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Burkina/Adaptation et atténuation au changement climatique : Les villages climato-intelligents comme solution pour les populations, selon Dr Issa Sawadogo

Publié le jeudi 4 décembre 2025 à 22h30min

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Burkina/Adaptation et atténuation au changement climatique : Les villages climato-intelligents comme solution pour les populations, selon Dr Issa Sawadogo

Expert en résilience pastorale et adaptation au changement climatique, Dr Issa Sawadogo est chercheur en productions animales au Centre de recherches environnementales et de formation de Kamboinsin (CREAF-K) de l’INERA. Il consacre ses travaux à l’analyse des vulnérabilités et aux politiques publiques de résilience. Il fait également partie des experts qui ont travaillé avec plusieurs institutions et organisations de la société civile sur la mise en place des Villages climato-intelligents (VCI) au Burkina Faso. Dans cette interview qu’il a accordée à Lefaso.net, l’expert revient sur ces types de villages dans un contexte de changement climatique, sa contribution dans ces projets et autres.

Lefaso.net : Quel a été votre rôle dans la mise en œuvre des villages climato-intelligents (VCI) sur lesquels vous travaillez ?

Dr Issa Sawadogo : Je suis intervenu dans l’établissement de deux villages climato-intelligents (VCI) au Burkina Faso. Le premier, c’était le village de Tibtenga/commune de Koumbri (R. Yaadga) courant 2013-2015, avec d’autres chercheurs de l’INERA, de l’INSS et de l’ICRAF et l’accompagnement technique de l’UICN. Dans le cadre du programme CCAFS-CGIAR (Changement climatique, agriculture et sécurité alimentaire), nous avons d’abord été familiarisés à la conduite d’un processus d’apprentissage participatif de la “trousse à outils planification et suivi-évaluation des capacités d’adaptation aux changements climatiques (TOP-SECAC)”.

Par la suite, nous avons pu conduire, dans le village de Tibtenga, un processus complet d’établissement d’un village climato-intelligent (climate-smart village), allant d’un diagnostic participatif et pluridisciplinaire de la situation de ressources naturelles et des menaces climatiques et non climatiques, en passant par l’identification d’actions d’adaptation au changement climatique et à leur mise en œuvre et suivi-évaluation pendant au moins 3 saisons.

La deuxième expérience de village climato-intelligent, c’était avec l’ONG Naturama qui m’a demandé de former ses agents (cadres et acteurs terrains) et partenaires (agents techniques d’agriculture, élevage, environnement, ONG, OSC, leaders locaux) sur les différents modules essentiels de la trousse et de les accompagner durant tout le processus qui est actuellement en cours dans le village de Silemba/commune de Doulougou (Bazèga).

Qu’est-ce qu’un “village climato-intelligent” et comment diffère-t-il d’un village traditionnel ?

Un VCI est un village dans lequel les activités de production (agriculture et autres) renforcent la sécurité alimentaire (plus de production et de revenu), favorisent l’adaptation et contribuent à l’atténuation. Les différences d’avec un village traditionnel se trouvent à plusieurs niveaux. Au nombre de ces différences, il y a les approches. Alors que traditionnellement chaque ménage choisit librement ses activités, dans un VCI, les activités sont planifiées à l’issue d’une analyse situationnelle (état des lieux de la vulnérabilité locale) réunissant plusieurs acteurs (agronomes, environnementalistes, sociologues, climatologues, etc.).

La deuxième différence se trouve au niveau de la nature des activités d’un VCI. Toute activité doit contribuer à au moins un des critères suivants : productivité, adaptation, atténuation, sans nuire à aucun des autres.
En plus des approches et de la nature des activités, il y a aussi l’accès aux services climatiques. Dans un VCI, les acteurs de la production (exemples : agriculteurs) doivent avoir accès aux services climatiques (prévisions saisonnières, hebdomadaires, bulletins, alertes, conseils agronomiques, etc.), pour leur permettre de prendre des options pertinentes de production.

Comment l’idée de créer un village climato-intelligent a-t-elle germé ?

L’idée de créer des VCI participe des actions multiformes qui sont entreprises partout dans le monde pour faire face au changement climatique. L’idée est que chaque village, pris individuellement, en dépit du changement climatique et de ses effets, puisse assurer durablement le bien-être de ses populations. Pour ce faire, trois défis doivent être relevés, notamment assurer la sécurité alimentaire par l’augmentation de la productivité et des revenus, adapter les activités productives aux effets du changement climatique et contribuer à atténuer les effets du changement climatique.

Donc que ce soit Tibtenga avec le CCAFS ou Silemba avec Naturama, les mêmes préoccupations ont prévalu. Il s’agit en clair de faire en sorte que les activités dans nos villages soient plus efficientes (utilisation rationnelle des ressources) et plus résilientes aux changements climatiques et aux autres chocs.

Quelles ont été les motivations principales derrière ces projets ?

Le processus est conduit dans le cadre d’une initiative de Naturama AfriEvolve/NABU qui avait pour objectifs, entre autres, la promotion de l’agriculture intelligente face au climat (CSA).

Quels sont les principaux défis climatiques auxquels ces types de villages doivent faire face ?

Les défis, encore appelés aléas climatiques, sont pratiquement les mêmes dans nos villages, la différence pouvant se trouver dans l’ordre hiérarchique suivant leur acuité. On a généralement les poches de sécheresse, les inondations, les fortes températures/chaleurs, les vents violents, les fortes pluies, les attaques acridiennes, etc. Pour le cas spécifique de Silemba, les principaux aléas répertoriés au sortir du diagnostic participatif étaient la sécheresse, les vents violents et les inondations.

De façon générale, quelle peut être l’importance de tels villages dans ce contexte d’adaptation au changement climatique ?

Les villages, en tant qu’unités socio-environnementales, sont des points d’entrée d’une approche qui, à terme, doit couvrir le monde entier. Les VCI sont des zones de concentration d’initiatives permettant de renforcer les capacités des communautés et des écosystèmes à faire face avec efficacité aux changements climatiques. Les investissements pour faire face aux effets adverses des CC sont coûteux et il faut partir de quelque part et à petite échelle, d’où l’échelle des villages. Normalement, si l’expérience a réussi, on doit se retrouver dans une situation où :

i) la sécurité alimentaire et les revenus de la communauté se sont renforcés,
ii) les communautés sont moins sensibles aux aléas climatiques et
iii) l’environnement biophysique s’est renforcé (densification et diversification du couvert végétal), ce qui participe à la séquestration du carbone, donc à l’atténuation. La suite logique est que les actions qui ont été conduites dans ce village sont mises à l’échelle. Et ainsi, de proche en proche, on doit pouvoir arriver à une commune, une province, une région, un pays et un monde climato-intelligent.

De façon concrète, à l’échelle locale, ces villages climato-intelligents peuvent contribuer à renverser les tendances de dégradation des écosystèmes forestiers et agropastoraux tout en maintenant ou renforçant la productivité agrosylvopastorale. En cela, ce sont des moyens pour l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire. Ils peuvent aussi aider à renforcer et diversifier les opportunités économiques des femmes et des jeunes.

Interview réalisée par Yvette Zongo

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