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Excreta jetés sur l’ambassade de France : Est-ce l’observation et l’expression des valeurs endogènes tant clamées de nos jours ?

Publié le mercredi 10 juillet 2024 à 21h50min

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Excreta jetés sur l’ambassade de France : Est-ce l’observation et l’expression des valeurs endogènes tant clamées de nos jours ?

Dans la tribune ci-dessous, K.Z déplore la souillure le 28 juin 2024, de l’ambassade de France avec des excreta par des personnes présentées comme des soutiens de la Transition. « Est-ce l’observation et l’expression des valeurs endogènes tant clamées de nos jours ? », se demande-t-il, en nourrissant l’espoir que ce geste, qu’il qualifie d’ignoble, ne se reproduise plus. Lisez plutôt.

D’abord sur les réseaux sociaux et les médias sociaux, ensuite sur certains médias traditionnels et enfin dans la livraison n° 11 124 du vendredi 5 au dimanche 7 juillet 2024 du quotidien L’Observateur Paalga, j’ai regardé, écouté et lu soit des vidéos, soit des reportages ou soit enfin des commentaires ou des points de vue sur la manifestation organisée devant l’ambassade de France le vendredi 28 juin 2024 par les « wayiyans », surnom donné aux soutiens inconditionnels de la Transition et particulièrement du capitaine Ibrahim Traoré, le désormais président du Faso suite à la volonté des participants aux assises nationales du 25 mai 2024.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à l’instar de M. Kiswendsida Rodrigue Kiemtoré, ce « patriote meurtri », dont L’Observateur Paalga a publié la lettre ouverte titrée Le « bindou » de la honte adressée au président I. Traoré dans sa livraison ci-dessus citée, je suis profondément sidéré non seulement par la bassesse dont ont fait preuve les wayiyans en utilisant des déjections humaines pour badigeonner les murs et portails de cette mission diplomatique mais je le suis davantage vis-à-vis du silence et de l’inaction des autorités compétentes : du ministre en charge de la sécurité à celui des affaires étrangères en passant par le président de la délégation spéciale de la commune de Ouagadougou.

Ma sidération est d’autant plus grande et profonde que ces autorités, d’habitude très aptes à réprimer (même) les velléités de manifestation (n’en parlons pas des manifestations elles-mêmes) de ceux qui pensent différemment d’elles, deviennent subitement muettes et abouliques dès lors que ce sont les thuriféraires et autres caudataires qui décident délibérément d’ignorer ce que disposent les lois et règlements de la République et de s’octroyer des espaces de liberté sans limite aucune et surtout au détriment des autres Burkinabè dont le seul tort des étant de penser autrement.

Une profanation volontaire, donc éhontée, de nos valeurs endogènes

Certes, l’expression valeurs endogènes comporte des aspects équivoques et, en dernière instance, suspects en ce qu’elle sous-entend qu’il y a des valeurs exogènes qu’il faut jeter par-dessus bord en escamotant à dessein le fait que ce qui est endogène est bien souvent la résultante d’un processus plus ou moins long et d’une sédimentation plus ou moins réussie d’un ensemble d’éléments exogènes. Mais j’ai tout de même décidé, dans la situation présente, d’épouser dans la logique des apologistes des valeurs endogènes même si, en plus des éléments équivoques, certains assimilent impertinemment l’endogénéité à tout ce qui est anti-occidental ou à tout le moins non-occidental et « intrinsèquement » subsaharien.

Cela dit, il sied de se poser la question de savoir si l’acte posé par les wayiyans et le silence des autorités participent de nos valeurs endogènes qui sont ointes d’une certaine sacralité ? A l’évidence, c’est non ! Et, à moins d’être déjanté, aucun des soutiens de la Transition ne peut publiquement expliquer encore moins justifier l’acte ignoble qu’ils ont posé le vendredi 28 juin 2024 à l’ambassade de France. Par ailleurs, il serait injuste à l’endroit de ceux-ci que de passer sous silence l’attitude pour le moins bouleversante du gouvernement. Le sort subi par la mission diplomatique française est assimilable à une profanation de nos valeurs relatives aux perceptions et aux représentations que nous avons de la défécation et des excréments.

D’abord déféquer est un sujet de honte induisant le silence, l’intimité, le repli sur soi et la peur d’être surpris dans une si inélégante position. De plus, les excréments humains étant nauséabonds, ils provoquent ainsi du dégoût et sont chargés de fortes connotations négatives dues à la répulsion visuelle et olfactive qu’ils suscitent. En outre, les maladies et les malheurs (selon la cosmogonie subsaharienne) dont ils peuvent être les sources ajoutent leur part de contenu péjoratif dans l’appréhension que la conscience collective se fait des excreta humains. En somme, les déchets en soi et la représentation que la société en fait nourrissent des sentiments de rejet à leur endroit.

« Si tu ne veux accueillir l’étranger, chasse ta mère du village ! »

Il est donc un fait, en Afrique subsaharienne et donc au Burkina Faso, que même entre les membres d’une maisonnée, les excreta sont loin d’avoir une connotation péjorative. S’il en est ainsi entre les habitants de la même maison, il l’est davantage entre ces habitants et les étrangers. Autrement dit, ce que l’on considère comme déshonorant pour la parentèle, on le trouve encore plus dégradant pour l’étranger dont le statut, quel que soit ce qu’on pense de lui, fait obligation à ses hôtes de le traiter avec tous les honneurs. Cela s’appelle l’hospitalité, une composante essentielle de la valeur d’intégrité censée être notre boussole mais dont les manifestants du 28 juin 2024 se foutent éperdument. Ce traitement spécial réservé à l’étranger plonge ses racines dans les éléments culturels suivants :

 A l’exception de quelques sociétés subsahariennes qui pratiquent l’endogamie lignagère (les mariages entre cousins par exemple), la plupart des communautés ont, pour norme, l’exogamie lignagère, clanique ou villageoise (mariages entre personnes de lignages, de clans ou de villages différents). En d’autres termes, la majorité des Subsahariens sont nés de femmes étrangères à leur famille, à leur lignage, à leur clan ou (peut-être) à leur village. C’est pourquoi chez certains groupes socio-ethniques, on a coutume de dire ceci : « Que celui qui n’aime pas l’étranger commence par chasser sa propre mère » ;

 Tout humain est potentiellement un étranger dans la mesure où la vie en société rime avec déplacements, visites, voyages au cours desquels il est appelé à rencontrer des inconnus pour lesquels il est un étranger. D’où l’adage selon lequel « Il n’y a pas de race d’étrangers. Est étranger celui qui quitte sa maison, son village, sa ville ou son pays pour se rendre chez quelqu’un d’autre dans un autre village, dans une autre ville ou dans un autre pays. » De ce fait, nos ascendants cédaient volontiers leur case à l’étranger et dormaient à la belle étoile ou offraient généreusement leur plat à ce dernier et passaient la nuit à jeun.

 Nos ascendants nous ont également enseignés que « Le développement d’une localité n’est pas seulement le fait de ses habitants et de leur descendance. C’est aussi et surtout la résultante de la contribution des personnes venues d’ailleurs et qui s’y sont installés ».

 Dans le cas de la France et de son ambassade, les manifestations récurrentes d’hostilité depuis octobre 2022 sont d’autant moins compréhensibles que la mission diplomatique est au Burkina Faso avec l’accord de nos autorités ; que l’occupation de ce lieu est consacrée par des règles de droit nationales conformes aux prescriptions des instruments internationaux que le Burkina Faso a ratifiés ; qu’au lieu de souiller l’image du Burkina Faso en salissant ainsi les locaux de cette mission française, il aurait été plus courageux de rompre purement et simplement les relations diplomatiques avec le pays de Molière.

Au regard de la croissance tendancielle et régulière des tensions diplomatiques entre le Burkina Faso et certains pays européens et nord-américains d’une part et d’autre part entre notre pays et certaines organisations régionales et internationales (dont l’ONU et certaines de ses organisations spécialisées), il faut se nourrir tout de même de l’espoir (peut-être vain) que l’ignominie qui s’est produite le 28 juin 2024 ne se reproduira à l’ambassade des Etats-Unis, devant le Haut-commissariat des Nations-Unies aux Droits de l’Homme (HCDH) et face à l’immeuble des Nations-Unies. Cette inquiétude se fonde sur les manifestations d’hostilité des wayiyans qui s’y sont déjà déroulées sans que les dépositaires de l’autorité publique daignent lever le petit doigt.

K.Z.

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Messages

  • Lors des élections législatives (car leur Peuple à le droit de vote) le peuple de France s’est levé massivement pour refuser les souverainistes xénophobes, dont les valeurs essentielles reposent sur la division et la haine de l’autre... Tout le contraire de notre pays !

  • Ceux qui ridiculisent leur propre peuple sont des ennemis de leur peuple.

  • Les braquages de pouvoir appelés coups d’état ne sont pas de bons exemples pour la société. Les gens peuvent se permettre de tout dans de tels pays.

  • Franchement dans notre lutte contre l’impérialisme français, nous devons aussi songer à préserver l’image du pays qu’on va céder à notre descendance. Je ne connais pas l’histoire de nos Moro Naaba et autres chefs mais est ce que parmi les armes qui ont permis de conquérir les terres on y comptait des excréments ? C’est dégoûtant, c’est dévalorisant et ça souille le visage du pays.

  • Et pourtant les élections législatives en France ont mis à nue la xénophobie et le racisme d’une bonne partie des français. En effet le Rassemblement National est en tête en terme de nombre de voix (plus de 10 millions de voix ), loin devant le parti de l’ancienne majorité présidentielle (6 millions). Ce racisme français est légendaire et les français ont toujours travaillé à le cacher subtilement. Depuis l’avènement de Mr Emmanuel MACRON,.la jeunesse africaine a compris un peu plus, comment perçoit les pouvoirs publics et les peuples africains ! Merci beaucoup Mr MACRON pour ce travail d’éveil des consciences et pour les cas pratiques !

  • Ce geste en tout cas n’honore pas notre pays et me pousse à me demander comment une personne a pu penser à un tel acte ?

  • C’est exactement ça, les valeurs endogènes du Burkina de nos jours : le culte de la médiocrité exécrable d’un peuple d’excreta. Le drame drame de ce pays sera l’après MPSR. De toute façon, ce sont leurs mères qui ont nettoyé ça !

  • En toute chose, l’excès nuit . On n’avait effectivement pas besoin de descendre à un si bas niveau pour exiger le déménagement de l’Ambassade de France à un autre endroit de la ville de OUAGA .
    Vous savez, les dirigeants des pays passent, mais les pays demeurent pour l’éternité . Comme nous enseigne la sagesse des relations internationales, il faut éviter les positions extrémistes dans les relations entre pays ,car tout comme en politique ,l’adversaire d’aujourd’hui peut être l’allié de demain et inversement .
    Pour ne prendre qu’un seul exemple ,qui pouvait penser aux lendemains du génocide Rwandais, que la France et la RWANDA allaient se retrouver dans des relations diplomatiques solides au point ,qu’une rwandaise puisse devenir la première responsable de l’Agence internationale de la Francophonie ? Qui pouvait imaginer qu’un certain Paul KAGAME entretiendrait des relations de coopération aussi solides avec la France, telles que nous le voyons aujourd’hui ?
    Bref une fois encore, en toutes choses ,il faut éviter de tomber dans les extrêmes . Certes on peut avoir beaucoup de griefs à reprocher à la France ,quant à sa politique néocoloniale et son comportement impérialiste vis à vis de nos pays .
    Mais pour ceux qui suivent la politique française ces derniers temps ,et suivent les débats ,on voit bien que nombre de français commencent aussi à changer de raisonnement vis à vis de l’Afrique et se rendent compte, qu’ils ont intérêt à changer de paradigme vis à vis des Etats africains . Quoi qu’on dise ,les liens historiques fussent ils coloniaux et/ou néocoloniaux qui lient nos pays à la France, font que nous ne pouvons couper radicalement et totalement les relations avec la France pour de multiples raisons .
    Alors chers WAYIYANS du calme ,un peu de calme s’il vous plait .

  • Honnêtement, cet acte du 28 juin dernier des wayiyans est petit, honteux, dévalorisant et n’honore pas le BF. Je crois qu’on peut faire mieux. Retournez à l’école du Panafricanisme et de la Souveraineté mes frères ! C’est dégoûtant et sauvage ce qu’on a vu !!

  • Pourquoi s’étonner, ces personnes, CDR new-look et cie ne peuvent donner que ce qu’elles ont.

  • Merci de rapeller ces valeurs qui font l honneur du Burkina

  • Je vous écris de France.
    Il semble très difficile de faire passer mes commentaires.
    Pourtant, on pourrait peut-être se dire que ceux qui sont insultés gratuitement, et collectivement, ont un minimum de droit de réponse.
    Exerçant une forme de droit de réponse, je réponds donc à une énormité qui a été pondue par une personne manquant quelque peu de mesure, et qui se permet d’écrire :
    « Ce racisme français est légendaire »
    Je lui dis, moi :
    Vous ne risquez pas grand chose à insulter les Français, sinon montrer votre petitesse, mais permettez de penser que vos propos ne sont pas sérieux, manquent de preuves et relèvent de l’injure gratuite.
    Dire de la France que c’est un pays raciste, c’est totalement lunaire, et, moi, j’ai des arguments sérieux :
     Nous recevons, soignons et nourrissons depuis 15 ans des millions de migrants africains qui s’incrustent chez nous sans même demander la moindre autorisation. Ils sont pour la plupart illégaux. Aux USA ou en Australie, ils seraient traités très durement, avec passage au bagne et expulsion humiliante.
     Un africain qui ne commet pas de délits ne risque pas grand chose en France.
     Si cet africain est chômeur en France, même illégal, il est aidé par les services sociaux. Et aidé richement à un niveau inconcevable en Afrique, puisqu’il reçoit des aides dont le montant dépasse un salaire haut-de-gamme en Afrique ; montant souvent supérieur à 10 millions de Francs CFA par an pour une famille.
     Si notre africain est malade, il a droit à des soins gratuits de grand luxe que ni l’Afrique ni même l’Europe de l’est ne pourraient lui offrir gratuitement.
     La France n’expulse que de grands criminels.
     Violences racistes ? La plupart des véritables violences racistes en France sont dues à des illégaux maghrébins qui tuent ou violentent des Juifs. Il y a aussi des cas de Maghrébins qui violentent des Subsahariens en les traitant d’esclaves. Mais les violences racistes dues à des vrais français de souche sont extrêmement rares et vite punies, elles dépassent fort rarement le stade verbal, la remarque déplacée ou l’attitude désagréable. Et puis, au moindre désagrément, certains prétendent mensongèrement être victimes de racisme, ce qui est un peu trop facile et dévalorise la lutte contre le vrai racisme.
     En France, les couples mixtes sont extrêmement nombreux, français-subsaharien, français-maghrébin, antillais-métropolitain, etc. et nous avons de très nombreux africains (nord et sud du Sahara) qui vivent paisiblement sans ennuis, à condition de travailler et de bien élever leurs enfants ; ils sont des millions...
     Contrairement aux contre-vérités qu’on répète, il n’y a aucun racisme à invoquer quand la police française arrête un délinquant d’origine africaine ! C’est son boulot d’arrêter les délinquants, surtout si il s’agit d’un violeur ou d’un presque-assassin armé ;
     rappelons que nul n’est obligé d’enfreindre la loi, africain ou pas, puisque d’abondantes aides sont déversées à qui sollicite les services sociaux.
     Rappelons que l’aide d’un avocat est fournie, et directement payée par l’État français sans la moindre avance de fonds de l’immigré sans ressources quand il doit répondre d’un délit.
     Rappelons aussi que, par million d’habitants, la police française cause bien moins de morts que la police canadienne, laquelle est dépassée de loin par la police US, qui tue des milliers de gens dans ses interventions, 20 ou 50 fois plus que la police française. Le simple fait de sortir son arme expose le policier français à une très lourde enquête ; alors que, lors d’un contrôle policier US, le moindre geste suspect vous garantit de recevoir 5 ou même 20 balles de calibre 38 ou 45.


     En regard du prétendu racisme français, savez-vous le niveau de violence gratuite que peuvent subir des subsahariens en Russie, en Tunisie, en Arabie ou en Algérie ? Essayez, on en reparlera.

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