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Particularités des formules et approches bilingues expérimentées au niveau de l’éducation formelle au Burkina Faso

Publié le vendredi 5 septembre 2025 à 16h30min

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Particularités des formules et approches bilingues expérimentées au niveau de l’éducation formelle au Burkina Faso

Résumé : Ce document de vulgarisation est tiré d’un article scientifique publié en Août 2023, dans la revue International Journal of Development Research, 13, (08), pp. 63506-63510, par Docteur BATIONO Zomenassir Armand dont le titre est “Généralisation de l’enseignement bilingue à l’école primaire au Burkina Faso : le défi de l’harmonisation des formules.
Au Burkina Faso, plusieurs formules et approches d’éducation bilingue continuent de faire leurs preuves dans le système éducatif. Mais quelles sont les particularités de ces différentes approches ? Pour répondre à cette problématique, nous avons mené une recherche documentaire sur ces formules. En termes de résultat, il ressort qu’en dépit des différences constatées dans les approches, ces formules parviennent toutes à de meilleurs résultats.

Mots-clés : politique linguistique, sociolinguistique scolaire, socio-didactique,

Introduction

Le Burkina Faso, a toujours été un terrain d’expérimentation de formules et d’approches d’enseignement bilingue. On relève entre autres les formules d’éducation formelle et non-formelle. Le présent travail se focalise sur les différentes approches d’éducation bilingues expérimentées au Burkina Faso. Quelles sont alors les différentes approches d’éducation formelle et non formelle ? Quelles sont les particularités des différentes approches d‘éducation formelle ? Quels sont les résultats de l’éducation bilingues de 1998 à 2021 ? Quel commentaire ces résultats suscitent –ils ? Voilà autant d’interrogations auxquelles nous tenterons d’apporter des éléments de réponses à travers une recherche documentaire.

L’objectif visé dans cette étude est de présenter les différentes formules d’enseignement bilingue expérimentées au Burkina Faso ainsi que leurs spécificités. A ce titre, la présente étude fait appel à des théories de référence que sont la sociolinguistique scolaire, la socio-didactique et la politique linguistique. Selon (C. Marcellesi 1985 :10), la sociolinguistique scolaire intervient sur le terrain de l’école, des synthèses indispensables à la recherche pédagogique sur l’interrelation verbale, les pratiques discursives en classe, les performances des enfants en relation avec leurs milieux familiaux/sociaux. Dans le contexte de notre travail, la notion de politique renvoie, à une entité supérieure, à des dirigeants, au système de pouvoir, aux réformes scolaires.

D’après les travaux de (J-L. Calvet 1996 :11), la politique linguistique désigne : Un ensemble de choix conscients concernant les rapports entre les langues (et la vie sociale, et planification linguistique, la mise en pratique concrète d’une politique linguistique, le passage à l’acte en quelque sorte. Pour (H. Boyer 2010 :3), cette notion, appliquée en général à l’action d’un Etat, désigne les choix, les objectifs, les orientations qui sont ceux de cet Etat en matière de langue(s). Selon (P. Blanchet 2011 : 463)

L’approche sociodidactique se situe au croisement de la didactique des langues et de la sociolinguistique. Elle étudie en particulier l’apprentissage des langues comme une modalité d’appropriation non dissociée des acquisitions en contexte social et des contextes sociolinguistiques. Elle utilise des méthodes de recherche sociolinguistique : observation participante, questionnaires et entretiens semi-directifs, biographies langagières, observation des pratiques sociales contextualisées.

Ces différentes approches théoriques prennent en compte la démarche de notre étude.

1. Méthodologie

Notre méthodologie est basée sur une recherche documentaire. Cette activité a permis de faire, d’une part des recherches sur les formules expérimentées au Burkina Faso et d’autre part présenter les résultats de l’éducation bi-plurilingue entre 1998 et 2021.

2. Résultats de la recherche documentaire

La recherche documentaire a permis de relever que les nouvelles expérimentations d’enseignement bilingue ont commencé à partir des conclusions des Etats Généraux de l’éducation tenus en 1994 et les Assises Nationales sur l’éducation de 2002. Ces rencontres et d’autres études ont tous relevé les difficultés et les goulots d’étranglement du système d’enseignement classique. C’est pour contribuer à la recherche de solutions alternatives des problèmes soulevés par les diagnostics qu’il a été développé plusieurs formules éducatives bilingues tant formelles que non formelle :

 Les formules de l’éducation formelle
  les Ecoles Satellites (ES) : Etat
  les centres Banma Nuara1 (CBN1) : Tin-Tua
  les Ecoles Primaires Bilingues (EPB) : MENA-Solidar

 Les formules de l’éducation non formelle
  les Centres d’Education de Base Non Formelle (CEBNF),
  les Ecoles Communautaires (ECOM)
  les Centres Banma Nuara 2 (CBN2)
  l’Ecole du Berger et de la Bergère
  L’Alphabétisation/Formation Intensive des jeunes de 9-15 ans pour le développement (AFID).

2.1. Particularités des formules et approches bilingues de l’éducation formelle au Burkina Faso
2.1. 1. La formule MENA-Solidar-Suisse

L’éducation bilingue telle que conçue et expérimentée par le promoteur utilise le bilinguisme additif en partant des acquis des langues nationales pour faciliter les acquisitions en français tout au long du cursus primaire. Il s’agit d’un continuum d’éducation pour les enfants de 3 à 16 ans comprenant trois (3) niveaux ou cycles de base qui sont :

  1er niveau : l’Espace d’Eveil Educatif (ou 3 E) pour les enfants de 3 à 6 ans ;
  2ème niveau : l’Ecole Primaire Bilingue pour les enfants de 6 à 12 ans ;
  3ème niveau : le Collège Multilingue Spécifique (CMS) pour les enfants de 12 à 16 ans.

C’est le type de formule bilingue utilisé dans l’éducation formelle où « L’enseignement est d’abord donné dans la langue de l’élève (L1) qui reçoit des cours de seconde langue (L2) jusqu’à ce qu’il soit en mesure de poursuivre ses études dans cette deuxième langue ». Elle est également multilingue dans la mesure où elle emploie plusieurs langues nationales auxquelles sont associées plus tard (dans le post-primaire) plusieurs autres langues nationales, transfrontalières et/ou internationales. Dans la formule MENA-Solidar, deux approches y sont développées pour améliorer la qualité des enseignements-apprentissages. Il s’agit de l’approche ELAN (École et Langues Nationales en Afrique) pour la lecture-écriture et de l’approche EdM (Enfant du Monde).

2.1.2 L’approche ELAN de la lecture-écriture

Elle propose des stratégies efficaces d’enseignement/apprentissage en lecture-écriture. Au départ, elle a été expérimentée à partir de l’année scolaire 2013-2014 dans les classes bilingues langue nationale/français de la région du Plateau Central. C’est plus tard qu’elle est introduite dans les classes monolingues du primaire ayant le français en partage avec l’appui de l’UNICEF. Cette approche est en phase d’extension avec cinq (05) langues : moore, dioula, fulfulde, gulmancema et bissa. L’introduction de cette approche vise à améliorer les acquisitions des apprenants en lecture-écriture afin de faciliter celles des autres disciplines telles que les mathématiques, les sciences de la vie et de la terre et les sciences sociales (histoire, géographie, éducation civique et morale…). Elle suscite le goût de la lecture et de la production écrite chez les apprenants.

2.1.3. L’approche EdM (Enfants du Monde)

Le programme mis en œuvre en partenariat avec EdM vise la mise en place de « processus éducatifs qui assurent une appropriation théorique et pratique de connaissances permettant de comprendre et de transformer la réalité dans laquelle les apprenants sont insérés ». Cette approche dénommée Pédagogie du Texte (PdT) a d’abord été expérimentée dans des formules de l’éducation non formelle puis introduite dans les écoles bilingues moorephones à partir de l’année scolaire 2017-2018 dans les régions du Centre, du Centre Sud, du Centre Ouest et du Plateau Central.

Elle repose sur un ensemble de principes fondés scientifiquement sur les apports les plus pertinents des Sciences de l’éducation (linguistique textuelle, psychologie socio-interactionniste, les didactiques des disciplines, etc.). Adaptée aux spécificités de chaque contexte socioculturel, elle vise à transformer les processus d’enseignement et d’apprentissage, à travers notamment : (1) l’organisation des contenus d’enseignement/apprentissage en quatre domaines disciplinaires au moins ; (2) un lien organique et fort entre théorie et pratique ; (3) l’interdisciplinarité, avec des contenus organisés sous forme de problématiques et la planification/conduite des apprentissages par le biais de séquences didactiques ; (4) la confrontation entre savoirs endogènes et exogènes ; (5) le bilinguisme tout au long du cursus et l’interculturalité ; (6) l’importance centrale à accorder au texte dans la conduite des enseignements/apprentissages ; (7) le développement de capacités psychiques supérieures.

2.1.4. La formule TIN-TUA (tin-tua signifie développons nous par nous – mêmes en langue nationale gulmancema)

L’expérience des centres Banma Nuara (la connaissance élève en gulmancema) a commencé en 1991 à Fada N’Gourma avec des adultes. La vocation première de la méthode était d’offrir aux membres des groupements Tin-Tua déclarés alphabétisés, une formation leur permettant de satisfaire leurs besoins de communication en français avec l’administration et faciliter leurs déplacements dans les différentes régions du pays. Au bout de deux ans de formation (1991 et 1992), une évaluation de performances fut réalisée et son exploitation a permis de poursuivre avec la promotion pour la présenter à l’examen du CEP. L’expérimentation s’est poursuivie en 1993 avec des enfants d’âge scolaire (6 à 12 ans) pour un cursus scolaire de 5 ans. Le bilinguisme utilisé est de type additif.

Le Centre Banma Nuara 1 (CBN1) se veut être un cadre d’enseignement-apprentissage des langues (nationales et le français) en lien direct avec les réalités socioéconomiques des apprenants. L’expérience CBN1 ayant été concluante, l’approche a été transférée à l’Etat en 2007 pour devenir des écoles bilingues dans la région de l’Est. Par ailleurs, A Napon (2005, p.388) recense trois types de centre Banma Nura :

2.1.4.1. Les Centres Banma Nuara I (CBN I) :

Ils concernent les enfants d’âge scolaire (7- 9 ans) environ et fonctionnent selon les horaires de l’école primaire. Les programmes des CBN I s’étalent sur 5 ans à raison de 8 mois par session (de novembre à juin). Le cursus conduit au Certificat d’Etudes Primaires (CEP) et en classe de 6e du post- primaire. Mais pour les centres à proximité d’une école primaire, les enfants sont transférés dans celle-ci après la troisième année. Ils correspondent dans ce cas aux écoles satellites.

2.1.4.2. Les Centres Banma Nuara II (CBN II) :

Ils s’adressent aux jeunes de plus de 15 ans ayant déjà été alphabétisés en langues burkinabè premières. Les programmes s’étalent sur 4 ans à raison de 5 mois par saison, soit de janvier à mai.

2.1.4.3. Les Centres Banma Nuara II (jeunes) :

Ils concernent les jeunes (de 10-14 ans) déjà alphabétisés en langues nationales. Le cursus dure 4 ans également et conduit éventuellement au Certificat d’Etudes Primaires et au post-primaire pour ceux qui remplissent les conditions d’âge. En outre, le sortant peut accéder à l’école classique pour poursuivre ses études ou à une formation professionnelle.

2.1.5. Ecoles satellites (ES)

L’école satellite est une formule éducative, fondée sur le bilinguisme soustractif, dont le cursus de trois ans correspond aux trois premières années de l’école classique intégrant la langue nationale comme matière et médium. A l’issue des trois ans, l’apprenant (e) rejoint une « école mère » pour poursuivre son cursus scolaire à partir de la classe du cours élémentaire deuxième année (CE2). Elles accueillent les enfants de 7 à 9 ans trop jeunes pour parcourir les longues distances les séparant de l’école la plus proche. L’utilisation des langues se présentent ainsi qu’il suit :

  1re année : utilisation de la langue nationale et pratique orale du français ;
  2ème année : utilisation de la langue nationale et du français écrit ;
  3ème année : utilisation du français comme médium et renforcement de la langue nationale en lecture et en grammaire.

La phase expérimentale a duré deux années scolaires 1995-1996 et 1996-1997. Une généralisation de la formule a été faite à partir de l’année scolaire 1997-1998. De nos jours, ces types d’école ont été transformés en écoles classiques.
Parmi ces formules d’éducation bilingue formelle, les formules MENA/Solidar-Suisse et Tin-tuan semblent les plus performantes au regard de leur efficacité interne et externe.

3. Les résultats des écoles bilingues de 1998 à 2021

Entre 1998 et 2015, les résultats des écoles primaires bilingues ont évolué positivement et sont restés au-dessus des 60%. De 2015 à 2021, ce taux à chuté en dessous des 60%. La chronologie des résultats est consignée dans le tableau suivant :

Tableau N°1 : résultats à l’examen du CEP des apprenants des écoles bilingues de 1998 à 2021

Source : DCEM/DGEFG/MENAPLN, 2021

En termes de commentaire sociolinguistique, on peut retenir que les résultats du Certificat d’Etude Primaire (CEP) ont été satisfaisants. En effet, le taux moyen est de 81,69% en 5 ans de scolarité contre 68,74% en 6 ans de scolarité pour le taux national (source DCEM 2021). A partir de 2016, nous constatons une baisse vertigineuse des résultats scolaires. Cela est dû à la crise sécuritaire qui s’est installée depuis cette période et qui a visé le milieu scolaire occasionnant ainsi la fermeture massive des écoles suite au déplacement des populations.

Conclusion

En définitive, on relève que malgré la multiplicité des formules, chaque approche conduit à de meilleurs résultats. En témoignent les résultats de l’enseignement bilingue de 1998 à 2021. Aussi, l’Etat gagnerait à présenter une seule formule harmonisée, en puisant des autres approches, les meilleurs pratiques pour une généralisation de l’enseignement bilingues au Burkina Faso.

Zomenassir Armand BATIONO
Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST)/ Institut des Sciences des Sociétés (INSS)/Laboratoire Langue Education Arts et Communication (LEAC), Burkina Faso. zomenassir@yahoo.fr

Références bibliographiques

Bationo Zomenassir Armand. 2023. « Généralisation de l’enseignement bilingue à
l’école primaire au Burkina Faso : le défi de l’harmonisation des formules ». In International Journal of Development Research, 13, (08), pp. 63506-63510.
Blanchet, Philippe et al. (2011), « Principes transversaux pour une socio-didactique dite ‘de
terrain’ » dans Blanchet, Ph. et Chardenet, P. (Dir.), 2011, Guide pour la recherche en didactique des langues et des cultures. Approches contextualisées. Montréal / Paris, Agence Universitaire de la Francophonie / Editions des Archives Contemporaines, p. 65-69.

Boyer Henri (1991) : Langues en conflit. Etudes sociolinguistiques, Paris, l’Harmattan.
Calvet Louis-Jean (1996). Les politiques linguistiques, Paris : PUF.
Freinet Célestin, 1964. Les techniques Freinet de l’école Moderne, Paris, Armand Colin.
Gauthier, Clemont et al. (1997). Pour une théorie de la pédagogie : recherchescontemporaines
sur le savoir des enseignants. Sainte-Foy, QC : Presses de l’Université Laval
Ilboudo Paul Taryam (2005). Éducation bilingue : un continuum éducatif comme alternative
au système éducatif formel actuel au Burkina Faso. Disponible sur :

http://www.adeanet.org/pubadea/publications/pdf/interieur_11_burkuna_fre.pdf consulté le 06/09/2017
Marcelleci Christiane et al (1985) « vers des pratiques pédagogiques plurinormalistes », in
repère :pour la rénovation de l’enseignement du français N°67, Institut National de Recherche Pédagogique, PP. 1-3. Disponible sur : http//www.ife.ens-lyon.fr/publication/edition-electronique/reperes/ (consulté le 02 janvier 2021)

Napon, Abou, 2007 « Les obstacles sociolinguistiques à l’introduction des langues nationales
dans l’enseignement primaire au Burkina Faso », in La question éducative au Burkina Faso (COMPAORE, F ., dir), Imprimerie de l’avenir du Burkina, Ouagadougou, pp. 253- 246
Montessori Maria, 1995. (Texte de la conférence donnée à Bruxelles de), Généralité sur ma
méthode (1922), in Quinze pédagogues, textes choisis, Paris, A. Colin, pp. 153-161.
Perspectives, 1994 : revue trimestrielle d’éducation comparée (Paris, UNESCO : Bureau
international d’éducation), vol. XXIV, n° 3/4, 1994 (91/92), p. 577-595

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