Fact-checking : Comment repérer un photomontage ?
À l’ère des réseaux sociaux, les images circulent plus vite que les mots. Mais toutes ne disent pas la vérité. Le fact-checking par l’image est une arme pour déjouer les tentatives de manipulation, car même si une photo vaut mille mots, elle peut tromper mille personnes. Voici quelques outils et astuces pour repérer des photomontages.
Dans un monde saturé d’images, apprendre à lire et vérifier une photo devient aussi important qu’apprendre à lire un texte. Pour les journalistes, c’est un impératif professionnel. Pour les citoyens, c’est une nécessité pour éviter de propager de fausses informations. Une photo sortie de son contexte ou modifiée peut orienter une opinion, manipuler ou propager une rumeur. Elle doit donc être interrogée, contextualisée et vérifiée.
Des indices visibles à l’œil nu
Le premier réflexe pour vérifier une image est l’observation attentive. Certains indices trahissent un photomontage.
Il y a tout d’abord les ombres incohérentes. Un objet peut projeter une ombre différente de son environnement.
Ensuite, il y a les proportions suspectes. Une main trop grande, un objet déformé peut tromper si l’on n’est pas attentif.
En outre, une photo peut présenter des traces visibles de retouche autour d’une silhouette mal détourée par exemple.
Enfin, il peut avoir des incohérences de couleur et de lumière avec un visage éclairé différemment du reste de la scène.
Ces signaux ne suffisent pas toujours, mais ils éveillent l’attention du journaliste ou de l’internaute averti.
Des outils numériques de vérification
Au-delà de l’œil humain, plusieurs outils permettent de vérifier l’origine d’une image. Ils ne remplacent pas le jugement critique, mais ils fournissent des indices précieux pour confirmer ou infirmer l’authenticité d’une photo.
Il y a la recherche inversée d’image avec Google Images, TinEye ou Yandex afin de retrouver les premières apparitions d’une photo sur Internet.
Ensuite, il y a InVid-WeVerify, une extension de navigateur gratuite qui permet de repérer un photomontage ou une vidéo sortie de son contexte. Il permet également la vérification de métadonnées et la vérification des profils et sources sur les réseaux sociaux.
Enfin, il y a FotoForensics qui est un outil de détection technique des manipulations d’images, souvent utilisé en complément d’autres méthodes. FotoForensics ne dit pas directement si une image est fausse, mais il fournit des indices, que l’utilisateur doit interpréter avec prudence.
Les journalistes doivent faire attention à la malinformation qui consiste à diffuser de l’information vraie, mais souvent exagérée dans le but de tromper ou de causer des préjudices. Dans le cas présent, une image peut être vraie, mais mal contextualisée. Une photo prise il y a cinq ans dans un autre pays peut circuler aujourd’hui comme preuve d’un événement récent. Ici, le travail journalistique va consister à vérifier quand et où l’image a-t-elle été prise ? Les métadonnées ou les témoignages de témoins oculaires peuvent aider à rétablir la vérité dans ce cas.
La lutte contre les fausses informations est une lutte de longue haleine et elle ne se gagnera pas uniquement par la technologie. Cette lutte passe aussi la culture du bon sens. À bon entendeur…
Fredo Bassolé
Lefaso.net

