Alternatives de substitution des pesticides de synthèse par les biopesticides au Burkina Faso
Introduction
Au Burkina Faso, comme dans de nombreux pays africains, l’agriculture urbaine joue un rôle
central dans l’alimentation des citadins. Par ailleurs, elle assure les fonctions sociales, économiques, environnementales et participe au maintien d’espaces de verdure.
Cependant, le maraîchage présente des risques pour la santé et la qualité de l’environnement puisqu’il utilise parfois de grandes quantités d’intrants minéraux ou des sources de produits phytosanitaires inappropriés pour la culture des fruits et légumes (C.C Kpadenou et al., 2020, p. 3104).
Ainsi, les producteurs en lieu et place des pesticides chimiques sont invités à employer les biopesticides.
Les biopesticides sont fabriqués à partir de matériel vivant, des végétaux ou des microorganismes et généralement à base d’extraits de neem (P. Dugué et al., 2016, p. 7).
Ils sont surtout utilisés dans l’Agroécologie (AE) qui apparaît depuis quelques années pour pallier les insuffisances de l’agriculture intensive.
Au Burkina Faso, l’AE est définie par le Conseil National de l’Agriculture Biologique (CNABIO) comme la limitation, voire la proscription des intrants chimiques de synthèse avec l’intégration de l’ensemble des paramètres écologiques de l’espace cultivé (CNABIO, 2021, p. 8).
Cet article de vulgarisation est tiré d’un article scientifique dont le titre est : « Usage des biopesticides en substitution aux pesticides de synthèse au Burkina Faso : une adoption limitée » publié en 2025 dans la revue Cahiers agriculture, vol 34, p.8. Ainsi, cette réflexion a pour objectif d’examiner la diffusion des alternatives de substitution aux pesticides dans le GO.
Méthodologie
L’étude a été réalisée dans le territoire géographique du Grand Ouaga (GO). Cette entité territoriale regroupe les régions Centre et Plateau central (figure 1).
Figure 1 : Localisation des zones de production agricole enquêtées
Les données quantitatives ont été collectées auprès de 125 maraîchers. Les données géographiques concernant la localisation des zones de production ont été collectées simultanément lors de l’administration du questionnaire.
Quant aux entretiens, ils ont été réalisés avec des acteurs qui interviennent auprès des producteurs comme le CNABIO, des agents de la Zone d’Appui Technique (ZAT), de l’Association Manegdbzanga et de l’Association Songui Manégré / Aide au Développement Endogène (Asmade) et de de l’ONG Terre et Humanisme. Toutes ces données ont été analysées avec Excel et Arcgis.
Résultats
2-1 Une utilisation des pesticides de synthèse par les maraîchers
Les pesticides de synthèse sont utilisés par la majorité des maraîchers. En effet, les enquêtes révèlent que 64% dont 37% des femmes et 27% d’hommes y ont recours.
Toutefois, les modes et les conditions d’emploi ne respectent pas les normes édictées. En effet, les producteurs procèdent au reconditionnement ou au mélange des pesticides.
Les prix des pesticides contraignent certains producteurs au reconditionnement. Généralement, le prix varie entre 500FCFA à 3000FCFA. Ce prix même s’il est bas constitue aussi un facteur de mauvaise utilisation et demeure souvent une contrainte d’accès pour les producteurs.
Pour pallier les problèmes d’accessibilité, les maraîchers développent des pratiques de « débrouille » en achetant les pesticides reconditionnés (photo 1) dans d’autres contenants par les revendeurs.
Photo 1 : Le pesticide Bomec reconditionné
Source : enquête de terrain, 2020
Les producteurs ont également recours au mélange dans d’autres circonstances. Dans ce cas, ils procèdent au mélange de deux ou plusieurs pesticides pour ne pas perdre leurs productions.
Cependant, ces dernières, avec l’intervention de nombreux acteurs, les producteurs commencent à adopter de manière lente les biopesticides.
2-2 La substitution des pesticides de synthèse par les biopesticides
Dans le GO, les maraîchers qui utilisent les biopesticides sont tous issus des organisations collectives. Ils se scindent en trois groupes.
Le premier groupe constitué de 36% des maraîchers certifiés biologiques par le CNABIO. Ils utilisent exclusivement les biopesticides pour lutter contre les nuisibles.
Dans le deuxième groupe, 37% des maraîchers ont recours aux biopesticides. Ils appliquent les biopesticides dans des champs-écoles. L’objectif est d’inciter par l’exemple les producteurs à adopter une pratique AE selon le responsable de l’association Manegdbzanga.
Le troisième groupe concerne 63% des producteurs. Ils pratiquent l’AE et le maraîchage conventionnel. Dans l’AE, ils expérimentent les biopesticides sur de petites superficies (0.25 ha).
L’accent est mis sur les biopesticides, car « les producteurs "déversent" énormément de pesticides chimiques sur les cultures » affirme S.E agent d’une ONG.
2-3 Une production relativement facile des biopesticides
Les biopesticides sont des substances naturelles utilisées pour lutter contre les nuisibles des cultures(Ouedraogo et al., 2025). Ils représentent des alternatives aux pesticides de synthèse. Pour leurs préparations, les producteurs utilisent des plantes (neem, papayer, débris de végétaux), de la poudre de savon, de la levure de bière locale, etc.
Tous ces produits sont accessibles localement.
En plus de l’autoproduction, certaines structures comme Bioprotect en commercialisent. Les prix des biopesticides commercialisés par Bioprotect varient de 800F CFA à 2000 FCFA. Lors des enquêtes, nous avons constaté qu’ils ont été achetés par les ONG Manitese, Asmade et Manegdbzanga pour leurs maraîchers pour leur éviter de recourir aux pesticides chimiques.
Toutefois, les biopesticides sont appréciés différemment par les producteurs. En effet, une productrice de Noungou affirme : « j’ai utilisé une fois, mais le temps de production est long, car on ne peut pas le faire sur place. Souvent, il y a des ravageurs dont les biopesticides ne peuvent pas lutter contre. Tu es obligé de prendre des pesticides de synthèse ».
Les maraîchers conventionnels ont trouvé les biopesticides « inefficaces » car ils n’agissent pas de la même manière que les pesticides. Ainsi, le caractère préventif des biopesticides maintient les producteurs dans le cercle vicieux des intrants chimiques.
Conclusion
Les producteurs utilisent énormément les pesticides de synthèse reconditionnés ou mélangés dans la production maraîchère. Depuis, quelques années, les pratiques renouvelées se développent avec l’AE sous l’impulsion des ONG et des associations. Cette forme d’agriculture a recours aux biopesticides comme moyen de lutte contre les pesticides. Cependant, elle rencontre des difficultés pour son développement.
Odette OUEDRAOGO¹ ; Aude NIKIEMA2, Christine MARGETIC3
Attaché de recherche à l’Institut des Sciences des Sociétés / Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (INSS/CNRST), Ouagadougou, Burkina Faso, ouedetta@yahoo.fr
Maître de Recherche (INSS /CNRST), nikiaude@yahoo.fr
Professeure de Géographie, Institut de Géographie et d’Aménagement Régional de l’Université de Nantes (IGARUN), Nantes, France, christine.margetic@univ-nantes.fr
Bibliographie
CNABIO (2021). Document de référence de l’agroécologie au Burkina Faso. 19p.
Dugué, Patrick, Kettela, Victor, Michel, Isabelle et Simon, Serge. (2016). Diversité des processus d’innovation dans les systèmes maraîchers des Niayes (Sénégal) : entre intensification conventionnelle et transition agroécologique. OpenScience, 16p.
Kpadenou, Claude Codjo, Tama, Clarisse, Dado Tossou, Baké et Yabi, Jacob Afouda. (2020). Déterminants socio-économiques de l’adoption des pratiques agro-écologiques en production maraîchère dans la vallée du Niger au Bénin. International Journal of Biological and Chemical Sciences, 13(7), pp.3103‑3118. https://doi.org/10.4314/ijbcs.v13i7.11
Ouedraogo, Odette, Nikiema, Aude et Margetic, Christine. (2025). Usage des biopesticides en substitution aux pesticides de synthèse au Burkina Faso : une adoption limitée. Cahiers Agricultures, 34, 8p. https://doi.org/10.1051/cagri/2024034
