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Francis Blondet , ambassadeur de France au Burkina Faso : "Fini, le temps où la France donnait des leçons"

Accueil > Actualités > International • • mardi 28 février 2006 à 06h11min

Francis Blondet

Ambassadeur de la France au Burkina Faso depuis deux années et demi, diplomate de formation, Son Excellence Francis Blondet a d’abord servi au Sénégal, puis dans la diplomatie française au Quai d’Orsay. Là-bas il a vécu en direct la turbulence militaro-politique qu’a connue la Côte d’Ivoire le 19 septembre 2002.

Le moins qu’on puisse dire donc, c’est que M. Blondet est bien introduit dans le dossier ivoirien. Ses réponses souvent directes (dépouillées de la langue de bois) font frémir tant elles sont inattendues. Pour au tant, les questions liées à l’actualité burkinabè n’ont pas été occultées ce mecredi 15 février, au cours de la rencontre avec la rédaction de Sidwaya.

Sidwaya (S) : Que pensez-vous de la démocratie au Burkina Faso après la dernière présidentielle et une constitution qui a 15 ans de vie ?

Son Excellence Francis Blondet (F.B.) : Je vois cela en deux temps. D’abord l’observateur de passage au Burkina Faso dans le courant du mois de novembre 2005, porte un jugement assez positif. Les échéances démocratiques ont été respectées. Le scrutin a été remarquablement calme. Peut-être, parce que les résultats étaient relativement prévisibles ? Mais il y aurait pu avoir de la polémique haineuse, des débats appelant à la confrontation ethnique, religieuse, régionale, personnelle. On en a vu des exemples à travers le monde. Le débat a donc été mené dans le sens moral, dans la déontologie. Je pense aussi que l’instance de régulation, le Conseil supérieur de la communication (CSC) a joué son rôle d’arbitre avec beaucoup d’autorité. Le scrutin qui pouvait laisser penser qu’il y aurait beaucoup d’abstentions a été satisfaisant puisqu’une majorité d’électeurs s’est rendue aux urnes dans le calme. Ensuite, les résultats ont été proclamés sans difficultés particulières. Ainsi, à chaud, il n’y a rien à dire. Au contraire, il faut s’en féliciter.

Dans un autre temps, quand bien même il existe une certaine tradition démocratique dans ce pays en ce sens que le Burkina a montré dans l’histoire qu’il savait mettre des présidents en ballottage, il y a des zones d’ombre. Il y a la question de conscience politique ! Beaucoup de citoyens en âge de voter ne se sont pas inscrits sur les listes électorales. En tant qu’observateur, on n’a pas bien compris pourquoi les citoyens en âge de voter ne se sont pas présentés. Peut-être, du point de vue de l’électeur potentiel, ça ne valait pas la peine d’utiliser son droit de vote. Aussi, peut-être, cette forme de participation au pouvoir collectif n’est pas jugée pertinente par la plupart des citoyens préoccupés de savoir comment gérer le quotidien.

L’autre zone d’ombre, c’est le mode de fonctionnement de la société. Je ne porte pas de jugement, mais il me semble que dans un certain nombre de communautés au Burkina Faso, la notion de démocratie existe. Elle ne s’exprime pas certes de la même façon, et il sera intéressant de voir comment la décentralisation va se traduire à cet égard. Est-ce qu’elle va ouvrir la voie à cette autre forme de démocratie ?

Je crois que celle-ci est plus importante pour les gens d’en bas (notre ancien Premier ministre a inventé la France d’en-bas et la France d’en-haut pour signifier qu’il y avait un clivage dans les priorités, dans les centres d’intérêt). Dans quelques années, nous verrons comment le Burkina d’en-bas parviendra à trouver cette forme de démocratie.

Le processus de décentralisation offre une possibilité de prise de décision, d’application du mode de décision à l’échelle de la base.

S. : Est-ce que l’infrastructure actuelle permet de déterminer la superstructure que l’on veut poser par le biais de ces élections municipales ? Autrement dit, est-ce que le Burkina a de quoi faire la communalisation ?

F.B. : Est-ce qu’on a tous les outils pour réaliser le schéma ? On peut dire qu’il n’y a pas d’outils. Il n’y a pas de bâtiments prévus pour abriter les nouvelles structures décentralisées. De même, l’administration centrale a beaucoup de peine à trouver des moyens de déconcentrer. Le ministère des Finances et du Budget se "casse" la tête pour identifier des ressources fiscales pour des communes. Pour certains, il faudrait attendre les moyens pour se jeter à l’eau.

C’est un débat très ouvert, mais pour ma part, les moyens ne sont jamais suffisants pour encourager ceux qui ne veulent pas nager. Il faut y aller, il y aura des éclaboussures, des confusions. C’est ça aussi la démocratie, c’est-à-dire le débat, le tâtonnement, les ajustements parfois douloureux. Au Burkina, il y a une ressource indéniable, la volonté de s’organiser pour gérer le futur. On me dit que dans beaucoup de communes, les gens ne savent ni lire, ni écrire, si bien que les procès verbaux seront trafiqués. Non ! Il faut l’expérimenter. Et, si l’exercice de ce pouvoir permet au citoyen d’apprendre à lire et à écrire, c’est une bonne chose.

S. : Comment vous aviez compris le soutien du chef de file de l’opposition à la candidature du président Compaoré ?

F.B. : Très sincèrement, je n’ai pas compris.

S. : Le score écrasant de Blaise Compaoré (plus de 80%) à cette présidentielle n’est-il pas "étouffant" ? L’opposition n’est-elle pas trop faible pour animer la vie politique nationale ?

F.B. : Là, c’est une question très intime, interne. Je vous laisse tirer les conclusions.

S. : Excellence, pensez-vous que le report des élections municipales peut être plus préjudiciable à la démocratie burkinabè ?

F.B. : Vous m’invitez dans votre débat intérieur. Je vous en remercie. Je ne sais pas répondre à la question. Mais, à mon avis, si l’ensemble des forces politiques se mettent d’accord sur une formule, soit le respect des échéances ou le report, il n’y a rien à dire.

S. : Les caricatures du prophète Mahomet dans les journaux occidentaux dont certains en France ont donné lieu à des manifestations de colère dans nombre d’Etats musulmans. Pensez-vous qu’il faut comme d’aucuns le disent, condamner ces manifestations au nom de la liberté de presse ?

F.B. : Comme tous les gens de bon sens, je pense que la liberté d’expression est définie par des règles, la morale et des lois. Dans tous les pays, ces lois sont là pour affirmer et protéger la liberté d’expression mais aussi pour la limiter lorsqu’il s’agit de porter atteinte aux croyances et d’enfreindre la liberté de l’autre. Dans cette affaire, on a oublié de respecter l’autre et d’imaginer les conséquences de ce que l’on peut appeler provocation.

S. : En Côte d’Ivoire, la France rencontre des difficultés. Peut-on parler d’un échec de la politique française en Afrique ?

F.B. : Est-ce qu’on peut parler d’échec dans la mesure où la page de la crise n’est pas encore tournée ? La pièce n’est pas jouée. Nous ne savons pas à quel acte nous nous situons. Mais on est loin de la fin. On verra comment ça va se terminer. La France ne s’est pas désengagée, elle a déplacé son point de portage de façon à subir moins ses fardeaux. On mène une longue marche, on s’arrange pour porter la charge de façon la plus équilibrée, la moins douloureuse. Nous avons réussi à le faire en confiant l’essentiel à l’ONU. Donc, de ce côté, ce n’est pas un échec.

S. : Croyez-vous à des élections générales en Côte d’Ivoire en octobre prochain ?

F.B. : Si tout le monde le veut. Beaucoup de fées se sont penchées sur le berceau de la Côte d’Ivoire et étaient en mesure de donner des coups de pouce. S’il y a la volonté générale, il peut y avoir des élections libres et transparentes.

S. : D’aucuns pensent que si la France veut réellement mettre fin à la crise ivoirienne, elle le peut. Mais jusque-là, sa position est ambiguë si bien qu’on ne la comprend pas. Quelle est la position réelle de la France en Côte d’Ivoire ?

F.B. : Il faut remonter à l’origine de la crise. Pour avoir été le responsable de la politique africaine pour la région de l’Afrique de l’Ouest, j’ai participé à de multiples réunions de règlement de crises. En ce qui concerne la Côte d’Ivoire lors des trois premières semaines de cette mutinerie du 19 septembre, il était totalement impossible de savoir les tenants et les aboutissants de celle-ci. Il a fallu attendre trois semaines pour apercevoir des figures autres que des sous-officiers de l’entourage de Robert Guéï. Je le dis publiquement, nos services ont été aveugles et sourds pendant plus de trois semaines.

Peut-être, parce que nous n’avions pas anticipé ce cas de figure. Pourtant, on peut toujours anticiper des mutineries. Il y en a toujours eu suite à des opérations de maintien de la paix. Comme si ces opérations avaient une sorte de malédiction qu’elles portaient en elles. C’est dire, la mauvaise gestion des primes débouchant sur des frustrations, des revendications et des putschs.

Ainsi, nous avons longtemps pensé qu’il s’agissait strictement d’une mutinerie dont certains pourraient profiter. Qui ? C’était bien sûr d’abord Alassane Dramane Ouattara. Car, il était la principale victime de la politique d’exclusion de Laurent Gbagbo. Aussi, le Burkina Faso, parce qu’il était un suspect naturel, mais sans que l’on puisse y trouver des indices particuliers. On ne pouvait pas reprocher au Burkina Faso d’avoir hébergé des rebelles ou des soldats mécontents. Peu à peu, on a vu émerger Guillaume Soro, Dacoury Tablé.

Aussi, on a eu l’impression que ces deux n’étaient pas les meneurs, que quelqu’un d’autre se cachait quelque part. On avait pisté le général Palenfo et son collègue Coulibaly. Tous les deux étaient des anciens prisonniers sous Robert Guéï. Alassane Dramane Ouattara lui était réfugié à l’ambassade de France et, de là, il pouvait difficilement avoir un rôle de leader. Le seul soupçon que nous n’avions pas pu étoffer est celui sur le Burkina. C’est-à-dire, un complot international, dont Blaise Compaoré (président du Burkina) serait le grand maître, le grand commanditaire pour le compte de je ne sais qui ? Nous n’avons pas pu étayer ce soupçon.

Plusieurs années après, nous restons encore dans le doute sur un certain nombre d’intervenants et de bénéficiaires de cette crise. L’hypothèse difficile à exclure est que beaucoup d’acteurs ivoiriens de cette crise ont réagi bêtement. Il y a eu beaucoup de maladresses. Les uns et les autres ont été indolents ou incompétents dans les moments de la crise dont ils avaient la responsabilité. Dans ce contexte, quiconque aurait eu beaucoup de difficultés à intervenir.

Or, nous avons eu deux principes qui ne sont pas du tout ambigus. La France a décidé de ne plus intervenir pour faire et défaire des régimes. Le départ de Henri Konan Bédié le montre bien. En fait, ce qui est embarrassant, c’est ce fameux accord de défense prévoyant que dans le cadre d’agression extérieure, les forces françaises interviennent aux côtés du pays agressé. Les soupçons d’un complot extérieur n’étant pas établis, nous avons estimé qu’on ne pouvait pas faire jouer les accords de défense.

Nous avons refusé d’intervenir pour l’un ou l’autre camp. Le second principe est d’éviter la hantise d’un schéma de type Rwanda. Tout le monde à Paris est traumatisé par ce précédent. Dans les conversations de haut niveau, le seul repère était "pas de nouveau Rwanda". Nous avons simplement opté pour l’interposition, pour la protection des Français et des étrangers en Côte d’Ivoire. Ainsi, nous avons limité notre intervention à une opération de sauvetage humanitaire. Ces deux principes ont été bien respectés.

Souvenez-vous qu’entre les 6 et 9 novembre 2004, un escadron de chars qui passait à proximité de la présidence ivoirienne aurait pu facilement proposer à Laurent Gbagbo de changer de vie à l’extérieur de son pays. Une option qui a été repoussée. En ce moment, on était à chaud, dans une certaine confusion. On n’avait pas besoin de mille (1000) soldats, cinquante (50) auraient suffi. Nous avons été parfaitement conscients de cette possibilité à portée de main et nous l’avons refusée. Pour certains, c’était une façon de se courber, de se mettre à genoux devant M. Gbagbo.

Pour moi, c’était le respect du principe de "la non-ingérence". Aujourd’hui, c’est à vous de me dire, si en Côte d’Ivoire, il y a un risque de bain de sang, de massacre de groupes ethniques ou politiques.

S’il y a un bilan à faire de la présence française, notamment militaire en Côte d’Ivoire, c’est d’avoir évité jusqu’à présent un bain de sang.

S. : Au nom de ce principe, est-ce que vous pensez qu’un jour, la Côte d’Ivoire pourra trouver son unité ?

F.B. : Bien sûr qu’elle retrouvera son unité un jour.

S. : Comment ?

F.B. : Avec des leaders politiques ayant conscience de l’intérêt national.

S. : La France est intervenue en Centrafrique en faveur de Bozizé. Par contre en Côte d’Ivoire, par ses principes, elle a permis à Laurent Gbagbo de se maintenir au pouvoir, voire de s’armer. La politique de la france n’est-elle pas à double vitesse ou selon des intérêts en fonction des pays ?

F.B. : Ces prémices ne me conviennent pas. Ils ne correspondent pas à la réalité. Tout le monde admet que les Etats ont des intérêts indépendamment des principes.

Aussi, quand on planifie ses intérêts on a moins de principes. On tape et on s’en va. Cependant, vous constatez qu’on n’a pas tapé et on n’est pas parti non plus. C’est peut-être cela l’ambiguïté. Dépenser près de 200 millions d’euros chaque année alors qu’on ne sait pas ce qu’on y cherche exactement !

Les opinions publiques en France et ailleurs ne s’intéressent pas à la Côte d’Ivoire. Les Français souhaitent une seule chose : que l’on s’en aille le plus tôt possible. Toutefois, au Conseil de sécurité si nous n’évoquions pas la question ivoirienne, elle serait un point oublié de la carte du monde. Les richesses de la Côte d’Ivoire, ce sont entre autres, le café et le cacao.

Or, les Américains sont les plus impliqués dans le commerce mondial de ces produits. La France n’a pas d’intérêt, dans les secteurs de l’économie ivoirienne (café, cacao, pétrole). Ses entreprises participent certes à la gestion du port d’Abidjan, à la compagnie d’électricité etc., Mais la Côte d’Ivoire représente 0,7% de son commerce extérieur. On ne dépense pas près de 200 millions d’euros par an pour sauver 0,7% du commerce extérieur. Notre seul intérêt est la cohérence d’une politique africaine qui serait ruinée si nous n’étions pas en Côte d’Ivoire. Nous, Français, nous serons jugés sur les principes qu’on a respectés et fait respecter. La France continue de jouer ce rôle très important dans la gestion de la crise par la communauté internationale.

Dans l’affaire ivoirienne, ce qui est contraignant, ce n’est pas tellement M. Gbagbo et ses amis. Ce n’est même pas l’inconsistance de l’opposition ivoirienne. Ce n’est pas non plus l’incapacité des Forces nouvelles à adopter une attitude claire. C’est la position des chefs d’Etat africains exprimée à Addis Abeba en juillet dernier posant les limites de l’intervention de l’ONU.

Lors de la rencontre à Addis Abeba, une position minimale avec un schéma de sortie de crise a été trouvée, selon lequel Laurent Gbagbo devrait être maintenu comme chef de l’Etat. Nous ne pouvons pas inventer autre chose en dehors du cadre défini par l’Union africaine. Donc, ce n’est pas à l’ONU ni à la France d’inventer des mesures plus musclées. Un autre obstacle non négligeable est qu’au Conseil de sécurité, les moyens de la politique sont limités. Si on veut exercer des pressions physiques sur les protagonistes, il faut envoyer davantage de casques bleus. Pourtant, leur nombre est limité à 8 000 avec en forces d’appui 4 000 soldats français. Les Etats-Unis ne sont en mesure d’autoriser qu’au maximum 8 000 Casques bleus. Au motif qu’ils ont besoin de 16 000 Casques bleus au Liberia.

Nous faisons valoir aux Américains que les problèmes de l’Ouest ivoirien sont ceux de l’Est libérien et il conviendrait de prévoir des passerelles pour libérer un certain nombre de contingents en faveur de l’Ouest ivoirien. Est-ce qu’il y a une doctrine d’intervention à deux vitesses ?

Bonne intervention ? Mauvaise intervention ? C’est comme si on disait qu’il y a de bons putschs et de mauvais putschs. Non, il n’y a pas de bonne intervention ou de bon putsch.

Vous comparez avec le général Bozizé en Centrafrique. La France ne l’a pas soutenu. Est-ce que c’était un putsch ou une inserrection ? D’ailleurs, le président Patassé n’était pas dans son pays, mais à Niamey.

S. : Laurent Gbagbo était aussi en Italie ?

F.B. : Oui. Mais qu’est-ce qui se serait passé si la rébellion avait pris la caserne d’Agban ? La gendarmerie d’Agban a bloqué sa marche...

S. : Le cas libérien montre la différence entre la politique française et celle de l’Amérique en Afrique. Les Américains acceptent les éclaboussures, les critiques mais clarifient les situations...

F.B. : Je suis d’accord sur tout mais sauf une chose. Ne nous demandez pas de faire et de défaire des présidents. Ce produit est terminé, on ne le fait plus.

S. : Le Tchad avec lequel votre pays entretient des accords militaires a des rapports difficiles avec son voisin le Soudan. Que peut faire Paris pour débloquer cette situation ?

F.B. : Vous ne trouverez pas la réponse à Paris. C’est fini ! Il appartient aux citoyens d’un pays, de sortir de la crise où ils se sont mis. Pour le Darfour, nous avons plaidé pour saisir la Cour pénale internationale pour juger tous ceux qui ont commis des crimes.

S. : Les élections présidentielle et législatives en Irak n’ont pas ramené la paix dans ce pays. La présence militaire massive des USA ne facilite pas non plus la situation. Comment voyez-vous l’avenir politique de ce pays ?

F.B. : On a ouvert la boite de pandore en chassant Sadam Hussein. Telle n’était pas notre façon de voir. Parce que nous anticipions justement sur une grave destruction dans ce pays.

Nous ne soutenions pas la dictature de Sadam mais nous souhaitions que les Irakiens trouvent eux-mêmes une alternative. L’intervention militaire, nous ne l’avions pas estimée opportune. Et, nous continuons d’estimer que la présence américaine en Irak ne suffira pas à sortir le pays de la crise. En même temps, nous sommes maintenant solidaires des Américains car nous voudrions contribuer à une sortie de crise honorable.

S. : Les grandes puissances occidentales dénient à l’Iran le droit de maîtriser l’énergie nucléaire sous prétexte qu’il pourrait bien fabriquer la bombe. Pourquoi empêcher l’Iran ou tout autre pays que les puissances nucléaires occidentales de posséder la bombe nucléaire ?

F.B. : L’Organisation des Nations unies a pris pour principe qu’il fallait arrêter la prolifération nucléaire. Les cinq puissances qui possédaient la bombe atomique légalement avaient pris conscience de leur responsabilité dans ce domaine. Donc, l’engagement universel est d’en limiter la prolifération.

S. : L’Iran avec l’arme nucléaire, est-ce un danger pour Israël ?

F.B. : Bien sûr.

S. : Dans un peu plus d’un an, les Français se rendront aux urnes pour élire le président de la République. Avant cette échéance, comment peut-on présenter le rapport des forces politiques sur le terrain ?

F.B. : On a une droite et une gauche qui sont toutes deux devenues imprévisibles. Pour les élections à venir on voit mal émerger un candidat de la droite ou de la gauche. Aussi, on voit mal émerger des politiques pour les élections législatives. L’immigration, l’exclusion... cristallisent le débat. Alors qu’en France on a besoin aussi d’une politique de fond sur l’Europe, le temps de travail, l’emploi, l’agriculture. Ces débats délicats sont souvent occultés, à l’intérieur même des partis.

S. : Au-delà des clichés, comment comprenez-vous la sortie tapageuse et destructive des jeunes en fin d’année en France ?

F.B. : C’est le couvercle d’une casserole longtemps chauffée. On a l’impression qu’il y a eu une lente montée de la tension que la France n’a pas gérée comme il fallait. Ce problème de société montre qu’on n’a pas su gérer l’exode rural. Dans les années 50, il y avait 40% de population rurale. Aujourd’hui, ce chiffre est tombé à 4 %.

Cette agglomération de Français ou autres, souvent peu qualifiés sur le plan professionnel n’a pas reçu assez de réponses en termes d’infrastructures et d’urbanisme. Tous les maires aimeraient avoir des citoyens riches capables de payer des impôts n’est-ce pas. Toutes ces réticences ont conduit à des exclusions. C’est déplorable.

S. : A votre avis, Ségolène Royal pourra-t-elle être la Ellen Sirleaf de la France un jour ?

F.B. : Si vous comparez le Liberia à la France, c’est difficile.

S. : ... et Angela Merkel en Allemagne ?

F.B. : L’Allemagne n’est pas un modèle. En combien de temps Angela Merkel et Schroder se sont mis d’accord pour partager le pouvoir ? Il serait une bonne chose que la France montre l’exemple, pas seulement à travers Segolène Royal mais n’importe quelle autre femme. C’est un sentiment personnel.

S. : Le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy a pris une série de mesures sur le séjour des étrangers en France et de manière générale sur l’immigration. Est-ce que vous n’aviez pas l’impression que la France est en train de se réfermer sur elle même ?

F.B. : Il y a malheureusement des indicateurs montrant que certains Français sont irrités par l’excès d’étrangers dans certaines régions.

D’autres comprennent que l’Europe est un vieux continent ayant besoin des jeunes actifs, d’étrangers de bon niveau pour participer au développement de notre économie.

Notre intérêt est d’accueillir les étrangers en fonction de ce qu’ils nous apportent. Est-ce qu’on va assécher ces pays de leurs meilleurs cadres ? Non, la France souhaite être le premier pays en terme de nombre d’étudiants étrangers, devant les Etats-Unis et la Grande Bretagne. Nous invitons les étudiants à étudier en France dans des secteurs utiles pour leur pays.

S. : "Il faut punir la France, pardonner la Russie et ignorer l’Allemagne". Que vous inspirent les propos de la Secrétaire d’Etat américaine Condeleeza Rice ?

F.B. : C’était une déclaration à usage interne américain que nous avons très bien gérée.

S. : En quoi faisant ?

F.B. : En parlant avec les Américains comme nous n’avons jamais cessé de le faire. Par exemple, pour les questions africaines, nous n’avons jamais trouvé de si bons alliés que les Américains. Mis à part l’envoi des Casques bleus en Côte d’Ivoire, les Américains sont d’excellents alliés. Ils ont des réticences à l’envoi des casques bleus car ils contribuent pour 25% à l’ONU et que le Congrès américain a horreur de ces dépenses.

S. : La France semble absente dans les grands débats politiques et économiques. Est-ce une impression ou Paris a-t-elle perdu son statut de superpuissance ?

F.B. : On ne peut pas tout faire. Aussi, c’est fini le temps où la France donnait des leçons.

S. : Le président Jacques Chirac a réussi à supprimer la loi faisant l’apologie de la colonisation française. Qu’en pensez-vous ?

F.B. : C’est un groupe de députés qui a cru bon de vouloir souligner des bienfaits de la colonisation. C’est une loi ambiguë car les professeurs d’histoire devraient l’enseigner à l’école d’une manière parfaitement libre. Il n’y a pas d’histoire officielle.

S. : Quel avenir pour l’Europe après les "non" Français et Néerlandais ?

F.B. : Après les "non" Français et Néerlandais au référendum, il est clair que le schéma de la charte constitutionnelle doit être abandonné. Dans les quatre ou cinq ans, on pourrait peut-être reprendre les dispositifs pratiques et des principes pour faire fonctionner une Europe à 25. Le grand enseignement de ce débat, est que l’opinion publique est apparue déconnectée de la classe politique.

S. : Comment le contrat premier emploi ou le contrat nouvelle embauche pourrait dans les faits, aider à résoudre des problèmes de l’emploi en France ?

F.B. : De nouveaux outils, on en découvre tous les jours. Je souhaite qu’on découvre un outil capable de résoudre les problèmes. L’intérêt de ce contrat, c’est son esprit, c’est-à-dire donner à la fois un espoir aux jeunes et un signal aux entreprises en les incitant à embaucher les jeunes.

S. : A la rencontre de Hong-Kong, les pays riches ont promis de supprimer les subventions qui portent de graves dommages aux producteurs des pays les moins développés. A cet effet, certains comme les USA sont en train de prendre des mesures pour honorer leurs engagements. Qu’est-ce que l’Etat français fait de son côté ?

F.B. : La France n’a pas de voix propre dans le commerce international. Elle a délégué sa voix comme les autres membres européens au commissaire européen chargé de la représenter. Cependant, elle a été la première à soutenir l’initiative des quatre pays producteurs sahéliens. Ce, en proposant à la Commission européenne, une politique d’abandon progressif des subventions destinées aux cotonculteurs espagnols et grecs. C’est après que nous avons essayé d’aligner les Américains sur ces propositions.

S. : Les Américains ont déjà fait quelque chose. Qu’est-ce que la France va faire ?

Je suis désolé car on a déjà fait tout ce qu’il y avait à faire, il reste le suivi. Ainsi, en Europe, il n’y a pas de subvention interne à démanteler. La balle est entièrement du côté des Américains, dont les subventions à quelques milliers de cotonculteurs s’élèvent à 4 milliards de dollars par an.

S. : Avec les derniers événements en Israël, (disparition politique de Ariel Sharon), le processus de paix au Proche Orient ne prendra-t-il pas un coup ?

F.B. : Ariel Sharon a déjà bousculé le paysage politique israélien. De ce fait, peut-être, il a ouvert la voie d’une vraie solution politique en se retirant de Gaza. Est-ce qu’on a des éléments constructifs ou déstabilisants ? Je ne sais pas. Bientôt, les élections nous situeront. On peut espérer que les bouleversements comme la disparition d’un grand personnage sont aussi fertiles au changement positif.

S. : La victoire de Hamas aux élections législatives ne va-t-elle pas remettre en cause la plausible quiétude dans cette région ?

F.B. : Oui, ça me fait penser à l’émergence brutale du FIS en Algérie en 1990-1991. La communauté internationale avait réagi dans l’intention de l’étouffer en avançant des raisons comme quoi le FIS n’était pas représentatif. Avec le Hamas, je pense qu’elle ne commettra pas la même erreur. Les règles ont été appliquées et respectées. Le bon sens consiste à amener le Hamas à abandonner la lutte armée.

S. : En faisant des semblant de sanctions sur les seconds couteaux, est-ce que l’ONU ne durcit pas la position des faucons de toutes parts pour une sortie de crise le plus rapidement en Côte d’Ivoire ? Où bien, est-ce un avertissement pour traquer les commanditaires ?

F.B. : C’est un avertissement important qui donne un avant goût. Nous avons démontré qu’au delà des divergences, les membres du Conseil de sécurité pouvaient s’accorder et voter des sanctions contre les acteurs de la crise ivoirienne. A tout moment, la liste peut être allongée.

S. : Faire un bilan de la coopération entre le Burkina et la France serait fastidieux. Pouvez-vous nous donner en termes de réalisations et de chiffres, quelques aspects de cette coopération ?

F.B. : Les chiffres sont intéressants, 50 millions d’euros (32,8 milliards de francs CFA) au titre de l’année 2005. Ce chiffre devrait se maintenir pour 2006. Quelle est sa répartition ?

L’Agence française de développement (AFD) est la plus grosse pourvoyeuse de crédits dans le monde,. Parce qu’elle a repris les grands secteurs comme la santé, l’éducation, l’agriculture autrefois confiés à l’ambassade. L’Agence intervient pour 25 millions d’euros et l’ambassade, pour 14 millions d’euros.

L’aide budgétaire est de 5 millions d’euros, chaque année. A cela s’ajoute 3,5 millions d’euros pour la coopération décentralisée. Enfin, les ONG apportent en gros 4 millions d’euros.

S. : Le problème des visas n’a cessé d’alimenter les conversations et certains demandeurs ont eu des déboires avec vos services. Aujourd’hui, quelle est la situation ?

F.B. : Je suis satisfait. J’ai la chance d’être dans un pays qui ne fait pas partie des pays considérés à risque migratoire. Vos compatriotes n’aiment pas beaucoup voyager.

Nous déplorons cela. Nous souhaiterions avoir beaucoup d’étudiants burkinabè en France. Le pays européen qui intéresse plus les Burkinabè c’est l’Italie. En France, il y a très peu de Burkinabè. Les chiffres varient entre 5 000 et 10 000. Le visa est délivré facilement en moins de 48 heures et sur dix demandes, près de 9 sont agréées.

S. : Qu’est-ce qui fait que la France s’intéresse à un pays enclavé, désertique, pauvre comme le Burkina ?

F.B. : L’Afrique est distante de 13 km de l’Europe par le canal de Gilbratar, un passage dramatique pour certains. Donc, nous sommes des voisins et il n’y a pas d’espace entre nous dans lequel on pourrait équilibrer des flux. Notre intérêt, c’est de développer les populations là où elles sont. C’est la raison pour laquelle nous avons investi dans la production agricole. Depuis cinq ans, les plus gros investissements français sont injectés dans l’agriculture, 30 millions d’euros pour l’usine de coton de Diapaga et celle de Kompienga. L’AFD envisage de donner un prêt de 10 millions d’euros à l’Union nationale des producteurs de coton (UNPCB) pour l’aider à se structurer.

Nous essayons de promouvoir, au delà de la fibre, les sous-produits du coton. Nous allons promouvoir les tourteaux de graine pour l’alimentation du bétail. Aussi, avec la technologie mise en place par l’AFD, les usines d’égrénage trouveront leur énergie avec la graine de coton indépendamment des produits pétroliers.

S. : Aujourd’hui, quelle est la situation des pensions de nos anciens combattants ?

F.B. : Elles ont été revalorisés et décristalisées. On a doublé le montant par le rythme de 25% sur 5 ans. Les montants sont versés aux anciens combattants ou à leurs ayants droit.

Et, surtout le plus important, les anciens combattants ont été décristalisés c’est-à-dire qu’on a repris l’indexation sur le coût de la vie.

Aujourd’hui, 2400 anciens combattants et ayants droit au Burkina Faso ont été concernés.

S. : Pourquoi avoir attendu si longtemps pour appliquer ces mesures quand on sait que dans 5 à 10 ans, il n’y aurait plus d’anciens combattants ?

F.B. : Je regrette. Mais je ne peux pas expliquer pourquoi on a attendu si longtemps.

S. : Excellence, ne pensez-vous pas qu’aujourd’hui, les Burkinabè ont plus intérêt à la coopération décentralisée qu’à celle formelle entre les Etats ?

F.B. : Oui et non. La coopération décentralisée est une ressource importante de financement. La plupart des pays européens ont développé leur décentralisation et disposent justement de ressources importantes.

Cette coopération décentralisée est très intéressante si elle se fait d’élu à élu ou administrateur à administrateur. Je reçois des maires de petites, moyennes et de grandes villes avec leur délégation dans le cadre de la coopération décentralisée.

Cependant, je suis déçu car au-delà de leur bonne volonté, ils ne connaissent pas toujours le Burkina. Ils ne connaissent pas souvent les procédures du développement. Je voudrais qu’ils articulent leurs efforts en fonction de la carte sanitaire, et scolaire. Rien ne sert de construire un dispensaire, là où il n’y a personne ou du personnel soignant.

Des écoles construites sont souvent restées vides parce qu’en déphasage avec la carte scolaire.

S. : Souvent l’aide octroyée par la France au Burkina Faso, pour l’exécution des projets de développement, sert également à la prise en charge de coopérants français. Dans ces cas de figure, il est difficile que tous les objectifs visés, à travers l’appui financier, soient atteints. La France ne doit-elle pas revoir cette politique qui consiste à lier l’aide à ses techniciens, si elle souhaite la réalisation effective des projets qu’elle finance ?

F.B : C’est vrai que longtemps, l’aide a été liée. Mais ce type de financement se pratique de moins en moins. Pour preuve nous attendons une juriste pour accompagner le projet de réforme judiciaire. Est-ce un cas d’aide liée ? Oui parce que nous avons choisi cette personne car nous lui faisons confiance. Non puisque c’est le ministre de la Justice qui a demandé cette collaboration. Là où l’aide liée est particulièrement discutable c’est lorsqu’il est prévu de faire appel à des entreprises ou matériels français. Cette forme d’aide a cependant disparu. Lorsqu’il y a acquisition de matériel et ou autres équipements et bientôt lorsqu’il y aura appel de coopérants, un appel d’offres international sera alors lancé. Il n’y aura pas d’affectation de coopérant, sauf si l’Etat bénéficiaire le demande.

D’ailleurs les aides-projets sont en train de s’effacer au profit des aides-programmes. Le Programme décennal de développement de l’éducation de base (PDDEB) est un exemple typique parmi d’autres. Il y a un mode de financement ou de décaissement qui passe par un compte spécial du trésor. La ressource passe entre les mains du gouvernement burkinabè qui la gère et rend compte a posteriori. Donc la gestion de l’aide est devenue plus partagée. On m’a dit que cela favorise les détournements. Il y a toujours des sources de détournements. La gestion a posteriori est une façon de reconnaître la souveraineté des Etats bénéficiaires d’aide et leur capacité à gérer les ressources.

Enfin nous avons décidé de réduire le nombre des coopérants parce qu’il y a dans les pays concernés de plus en plus de ressources humaines. A ce propos, au Burkina Faso, il y a assez d’hommes et de femmes capables de gérer les programmes d’aides.

S. : S’agissant de la carte du développement dans quel secteur la France a le plus investi au Burkina Faso dans le cadre de la coopération ? Quels seront les autres secteurs qui pourront être des priorités de la politique française pour les décennies à venir ?

F.B. : C’est le domaine où nous sommes le moins avancé qui sera notre priorité, en l’occurrence le scolaire. Longtemps au Burkina Faso, l’école primaire recrutait des élèves selon la capacité des locaux dont elle disposait. Toute chose qui limitait la scolarisation des enfants . Aujourd’hui on inscrit tous les enfants en âge d’être scolarisés et on essaie ensuite de trouver les moyens nécessaires pour assurer leur éducation, selon le ministre de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation. Grâce à cette méthode le taux de scolarisation à l’école primaire augmente. C’est pourquoi nous accompagnons le PDDEB.

Nous injecterons 25 millions d’euros dans le secteur de l’éducation de base, sur les 3 ans à venir. Pour l’instant le taux d’absorption est faible parce que le ministère de l’Enseignement de base n’avait pas les moyens de gérer les ressources octroyées. On a contourné l’obstacle en demandant à Faso Barra d’être l’opérateur. Il était prévu la construction de 2000 classes par an. Mais approximativement 1300 salles seulement ont été construites. Nous ne désarmons pas, nous allons atteindre nos objectifs même s’il se pose à ce niveau un problème de capacité humaine et administrative.

La lutte contre les grandes pandémies constitue un autre axe de priorité qui sera financée par une source nouvelle de financement. A ce sujet il y a eu plusieurs propositions. La proposition française consiste à taxer les billets d’avion. Cela ressemble à la taxe Tobin qui n’a jamais été approuvée par les Etats. Au départ, tout le monde pensait que la taxe Tobin était vouée à l’échec. L’idée c’est de taxer le flux des affaires au profit des programmes de développement.

Nous avons décidé en France de mettre en application le système de prélèvement à partir du 1er juillet 2006. Il y aura une taxe variable sur l’achat des billets d’avion. Cette taxe s’élève à 1 euro pour les vols nationaux en classe économique et augmente jusqu’à 15 euros pour les vols internationaux en classe affaires et autres. Une somme importante pourrait ainsi être collectée ; probablement 200 millions d’euros par an.

Une vingtaine d’autres pays ont adopté la formule et s’apprêtent à prélever aussi ces taxes qui ne pèsent pas sur le contribuable. Un euro sur un billet d’avion d’un Européen est pratiquement indolore. C’est comme si on imposait 100 F sur le coût du billet d’avion d’un Burkinabè. L’essentiel des fonds récoltés servira à la lutte contre 3 grandes pandémies qui sont le paludisme, la tuberculose et le Sida.

Les années passées on a trompeté sur le Sida, probablement parce que l’opinion publique avait besoin d’être rassurée. Par la suite beaucoup de pays du Sud nous ont affirmé que leur première préoccupation n’était pas cette maladie mais le paludisme. Nous avons donc pris acte et nous l’avons intégré dans la lutte contre les grands maux avec la tuberculose qui connaît une recrudescence en ce moment et est souvent associée au Sida.

S. : Comment expliquez-vous le fait que Air France face à une surenchère du coût des billets des vols à destination des pays africains qui sont pourtant moins éloignés de la France que d’autres pays dont les coûts de transport sont réduits ? Comment la France peut régler cette inégalité qui est aussi une forme d’explication ?

F.B. : Le gouvernement français n’a aucune prise sur cette compagnie. Depuis une dizaine d’années la compagnie a sa propre gestion et nous fonctionnaires, nous négocions sur une base personnelle ou du moins c’est l’ambassade qui le fait. La situation que vous évoquez s’est améliorée depuis que Air Burkina a commencé à desservir la France. En effet, Air France a baissé de moitié ses tarifs. Face à la concurrence, les tarifs sur l’Amérique du Nord sont des tarifs de dumping pour toutes les compagnies. Avec l’Afrique, il y a trop peu de compagnies aériennes et c’est regrettable.

S. : Pourquoi le dumping pour l’Amérique et pas pour l’Afrique ? La limitation de l’immigration vers la France ne justifie-t-elle pas cette politique de fixation de tarif par Air France ? La compagnie a dû conserver ses anciennes pratiques du temps ou elle appartenait à l’Etat français.

F.B. : Je suis surpris car je n’ai jamais pensé à cela.

S. : Avant d’être affecté à Ouagadougou comme ambassadeur, vous vous occupiez des affaires africaines au Quai d’Orsay. Excellence quel est votre parcours ?

F.B. : J’ai séjourné surtout dans les pays en développement ou les problématiques de capacité humaine et de potentiel agricole se posent. La Thaïlande fut mon premier poste diplomatique, ensuite le Brésil et le Sénégal. Le trait commun entre ces 3 pays est qu’ils sont tropicaux comme le Burkina Faso. Cela m’a permis de m’intéresser à toutes les cultures tropicales telles que le coton, le copra et le karité. Je cherche à connaître les différentes méthodes de culture qui diffèrent selon les pays.

S. : Avez-vous choisi de venir au Burkina Faso en tant qu’ambassadeur ?

F.B. : Oui, j’étais candidat aussi pour les pays voisins, du Burkina Faso, à savoir le Niger, le Bénin, etc.

S. : Est-ce que c’est facile d’être ambassadeur d’un pays comme la France qui est fortement impliquée en Afrique compte tenu des enjeux et des attentes ?

F.B. : La vraie difficulté est liée au fait qu’on échange avec des interlocuteurs d’excellents niveaux intellectuels qui ont tendance à vous flatter. Mais au Burkina Faso on m’a tenu des propos vrais.

S. : Souvent on reproche aux conseillers "occultes" de ne pas bien orienter la politique française. Le fait d’avoir été un homme de terrain puis bureaucrate ne vous a-t-il pas permis de relativiser les questions africaines ?

FB. : Ma modeste expérience est une bonne illustration. Quand j’ai pris fonction en 1999 au Quai D’Orsay, il y avait des conseillers occultes dont l’approche de l’Afrique me paraissait dépassée.

C’était aussi l’époque de la cohabitation. Cette époque est dépassée, où des individus, des groupes, prétendaient avoir de l’influence alors qu’il n’en était rien. C’était une forme d’escroquerie intellectuelle. Pour ma part, je n’ai jamais rencontré ce qu’on appelle la Françafrique.

S. : Quel a été l’objet de votre visite chez le professeur Joseph Ky Zerbo ? Avez-vous rencontré d’autres hommes politiques du Burkina Faso ?

F.B. : J’ai rencontré tous les grands hommes politiques ou du moins ceux qui constituent une référence dans le paysage politique burkinabè. Je ne peux pas dire que je les fréquente. Mes visites ne visent pas à faire passer des messages, conseiller ou intervenir sur la vie politique du pays. Je m’intéresse à leur point de vue sur les questions d’équilibres régionaux et celles d’actualité et de société.

Je m’étonne qu’au Burkina Faso il n’y ait pas un espace de débats francs sur les grandes questions de société. C’est pourquoi j’ai initié au Centre culturel des débats une fois par mois.

S. : A quoi consacrez-vous vos temps de détente ?

F.B. : Je suis beaucoup sur Internet. Je me réjouis du niveau du débit actuel. Je visite les sites sur l’ésotérisme africain.

S. : Accepteriez-vous alors de vous initier dans une société de masque ?

F.B. : Bien sûr !

S. : Vous arrive-t-il de sortir hors de Ouagadougou pour découvrir le Burkina profond ?

F.B. : Pas assez, je regrette. Je suis retenu à Ouagadougou par le travail. J’ai visité le pays dans son ensemble.

S. : Consultez-vous souvent des charlatans ou marabouts sur Internet ?

F.B. : J’ai rencontré un tapeur de sable gourmatché. Je lui ai demandé de me donner le pronostic des prochaines élections présidentielles en France. Puisqu’il ne connaît pas la politique, je lui ai fait comprendre que deux personnes sont en compétition, un grand et un petit. Il a fait des signes quatre fois sur le sable et à chaque fois c’est le petit qui a été désigné.

S. : Allez-vous conseiller le président Jacques Chirac ou les autres candidats à venir au Burkina pour consulter ?

F.B. : Je plaide dans ce sens mais pour le moment j’apporte mes suggestions au président du Faso sur les voyages qu’il pourrait organiser à titre privé ou professionnel en France cette année. Je cherche à idientifier les régions où il peut rencontrer ses compatriotes ainsi que la coopération décentralisée.

S. : Les ambassadeurs sont nommés le plus souvent pour une période de 3 ans. Nous ne savons pas si cette interview va être le dernier ou pas. Etes-vous tenté de rester ou de partir ?

F.B. : Je souhaite rester. Si je dois partir au bout de 3 ans, j’aurai l’impression de ne pas avoir tout fait ni tout compris.

S. : A votre prédécesseur on reconnaît comme passion le Taïchi. Avez-vous un domaine de prédilection ?

S.F.B. : Rien du tout dans ce domaine-là. Je m’investis un peu dans le handicap. Je me préoccupe plutôt du corps des autres que de mon corps. Mon épouse et moi travaillons également sur les albinos qui ont des problèmes médicaux et sont marginalisés. Cela rejoint mon souci de bien comprendre la société et les courants qui animent les peuples.

Sidwaya

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