » Ce processus itératif permet non seulement, a-t-il dit, de générer des résultats adaptés aux réalités locales mais aussi de créer un processus de co-apprentissage entre producteurs et chercheurs.
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Tsuamba Bourgou, coordinateur régional pour Groundswell International pour l’Afrique de l’Ouest, a insisté sur l’importance de l’organisation communautaire pour assurer la pérennité des innovations. « Les aspects techniques sont très importants, mais il faut aussi faire attention au renforcement des capacités organisationnelles. C’est cela qui permettra aux gens de continuer à faire le processus d’identification des problèmes, d’identification des solutions, d’organisation pour la mise en œuvre, même en l’absence des chercheurs et des projets », a-t-il expliqué.
Agroécologie et nutrition : un lien indissociable
Le lien entre pratiques agroécologiques et amélioration nutritionnelle a été largement abordé par Dr Hama Fatoumata Ba, directrice de recherche en nutrition et sciences des aliments à l’IRSAT/CNRST, durant sa communication. Elle a insisté sur la nécessité de repenser les systèmes alimentaires pour garantir une alimentation saine pour tous. « Nous voyons très bien l’abandon de certains pesticides et la prise en compte de nos écosystèmes pour pouvoir avoir des produits de récolte sains », a-t-elle indiqué, soulignant les avancées notables de la transition agroécologique au Burkina Faso.
Cette approche combine santé, sécurité alimentaire et durabilité environnementale. Les pratiques agroécologiques, en limitant l’usage d’intrants chimiques et en favorisant la biodiversité, contribuent à la fois à la santé des sols et à celle des consommateurs. « Beaucoup d’acteurs œuvrent à cette transition. L’engagement des producteurs et des chercheurs est fondamental pour avoir une alimentation saine et bénéfique pour tous », a résumé Dr Hama Fatoumata Ba. Pour elle, l’avenir de l’agroécologie au Burkina Faso repose sur cette alliance entre savoir scientifique, expérience locale et volonté politique, dans une dynamique lente mais certaine de changement durable.
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Les échanges ont montré que les réseaux de producteurs jouent un rôle central pour relier les initiatives de recherche à la réalité des exploitations agricoles. Ces réseaux facilitent la diffusion des innovations, l’adaptation locale des pratiques agroécologiques et le renforcement des capacités organisationnelles. Comme l’a expliqué Tsuamba Bourgou, il s’agit de créer un protocole d’expérimentation avec le paysan et de l’impliquer dans toute la démarche jusqu’au résultat. « S’ils ne sont pas bons, on recommence », a-t-il insisté. De plus, Dr Sawadogo/Compaoré a mis en avant l’importance du dialogue continu et du co-apprentissage entre chercheurs et producteurs. « On peut apprendre beaucoup du producteur et renforcer ou améliorer nos résultats de recherche. » L’appropriation locale des innovations passe par cette reconnaissance de la connaissance et de l’expérience des producteurs.
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En dépit des avancées, plusieurs défis subsistent, a relevé le panel. La transition agroécologique reste lente, notamment en raison des habitudes anciennes et de l’accès limité aux intrants écologiques. Dr Sawadogo/Compaoré a illustré cette complexité par un exemple concret. « Certains producteurs mettent parfois leurs produits écologiques de côté pour la consommation familiale, et le reste des produits qui sont jolis pour les acheteurs, parce qu’ils savent que les pesticides de synthèse sont dangereux pour leur santé », indique-t-elle.
La sensibilisation, l’éducation et le renforcement des réseaux sont essentiels pour accélérer cette transition, s’accordent les panélistes. Le panel a suscité de nombreuses contributions et interrogations de la part du public. Dans leurs réponses, les panélistes ont insisté sur le caractère participatif, inclusif et itératif des initiatives agroécologiques, et sur la nécessité de combiner techniques agricoles, organisation communautaire et sensibilisation nutritionnelle.
Au-delà du panel, des projets concrets
Le panel a également mis en avant des initiatives concrètes soutenues par exemple par la fondation McKnight et d’autres partenaires. Selon Dr Batamaka Somé, représentant régional Afrique de l’Ouest de ladite fondation, qui a par ailleurs modéré le panel, l’agroécologie est futuriste.
« Nous avons beaucoup foi en l’avenir de l’agroécologie au Burkina Faso et dans les pays de l’Afrique de l’Ouest. Depuis 2006, nous intervenons au Burkina, au Mali et au Niger, et nous pensons que produire nos propres ressources est un pas vers la souveraineté alimentaire. Nous faisons la recherche-action dans le domaine de l’agroécologie et nous finançons beaucoup de projets. Nous intervenons sur les aspects d’amélioration génétique, les aspects de production, les aspects de recherche avec les paysans, les aspects de nutrition, les aspects de santé unique que l’on appelle One Health en anglais, etc. », a-t-il fait savoir.
Dr Aminata Ganeme, spécialiste en agrobiodiversité et agroécologie à l’université Joseph-Ki-Zerbo, a aussi présenté le stand McKnight présent à ces journées scientifiques pour mettre en avant plusieurs résultats. Ces résultats dans l’agroécologie portent sur la valorisation des déchets pour la fabrication de biofertilisants, la création variétale, la diversification des systèmes de culture, la lutte biologique contre les insectes ravageurs des cultures, la récupération des écosystèmes dégradés et la transformation agroalimentaire. « Les projets McKnight abordent plusieurs thématiques, à travers la recherche participative et les réseaux de producteurs », a-t-elle précisé, soulignant l’importance de relier recherche, innovation et production sur le terrain.
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Le panel sur la contribution des réseaux de producteurs à l’adoption des pratiques agroécologiques et à l’amélioration nutritionnelle dans le cadre des Journées scientifiques de l’INERA a clairement montré que la transformation durable des systèmes alimentaires passe par l’inclusion des producteurs, la valorisation de leurs savoirs et la construction de réseaux solides. Les initiatives présentées par les panélistes ont illustré comment la recherche-action, la co-innovation et la nutrition peuvent s’articuler pour renforcer la résilience des systèmes alimentaires au Burkina Faso.
Farida Thiombiano
Lefaso.net

