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« Des sites du Burkina peuvent être sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO »

Oumarou Nao, directeur du patrimoine culturel

Publié le dimanche 2 novembre 2003 à 13h15min

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M. Oumarou Nao est le directeur du patrimoine culturel du Burkina. Il est également le président du comité de pilotage du programme Africa 2009.

Dans ce entretien, M. Nao fait ressortir l’importance d’un site culturel et les moyens à mettre pour qu’un site soit éligible sur la liste du patrimoine culturel. Il situe également le rôle et la place que joue le programme Africa 2009 dans la promotion des patrimoines nationaux.

M. Oumarou Nao, directeur du patrimoine culturel

L’Hebdomadaire du Burkina (H.B) : M. Le directeur, qu’entendons-nous par patrimoine culturel ?

Oumarou NAO (O.N) : Le patrimoine culturel, c’est l’ensemble des éléments d’héritage culturel, des vestiges de nos ascendants les plus lointains qui traduisent par le patrimoine matériel et immatériel. Il s’agit concrètement de nos sanctuaires, de nos fortifications, des mosquées, des constructions à matériaux divers, c’est-à-dire en banco, pierre, etc, comme les palais. Le patrimoine c’est aussi tout ce que nous avons reçu de nos coutumes, nos chansons, nos rites. Ce sont donc l’expression de nos valeurs culturelles intangibles.

H.B : Pourquoi avoir initié un programme comme Africa 2009 ?

O.N : Le programme Africa 2009 est une initiative de nos partenaires internationaux notamment l’UNESCO, CRA Terre, EAG, ICCROM et certaines coopérations française, italienne, suédoise, finlandaise. En fait, après la réunion de stratégie globale qui a eu pour objectif de réfléchir sur l’amélioration de la représentativité africaine sur la liste du patrimoine mondial, il a été convenu qu’une étude élargie soit menée et confiée au groupe CRATerre, EAG afin d’étudier les voies et moyens par lesquels, les sites africains pourraient être beaucoup présents. N’oublions pas que nous avons moins de cent sites sur la liste du patrimoine culturel mondial. A l’heure où nous parlons, nous avons 96 sites africains sur les 754 que compte la liste du patrimoine mondial. Cette étude a été très riche.

En 1996 à Abidjan (RCI) il a été décidé de mettre en place une sorte d’organisation qui va aider les directions nationales de patrimoine culturel à mieux préserver ce patrimoine-là et à le valoriser en rapport avec la communauté internationale dont l’UNESCO et autres formes d’organisations qui travaillent à la conservation du patrimoine culturel. C’est ainsi qu’en 1998, il a été mis en place à Abidjan le programme Africa 2009 avec l’UNESCO, l’ICCROM et le CRATerre-EAG. Sur une durée de dix ans, ce programme se donne pour objectif non seulement de travailler à doter le continent africain de professionnels en matière de gestion des sites culturels immobiliers mais ainsi leur documentation et le soutien à la formulation des dossiers des demandes d’inscriptions des sites africains sur la liste du patrimoine mondial. Et, c’est en 1999 que le Burkina a pu intégrer ce programme.

H.B : Quel est à mi-parcours le bilan des actions déjà menées et quelles sont les actions prévues sur le reste du temps ?

O.N : Nous sommes en 2003, effectivement à mi-parcours, le programme Africa 2009 a pu sauver un grand nombre de sites du continent africain au Sud du Sahara. Qu’il s’agisse des sites au Kenya, en Ouganda, au Mali et un peu partout dans l’Afrique francophone, anglophone, lusophone, etc, du travail a été fait. Car chacun des pays au Sud du Sahara est doté de professionnels formés spécialement à la gestion des sites culturels immobiliers. Ce qui n’existait pas de par le passé.

Ces professionnels travaillent aujourd’hui de concert avec Africa 2009 pour mieux gérer ces patrimoines et assurer leur promotion en rapport avec la communauté internationale dont l’UNESCO. Du travail certes a été fait, mais il reste beaucoup à faire.

H.B : Quel peut être l’intérêt d’un tel programme pour le Burkina ?

O.N : Le Burkina Faso a beaucoup d’intérêt avec ce programme Africa 2009. Il y a dotation périodique (tous les deux (2) ans) de professionnels aptes à s’affronter aux problèmes posés au patrimoine culturel immobilier. Par exemple dans le cadre d’un palais à restaurer, comment le faire, comment lui redonner vie ? C’est par des approches techniques que l’on peut assurer ce travail. Il faut une formation de restauration pour pouvoir reconstituer cette mémoire qui était en voie de disparition. Le Burkina a gagné dans ce programme car il a des professionnels en la matière qui ont rang d’experts pour ce travail.

Deuxièmement, il y a des séminaires spécifiques, thématiques qui donnent l’opportunité à des professionnels africains de discuter sur des problèmes concrets auxquels sont confrontés les patrimoines culturels immobiliers. Par exemple, l’inventaire que chaque pays doit faire de tous ses sites. Il se trouve que les moyens, les techniciens, le format d’inventaire le mieux adapté aux normes internationales faisaient défaut. Et ce travail a été fait à Bafoussam (Cameroun) en juin-juillet 2003. Un Burkinabè a pu donc y prendre part et peut diriger un tel travail au niveau du pays, ce dont le pays ne disposait pas.

Nous avons accueilli récemment à Ouagadougou un séminaire sur les cadres législatifs de conservation de patrimoine. A ce niveau, c’était un vide juridique qui existait. Le Burkina l’a abrité et beaucoup de professionnels burkinabè ont pu participer à ce séminaire. Ce sont autant d’experts que nous avons pu former qui pourront aider à construire des textes législatifs en rapport avec les juristes du pays. Ce qui va permettre de mieux sauvegarder, de mieux promouvoir le patrimoine culturel immobilier. Ce programme soutient financièrement et matériellement les directions nationales de patrimoine culturel qui en font la demande dans le cadre d’une meilleure conservation des sites culturels immobiliers. On ne peut que souhaiter longue vie à ce programme qui apporte beaucoup au Burkina dans un contexte où la culture n’est pas toujours prioritaire dans le budget national.

H.B : A-t-on au Burkina des sites éligibles au titre du patrimoine culturel mondial de l’UNESCO ?

O.N : Je profite pour dire que, quand nous les techniciens disons qu’il y a des sites éligibles sur la liste du patrimoine mondial culturel, cela ne signifie pas que des sites burkinabè sont inscrits sur cette liste.

Il y a des sites éligibles. Les sites comme, les constructions en pierres de Lorépéni sont éligibles sur la liste du patrimoine mondial, il en est de même du vieux quartier Dioulassoba à Bobo-Dioulasso comprenant la mosquée du vendredi, le site des gravures rupestres de Pobe Mengao. Vous voyez que des sites du Burkina peuvent être sur la liste du patrimoine mondial, si nous nous conformons aux critères indiqués. Si nous faisons la demande ; il y a aussi qu’il faut satisfaire aux exigences de la réglementation notamment la " Convention du patrimoine mondial" de 1972. Se conformer à cela, signifie remplir un certain nombre de conditions.

H.B : Quelles sont alors ces conditions ?

O.N : Il y a trois grands critères, auxquels il faut satisfaire. Tout d’abord, il s’agit de préciser la question de la propriété juridique du site ; ensuite il est question de donner la preuve de l’importance du site au niveau national car n’oublions pas que nous avons pour ambition de faire de ce site, une valeur universelle. Il est nécessaire donc, déjà qu’au niveau national et régional que ce site contribue à l’histoire en quelque manière que ce soit. Dans le même cadre, il incombe de démontrer ses relations avec l’évolution du cadre historique environnement, son association à des faits et événements importants du pays et de la sous-région. Il faut pouvoir démontrer tout ça et apporter les preuves que ce site peut donner des dates à des jalons historiques. Ce qui demande des enquêtes très poussées, des fouilles archéologiques car n’oublions pas que le grand mal de l’Afrique est de ne pas faire beaucoup de fouilles archéologiques pour apporter le plus de preuves de l’historicité du continent lui-même.

Enfin le troisième critère est de faire la preuve de l’authenticité du site. Et cela n’est pas une mince affaire.

H.B : Quels moyens faut-il pour cela ?

O.N : Il y a une différence entre le montage du dossier et l’ensemble des moyens à développer pour se conformer aux critères de l’UNESCO. Le montage du dossier demande que l’on puisse monter un dossier bien présenté dans la forme. Ce qui requiert la participation des experts qui rédigent l’ensemble des données demandées par l’UNESCO et de le présenter dans un document.

La forme et le fonds comptent de beaucoup, cela ne demande pas beaucoup de moyens, c’est le moins d’ailleurs.

Maintenant sur l’ensemble des travaux qui doivent permettre de collecter toutes les informations demandées par la Convention de 1972, cela ne nécessite pas moins d’une quinzaine de millions.

H.B : Quelle partition doit jouer la population dans la conservation du patrimoine culturel ?

O.N : Aujourd’hui il est clair qu’on ne peut pas parler de sites historiques, on ne peut pas travailler sur des sites historiques sans naturellement intégrer les communautés qui vivent autour de ces sites. Ces communautés riveraines des sites en sont, je dirai les premiers gardiens. Ils peuvent aider à protéger les sites ; elles sont également des ressources pour la mémoire de ces sites. De ce point de vue nous sommes tenus de travailler avec les communautés et de faire en sorte qu’elles soient bénéficiaires des retombées que ces sites peuvent générer. Elles sont donc incontournables

H.B : Qui sont les autres intervenants dans le processus de conservation de ces patrimoines culturels ?

O.N : Eh bien, il y a la direction du patrimoine culturel, la commission nationale des biens culturels appelée commission nationale des sites et monuments, l’ensemble de la classe des chercheurs en histoire, en archéologie, en anthropologie, en sociologie, en histoire économique, en histoire des cultures. C’est un ensemble de partenaires dont les différentes contributions permettent une meilleure conservation, une meilleure mémorisation de nos sites culturels.

H.B : Doter les patrimoines culturels d’un cadre juridique apte à mieux contribuer à la gestion et à la conservation de ce patrimoine culturel immobilier, tel est l’objet de votre atelier. Comment mettre à profit les résultats des travaux de cet atelier pour le cas du Burkina Faso ?

O.N : L’intérêt de ces résultats pour le Burkina est évident, à savoir que les participants à ce séminaire-là ont inlassablement travaillé à produire une trame, c’est-à-dire une sorte de squelette a été dessiné, une sorte de cadre a été défini que les différents participants doivent suivre tout en se conformant à leur réalité locale pour rédiger des textes applicables. Ces textes doivent permettre de mieux assurer la protection du patrimoine culturel en tenant compte des réalités actuelles de notre monde.

Entretien réalisé par
Abou OUATTARA
L’Hebdo du 31/10/03

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