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Elle a 27 ans… et son compagnon est né avant les pyramides

Publié le vendredi 26 septembre 2025 à 23h25min

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Elle a 27 ans… et son compagnon est né avant les pyramides

Certaines histoires ne préviennent pas : elles vous tombent dessus, vous coupent le souffle et s’accrochent à la mémoire comme une main glacée. Celle que je m’apprête à vous raconter en fait partie. Elle a commencé quand j’étais encore étudiante en Chine, avec une camarade de classe.

Appelons-la Xiaomai un nom d’emprunt pour une histoire trop vraie pour être effacée. Elle avait vingt-sept ans. Pas le genre de fille qui attire les regards en entrant dans une pièce, mais celle qu’on remarque au second coup d’œil, quand son rire discret fend l’air comme une faille fragile. Ses yeux ? Trop grands pour contenir toutes ses inquiétudes. Trop transparents pour dissimuler ses insomnies. Et cette manie étrange de ne jamais exagérer, de ne jamais enjoliver les faits. Chaque mot, chez elle, tombait comme un verdict.

Xiaomai et moi étions camarades dans un programme de formation à Pékin. Des journées interminables de cours, de notes, de cafés brûlants avalés à la hâte. Assises côte à côte, toujours. Petit à petit, la proximité s’est transformée en complicité. Nous avons fini par devenir amies. Pas ces amitiés de façade qu’on parade sur les réseaux sociaux. Non. La vraie amitié. Celle où l’on partage les biscuits quand on a faim, les angoisses quand on a peur, les silences quand les mots sont trop lourds.

Avec elle, il n’y avait presque rien de secret. Presque.
Parce que malgré son honnêteté scrupuleuse, je sentais une ombre. Une chambre fermée derrière ses pupilles. Une porte qu’elle refusait d’ouvrir. C’était infime une hésitation dans sa voix, un sourire qui s’éteignait trop vite, une phrase interrompue. Mais je savais. Elle cachait quelque chose.

Et c’est justement parce qu’elle n’était pas du genre à inventer des histoires, pas du genre à mentir ou à rêver tout haut, que ses confidences, le jour où elles sont tombées, m’ont frappé comme une gifle glaciale.
C’était un soir, à la sortie du cours. L’air de Pékin portait cette lourdeur poussiéreuse des fins de journée : des klaxons au loin, des néons qui s’allumaient trop tôt, et nos pas traînants sur le trottoir humide. Je ne sais pas pourquoi ce soir-là, j’ai insisté. Trop curieuse, trop tenace. J’ai posé la question une fois de trop.
Alors, elle s’est arrêtée. Son regard a flotté une seconde dans le vide, comme si elle cherchait du courage dans l’air pollué autour de nous. Puis ses lèvres ont tremblé avant de lâcher cette phrase, d’une voix calme, mais qui sonnait comme une déflagration :

Oui, je suis sérieuse. J’ai un petit ami. Il est Afro-Américain. Il s’appelle Robert.
Le silence entre nous s’est épaissi d’un coup. J’ai hoché la tête, poliment, comme si je la croyais. Mais à l’intérieur, une petite voix s’est allumée, fine et corrosive : Vraiment ?

Parce que les jours passaient… et rien ne se passait. Elle en parlait. Oui. Elle disait qu’il l’attendait chaque soir chez elle. Qu’ils partageaient le quotidien. Qu’ils vivaient ensemble. Mais jamais je ne l’avais vue marcher à ses côtés. Jamais une main étrangère ne s’était posée sur son épaule. Pas une photo. Pas un message intercepté. Pas même un sourire distrait en consultant son téléphone.

Et puis il y avait ses parents. Je les connaissais. Conservateurs jusqu’à la moelle. Glaciaux dans leur refus. Ils n’avaient jamais toléré qu’elle sorte avec quelqu’un hors de leur communauté. Et déjà, au début, ils avaient regardé notre amitié avec méfiance, comme une hérésie. Alors j’étais coincée entre deux certitudes contradictoires : je la voyais incapable de mentir. Mais je la voyais aussi incapable de s’opposer.
Alors quoi ? Une invention ? Une illusion ? Ou bien un mensonge tissé de désespoir ?

C’était un soir froid, la veille de la Saint-Valentin. La ville clignotait de néons roses et rouges, les vitrines dégorgeaient de fleurs empaquetées et de chocolats enrubannés. Partout, des couples riaient, main dans la main, comme si la ville entière s’était liguée pour me rappeler ce que Xiaomai refusait obstinément de me montrer : son mystérieux petit ami. Je l’ai taquinée, mais ma voix avait plus de piques que d’humour :

— Tu es sûre de ne pas inventer ?
Elle s’est arrêtée net. Ses yeux se sont plantés dans les miens, deux lames brillantes sous les lampadaires. Pas de sourire, pas de recul. Seulement cette phrase, tranchante comme un couteau :
— Je ne mens jamais.

Le silence qui a suivi a fait trembler l’air entre nous. Et j’ai su. Elle croyait chaque mot qu’elle prononçait. Pas une hésitation. Pas une fissure. Mais je ne pouvais pas imaginer à quel point la vérité allait me désarmer. Alors, avec un calme presque insolent, elle a ajouté :
— Demain, on ira manger ensemble, lui et moi. Juste nous deux.
Elle a marqué une pause. Son regard n’a pas cillé. Puis la phrase est tombée, lourde, irrémédiable :
— Tu veux nous joindre ? Je vais te le présenter.
Le lendemain, à la première heure, son message est tombé, sec, sans détour :
— Tu veux le rencontrer ?
Le silence qui m’a saisi a claqué en moi comme un coup de tonnerre. J’ai tapé une réponse. Mes doigts tremblaient un peu.

Je l’ai suivie, incrédule, jusqu’à son appartement, une pièce étroite au neuvième étage d’un immeuble grisâtre, rongé par l’humidité. Le couloir sentait le chou frit et la peinture écaillée, un mélange âcre qui collait à la gorge. Des pas résonnaient quelque part, étouffés. Mon cœur battait comme si j’allais découvrir un secret interdit. J’ai imaginé mille scénarios. Peut-être un homme marié qu’elle cachait. Peut-être un étranger en situation illégale. Peut-être quelqu’un du même sexe. Peut-être un vide complet, et elle, prisonnière d’une invention trop lourde à avouer. Chaque hypothèse me serrait davantage la poitrine.
Nous sommes arrivées. Elle a sorti la clé. Sa main n’a pas tremblé. La mienne, oui. La clé a tourné dans la serrure. La porte a grincé. Un grincement lent, sinistre. Comme si la porte elle-même hésitait à révéler ce qu’elle cachait derrière ses gonds.

À l’intérieur, tout était modeste. Trop modeste. Un lit étroit, impeccablement tiré. Une étagère ployant sous le poids de livres. Une table basse un peu bancale. L’air sentait le thé froid et la lessive. Rien d’anormal. Rien qui crie le mensonge.

— Assieds-toi, dit Xiaomai en désignant une chaise. Je me suis exécutée, le cœur battant.
Elle m’a servi un verre de jus, presque cérémonieusement, comme si nous étions deux convives en attente du troisième. Le silence pesait. Chaque seconde étirait ma nervosité comme une corde trop tendue.
J’attendais. J’attendais qu’une porte s’ouvre. Que des pas résonnent. Que la silhouette de son mystérieux petit ami apparaisse enfin. Mais rien. Mes yeux fouillaient la pièce : la porte du placard entrouverte, l’ombre du couloir, la salle de bain fermée. Il est peut-être là, me disais-je. Il attend le bon moment.

Puis Xiaomai s’est levée. Sans un mot, elle a disparu dans sa chambre. Un frisson m’a traversé. C’était là, forcément. L’homme qu’elle me cachait. Marié ? Trop âgé ? Étranger ? Je retenais mon souffle.
Et c’est alors que je l’ai entendue. Sa voix, derrière la porte entrouverte. Douce. Murmurante. Comme on parle à quelqu’un qu’on aime. Des mots indistincts, mais intimes. Une phrase, un rire étouffé. Elle ne se parlait pas à elle-même. Elle parlait à quelqu’un.

Mon cœur cognait contre mes côtes. C’était donc vrai. Il était là. Dans cette chambre, à quelques mètres de moi. J’ai tendu l’oreille, prêt à deviner le timbre d’une voix masculine en réponse. Mais seul son murmure continuait, comme une mélodie feutrée. Puis le silence.

La poignée a bougé. La porte s’est ouverte. Je me suis redressée, crispée, prête à voir surgir une silhouette. Mais Xiaomai est revenue seule. Seule… et pourtant pas vraiment. Dans ses bras, avec la délicatesse d’une mère portant un enfant, elle tenait… une pierre. Un galet poli, vêtu d’un minuscule pull bleu ciel. Deux yeux ronds dessinés dessus semblaient me fixer, insolents.
Elle l’a déposé au centre de la table, avec solennité. Puis, relevant les yeux vers moi, elle a dit d’une voix calme, tranchante, irrévocable :

— Je te présente Robert.
Sa main a effleuré le galet comme on caresse une joue.
— Mon compagnon.
Et le monde s’est effondré dans ma tête. Un caillou. Son petit ami était un caillou.
Elle a souri devant mon incrédulité. Pas de ces sourires qui allègent l’air. Non. Un sourire fatigué, presque triste, comme un rideau trop lourd qu’on soulève à peine.
— Tu crois que je suis folle, pas vrai ?

Je suis restée muette. Mes lèvres voulaient répondre, mais aucun mot n’a franchi la barrière. J’avais peur de la briser en confirmant, peur de me trahir en niant. Alors j’ai choisi le silence. Elle, au contraire, s’est ouverte.
Les mots sont sortis comme une rivière qu’on retenait depuis trop longtemps derrière un barrage fissuré. Elle m’a parlé de ses relations passées. Des promesses qui s’étaient écroulées comme des tours de cartes. Des infidélités qu’elle avait découvertes trop tard. De la honte d’avoir toujours choisi les mauvais hommes. Chaque histoire semblait être une cicatrice qui n’avait jamais vraiment guéri.

Puis elle a évoqué son travail : ses horaires à rallonge, ses nuits blanches, les mails à trois heures du matin, l’exigence constante. Un monde qui grignotait son temps, sa chair, son énergie.
— Je n’ai pas le temps de sortir. Pas l’énergie pour chercher. Pas la force d’espérer.
Sa voix tremblait, mais ses mains restaient fermes, posées sur la pierre comme sur une ancre. Et soudain, la confession a pris un autre ton. Plus bas. Plus intime.

— Sortir avec un homme… un humain… c’est porter le fardeau de ses émotions en plus des miennes.
Ses yeux se sont voilés, comme si chaque mot réveillait une mémoire douloureuse.
— C’est jongler avec ses colères, ses silences, ses désirs. C’est absorber ses tempêtes quand je suis déjà noyée par les miennes. Et chaque fois, je finis par me briser.
Elle a marqué une pause, caressant Robert du bout des doigts. Un geste tendre, presque révérencieux. Puis sa voix s’est raffermie, d’une clarté glaciale :

— Avec Robert, je ne crains rien. Il ne me trahira jamais. Il ne me quittera pas. Il ne me jugera pas. Il est là. Fidèle. Simple. Éternel. Il s’occupera toujours de moi ici… et dans l’au-delà.
Chaque mot tombait comme un coup de marteau sur ma logique, fissurant peu à peu l’absurdité de la scène. Elle a marqué une pause. Le silence s’est épaissi, seulement troublé par le bruit lointain d’un scooter dans la rue. Ses doigts se sont resserrés sur le galet, comme si elle puisait de la force dans sa froideur minérale. Ses yeux brillaient d’un feu étrange, entre défi et prière.

— Il a des millions d’années. Il a vu s’écrouler des empires, disparaître des royaumes. Il a survécu à des civilisations entières.
Elle a levé le galet à hauteur de son visage, comme pour me forcer à croiser ce regard de feutre dessiné.
— Il comprend le monde. Il comprend l’humanité. Alors il peut bien supporter mes silences.
Le mot silences a résonné dans la pièce comme un écho sacré. Et pour la première fois, je n’ai plus vu un simple caillou sur la table. J’ai vu un témoin millénaire, chargé de toutes les vies passées, et désormais dépositaire des fêlures de Xiaomai.

Dans chacune de ses phrases, il y avait tout : la lassitude d’avoir trop souffert, le soulagement de trouver enfin un havre, et l’aveu terrible qu’elle avait renoncé à chercher la chaleur chez les humains.
Je suis sorti de son appartement avec une boule dans la gorge. L’air glacé de Pékin m’a heurté comme une gifle, mais n’a pas réussi à dissiper le vertige. Était-ce du chagrin pour elle ? De la pitié ? De la fascination ? Je ne savais pas. Mon cœur battait trop vite pour démêler ces fils emmêlés. Mais une certitude me hantait, lourde, irrévocable : Xiaomai n’était pas seule. Robert était là. Fidèle, immuable, silencieux. Et si ce choix m’avait semblé délirant, il était pour elle une réponse. Pas une lubie, mais une bouée jetée dans l’océan de son isolement.

J’avais cru que Xiaomai était une exception, une bizarrerie isolée. Mais plus je creusais, plus je découvrais que l’histoire de ce galet vêtu d’un pull bleu n’était que la porte d’entrée vers quelque chose de plus vaste. Un phénomène rampant, invisible à ceux qui n’avaient pas osé regarder. Et les chiffres donnaient le vertige.
En Chine, sur Taobao, les ventes de pet stones avaient bondi de 246 % en août 2024 en un seul mois. L’équivalent d’un séisme numérique qui, selon certains, aurait créé des dizaines de nouveaux millionnaires dans le pays en quelques mois seulement. Et cela se comprend aisément.

Adopter un galet, c’est tout un cérémonial. On lui choisit un nom : Mei, Tao, Alice. On lui attribue un rôle : la rêveuse, le sage, le confident. On lui crée une carte d’identité. On lui achète des cadeaux d’anniversaire. Certains créent même des familles entières de galets, chacun doté d’un caractère. On habille son compagnon : pyjamas à pois, mini-costumes, robes de bal. On l’enduit d’huiles essentielles pour lui donner du lustre. On lui offre un lit miniature, parfois un parasol. Puis on le prend en photo, on partage ses « aventures » sur les réseaux, comme on le ferait pour un enfant ou un animal.

En 2024, des centaines de milliers de jeunes, surtout des femmes nées après 1995, ont adopté des galets comme d’autres adoptent des chiots. Derrière leurs écrans, les commandes affluaient. Chaque pierre partait comme une promesse empaquetée. Certains vendeurs avaient écoulé plus de mille galets en un mois, bâtissant de véritables empires. Mille compagnons muets, expédiés comme autant de respirations offertes à une jeunesse étouffée. Sur la plateforme Xiaohongshu, il y avait plus de 3,1 millions de posts détaillant comment baptiser, habiller, ou même hydrater sa pierre avec des huiles essentielles.
Je lisais ces données les yeux écarquillés : ce n’était pas un hobby marginal. C’était une culture. Un marché lucratif. Un miroir d’époque. Ce cérémonial n’est pas uniquement vécu en Chine.

En Corée du Sud, la vague a déferlé dès 2020, au cœur du confinement. Dans un pays où près d’un habitant sur deux est célibataire, où la durée légale de travail grimpe jusqu’à 52 heures par semaine (et où un projet de loi avait même tenté de l’étendre à 69 heures), qui a encore l’énergie d’adopter un chien ? Fatigués, stressés, les jeunes ont choisi des compagnons muets. Les employeurs eux-mêmes encouragent parfois leurs salariés à ramener leur caillou au bureau une manière, disent-ils, de décorer leur espace de travail et d’alléger leur stress à moindre coût.

Les pierres, rondes, polies, livrées dans des petites boîtes en carton semblables à des maisons miniatures, s’installent sur les bureaux comme des mascottes silencieuses. Avec leurs yeux collés et leur sourire au feutre, elles deviennent confidents de fin de journée.
La tendance a gagné en éclat quand des stars de K-pop, comme Jeonghan du groupe SEVENTEEN, ont montré leurs propres cailloux à la télévision. Le sien s’appelait Doljjong. Le public a suivi, les vidéos se sont multipliées, et les galets sont devenus des vedettes.

Et partout, la même scène se rejouait sur les réseaux sociaux. Des fils entiers saturés de vidéos où des galets défilaient comme des mannequins miniatures : habillés, coiffés, parfumés. Des hashtags qui explosaient, cumulant des millions de vues, avalant l’attention comme une marée sans fin.
Les influenceurs rivalisaient d’ingéniosité. Tutoriels en trois étapes : comment laver sa pierre sans l’abîmer, quelle huile essentielle appliquer pour lui donner du lustre, comment polir son compagnon pour faire ressortir son “caractère.”

Et là où la demande existe, les charlatans affluent. Certains promettaient de révéler le “destin minéral” de chaque galet. D’autres, moyennant quelques yuans, choisissaient le nom le plus propice, censé porter chance à son propriétaire. Les consultations se multipliaient, comme si baptiser un caillou relevait d’un art divinatoire. Ainsi, même la superstition trouvait sa place dans cette économie fragile : le marché du vide devenait une machine à fortune.

Et au Japon, cette mode a trouvé une résonance particulière. Ici, elle se mêle à une tradition séculaire : celle du suiseki, l’art d’admirer les pierres pour leur beauté naturelle, leur forme évocatrice ou leur patine. Depuis des siècles, certaines familles conservent des “pierres d’érudit” transmises comme porte-bonheur, symboles de stabilité. On les retrouve jusque dans le cinéma contemporain, comme dans le film Parasite de Bong Joon-ho, où une pierre devient presque un personnage à part entière.

Aujourd’hui, cette sensibilité se mêle aux codes modernes. Les jeunes Japonais, confrontés au même isolement urbain que leurs voisins coréens ou chinois, personnalisent leurs pierres avec des yeux, des vêtements miniatures, des surnoms affectueux. La pierre qui jadis servait d’objet de contemplation devient un compagnon intime, plus léger à entretenir qu’un animal de compagnie, plus rassurant qu’un téléphone saturé de notifications, plus loyal qu’un copain ou une copine.

L’idée d’acheter ou de vendre les galets en vérité, n’est pas née en Asie. Elle remonte aux États-Unis, en 1975, quand un publicitaire californien nommé Gary Dahl a eu l’idée de vendre des cailloux dans des boîtes trouées comme des cages, avec un manuel expliquant comment “s’occuper” de son rocher. La blague a duré six mois, mais a suffi à le rendre millionnaire.

Un demi-siècle plus tard, l’ironie est devenue sérieux : des milliers de jeunes adoptent réellement ces compagnons minéraux. Et certains entrepreneurs imaginent déjà une version augmentée, équipée d’intelligence artificielle capable de parler quarante langues. Du caillou au chatbot, il n’y a qu’un pas.
Une frénésie, oui. Mais derrière ce commerce insolite, une fissure affleurait, visible pour qui osait regarder. Sous les rires et la fantaisie, se cachait une douleur commune. Solitude. Fatigue. Peur de l’avenir.
Oui. Pour des jeunes épuisés par des semaines de cinquante heures de travail (voire plus, car tout le monde ne respecte pas la régulation), par une compétition sociale infernale, on comprend pourquoi une pierre peut facilement devenir un répit, un souffle.

Car lorsque le monde devient trop lourd, l’être humain invente. Il invente des dieux, des rituels, des histoires. Il invente des compagnons de chiffon, des peluches, des avatars numériques. Et parfois, il invente de la tendresse… même dans l’inerte.

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 Naya Sankoré 
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