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Religion traditionnelle ancestrales (RTA) : Pourquoi elle ne saurait être assimilée à l’animisme

Publié le mardi 9 juillet 2024 à 11h30min

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Religion traditionnelle ancestrales (RTA) : Pourquoi elle ne saurait être assimilée à l’animisme

La Journée des coutumes et traditions, dont la première édition a été célébrée le 15 mai 2024, nous donne l’occasion de faire une introspection profonde, de regarder dans le rétroviseur et de remettre sur la sellette nos valeurs afin de nous réapproprier, selon Michel Ange Kofi Kambiré. Dans la tribune qui suit, il estime que c’est à ce prix que nous pourrons reconstruire une identité distincte qui ne doit rien à une identité clonée et assumer notre plein rôle historique sur la scène internationale sans complaisance.

La Journée des Coutumes et Traditions célébrée le 15 mai dernier au Burkina Faso, nous amène à réfuter de façon péremptoire des termes peu mélioratifs comme celui d’“animisme” et “animiste” utilisés dans le langage courant. Gardons-nous par conséquent de nous laisser définir par les autres, surtout dans un contexte historique d’impérialisme où l’humanité de l’homme noir a été savamment niée. On ne colonise pas impunément comme dirait l’autre. Il s’agit donc pour nous africains et africaines d’aujourd’hui de repenser certains termes qui ont été appliqués à nous pour mieux nous apprivoiser psychologiquement. A travers les lignes qui suivent, nous invitons les lectrices et les lecteurs, à déconstruire ces deux termes qui reflètent la pensée occidentale malheureusement binaire. Tant que nous n’allons pas nous libérer de l’aliénation culturelle, aucun développement réel, durable, ne sera possible. Et cette libération passe nécessairement par notre libération à travers le langage. Qu’est-ce qu’il y a dans un mot ? Les mots ne sont pas bénins. Ils véhiculent une idéologie et une idéologie est toujours instrumentale. Elle vise à réaliser quelque chose. A l’avantage de celui ou celle qui la manie et qui a intérêt à ce qu’elle soit acceptée par la victime, la personne qui paie les pots cassés de cette idéologie.

La colonisation et l’impérialisme nous ont laissé moult expressions péjoratives. Si nous avons peu de prise sur notre passé, maintenant il nous revient ce devoir historique à nous, les filles et les fils du terroir, de porter les rectificatifs opportuns. Si nous continuons à user des outils conceptuels du maître pour parler de nous-mêmes, nous aurons fait preuve d’une naïveté, d’insouciance, et d’une irresponsabilité historiques impardonnables.

Ce billet a pour but de rectifier l’usage abusif et erroné des termes « animisme » et « animiste » dans notre contexte et cosmogonie négro-africains afin de botter hors de notre inconscient collectif leurs effets dévastateurs. Notre intervention n’a autre but que de mieux faire pour que nous ne soyons, nous-mêmes filles et fils d’Afrique, ces sadomasochistes ignorants qui taillent la branche culturelle sur laquelle nous sommes assis, faisant ainsi le jeu du colon qui dit être parti, mais qui nous tient toujours par la culture, par le langage. Notre propos n’abordera pas la problématique du français, pour ne pas faire long, même si la problématique en vaut la peine. Pendant combien de temps allons-nous nous auto flageller avec des termes qui n’ont autre objectif que de nous ravaler au second plan de l’humanité, c’est-à-dire nous brandir (les personnes négro-africaines) comme des « sous êtres humains » ?

La Journée des Coutumes et Traditions (JCT) nous donne l’occasion de faire une introspection profonde, de regarder dans le rétroviseur et de remettre sur la sellette nos valeurs afin de nous réapproprier. C’est à ce prix que nous pourrons reconstruire une identité distincte qui ne doit rien à une identité clonée et assumer notre plein rôle historique sur la scène internationale sans complaisance.

En rappel, il convient de noter que la célébration de la Journée des Coutumes et Traditions (JCT) le 15 mai 2024 au Burkina Faso est une Journée instituée par le gouvernement en Conseil des ministres. C’était à Ouagadougou, le 06 mars 2024. « Le Président de la Transition, Chef de l’Etat, le Capitaine Ibrahim TRAORE a présidé ce mercredi, le Conseil des ministres qui a examiné des dossiers soumis à son ordre du jour et pris plusieurs décisions importantes pour la marche de la Transition, apprend-on du ministre d’Etat, Porte-parole du gouvernement, Jean Emmanuel OUEDRAOGO ».

Il continue :
“Au titre du ministère de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité, le Conseil a adopté un décret portant institution de la Journée des coutumes et traditions au Burkina Faso. Selon le ministre en charge de l’Administration territoriale, Emile ZERBO, dans le cadre de la valorisation de nos coutumes et traditions, le Chef de l’Etat a instruit son département d’engager des échanges avec les départements ministériels concernés et les personnes ressources que sont les Chefs traditionnels pour l’institution de cette journée”.

C’est une première au monde, du moins par sa dénomination ; l’institution d’une Journée pour magnifier les Coutumes et Traditions dans un pays ou nation. La particularité de cette Journée est le fait qu’elle soit alignée sur la liste des journées festives, fériées, chômées et payées sur toute l’étendue du territoire et depuis lors, beaucoup d’encre a coulé, laissant libre court au génie créateur libéré mais aussi et aux élucubrations possibles. Il est de bon ton de saluer cette initiative inédite au Burkina Faso, en Afrique, sous réserve de contrôle.

Mgr Prosper KONTIEBO, l’Archevêque de Ouagadougou, a sorti une « Note interne aux prêtres de l’Archidiocèse de Ouagadougou » datée du 24 avril 2024 pour rassurer les fidèles en ces termes :
“si des chrétiens sentent l’attirance des Coutumes et des Traditions, c’est un signe qui nous interpelle dans le sens d’une plus grande inculturation de la foi pour qu’aucun chrétien ne se sente tiraillé dans les exigences de sa foi chrétienne et les réalités de sa culture. C’est donc une opportunité à saisir pour mieux connaître notre héritage, notre tradition chrétienne qui sait accueillir le meilleur de toute culture pour en faire un patrimoine de tous les croyants.”

Cette « Note interne … » va en droite ligne de l’œuvre de Mgr Titianma Anselme SANON et René LUNEAU (Paris 1982) : ENRACINER L’ÉVANGILE : Initiations Africaines et Pédagogie de la Foi. Il nous souvient que Monseigneur Anselme a lâché cette parole pleine de sens : “Si Dieu veut me parler, qu’il me parle en ma langue”. Symboliquement, nous pouvons considérer la culture et les traditions comme la langue qui doit former le prisme de nos actions. Tradition vient du latin traditio, autrement, transmettre. Quoi donc d’authentique d’avoir un rapport sain à ce qui nous a été transmis ? En tout état de cause, quelle que soit sa religion, nul n’a le droit de se moquer de la religion des autres, d’autant plus que toutes les religions, au moins africaines comme les religions révélées, professent le même Dieu et toutes ces religions ont des Coutumes et Traditions.

Le travail pédagogique qu’il nous revient de mener n’est pas simplement de célébrer les coutumes et traditions qui ne sont pas toutes recevables, mais de faire le nécessaire discernement pour recueillir ce qui, dans la sagesse de nos ancêtres nous permettra de relever les défis d’aujourd’hui. Chinua Achebé a écrit le Monde s’effondre pour dire avec vigueur que l’Afrique n’était ni cette longue nuit faite d’obscurantisme ni ce monde où tout baignait dans l’huile. Sous un angle théologique, le Professeur Émérite Deb-wa Novat PURYIILE KPODA (Paris 1977) remémorait les « Traditions en Traductions dans l’Esprit ».

En rappel, la Religion Traditionnelle Ancestrale (RTA) est monothéiste, de tradition orale. Elle est la première née des religions pratiquées sur le continent africain. Par conséquent, elle mérite le droit d’aînesse ; encore faut-il que l’on s’entende sur le contenu du droit d’aînesse quand il s’agit des religions.

Venons à présent à la Journée du 15 mai proprement dite. Il y a eu des interventions institutionnelles tous azimuts. Si certaines ont eu droit à, certaines ont semé le doute, probablement parce que le vieux terme naguère enterré est revenu à la palestre ; il s’agit du substantif “animisme” et son qualificatif corrélé “animiste”.

Martin Luther King s’inquiète en ces termes concernant l’indifférence : “ce qui m’effraie, ce n’est pas l’oppression des méchants ; c’est l’indifférence des bons”. Nous ne voudrions pas faire partie du groupe de l’indifférence sinon des personnes averties dans l’obligation d’attirer l’attention des uns et des autres.
La sapience pédagogique nous enseigne que répéter est la donne pour un bon apprentissage-assimilation en vue d’espérer recadrer ceux ou celles qui l’utilisent urbi et orbi, plus par méconnaissance que pour faire mal. Persister, c’est faire preuve d’un ethnocentrisme moyenâgeux. Si la religion fait partie de la culture des peuples, et si aucune culture n’est supérieure à une autre, il est impossible à l’esprit cohérent de jeter l’opprobre sur des manières de certains de se connecter avec ce qu’ils considèrent comme le « grand architecte », le « plus haut », le « cosmique », « Dieu », etc.

Continuer à nommer les choses de façon si avantageuse, et au détriment des autres, c’est manquer de sensibilité en matière de dialogue et de relation interculturelle, gage de la paix interpersonnelle et sociale. C’est faire une micro-agression (Derek Sue, 2002) qui n’est plus permise dans un monde de globalisation ou les populations sont condamnées à vivre ensemble en s’écoutant pour se comprendre ou mourir ensemble comme des sots en parlant sans l’écoute féconde que commande une communication fonctionnelle.

Il y a de cela plus de deux décennies que nous avons dû livrer une bataille rangée avec les Européens, en l’occurrence, les Espagnols non avertis pour éradiquer une fois pour toutes l’usage des termes “animisme” et “animiste”. Actuellement la leçon est bien apprise et dans aucun discours ou écrit, on ne les retrouve plus aussi couramment.

Trêve de prolégomène, je vous livre ci-après l’article que j’ai publié dans la Revue ARBIL, numéro 47 de mai 2000 à l’Université San Pablo CEU de Madrid. En substance, l’article vise l’éradication de l’usage des termes “animisme” et “animiste” et les raisons qui soutiennent cette non utilisation. Les sciences quantiques nous rappellent qu’“une image vaut mieux que mille mots”.

CHRETIENS EN AFRIQUE

Exposé de Michel Ange Kofi KAMBIRE aux Premières Journées sur les persécutions religieuses dans le Monde Contemporain. Université San Pablo CEU de Madrid, 7 et 8 Mai 2000.

N.B. : Cet article a été traduit par nous de l’espagnol en français. La version originale publiée dans la Revue ARBIL nº 47 est en langue espagnole et date de mai 2000 à prendre en compte avant tout propos de critique.

Au sujet de RTA*

"Les Africains sont profondément religieux." (METUOLE SOMDA Jean Baptiste, sociologue africain in Sagesse I, Anthroponomie, Koumi 1977). Puisque la RTA implique chaque personne et sa vie entière dans sa conversion aux nouvelles religions, comme l’Islam et le Christianisme et pour une meilleure coexistence puis un dialogue interreligieux afin d’atteindre une vie religieuse libre d’adhésion. En somme, pour qu’elle ait un impact durable sur l’individu et sa communauté, celui-ci doit comprendre sa propre langue, ses schèmes de pensée, ses peurs, ses relations sociales et ses attitudes.

Les nouveaux problèmes de l’Afrique

En 1885, la Conférence de Berlin donna le feu vert pour la répartition du continent africain puis une bataille rangée et sauvage commença. Les grandes puissances européennes (Allemagne, France, Angleterre) ont partagé l’ensemble du continent africain à l’exception de l’Éthiopie et du Libéria sans pitié, sans compter sur leurs occupants. L’Europe a divisé l’Afrique, l’a gouvernée et a commencé à la changer. Rien ne pouvait arrêter ce nouveau rythme, les Africains ont essayé de résister, mais vains furent leurs efforts (par exemple israéliens et palestiniens) : les bâtons et les mitrailleuses ne peuvent pas rivaliser de la même manière. Les Européens ont tué, emprisonné, brûlé leurs maisons et leurs villages, les ont forcés à partir, à quitter leurs terres et à travailler pour eux. Le nouveau changement a commencé et s’est poursuivi avec du sang et des larmes, des humiliations, etc., et toutes sortes de mauvais traitements en dessous du seuil des droits de l’homme. Chaque révolution dans l’histoire de l’humanité coûte du sang, de la tristesse et de la souffrance ; l’Afrique n’a pas échappé à cette règle et ne pouvait plus être la même dans son bonheur et sa paix d’antan avec sa RTA.

Le revers de la médaille [est là]

Il y a eu une confusion monstrueuse entre évangélisation et colonialisme du fait que l’évangélisation et le colonialisme sont arrivés à la même ère ; d’où certaines persécutions religieuses pour se venger des dommages causés par la colonisation et ses vassaux lors de l’indépendance de l’Afrique. Pour éviter cette confusion, les évêques et les prêtres originaires du terroir qu’ils servent, nous invitent à faire preuve d’une approche humaniste, respectueuse de l’altérité. Lorsque nous proclamons l’Évangile de la rédemption aux peuples d’autres religions ; évitons la coercition religieuse en convertissant les gens par la force. Respect des autres religions existantes : les évêques et les prêtres autochtones appellent à un dialogue religieux, ou plutôt à un dialogue entre les religions (islam, christianisme et Églises indépendantes).

L’ère des nouvelles religions en Afrique

L’islam, dès la mort du prophète Mahomet (632) au VIIe siècle, s’était déjà répandu dans toute l’Afrique du Nord et la Corne orientale, jusqu’à la côte est, établissant des colonies arabes avec un commerce très florissant d’esclaves et d’ivoire.

Le christianisme est arrivé en Afrique du Sud au XVe siècle, par l’intermédiaire de prêtres portugais qui ont tenté de fonder des communautés chrétiennes. En outre, le christianisme est présent en Afrique dès les premiers siècles de notre ère, bien avant l’islam. L’évangélisation du continent a connu trois phases : Antiquité, époque moderne, époque contemporaine. Depuis la première évangélisation, le christianisme n’a jamais disparu en Afrique comme en témoigne l’existence de l’Eglise copte en Afrique du Nord. Au fil des siècles, le clergé du Danemark, de la Hollande et de la Grande-Bretagne s’est efforcé d’étendre ses activités maritimes, commerciales et coloniales en Afrique. Cette présence européenne a, à peine, atteint les peuples africains, bien qu’il semble que certaines communautés aient commencé à s’épanouir. Cependant, la véritable expansion moderne du christianisme en Afrique a commencé avec l’arrivée d’esclaves chrétiens libérés, qui ont commencé à retourner en Afrique de l’Ouest vers la fin du XVIIIe siècle, et au milieu du XIXe siècle. Le christianisme avait un bon nombre d’adeptes tout le long de la côte, de la Sierra Leone au Nigeria.

Il convient de noter que les missionnaires chrétiens européens ont pénétré à l’intérieur de l’Afrique peu avant l’occupation coloniale, ou à la même époque. Pourrais pu rappeler ici la théorie des « 3 M », Marchands, Militaires, Missionnaires, l’association du sabre et du goupillon ? En raison de cette circonstance historique, l’image que de nombreux Africains ont reçue du christianisme a-t-elle été façonnée par l’expérience coloniale, et dans de nombreux cas, il n’a pas été facile de faire la différence entre les deux réalités.

Depuis des lustres, les Africains ont leur religion monothéiste de tradition orale : la RTA. Les peuples africains ont toujours vécu en paix, et depuis l’arrivée des nouvelles religions et de leur expansion, l’Afrique a perdu des milliers de ses entités (ses empires), de sa dignité, de ses langues et de ses valeurs culturelles et religieuses. Notre question est : pourquoi tant de persécutions au nom de Dieu ?

Avec John MBITI, nous réfléchissons : « le véritable test est de savoir si l’humanité profite ou perd d’avoir permis à la religion d’occuper une position privilégiée et dominante dans l’histoire humaine, dans la recherche de l’homme de son origine et de la nature de son être, dans l’expérience de répondre à ses circonstances, et dans la création de ses attentes et de ses espoirs pour l’avenir », in African Traditional Religion, New York 1969.

Situation des religions africaines

Je suis toujours très contrarié par l’utilisation abusive des termes animisme et animiste, tant qu’il s’agit des religions traditionnelles d’Afrique ou de certains pays du soi-disant « tiers monde ». Avec ce billet, je veux que nous supprimions certains mots qui augmentent de plus en plus la vulnérabilité de l’Afrique ; les termes liés aux religions qui existent en Afrique. Nous sommes-nous jamais demandé pourquoi au village en Afrique et quartier par contre en Europe ? Les basques, les bretons, les occipitiens, c’est normal. Mais les wolof, les lobi, les mossé, c’est tribal ? Les mots ne sont pas si bénins que cela.

1.- RTA : Religions Traditionnelles Ancestrales avec 39,64 % d’adhérents.
2.- Islam : 40,36 % d’adhérents.
3.- Christianisme : 20 % d’adhérents de la soi-disant « nouvelle religion ».
La source des données ci-dessus sont tirées de la Revista Mundo Negro, Madrid, janvier 2000.

RTA (Religion Traditionnelle Ancestrale) et non l’animisme

Je voudrais partager cette réflexion sur le terme « animisme » si largement utilisé dans les pays du Nord à un large public. Je pense que beaucoup de gens, ne connaissant pas son origine, l’utilisent sans en mesurer les conséquences et continuent donc à créer un abîme entre le Nord et le Sud.

Depuis 1961, un groupe d’anthropologues, d’ethnologues, de sociologues et de théologiens, après avoir analysé en profondeur les termes utilisés pour décrire les religions, en est venu à remplacer le terme « animisme », habituellement utilisé pour désigner les religions ancestrales, par des RTA (Religions Traditionnelles Ancestrales). Le terme RTA a été utilisé pour la première fois par l’anthropologue Godfrey Lienhardt dans son ouvrage, Divinity and Experience : the religion of the Dinka, London 1961 et a continué d’être utilisé dès lors.

Maintenant, je me demande : (RTA) la Religion Traditionnelle Ancestrale ou l’animisme ?

En tant que chercheur en anthropologie, je voudrais rectifier le terme « animisme » si largement utilisé en Espagne, en Europe et dans les autres pays du Nord. L’animisme est un mot dérivé du latin anima, qui signifie souffle, souffle de vie, et porte donc en lui l’idée d’âme ou d’esprit. Ce terme est devenu la désignation la plus populaire pour les religions africaines, et on le retrouve encore aujourd’hui dans de nombreux écrits. Il a été inventé par l’anthropologue anglais Edward Burnett Taylor, qui l’a utilisé pour la première fois dans un article écrit en 1866, et plus tard dans son livre Primitive Culture, (London 1871). Pour Taylor, la définition de base de la religion était « la croyance en des êtres spirituels ». Il voyait l’âme comme une image vaporeuse qui animait l’objet occupé. Il pensait que les peuples dits « primitifs » imaginaient que l’âme était capable de quitter le corps et d’entrer dans d’autres personnes, animaux ou choses, et continuait à vivre après la mort. Poussant cette théorie plus loin, Taylor a déclaré que ces hommes « primitifs » considéraient chaque objet comme ayant sa propre âme, donnant naissance à d’innombrables esprits dans l’univers.

Les idées de Taylor ont été popularisées par ses disciples. Depuis lors, le terme animisme a été largement utilisé pour décrire les croyances traditionnelles en Afrique et dans d’autres parties du monde. Dans un environnement imprégné de la théorie de l’évolution, la notion de ces esprits a ouvert la voie à l’idée d’évolution religieuse. Cela a conduit à la théorie que, dans tous les grands départements de la nature, il existait un esprit. Par exemple, tous les esprits de la rivière avaient un esprit principal à leur tête ; la même chose se produirait avec les arbres, les rochers, les lacs, etc. De là aurait découlé l’idée de nombreux dieux (polythéisme) qui, à leur tour, se sont développés dans la phase d’un Dieu suprême dominant tous les esprits principaux.

Ce genre d’arguments et d’interprétations place la RTA au début d’une supposée ligne d’évolution religieuse. Il nous dit que le judaïsme, le christianisme et l’islam sont dans la phase la plus élevée, puisqu’ils sont des religions monothéistes. Cependant, cette explication ne tient pas compte tenu du fait que d’autres théories soutiennent que le développement religieux des êtres humains a commencé avec le monothéisme et s’est déplacé vers le polythéisme et l’animisme. Notre but n’est pas d’opter pour l’une de ces théories, mais nous devons faire remarquer que les peuples africains possèdent tous ces éléments religieux : Dieu, les esprits, les puissances tutélaires et les divinités font partie du corps traditionnel des croyances. Le christianisme et l’islam reconnaissent l’existence du même type d’êtres spirituels. La théorie de l’évolution religieuse, quelle que soit sa direction, n’explique pas de manière satisfaisante la RTA.

L’animisme est une description inadéquate de la RTA, et il vaut mieux abandonner le terme une fois pour toutes. Il faut également souligner que les religions africaines sont plus anciennes que le christianisme et l’islam.

Michel Ange Kofi KAMBIRÉ
Religion Traditionnelle Ancestrale désormais RTA.
Source : Revista ARBIL nº 47, mayo de 2000.


Dondomè-ib-lè Kofi Michel Ange KPANYAWNE KAMBIRÉ (PhD) est Enseignant Chercheur à l’Université Pablo de Olavide (Royaume d’Espagne).

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Messages

  • "Tant que nous n’allons pas nous libérer de l’aliénation culturelle, aucun développement réel, durable, ne sera possible." Pr. Kambiré
    Merci cher frère ! Nous menons le même combat ; ce combat de liberation de mentalité. Je l’ai toujours dit ici ; notre pêché originel c’est d’accepter penser comme nos bourreaux d’hier. Remarquez que c’est nous qui sommes allés loin à l’école qui pretons plus le flanc à la domination occidentale. C’est dire que nous avons été formaté pour ! J’en conclus avec cette autre citation de Mgr Titianma SANOU que vous avez bien fait de relever dans votre brillante tribune : " SI DIEU VEUT ME PARLER, QU’IL ME PARLE EN MA LANGUE" fin de citation. Ceux qui savent interpreter cela comprendront que l’Evêque émerite résume tout dans ce propos.
    Seguimos en contacto querido hermano !

  • Merci Pr. KAMBIRÉ pour cet écrit combien stimulant. Nous (africains) devons pour la plupart apprendre à vivre fièrement comme tels. Nous avons un grand trésor, nos cultures, nos croyances ancestrales renferment inéluctablement des valeurs qui nous distinguent des autres et dont nous devons être jaloux.
    Merci encore pour cette contribution au débat de la recherche de notre identité vraie.

    Julio

  • Merci mon parrain pour cette excellentissime tribune.

  • Grandement merci, Professeur émérite, Dondomè-ib-lè Kofi Michel Ange KPANYAWNE KAMBIRÉ

    Vous aviez , à travers, votre précieuse publication scientifique , apporté une immense contribution à l’effort de paix en cours au Burkina Faso et par extrapolation dans la confédération AES et à l’Afrique toute entière.

    A l’évidence, vos précieux apports scientifiques contribueront à n’en point douter à booster le processus de renforcement de la résilience socioculturelle , économique et sécuritaire des peuples africains .

    Encore merci, Professeur émérite Dondomè-ib-lè Kofi Michel Ange KPANYAWNE KAMBIRÉ.

    Vous êtes une fierté nationale, continentale et internationale

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