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Conflit israélo-palestinien : Le Hamas au pied du mur

Accueil > Actualités > International • • lundi 20 février 2006 à 07h21min

Les Palestiniens et la communauté internationale voulaient une Autorité plus démocratique, ils l’ont depuis le 25 janvier 2006. Seulement, voilà, la tête du vainqueur des législatives ne revient ni à Georges Walker Bush ni à Ehud Olmert, le premier ministre par intérim d’Israël depuis qu’Ariel Sharon est plongé dans un coma dont il n’est pas sûr de réchapper.

Il est vrai qu’aux gesticulations politico-diplomatiques qui n’ont, pour l’instant, donné aucun résultat significatif, le Hamas a toujours préféré la lutte armée et les attentats suicides, pas davantage efficients. Et au nombre de ses dogmes figure en place la non-reconnaissance de l’Etat d’Israël, promis donc par lui à disparition. Il n’en faut évidemment pas plus pour que le Hamas occupe une place de choix, mais pas forcément enviable, sur la liste noire dressée par l’oncle des organisations terroristes et autres "rogue states", combattus, évidement, comme tels.

Et de fait, son leader historique, le Cheikh Ahmed Yassine, puis son successeur, Mahmoud Al Rantissi ont été pulvérisés à quelques mois d’intervalle dans les assassinats ciblés de Tsahal, réponse par le terrorisme d’Etat à un terrorisme, on allait dire informel. Or voilà que par le jeu démocratique, à l’issue d’un scrutin jugé libre, sincère et transparent, les "suppôts du diable", vu de l’Amérique, raflent 74 des 132 sièges du Conseil législatif palestinien (CLP), ce qui tient lieu pour le moment d’Assemblée nationale.

Résultante sans doute de l’enlisement du processus de paix, imputable certes à l’Autorité palestinienne mais aussi, et surtout, à Israël ainsi qu’aux parrains plus ou moins partiaux, et par voie de conséquence, de la détérioration quotidienne des conditions de vie dans les territoires occupés, le Hamas ayant investit les secteurs sociaux délaissés par la force des choses.

Puisque le peuple palestinien a librement choisi un parti intégriste, ou même terroriste, on devrait s’y plier, qui plus est quand on est un successeur, même lointain de Georges Washington. Mais on le sait, les puissants de ce monde, qui savent si bien s’accommoder du despotisme et de la tyrannie, du moment que ça ne va pas contre leurs intérêts (Egypte, Ouganda, Guinée équatoriale, l’Irak jadis, etc.), veulent bien nous pousser vers la démocratie à condition que ce ne soit pas x ou y qui gagne.

Sinon comment comprendre ce tollé général qui a accueilli la victoire du Hamas et le chœur de désapprobations et de menaces qui est monté crescendo, depuis samedi notamment avec la cérémonie inaugurale du CLP, au cours de laquelle le président de l’Autorité palestinienne a officiellement chargé le Hamas de former le futur gouvernement "autonome", qui devrait être dirigé par Ismaïl Haniyeh, jugé modéré et pragmatique ? Tout comme le nouveau président du Parlement, Aziz Doweik, qu’on présente comme une colombe au pays des faucons. Tout est question d’échelle en fait. Modéré ou radical, pragmatique ou irréaliste, quelle que soit la configuration de la nouvelle équipe gouvernementale, cette cohabitation à la Palestinienne s’annonce difficile.

En effet, sitôt le discours de Mahmoud Abass terminé, les premiers responsables du Hamas ont catégoriquement rejeté son appel à la reconnaissance des accords de paix, à la poursuite du dialogue engagé avec Israël et au respect de leur engagement "en faveur des négociations comme un choix stratégique, pragmatique et politique". "Nous avons été élus sur un programme politique différent", a rétorqué celui-là même qui est pressenti pour être le prochain chef du gouvernement. Ça promet, même si Ismaïl Haniyeh atténue son propos en ajoutant que "les divergences dans les positions et le programme politique seront résolues par le dialogue et la coordination (avec Abou Mazen Ndlr) dans l’intérêt du peuple palestinien".

Il faut dire que la position de la nouvelle majorité, qui a mis fin à dix ans d’hégémonie du Fatah, est particulièrement inconfortable : si elle devait décider de la poursuite des pourparlers, ce serait au prix de la reconnaissance de l’Etat hébreu (car on ne négocie pas avec quelqu’un qu’on ne reconnaît pas) et à la renonciation à la résistance armée.

Ce serait alors, ni plus ni moins, un suicide politique qui pourrait entraîner l’érosion de son assise populaire ; d’un autre côté, sauf à vouloir se contenter de l’ersatz d’Etat à peine viable saucissonné entre la Méditerranée et la mer morte et coupé par Israël, on ne voit pas trop comment le Hamas pourrait persister dans cette voie sans issue, dans la mesure où il n’y a pas de solution militaire à ce conflit, en tout cas pas de leur côté.

Qui sait d’ailleurs si dans ce grand écart politique qu’il pourrait être amené à réaliser, il ne sera pas amené à jeter à la poubelle certaines de ses positions dogmatiques. Gouverner, c’est parfois le début de la sagesse et de la pondération, à l’épreuve du terrain et de la réalité, les choses n’apparaissant pas toujours comme on les percevait du dehors.

L’exercice du pouvoir exige, on le sait, bien de sacrifices et de compromis pour ne pas parler de compromission. Tout compte fait, il s’agit pour le mouvement intégriste d’éviter l’espèce de piège électoral qui semble s’être refermé sur lui, en montrant qu’il peut faire mieux que le Fatah dans un environnement forcément plus hostile, la batterie de mesures de représailles israéliennes étant déjà prête.

Au nombre de celles-ci, figurent :
- l’interdiction pour les ouvriers palestiniens de travailler en Israël et de circuler entre la bande de Gaza et la Cisjordanie ;
- le blocage des taxes et droits de douane perçus par Tel Aviv au nom de l’Autorité palestinienne, soit environ 50 millions de dollars par mois ;
- le gel des projets de construction du port en eau profonde de Gaza et de reconstruction de l’aéroport de la même ville, détruit par l’aviation israëlienne au début de la seconde intifada, etc.

On brandit donc l’arme économique pour châtier collectivement les Palestiniens, coupables d’avoir voté démocratiquement une organisation perçue par eux comme un mouvement de libération et non une officine terroriste, l’embryon d’Etat apparaissant désormais aux yeux d’Israël comme une "entité hostile". En vérité, il a de tout temps été perçu comme tel, car hostile ou pas hostile, Israël s’est toujours méthodiquement appliqué à déchirer la feuille de route d’Oslo, d’abord sous Arafat puis avec Mahmoud Abass qui n’est pourtant pas réputé être un enragé.

Autant dire que cette mise en quarantaine, si elle devait s’avérer, serait un nouveau prétexte pour étouffer des Palestiniens (et non leurs dirigeants), oubliant que ce sont ce genre d’actes qui ont conduit le Hamas au pouvoir. Fort heureusement, dans leur malheur, Abou Mazen et ses compatriotes peuvent compter sur la cacophonie du quartet, puisque pendant que Washington et Tel Aviv veulent isoler et asphyxier les nouvelles autorités palestiniennes, Moscou s’apprête à leur dérouler le tapis rouge, question de reprendre pied, si on ose dire, dans le bourbier moyen-oriental.

C’est peut-être une forme de résistance à l’unilatéralisme américain et au parti pris par trop évident de la Maison Blanche, et si ça peut permettre de rééquilibrer les choses et d’avoir une grille de lecture de la nouvelle donne palestinienne, différente de celle que veut imposer Condoleeza Rice, c’est tant mieux.

Observateur Paalga

Vos commentaires

  • Le 20 février 2006 à 10:32, par olodum En réponse à : > Conflit israélo-palestinien : Le Hamas au pied du mur

    En tant qu’africain vous faites une description un peu trop partiale de la realite .
    Vous oubliez de souligner que si le Hamas est arrive au pouvoir c’est parceque
    la maniere de gouverner d’Arafat etait catastrophique .
    Lorsque je dis catastrophique je veux dire que le despotisme et la corruption
    (si presents dans les pays africains) etaient arrives grace a Arafat a un niveau
    scandaleux .
    L’aide des pays europeens finissant toujours dans les poches de politiciens corrompus .
    De la viennent les inegalites criantes au sein de la population de Gaza et des autres villes.
    Cet argent destine au depart a des projets economiques qui sont senses donner du travail
    aux populations locales et qui malheureusement n’aboutit a rien a part l’enrichissement de certaines personnes.
    Ajoute a cela la main mise d’Arafat sur les institutions :il a toujours divise pour mieux regner
    Sur le terrain cela signifie :une multitude de bandes armees rivales ,d’ou la difficulte pour
    Israel d’arriver a des accords .
    Entre un gouvernement de mafieux ou un gouvernement d’islamistes
    le peuple a choisi les islamistes .
    C’est democratique mais c’est triste que la democratie soit utilisee pour cela
    C’est peut etre mieux pour eux mais moins bien pour les accords de paix
    Mais bon ,ce choix est celui de tous les pays arabes a l’heure actuelle .

    Postscriptum
    800 millions d’euros manquent aujourd’hui dans le budget de l’autorite palestinienne
    pour cause de corruption (sur un total d’un milliard d’euro)

    Répondre à ce message

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