LeFaso.net, l'actualité Burkinabé sur le net
Proverbe du Jour : “là où la corruption s’implante, le mérite perd sa valeur ” William Sinclair M

Le célibat : Entre liberté assumée et solitude redoutée

Publié le mardi 11 novembre 2025 à 22h35min

PARTAGER :                          
Le célibat : Entre liberté assumée et solitude redoutée

Chaque année et depuis 1990, le 11 novembre est consacré journée des célibataires dans plusieurs pays. Et même si cette journée semble être très peu connue au Burkina Faso, Lefaso.net a saisi l’occasion pour trendre son dictaphone à un certain nombre de Burkinabè (mariés ou célibataires). Ils s’expriment sans détours sur les avantages et les inconvénients de la vie de célibataire.

Ce sont des hommes et des femmes, des étudiants, des élèves, des fonctionnaires ou des commerçants. Ils ont un point commun : ils sont célibataires ou l’ont une fois été. Si, pour certains, ce statut est un choix de vie, pour d’autres, il est un fardeau.

« Je vis pour moi-même et mon âge n’est pas un blocus pour m’empêcher de dormir les nuits juste parce que je suis célibataire », confie Clémentine Koama, journaliste-entrepreneure de 26 ans. Pour elle, le célibat rime avec la liberté, plus de temps pour suivre et construire ses projets et aussi moins de disputes. « J’entreprends et je suis journaliste. Il y a des jours où je rentre tard à cause du nombre important de clients et de mes reportages. À ce stade, si j’étais mariée, il faudrait que mon époux soit très compréhensif. Or c’est une qualité que l’on rencontre rarement de nos jours, car il aura beau me comprendre, un jour, il va forcément craquer », a-t-elle poursuivi.

Clémentine Koama sur la question de son célibat

Même son de cloche chez Gustave Konaté, président du collectif des jeunes communicants du Burkina. « Lorsqu’on est célibataire, tu n’as pas à te justifier de tes actes ni de tes choix. Tu gagnes la connaissance de soi, l’autonomie. Tu n’as de comptes à rendre à personne », a-t-il martelé. Le jeune célibataire de 28 ans souligne également que le célibat permet une bonne gestion financière, à telle enseigne qu’il permet de réduire les dépenses.

Cependant, cette indépendance a un revers, car pour d’autres personnes, la vie en solo est synonyme de privation affective. Elle contraint, selon cette catégorie de célibataires, à toujours traverser seul certaines situations difficiles.

Gustave Konaté, président du collectif des jeunes communicants du Burkina

« Les nuits sont souvent longues. C’est en ce moment qu’il faut reconnaître que l’amour joue un rôle protecteur. « Il aide à surmonter les épreuves et à amortir certains chocs de la vie », lance Mahamadi Junior Ouédraogo. Âgé de 29 ans et célibataire, Mahamadi Junior Ouédraogo indique aussi que « le célibataire peut ressentir une solitude affective, car il ne bénéficie pas du soutien émotionnel et du partage quotidien qu’apporte une relation.

« L’absence de projet commun peut réduire la perspective de construire une stabilité durable, qu’il s’agisse de fonder une famille ou de bâtir des projets à deux », confie Junior Mahamadi Ouédraogo

Le point de vue de ceux qui ont dit « oui », sur la question du célibat

La question du célibat peut être considérée comme universelle car elle soulève aussi un intérêt particulier pour les personnes mariées, qui ont autrefois été célibataires.

Hamed Nanéma, journaliste au média en ligne Lefaso.net, souligne que ce statut, qu’il soit souhaité ou pas, a aussi des inconvénients malgré le taux de liberté qu’il engendre. Notamment la solitude et aussi la parentalité. Car, dit-il, « dans la vie, tout homme, à un moment donné, a besoin de parler à quelqu’un. Mais pas à n’importe qui. Plutôt à une personne en qui il a confiance, et la plupart du temps, cette personne sera celle avec qui l’on partage sa vie. La Bible déclare que deux valent mieux qu’un. À deux, lorsque l’un tombe, l’autre a la capacité de le relever. Et puis on ne peut pas aspirer à avoir une famille si l’on est seul », a-t-il fait savoir.

« Tout homme, à un moment donné, on a besoin de parler à quelqu’un », souligne Hamed Nanéma, journaliste au journal Lefaso.net

Abdoul Karim Koalga, couturier au quartier Gounghin, renchérit en affirmant qu’il lui est difficile de faire confiance à un célibataire, en parlant des hommes, car il n’a pas les pieds sur terre. « Lorsqu’un célibataire me demande un prêt d’argent, j’ai peur, car il peut s’enfuir avec mon argent à tout moment. Comme il vit seul et n’a pas de charge, pour lui tout est permis », a-t-il laissé entendre.

« Le célibataire n’est pas une personne en qui on peut se fier », lance Abdoul Karim Koalga, couturier au quartier Gounghin.

Issaka Koanda, marié et père de deux enfants résidant à Zagtouli, confie que le célibat n’est avantageux que lorsqu’on en profite pour se construire et réaliser des projets. « Le célibat, c’est juste pour un bout de temps. Et cela permet de se concentrer sur l’avenir, d’étudier et de réaliser ses projets. En dehors de cela, la vie en solo conduit au libertinage. Et, dans nos sociétés, un célibataire peine à se faire respecter à cause de la pression à laquelle il fait face. »

« Le célibat c’est juste pour un laps de temps », Issaka Koanda, marié et père de deux enfants

Issaka Koanda décrit cela comme un inconvénient et invite les jeunes filles et hommes célibataires à s’engager, car c’est très important dans la société. Il cite en exemple les personnes profondément attachées aux coutumes ou aux traditions. Pour eux, il leur est souvent interdit d’accepter un présent de la part d’un célibataire sous prétexte que c’est impur.

Née dans les années 1990 à l’initiative d’étudiants de l’université de Nankin, en Chine, la « Journée des célibataires » est aujourd’hui une célébration mondiale. Selon le magazine américain Times, ces jeunes cherchaient à l’époque à créer une alternative à la Saint-Valentin : une journée qui leur permettrait de s’offrir des cadeaux à eux-mêmes, comme le font les couples le 14 février. Le choix de la date du 11 novembre n’est pas anodin : le 11/11 met en avant le chiffre 1, symbole de solitude et d’individualité.

Peu à peu, la célébration a dépassé le simple cadre estudiantin pour devenir une véritable fête de l’indépendance affective, note le journal français Le Parisien. Contrairement aux célébrations centrées sur l’amour romantique, la Journée internationale des célibataires met en avant l’autonomie, la confiance en soi et le bien-être personnel, mentionne de son côté le site journees.net, qui ajoute qu’elle contribue aussi à déconstruire les stéréotypes entourant le célibat, longtemps perçu comme une situation transitoire ou marginale.

Avec le temps, la date du 11 novembre est devenue un rendez-vous commercial majeur, notamment dans le commerce en ligne. Des soirées spéciales, des événements festifs ainsi que des campagnes de sensibilisation sont organisés dans plusieurs pays. Certains programmes mettent l’accent sur le développement personnel à travers des conférences, des ateliers ou des séances de coaching. D’autres initiatives, plus solidaires, voient des entreprises reverser une partie de leurs bénéfices à des associations caritatives.

Ainsi, la « journée des célibataires » s’impose désormais comme une célébration de la liberté, du partage et de la valorisation de soi, bien loin du simple contrepoint à la Saint-Valentin.

Muriel Dominique Ouédraogo (stagiaire)
Lefaso.net

PARTAGER :                              

Vos réactions (3)

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

 LeFaso TV
 Articles de la même rubrique