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Burkina/Coutumes et tradition : Le Trésor humain vivant Konomba Traoré partage ses expériences sur les ancêtres

Publié le lundi 24 juin 2024 à 22h00min

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Burkina/Coutumes et tradition : Le Trésor humain vivant Konomba Traoré partage ses expériences sur les ancêtres

« Combien de gens sont morts parce qu’ils ont pris des héritages qui ne leur étaient pas destinés ? Celui qui ne consacre pas de funérailles à son père et à sa mère ne mérite pas non plus que ses enfants lui organisent des obsèques ». Ce sont là, entre autres, les révélations faites sur les coutumes et traditions par Konomba Traoré, Trésor humain vivant. Ses savoirs endogènes ont été partagés lors du colloque "ENDO-LAB" organisé le 13 juin 2024, à Ouagadougou, par le groupe GENESIS. Adepte de la religion traditionnelle, Konomba Traoré a été administrateur civil et plusieurs fois préfet et maire au Burkina Faso.

Le Trésor humain vivant Konomba Traoré a donné plus d’une révélation sur les coutumes et traditions en Afrique, et particulièrement sur celles du Burkina Faso. C’était au cours de sa communication, à l’occasion du colloque “ENDO-LAB’’. Selon Konomba Traoré, de nombreuses personnes meurent parce qu’elles ont osé prendre des héritages qui ne leur étaient pas destinés. Il fait savoir que dans la tradition, « celui qui ne consacre pas de funérailles à son père et sa mère, ne mérite pas non plus que ses enfants lui organisent des obsèques ».

Au sujet de la réincarnation, le Trésor humain vivant affirme que « pour le Noir, on n’est jamais mort ». Il explique que la mort, c’est partir en voyage pour l’au-delà et revenir sur la terre. Il souligne que cela pourrait prendre trois bonnes heures s’il devait parler rien que de la réincarnation en long et en large. Alors, il passe à l’autre élément qui est de grande importance pour lui, à savoir la question de l’éducation.

Les composantes de la tradition

« L’éducation commence à la base. Cela fait partie des initiations. La pudeur ! Aujourd’hui, les gens n’ont plus honte. On avait honte de manger devant son beau-père et de se faire voir dans certaines positions par ses beaux-parents. Mais aujourd’hui, ces derniers sont même nargués », regrette-t-il.
De l’avis de Konomba Traoré, font partie de la tradition les salutations, les remerciements, le respect, le pardon et la réconciliation, la perception du temps, de l’espace, de la forme, de la taille, de la densité, de la grosseur, de l’épaisseur, de la couleur, de la comparaison, la monnaie, la justice, et les croyances religieuses.
Concernant l’existence de Dieu et la création du monde, le Trésor humain vivant confie que chaque ethnie a sa légende sur Dieu et sur les ancêtres.

Pour lui, les croyances africaines sont de deux ordres : les croyances religieuses (la spiritualité) et les croyances diverses. « Abordons maintenant les croyances diverses. Le concept du destin, comment le Noir le conçoit-il ? L’être humain, qu’est-ce qu’il est ? Le phénomène de l’ombre, qui représente la figuration de la personne. Les sciences divinatoires : dès que le Noir fait un rêve ou a un problème, il va consulter les charlatans. Tout cela fait partie de la tradition », a déclaré Konomba Traoré.
Du point de vue de l’adepte de la religion traditionnelle, les sacrifices, les rêves, la médecine traditionnelle, les sanctuaires spécifiques, la magie, les sociétés secrètes, la sorcellerie, la confrérie des chasseurs… font partie de l’organisation sociale du village. Pour étayer ses propos, Konomba Traoré donne l’illustration suivante : « Il vous est certainement arrivé de voir, au moins une fois, les sacrifices qu’on fait sur les fourmilières, les termitières, la route et l’eau ».

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Selon Konomba, l’organisation sociale du village est aussi marquée par des symboles comme la cola, les cauris, mais aussi des éléments spirituels à l’instar des bénédictions et malédictions. À cela s’ajoutent, poursuit-il, certains phénomènes comme les envoutements et désenvoutements, les jumeaux, les triplés, les personnes possédant plus de cinq doigts ou cinq orteils, l’albinos, les nains, les monstres, les fantômes, les génies, etc. « Le Noir croit que faire du bien attire les bénédictions sur soi. Tandis que faire du mal engendre des malédictions », relève le Trésor humain vivant.

“Le traditionnisme’’ ou “l’ancêtrisme’’

Konomba Traoré déplore que la religion du Noir africain ait été qualifiée d’animisme. Cette conception est péjorative selon lui, et dit avoir préféré la qualifier de “traditionnisme’’ ou “d’ancêtrisme’’. « L’ancêtrisme, c’est la croyance aux ancêtres. Et leur vénération est la philosophie selon laquelle les ancêtres sont l’origine de notre existence, voire, du monde entier. Puisque chacun a ses ancêtres paternels et maternels. Dans la hiérarchie, ils viennent après Dieu, et sont au-dessus de nos pères et mères. Ils sont comme des agents d’exécution et serviteurs de Dieu. Et les fétiches et les génies sont les agents d’exécution des ancêtres. Ils sont donc le relais incontournable entre Dieu et les humains. Parce qu’ils connaissent ce qui s’est passé sur terre avant de mourir. Et nous en tant que vivants sur la terre n’avons aucune idée de là où il se trouvent. C’est pourquoi nous les prenons comme intermédiaires pour intercéder auprès de Dieu. Car nos ancêtres sont nos prophètes », a-t-il présenté.

Selon son analyse, les Noirs africains par complexe, croient que ce qui vient de l’extérieur est mieux que ce qui existe dans leur propre continent. Konomba Traoré regrette alors que le continent noir soit le seul à ne pas avoir sa propre religion. « Parce que les Arabes ont en commun l’Islam. Le monde européen et autres ont le christianisme, le protestantisme. Le continent asiatique, quant à lui, a le bouddhisme comme religion. Nous, nous sommes des chauves-souris qui pataugeons entre ces religions-là », a-t-il montré.

Les ancêtres inspirent la sécurité et la confiance

Konomba Traoré a saisi l’occasion du colloque “ENDO-LAB’’ pour rappeler sa vision de promouvoir une révolution culturelle-religieuse. Car estime-t-il, ce sont les religions révélées qui ont acculturé l’Afrique. « Parce que si vous êtes musulmans, vous vivez comme les Arabes. Pourquoi pour connaître la vérité dans une affaire, on fait appel aux ancêtres, les juges suprêmes qui sont incorruptibles et qui disent la vérité ? Pourquoi pour jurer sur la terre, les gens n’osent pas le faire sans s’assurer d’avoir raison ? C’est parce que les ancêtres ont à leur disposition la foudre et les fétiches. C’est pourquoi, moi je dis, au lieu que nos gouvernants jurent sur la constitution, la Bible ou le Coran, je propose qu’ils jurent sur la terre et les ancêtres », a-t-il justifié.
À en croire l’adepte de la religion traditionnelle, les ancêtres inspirent la sécurité, la confiance et la vérité. Il n’y a que Dieu seul pour remettre en cause les appréciations et les jugements des hommes, puis procéder à leur récompense : c’est-à-dire les bénédictions et punitions.

Pour conclure, Konomba Traoré note que les ancêtres sont diligents à décider et agir. Cela, pour que des dommages ne soient pas causés par leur lenteur. Ils sont très sensibles, compréhensifs et humains, mais jamais faibles. Ils haïssent l’injustice, le mensonge, l’immoralité, le vol, la méchanceté. Les ancêtres sont les protecteurs de la morale des interdits sociaux, des personnes vulnérables, les veuves et les orphelins, les handicapés moraux et physiques. Ils sont prévoyants, visionnaires, et font tout dans le sens du lendemain meilleur et de l’éternité.

Lire aussi : Burkina/Coutumes et traditions : Dr Dramane Konaté parcourt les différentes facettes des valeurs traditionnelles

Hamed Nanéma
Lefaso.net

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