L’opinion de quelques enseignants sur la généralisation de l’enseignement bilingue au Burkina Faso
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Résumé : Ce document de vulgarisation est tiré d’un article scientifique publié en Août 2023, dans la revue International Journal of Development Research, 13, (08), pp. 63506-63510, par Docteur BATIONO Zomenassir Armand dont le titre est « Généralisation de l’enseignement bilingue à l’école primaire au Burkina Faso : le défi de l’harmonisation des formules ». En effet, au Burkina Faso, il est de plus en plus question de la généralisation de l’enseignement bilingue à l’école. À ce titre, quelle est l’opinion des acteurs du système éducatif à ce sujet ? Pour répondre à cette problématique nous avons mené une enquête de terrain auprès de spécialistes en charge de cette question. Comme résultats, il ressort que les avis sont partagés sur la question. Néanmoins, tous les acteurs estiment qu’une seule formule harmonisée donnerait plus de chance pour la généralisation de l’enseignement bilingue dans le système éducatif. Il revient alors au pouvoir politique de prendre toutes les dispositions pour l’atteinte de cet objectif.
Mots-clés : politique linguistique, sociolinguistique scolaire, socio-didactique,
Introduction
Au Burkina Faso, l’objectif visé à long terme par les politiques est d’aboutir à la généralisation de l’enseignement bilingue à l’école primaire publique. Mais, que pensent les spécialistes de la question ? Est-ce possible de généraliser l’enseignement bilingue au Burkina Faso ? Peut-on appliquer à la fois les deux formules émergentes actuellement en cours ? Quelles sont les pistes possibles pour y aboutir ? La réponse à ces interrogations suscite les hypothèses suivantes :
– La généralisation de l’enseignement bilingue au Burkina Faso suscite des avis partagés au sein du monde enseignant ;
– L’application d’une seule formule bilingue harmonisée a plus de chance d’aboutir
Notre objectif est de requérir les opinions des acteurs sur la question afin de trouver les solutions idoines pour la généralisation de l’enseignement bilingue au Burkina Faso. Pour ce faire, nous avons bien voulu mener cette étude dans le cadre de la sociolinguistique scolaire. Cette théorie nous a permis de circonscrire notre domaine d’étude qui est le milieu scolaire avec tout ce que cela contient comme enjeux linguistiques et didactiques. Selon (C. Marcellesi 1985 :10), la sociolinguistique scolaire intervient sur le terrain de l’école, des synthèses indispensables à la recherche pédagogique sur l’interrelation verbale, les pratiques discursives en classe, les performances des enfants en relation avec leurs milieux familiaux/sociaux.
1. Méthodologie
Notre méthodologie tourne autour d’une enquête de terrain. Elle a consisté à un échange autour d’un questionnaire avec des enseignants et des encadreurs pédagogiques pour requérir leurs opinions sur la question de l’unification des formules de l’enseignement bilingue au Burkina Faso. Ce choix n’est pas fortuit. Car, la question de l’unification des formules est purement technique. Seuls, les praticiens et les concepteurs sont en mesure d’apporter les meilleures solutions. L’échantillon est composé de cent (100) enseignants dont quatre-vingt (80) qui exercent en classe et vingt (20) encadreurs pédagogiques composés comme suit : dix (10) Instituteurs Principaux (IP), cinq (05) Conseillers Pédagogiques Itinérants (CPI) et cinq (05) Inspecteurs de l’Enseignement du Premier Degré (IEPD).
2. Questionnaire :
Etes-vous d’accord avec la généralisation de l’enseignement bilingue ? Pourquoi ?
Que pensez-vous des deux formules émergentes ?
Pensez-vous que l’une des deux formules est-elle généralisable ? Pourquoi ?
Quelles solutions préconisez-vous pour la généralisation de l’enseignement bilingue au Burkina Faso ?
3. Résultat de l’enquête de terrain
Ce résultat représente un résumé du questionnaire établi à cet effet. Il se présente comme suit :
Etes-vous d’accord avec la généralisation de l’enseignement bilingue ? Pourquoi ?
A cette question, 86% des enseignants interrogées ont répondu par l’affirmative et 14% sont contres.
• Pour ceux qui sont pour, les raison évoquées sont résumées ainsi qu’il suit :
L’éducation bilingue :
– Offre un accès à la culture endogène à travers la langue et l’intégration de l’école au milieu par la prise en compte et la valorisation des savoirs endogènes ;
– Offre plus d’opportunités à l’enfant de réussir dans la vie et de s’insérer plus facilement dans son environnement au sortir de l’école à travers la liaison éducation/production/culture en s’appuyant sur la langue maîtrisée par les apprenants. C’est aussi, une forme d’inclusion scolaire ;
– Permet une plus grande revalorisation des cultures africaines pour atteindre la cohésion sociale (la solidarité, la parenté à plaisanterie, la médiation, le respect des ainés, le respect de la parole donnée.
– permet de raccourcir le temps de la scolarité d’au moins un an ;
– consolide le lien école et production favorise l’apprentissage de petits métiers (lutte contre le chômage). Aussi, les sortants de ces écoles réussissent à mieux s’insérer dans le tissu économique de leurs milieux et contribuent au développement local (lutte contre la pauvreté) ;
– facilite l’amélioration des conditions de vie et de travail des élèves et des enseignants : ressources tirées de la production (savoirs et savoir-faire pratique).
• Pour ceux qui sont contre, les raisons évoquées se résument de la façon suivante :
L’éducation bilingue ne peut pas se généralisée à cause des raisons suivantes :
– L’incapacité conceptuelle d’une des deux méthodes cédées à l’état à être généralisable dans un délai prévisible même si les moyens financiers et matériels sont disponibles en tant que de besoin : le manque de linguistes confirmés dans toutes les langues ;
– La multiplicité des langues nationales dont certaines ne sont pas encore étudiées ;
– L’insuffisance des ressources financières au niveau de l’Etat ; (il est illusoire de penser qu’une coopération va financer cette généralisation)
– L’insuffisance et ou l’absence de documents écrits en langues nationales.
– Le manque de dynamisme des sous-commissions des langues.
Que pensez-vous des deux formules émergentes ?
Verbatim : « Les deux formules émergentes sont très efficaces au regard de leurs résultats. Elles se sont imposées de façons concrètes et ont fait preuve de leur efficacité interne et externe. Les auteurs de ces formules sont à féliciter pour avoir démontré que nos langues peuvent être utilisées scientifiquement dans l’éducation et donner de meilleurs résultats. »
Pensez-vous que l’une des deux formules est-elle généralisable ? Pourquoi ?
A cette question, 100% de nos enquêtés pense qu’une seule formule n’est pas généralisable. Les raisons évoquées sont entre autres :
– la spécificité de chaque formule ;
– la revendication de la paternité des auteurs des formules ;
– le manque d’autorité de l’Etat sur les initiateurs de ces formules ;
– l’insuffisance des ressources humaines spécialisées dans chaque formule ;
– la généralisation d’une formule au détriment de l’autre créera des frustrations et un manque d’adhésion.
Quelles solutions préconisez-vous pour la généralisation de l’enseignement bilingue au Burkina Faso ?
Pour cette question, nous avons obtenu les réponses ci-après :
– il faut réunir les deux acteurs des formules émergentes pour obtenir un consensus sur l’unification ;
– mettre en place une commission neutre et impartiale composée d’experts en vue de dégager les forces et les faiblesses de chaque formule ;
– concevoir une formule unique à travers les éléments de force des deux formules émergentes ;
– appliquer la formule unique dans les différentes écoles bilingues existantes avant toute généralisation ;
– produire en conséquences le matériel didactique et procéder à la formation des enseignants ;
– tenir des états généraux de l’éducation en vue de la prise en compte de la nouvelle donne.
4. Discussion
Sur le plan pédagogique, une formule unique et harmonisée est nécessaire pour plusieurs raisons : D’une part, la formule unique harmonisée permet d’avoir un système pédagogique unique dont les principes, les objectifs et les buts peuvent être mesurables et quantifiables. Telle est le cas de la méthode active en vigueur sur tout le territoire national au Burkina Faso. C’est une méthode qui permet à l’enfant d’être au centre de son éducation et le maître devient un guide. D’autre part, la formule harmonisée d’enseignement bilingue sera une étude endogène proposée par des chercheurs et enseignants chercheurs et praticiens (encadreurs pédagogiques et enseignants) burkinabè sur la base de la longue expérience dans ce domaine. Elle permettra des formations aux contenus uniques aux enseignants. Les enseignants formés sur les mêmes modules auront les mêmes pratiques, toute chose qui permettra de déceler les imperfections objectives de la formule pour une meilleure correction.
Comme solutions, cette harmonisation des formules se fera de commun accord avec les deux ONG (Solidar-suisse et Tin-tua) sous l’arbitrage des encadreurs pédagogiques du Ministère en charge des questions de l’éducation avec l’appui des chercheurs et enseignants chercheurs. Une telle méthode de travail inclusive, permettra de tirer de chaque formule, les meilleures pratiques pour en faire une.
Conclusion
En définitive, il ressort de notre étude que l’application de plusieurs formules d’enseignement bilingue ne peut pas permettre une généralisation de ce système à l’école primaire au Burkina Faso. Les meilleures chances de réussite restent l’unification des formules. Car, une seule formule harmonisée offre plus de chance pour l’atteinte de cet objectif.
Zomenassir Armand BATIONO
Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST)/ Institut des Sciences des Sociétés (INSS)/Laboratoire Langue Education Arts et Communication (LEAC), Burkina Faso.zomenassir@yahoo.fr
Références bibliographiques
BATIONO Zomenassir Armand. 2023. « Généralisation de l’enseignement bilingue à l’école
primaire au Burkina Faso : le défi de l’harmonisation des formules ». In International Journal of Development Research, 13, (08), pp. 63506-63510.
Blanchet, Philippe et al. (2011), « Principes transversaux pour une socio-didactique dite ‘de
terrain’ » dans Blanchet, Ph. et Chardenet, P. (Dir.), 2011, Guide pour la recherche en didactique des langues et des cultures. Approches contextualisées. Montréal / Paris, Agence Universitaire de la Francophonie / Editions des Archives Contemporaines, p. 65-69.
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au système éducatif formel actuel au Burkina Faso. Disponible sur : http://www.adeanet.org/pubadea/publications/pdf/interieur_11_burkuna_fre.pdf consulté le 06/09/2017
Marcelleci Christiane et al (1985) « vers des pratiques pédagogiques plurinormalistes », in
repère : pour la rénovation de l’enseignement du français N°67, Institut National de Recherche Pédagogique, PP. 1-3. Disponible sur : http//www.ife.ens-lyon.fr/publication/edition-electronique/reperes/ (consulté le 02 janvier 2021)
Napon, Abou, 2007 « Les obstacles sociolinguistiques à l’introduction des langues nationales
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