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Ecoutes et prières de guérison : Une matinée avec l’abbé Bicaba

Accueil > Actualités > Société • • vendredi 14 avril 2006 à 04h05min

On parle de lui au Burkina et à ailleurs, et des quatre coins du pays on accourt à Donsin pour prier avec lui. Lui, c’est l’abbé Bicaba, prêtre depuis 1993. Ceux qui le fréquentent soutiennent qu’il est dépositaire d’un charisme particulier : l’écoute et la prière d’intercession.

De nombreuses personnes souffrantes auraient trouvé la paix du cœur et la guérison physique auprès de lui. C’est cet homme de Dieu, que nous avons rencontré à 96 heures de Pâques, le mercredi 12 avril 2006, dans sa paroisse. Histoire de le découvrir davantage ainsi que ce qu’il fait, à travers cette longue interview qu’il nous a accordée. Mais avant, dans ce dossier spécial fête pascale, on lira les témoignages de quelques « pèlerins » et du curé. Ensuite l’histoire de l’œuf de Pâques.

Le marché de Goué, à un jet de pierre de la paroisse Sacré Cœur de Donsin, n’était pas très animé quand notre équipe de reportage le traversait. Il était pourtant 8 heures 30 minutes. Renseignement pris, ce n’était pas jour de marché ; ceci expliquerait cela. Mais quand on connaît la réputation de la paroisse de Donsin, qui accueille parfois une foultitude de gens qui s’y rendent pour voir l’abbé Blaise Bicaba dont la renommée dépasse les frontières du Burkina Faso, il y a de quoi s’étonner. Mais enfin, nous avons pris langue avec ce prélat qui a bien voulu nous recevoir.

Voici l’église Sacré Cœur de Donsin. Des femmes s’affairent à balayer la cour de la maison de Dieu. Ici, on ramasse des ordures, pour les brûler un peu plus loin. Là, on essuie portes et fenêtres. C’est la veille du jeudi saint, et on se prépare pour Pâques. L’abbé Bicaba reçoit les mardis, mercredis et jeudis. Ce sont les jours où il y a les séances d’écoute. Des moments d’échanges entre le prêtre et son vis-à-vis. C’est le préalable, qui peut déboucher sur des conseils ou sur une prière de guérison. Dans ce face-à-face, le visiteur s’ouvre au prêtre, qui l’écoute.

L’écoute

Sous la véranda du bâtiment qui abrite le secrétariat, le bureau du curé de la paroisse et celui de l’abbé Blaise Bicaba, est posé un long banc sur lequel attendent des visiteurs, en majorité des femmes. Visiteurs, ce n’est peut-être pas le terme approprié pour désigner ces gens, parce que ceux qui viennent voir l’abbé Bicaba ne sont pas... forcément des « malades » en quête de guérison. Mais ne souffrons-nous pas, tous autant que nous sommes, de quelques maux ?

Pascaline Tapsoba, qui a préféré s’asseoir sur une pierre sous un arbre très peu ombrager en cette période de canicule, attendait patiemment son tour de voir l’abbé pour la énième fois. Jusqu’à ce que l’équipe de reportage reparte de Donsin, un peu après 11 heures, il n’y avait pas plus d’une dizaine de visiteurs chez l’homme de Dieu.

Pascaline veut donc revoir l’abbé Bicaba, peut-être pour une prière, ce coup de semonce au mal dont elle souffre depuis plus de six mois : « J’ai mal aux pieds, mes os me font mal », dit-elle d’une voix à peine audible. « Je marchais à l’aide de béquilles, mais depuis que je suis venue voir l’abbé Bicaba, je peux me déplacer toute seule sans appui ». Pour celle qui s’exprime ainsi, la prière est une bonne chose. « On vient pour obtenir la guérison physique, avoir la paix intérieure ». Sa santé, indique Pascaline, s’est beaucoup améliorée, mais elle continue de rendre visite à l’homme d’Eglise. Elle a peut-être la chance d’être à Donsin et de n’avoir pas à parcourir de longues distances. D’autres viennent de Ouagadougou, à trente km de Donsin, et même de très loin.

Mme Conseibo, qui n’a pas souhaité décliner toute son identité, est fonctionnaire et y est allée de Ouagadougou. A la différence de Pascaline Tapsoba dont la souffrance se lisait sur le visage, Mme Conseibo nous a parue en pleine forme. Elle était élégante, détendue et même joviale. Elle n’avait rien de quelqu’un qui est angoissé. « Je suis venue échanger avec l’abbé Bicaba. C’est la semaine sainte, la dernière ligne droite avant Pâques.

On essaie de se recentrer en tant que chrétien pour vivre la fête pascale comme il se doit ». Ces propos ne laissent pas de doute quant au besoin qu’éprouvent les gens de venir voir l’abbé Bicaba à Donsin. Elle reconnaît d’ailleurs que les problèmes ne manquent pas. Si ce n’est pas soi-même, ce sont ceux qu’on aime qui sont concernés. Quand on lui demande ce qui l’amène chez l’abbé Bicaba, Mme Conseibo répond : « je n’ai pas de problèmes particuliers. Mon mari et moi sommes des chrétiens catholiques.

Mais je trouve que je ne vis pas assez ma foi catholique ». Pour elle, on n’y va pas pour trouver des solutions toutes faites à nos problèmes. On a souvent des angoisses, des frustrations qu’il faut savoir gérer, et les échanges avec l’abbé peuvent aider. Parmi les visiteurs de mercredi dernier, il y avait deux hommes. Nous avons voulu savoir les raisons de leur présence à Donsin, dans les locaux de la paroisse. Ce sont des frères de confession musulmane ayant accompagné leur sœur convertie au christianisme.

C’est le Christ qui guérit

L’abbé Bicaba, dont le ministère est particulier, gère la paroisse de Donsin, dont il était le curé jusqu’en 2005, avec deux autres prêtres : il s’agit des abbés Cyrille Kaboré et Désiré Bouda, actuel curé. Pour ce dernier, les premiers vendredis du mois, où il y a de l’affluence, sa paroisse devient un autre cadre.

Ça n’a rien à voir avec l’ambiance classique des jours habituels. Les séances d’écoute des autres jours ne ne perturbent pas beaucoup le cours normal des choses, car, depuis que l’abbé Bicaba est déchargé de sa responsabilité de curé, ils s’organisent pour gérer la situation.

Et comme les gens ne viennent pas pour des affaires concernant la paroisse, ça ne pose pas de problèmes. L’abbé Désiré Bouda pense que son collègue a du charisme : il dit des prières de guérison. Ça draine des gens qui viennent souvent par curiosité alors que d’autres cherchent la guérison.

Le cas particulier de guérison dont l’abbé Désiré a entendu parler est celui d’une fille du centre des filles mères. Cette fille, qui était séropositive, après avoir participé à une prière de guérison dite par l’abbé Bicaba, a été déclarée séronégative.

Elle a témoigné. Et l’abbé Bouda de dire que quand les gens parlent de guérison, c’est comme si l’abbé Bicaba guérit lui-même ; c’est la force du Christ qui agit. Il reconnaît également que l’abbé Bicaba n’est pas un prêtre exorciste, parce que le prêtre exorciste doit être nommé par l’évêque. Et l’abbé Bouda de penser qu’un jour un prêtre sera nommé exorciste pour le diocèse de Ouagadougou.


« C’est Jésus qui opère des miracles »

En quoi consiste votre travail ?

• Je ne peux pas dire que c’est spécial. Je pense que toute personne, tout prêtre qui a été ordonné l’a été pour le service de ses frères. Qu’est-ce qu’on fait ? On écoute. Le prêtre, c’est l’écoute et l’intercession. Quand on est prêtre ou même quand on est un baptisé, ce que dit le Seigneur vous aide.

Vous êtes prophète pour annoncer la Parole de Dieu, vous êtes prêtre, c’est-à-dire l’intercesseur, vous priez pour le monde, pour les hommes et vous êtes roi, celui qui rassemble. Tout chrétien, justement, est habilité à ça. Maintenant, en tant que prêtre et ministre ordonné, d’une façon spéciale, le Seigneur peut aussi, de temps en temps, mettre la main sur quelqu’un d’autre pour lui confier une mission particulière. Ça peut arriver.

Les prières que vous faites sont-elles individuelles ou collectives ?

• On rencontre les gens individuellement. Voyez, il y a des gens qui sont là, je vais les écouter pour savoir de quoi il s’agit. L’essentiel, c’est l’écoute. Vous laissez la personne raconter ce qu’il y a dans les moindres détails. Parfois même, l’écoute suffit à soulager la personne.

C’est après cette écoute qu’on peut l’inviter à la prière. Une prière collective tous les vendredis. Nous disons l’Eucharistie, qui est la grande prière d’intercession. Au cours de l’Eucharistie, le Seigneur fait beaucoup de choses.

Après l’Eucharistie, il y a une grande prière collective et, ensuite, l’imposition des mains. Parfois, on peut inviter quelqu’un pour prier individuellement. Ça dépend des cas. Il y a des cas qu’il ne faut pas mêler aux autres. Mais le Seigneur agit et fait ce qu’il veut.

Si ce n’est pas indiscret, quels genres de problèmes les gens vous soumettent ?

• Pratiquement tout. Ce sont les problèmes de la vie. Les jeunes filles sont en quête de boulot. Il y a le mari, comme elles disent, et la possibilité d’avoir un enfant. Les parents viennent pour les études de leurs enfants, la stabilité du couple, pour des enfants qui ont des difficultés d’insertion sociale parce que se droguant. Il y a aussi et surtout les malades. Il y a les souffrances physiques et les souffrances intérieures. Disons donc que c’est tous les problèmes.

Est-ce qu’il y a des gens qui viennent pour des soucis d’argent ?

• Ça peut arriver. Quelqu’un qui est à la recherche d’un emploi est certainement confronté à des soucis d’argent. Si tu n’as pas de boulot, tu n’as pas d’argent, tu ne peux pas payer ta maison. Les gens ne viennent pas pour dire que je veux tant d’argent, mais c’est un souci. Ils sont père de famille, sans travail, sans d’argent. Les enfants doivent aller à l’école, il faut honorer les ordonnances.

Maintenant, il peut y avoir plusieurs causes : il y a des gens qui gagnent de l’argent mais ça ne reste pas. Ce qu’on peut faire, je ne suis pas magicien, ensemble nous prions pour confier la cause à Dieu. Je demande toujours aux intéressés de prier eux-mêmes à la maison et moi je les soutiens.

Je ne suis pas un magicien qui dit, faites ceci, ça va aller. Non, il n’y a pas de formule magique. C’est la foi. Il faut s’adresser à Dieu. Il sait de quoi nous avons besoin. Dieu est compatissant.

Généralement, ceux qui viennent vers vous sont-ils des femmes, des hommes ou des enfants ?

• Je ne sais quoi dire. C’est tout le monde. Quand je parle des parents, il y a la maman et le papa. Quand je parle des jeunes, il y a des jeunes filles et des jeunes garçons. Et quand les parents viennent, souvent c’est pour eux-mêmes et parfois pour leurs enfants malades ou en difficulté. Il y a les adolescents qui vivent une adolescence difficile, une crise.

Pourquoi ? Peut-être qu’ils ont eu des blessures. Si on les suit, c’est plus facile. Parfois, on les réfère à des psychologues qui les suivent. Bien sûr, la science peut aider, mais c’est le Seigneur qui guérit. Je dis toujours que le médecin soigne, mais que c’est Dieu qui guérit. Nous, nous prions, mais c’est Dieu qui agit et guérit.

Est-ce qu’on peut dire que vous êtes un prêtre exorciste ?

Un exorciste est nommé par son évêque. Moi je ne suis pas nommé. Je fais ce que je peux pour aider les autres.

Votre hiérarchie est d’accord avec vous apparemment, sauf qu’elle n’a pas encore régularisé votre situation si on ose dire ?

Je ne peux rien dire puisqu’elle sait ce que je fais. C’est avec son aval que je fais ce que je fais. Donc elle sait ce que je fais. Autrement, elle aurait pu me dire d’arrêter. Moi j’obéis. L’obéissance avant tout.

Ceux qui viennent vers vous sont de quels horizons ?

Il y en a qui viennent de la paroisse d’ici, mais la majorité vient d’ailleurs. Les gens viennent de Ouaga, des quatre coins du Burkina et même parfois d’autres pays.

Vous avez un calendrier établi pour les rencontres ou bien chacun vient quand et comme il veut ?

Il n’y a pas en tant que tel un calendrier. Mais les jours d’écoute, généralement, c’est mardi, mercredi et jeudi. Ces jours-là, je reçois les gens au bureau, je les écoute et je vois ce qu’on peut faire : soit on programme une prière soit c’est juste des conseils à donner. Le vendredi, c’est le jour de la prière. Là je ne suis pas au bureau mais à l’Eglise. On célèbre l’Eucharistie.

En fonction de quoi vous avez déterminé les jours d’écoute et de prière ?

Je me suis dit qu’il faut avoir du temps pour écouter les gens. C’est pour cela que mardi, mercredi et jeudi, je suis disponible toute la journée pour écouter les gens. On commence le matin vers 8 heures et j’arrête de recevoir les gens autour de 17 heures. Comme Donsin est un peu éloigné de Ouaga, je préfère faire une journée continue pour ne pas que les gens restent chez eux la nuit.

La prière a lieu vendredi parce que qu’on ne peut pas la mettre samedi à cause des activités de la paroisse. Samedi on a les mariages et les confessions, dimanche on a la messe et les tournées dans nos succursales.

Les femmes viennent plus vers vous que les hommes en termes de proportion ?

• Voyez la population, il y a beaucoup plus de femmes que d’hommes. Il faut se dire que les hommes aussi ont des problèmes, mais les soucis de la maison, c’est surtout la femme. Quand ça ne va pas, vous allez voir, il y a une dame qui doit être là dehors avec son enfant, c’est la femme qui court partout. La femme est plus proche des enfants que son mari. Elle se soucie de l’enfant alors que le mari est toujours parti.

Qu’est-ce qui justifie l’engagement des femmes dans la religion ?

Vous connaissez bien les hommes, ils n’ont pas le temps. C’est ce qu’ils disent. Ils ont souvent le temps pour aller boire, mais pas pour aller à l’Eglise. Si vous allez dans les familles, vous allez voir que ce sont les femmes qui tiennent. Pour tenir, elles doivent puiser leurs forces ailleurs. C’est en Dieu qu’elles vont la puiser. Beaucoup de femmes sont en difficulté, mais elles tiennent grâce à la prière.

Quand vous recevez des gens pour les écouter, c’est au bureau ou ailleurs ?

Non, non, je les reçois au bureau, ici, dans cette salle où nous sommes.

Monsieur l’abbé, est-ce que vous faites des miracles ?

Dieu seul fait des miracles. C’est Jésus qui opère des miracles. C’est au nom de Jésus que les miracles s’opèrent et non au nom de quelqu’un d’autre. C’est en son nom que les choses se font et non au nom d’un mortel Blaise Bicaba, qui vit aujourd’hui et qu’on va enterrer demain et c’est tout. Mais Jésus, lui, est vivant.

Est-ce que les gens trouvent satisfaction en venant vers vous ?

Oui, je le pense bien, parce que s’ils ne trouvaient pas satisfaction, ils ne viendraient pas. Ils viennent, on prie ensemble et le Seigneur fait ce qu’il veut. Beaucoup de choses se passent. Il y en a qui viennent prier et qui retrouvent la guérison du cœur, la guérison physique. Ils voient que les problèmes sont résolus. C’est pas moi, c’est Dieu qui accueille leurs prières.

Généralement dans quels genres de demandes les gens trouvent le plus satisfaction ?

• Je ne saurai le dire. Chacun vient avec son souci et Dieu accueille. Il y en a qui viennent, qui n’ont pas d’enfants après deux, trois ou quatre ans de mariage. Parfois les médecins leur ont dit que ce n’est pas possible. Ils viennent prier, le Seigneur met sa main et l’enfant arrive. Il y a des malades incurables qui viennent et qui trouvent la guérison.

On raconte qu’une personne malade du Sida a recouvré la santé en venant prier avec vous. Qu’en est-il exactement ?

Délicate question. Heureusement, les gens commencent à comprendre et les malades eux-mêmes ne se cachent plus. On croyait que le Sida était un tabou, une malédiction. Les personnes qui retrouvent la santé, à moi elles peuvent le dire. Mais il n’y a qu’une seule personne qui a accepté de témoigner en public. Elle a même formé à Ouaga un groupe, "Sacré cœur", pour aider les malades du Sida.

Dans un cas spécifique comme ça, on donne foi à la parole de l’intéressé ou on fait des tests pour confirmer ou infirmer la guérison ?

On ne peut pas donner foi à la parole de la personne. C’est après des analyses répétées et qui se sont toutes révélées négatives qu’on constate qu’il y a des gens qui sont guéris. Mais il y a d’autres guérisons qui n’ont pas besoin de contrôle poussé. Des gens qui ne voyaient pas et qui voient.

Mais en ce qui concerne le sang ou la stérilité, on constate. Même pour les fibromes, parfois il y a des gens qui sont prêts pour une intervention chirurgicale, mais quand ils partent pour leur intervention, il n’y a plus rien. Ça disparu. Ça, c’est le médecin qui voit. Ce n’est pas moi. Ça veut dire que le Seigneur est maître. Il a créé l’homme et il reste maître de l’univers.

En venant prier avec vous, est-ce que c’est payant ?

Moi, je n’ai rien payé, je n’ai rien acheté. C’est lors d’une évangélisation publique, d’une messe, qu’elles retrouvent la santé.

Mais une personne guérie revient vers vous pour vous manifester sa gratitude ?

C’est quand ils témoignent qu’ils rendent gloire à Dieu et moi, ça me suffit. Sinon revenir pour dire merci ? Merci à qui ? Pas à moi. La meilleure façon de dire merci à Dieu, c’est de changer de comportement de sorte que ta vie puisse plaire à Dieu.

Dans le processus, comment vous considérez-vous ? Comme l’intercesseur entre le malade et Dieu ?

• Je ne joue qu’un rôle d’intercesseur, c’est tout. Un rôle que tout chrétien peut et doit jouer. Moi je peux vous demander de prier pour moi. J’ai besoin de vos prières. Je vous demande de prier Dieu afin qu’il vienne à mon secours.

Ce que je fais, ce n’est donc pas extraordinaire, tout chrétien le fait. Maintenant, Dieu agit comme il veut. Il est libre. Mais je crois que tout chrétien intercède.

Mais c’est un don, monsieur l’Abbé ?

Je ne peux rien dire. C’est Dieu qui donne.

Quand avez-vous senti que vous étiez doté de cette grâce ?

Je ne saurai le dire. Je ne le sais pas.

Vous avez dit que vous avez été ordonné prêtre en 1993. Mais monsieur l’abbé, nous vous trouvons un peu trop âgé pour un prêtre ordonné en 1993. Vous avez sans doute eu une vocation tardive ?

Mais ça arrive. De plus en plus on voit des vocations tardives, surtout en Europe. Le circuit classique, petit séminaire, moyen séminaire, grand séminaire, n’est plus la seule voie pour devenir prêtre. Je ne sais d’ailleurs pas pourquoi on parle de vocation tardive puisque Dieu appelle les gens quand il veut. Même à 50 ans, il peut vous appeler.

Qu’est-ce qui a donc été le déclic pour que vous vous décidiez à devenir prêtre ?

Je ne le sais pas. J’ai senti un appel auquel j’ai répondu. Je ne pensais pas que ce serait sérieux, mais finalement ça s’est réalisé. Avant, j’ai enseigné. Mais le destin a voulu que j’enseigne autrement.

L’enseignement primaire ou secondaire ?

J’ai enseigné au primaire juste une année. Après mon bac, j’ai attendu durant un an vainement ma bourse. Alors, je me suis décidé à aller enseigner en attendant. J’ai enseigné une année, si ma mémoire est bonne, et c’était à Léo.

Donc après un an de craie, vous avez décidé de quitter ce métier ?

Non, il y a eu le licenciement des enseignants sous la révolution. Après mon licenciement, j’ai fait de la vacation dans les lycées, à Ouagadougou. Quand on a réhabilité les fonctionnaires dégagés, je ne suis plus retourné.

A partir du moment qu’on a accepté votre vocation, vous êtes allé directement au séminaire ?

• J’ai d’abord enseigné au petit séminaire de Pabré durant un an. Après, je suis allé au grand séminaire. Mais, avant d’aller au séminaire, j’ai connu le renouveau charismatique. J’y ai cheminé pendant longtemps. J’ai encadré pas mal de gens avant d’aller au grand séminaire. Même au séminaire, j’aidais toujours le renouveau. Mais quand j’ai été ordonné prêtre, je m’en suis un peu détaché pour ne pas être trop chargé. Mais, le Seigneur en a jugé autrement.

Avez-vous déjà entendu parler des autres guérisseurs présents dans la région ?

J’ai déjà entendu parlé d’eux, mais je ne suis pas allé les voir, par mesure de prudence. Parce qu’après, les gens vont dire que même l’abbé cautionne ces choses, donc c’est bien ; alors que c’est autre chose. C’est complètement autre chose. On ne peut pas dire aux gens de ne pas y aller. Ils y vont, ils voient, à eux de choisir. Mais pour un chrétien, ce n’est pas indiqué d’y aller.

Les personnes qui viennent ici pour prier sont-elles exclusivement catholiques ou y a-t-il des pratiquants d’autres religions ?

Oui, Il y a beaucoup de musulmans.

Quand un musulman vient et que vous devez prier, comment se déroule cette prière ? Est-elle œucuménique ?

Il ne peut pas avoir d’œcuménisme entre un chrétien et un musulman. Il n’y a que Jésus seul qui sauve. Et le Seigneur ne fait exception pour personne, que tu sois de la religion traditionnelle, que tu sois musulman, que tu sois protestant. Moi, je ne te demande même pas ta confession. Tu viens me soumettre un problème, je dis d’accord.

Mais lors des grands rassemblements (peut-être après Pâques il y aura un rassemblement vers Tampouy) de janvier, les guérisons les plus spectaculaires ont souvent concerné des musulmans. Par exemple, des boiteux qui marchent à nouveau normalement, des maladies bizarres qui guérissent... Ce sont des musulmans. Après, ils témoignent : « Je suis untel, récemment touché... ». C’est vous dire qu’il n’y a pas de distinction de personnes. Il n’y a qu’un Dieu, il n’y en a pas d’autre. Si les autres hommes ne le connaissent pas, c’est par ignorance. Mais Dieu ne fait pas de distinction, il accueille tout le monde.

Est-ce vous qui allez vers les gens ou les gens qui viennent vers vous ? Est-ce qu’il vous arrive de quitter votre paroisse pour aller prêcher dans d’autres villages ?

Il m’arrive de quitter Donsin, mais c’est toujours sur la demande des gens. Récemment, je suis allé à Léo pour rencontrer les gens, mais c’est eux qui ont demandé à me voir.

Mais lorsqu’ils sont demandeurs, qui assure la logistique ?

Ça, c’est autre chose. Admettons qu’une paroisse me demande de venir, moi je me déplace et j’y vais. Après, ils peuvent me donner une enveloppe pour assurer l’essence. Je ne travaille pas ! Que puis-je faire ? Et je suis toujours allé. Donc, si on peut me donner l’essence gratuitement, il n’y a pas de problème !

Vous arrive-t-il parfois de quitter le Burkina pour remplir vos missions ?

Oui. Je me suis déjà rendu dans différents pays comme la France, la Belgique, les Etats-Unis, le Togo, le Bénin et le Mali. Je suis allé en Côte d’Ivoire, seulement pour une conférence, je n’y ai pas prêché.

Avec toutes ces activités, avez-vous encore le temps de vous occuper de votre charge presbytérale ?

Etant curé, c’était un peu difficile parce que j’étais tout le temps en déplacement. Mais maintenant que je ne suis plus curé, je suis un peu plus dégagé.

Etes-vous régulièrement programmé pour les messes du dimanche ?

Oui, mais il peut arriver que je sois absent, car je peux partir pour deux, trois jours, une semaine, deux semaines.

Les fidèles acceptent-ils la présence de tous ces gens qui viennent à la paroisse ?

Oui je pense qu’ils l’acceptent. En fait, c’est comme ça, le prêtre est là pour les gens. Bientôt, nous allons célébrer le triomphe pascal. Le jeudi Saint, c’est donner : prenez, mangez, ceci est mon corps, prenez et buvez ceci est mon sang. Et c’est ainsi le sacerdoce pour perpétuer ce sacrement. Le prêtre, normalement, est un homme donné. Ce qu’il est et ce qu’il a, c’est pour les autres.

C’est ça le prêtre. Il faut qu’il accepte aussi ce sacrifice. Le prêtre est un homme donné, un homme mangé. Et il faut tout faire pour être comestible ! Et c’est comme le chrétien. Quand le Seigneur nous demande d’aimer les autres comme lui il les a aimés, c’est aimer jusqu’à la mort. Rien pour soi-même, tout pour les autres. Et je pense que si chacun disait : « rien pour moi, tout pour l’autre », nous vivrions le Paradis.

Hélas, c’est plutôt « tout pour moi, rien pour l’autre » ; eh bien, ça crée des guerres entre les populations. Même dans les familles ici, si ça ne va pas, c’est dû à cela. Dans les foyers, la division, le divorce, c’est encore cela. C’est parce que les gens ne donnent pas, ils veulent tout prendre pour eux, alors que devant l’Eglise, ils se promettent fidélité pour toujours. Aimer, c’est quoi ? C’est vouloir rendre l’autre heureux. Malheureusement, quand l’autre fait tout pour que tu ne sois pas heureux, tu ne peux plus compter sur lui, tu fais sans lui.

On veut tout faire pour que l’autre nous rende heureux. Ça, c’est de l’égoïsme. L’homme veut que la femme fasse tout pour lui. Il a la femme à la maison, il sort, il cherche d’autres personnes et il laisse sa femme, c’est-à-dire celle pour qui il doit se sacrifier, celle qu’il doit rendre heureuse.

Alors que s’il faisait tout pour sa femme et ses enfants et que sa femme faisait tout pour rendre heureux son mari et les enfants tout irait beaucoup mieux. Mais non, c’est l’égoïsme, tout pour soi, et ça amène des frustrations et des blessures. Et lorsqu’on est blessé dans le cœur parfois, les enfants en subissent les conséquences.

Vous qui priez beaucoup pour les gens, pour diminuer leur souffrance, pour qu’ils se sentent bien physiquement..., vous arrive-t-il que des personnes prient pour vous ?

En fait, quand j’utilise le chapelet pour prier pour les autres, je prends chaque grain et j’utilise cette prière pour me fortifier en même temps. On a besoin les uns des autres. Normalement, les chrétiens doivent prier continuellement pour leur prêtre, pour l’aider. Et les prêtres sont là pour eux. Et comme ils sont devant, ils sont beaucoup plus guettés par les démons. Et une fois qu’ils arrivent à déstabiliser un prêtre, les gens disent « Voilà ». Mais qui a gagné dans tout ça ? Les démons, qui veulent votre place !

Quels sont vos rapports avec les autorités départementales ? Y a-t-il un préfet ici ?

Oui, mais il n’y a pas de problème avec eux. De toute façon, ce n’est pas leur domaine. Nous, on ne parle pas politique, même si de temps en temps il faut dire la vérité ! Le prêtre doit dire la vérité. Si au niveau du pays on voit qu’il y a des choses qui ne vont pas, on dit la vérité aux gens, c’est tout. Mais on n’empiète pas sur le domaine des politiciens. On ne veut pas faire de politique. Quand il y a une injustice, l’Eglise doit la dénoncer et proclamer la vérité, la parole de Jésus Christ qui est vérité, qui est justice et qui est amour.

Quand les gens viennent vous voir, chacun amène-t-il son repas ou y a-t-il un endroit pour manger ? Parce qu’ils peuvent arriver le matin et n’être reçus que vers quinze heures.

Ce n’est pas un problème de rester une journée sans manger.

N’y a-t-il pas un petit marché prévu à cet effet ?

Si. Mais généralement, les gens y vont surtout pour les enfants. Ils font ce sacrifice de ne pas manger.

Nous sommes dans la semaine Sainte, peut-être avez-vous un mot pour les fidèles catholiques à l’occasion de Pâques ?

Je demande au Seigneur d’aider tout un chacun à bien vivre pendant cette semaine. Vous savez, Pâques, c’est la plus grande fête chrétienne, le jour de la résurrection, où le monde a ressuscité. Il faut que les gens en prennent conscience. Parce que, généralement, les gens voient l’aspect festif, mais ils ne voient pas tellement le sens d’une telle fête.

Le Jeudi Saint, le Vendredi Saint, c’est plein de sens. Les gens voient ce vendredi-là comme un jour difficile, où il y a pénitence. Mais en fait, c’est l’explosion de l’amour : aimer jusqu’à la mort. Et nous voyons que c’est déjà la victoire parce que le démon sait déjà qu’il est vaincu et que le bien a ressuscité. C’est la victoire sur le mal. Dieu a aimé le monde. C’est la victoire de l’amour sur la haine. Et nous devons célébrer tout cela dans la joie.

Propos recueillis par Agnan Kayorgo
San Evariste Barro
Pauline Vigneron (stagiaire)

L’Observateur

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