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Patrimoine culturel africain : des lois contre l’érosion et le pillage

Publié le dimanche 2 novembre 2003 à 13h11min

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L’Afrique, berceau de l’humanité, terre de vieilles cultures, qui pourtant, peine encore à inscrire en lettres d’or son nom dans les livres des grandes civilisations du monde. Les civilisations modernes l’étouffent et la conduisent à une érosion endémique de son patrimoine culturel.

C’est pourquoi un séminaire a rassemblé historiens, archéologues et professionnels du domaine à Ouagadougou du 13 au 17 octobre 2003 pour donner un meilleur cadre juridique à la conservation du patrimoine culturel immobilier. Gros plan sur un pari difficile pour les amoureux de la Culture africaine.

La rencontre de Ouagadougou a été précédée par celle de Porto-Novo (Bénin) tenue du 18 au 22 novembre 2002. L’ensemble des 14 directeurs nationaux du patrimoine culturel, présents à ce séminaire avaient souhaité voir le programme Africa 2009 renforcer ses activités autour des thèmes suivants : cadre juridique et institutionnel ; sensibilisation, promotion, inventaire et documentation, formation et échanges ; renforcement des projets situés enfin recherche sur l’architecture traditionnelle.

Vestiges d’un site historique menacé par le temps au Caméroun

La rencontre de Ouagadougou, qui a eu pour thème le cadre juridique du patrimoine culturel immobilier en Afrique au Sud du Sahara, a voulu renforcer et dynamiser les politiques de promotion du patrimoine culturel immobilier dans les pays de la région.

Cadre législatif : pour bien gérer le patrimoine

On ne peut prétendre trouver les mots qui minent notre patrimoine culturel sans un cadre législatif adapté qui définit plus efficacement les règles entre les structures étatiques et les communautés détentrices des patrimoines nationaux. Il faut donc identifier les faiblesses de nos cadres juridiques pour la gestion de nos riches patrimoines culturels, en vue de les surmonter. Il nous revient de préserver l’héritage qui nous est transmis pour les générations à venir. Et là, il n’y a qu’une seule alternative.

Ou nous réussissons et nous récolterons la fierté d’un travail bien fait, ou nous assisterons les bras croisés à la destruction et à la disparition des lieux de mémoire, nous constituant du même coup en fils indignes de nos ascendants. Ce défi vaut la peine d’être relevé tant nous sommes tous coupables à des degrés divers de l’inconfort dans lequel se trouvent nos différents patrimoines culturels. Si nous voulons compter dans le monde du 21e siècle et des temps à venir, nous devons jouer notre partition avec la claire conscience qu’il n’y a jamais que soi-même pour faire son propre bonheur. Si nous sommes convaincus de cette idée et si nous avons foi que l’autre nom du développement s’appelle culture, avec le patrimoine culturel pour socle, nous devons trouver les moyens de la sauvegarde de nos différentes identités culturelles.

Nos sites et monuments, les lieux de mémoire de notre glorieux et fier passé, de l’ingéniosité de nos ancêtres pour vivre en harmonie avec leur environnement, doivent survivre coûte que coûte.

Une véritable analyse sans complaisance des textes juridiques existants et un état des lieux permettront d’identifier les failles et d’envisager des solutions pratiques permettant la mise en œuvre d’actions concrètes. Ce séminaire, 4e du genre, organisé par le programme Africa 2009 a été une occasion donnée aux professionnels de bien saisir la pertinence, de savoir s’intégrer aux processus de réflexion et de débats et de mener avec perspicacité une offensive susceptible d’amener les acteurs du développement à opter, en toute connaissance de cause pour la conservation du patrimoine culturel immobilier dans une perspective de développement.

Au sortir de ce séminaire, il est évident que les participants trouveront les solutions aux maux qui minent la conservation de notre patrimoine culturel et proposeront des textes juridiques quantifiables pour nous permettre de préserver ce qui reste de nos richesses du patrimoine culturel, immobilier.

L’enjeu pour l’avenir de nos traditions

Le continent africain, de par sa diversité culturelle regorge d’une multitude de vestiges qui constituent son patrimoine culturel. A cause d’une non-prise de conscience sur la nécessité de préserver les valeurs réelles de leur patrimoine culturel immobilier, les peuples africains, petit à petit perdent ce qui caractérise leur identité. Faut-il alors assister passivement à la disparition de ce patrimoine si riche de l’Afrique ?

A l’heure de la mondialisation, la sauvegarde de la diversité culturelle devient un enjeu très important pour l’Afrique. Ce n’est un secret pour personne que l’Afrique possède un patrimoine immobilier varié et exceptionnel.

Il comprend des sites archéologiques de toutes les époques, des monuments très divers ; fortifications, palais, mosquées, églises, temples traditionnels, ainsi que des bâtisses d’une extraordinaire variété ; autant de signes de la créativité des peuples d’Afrique, de leur capacité d’adaptation à leur environnement, mais aussi de témoignages de leur histoire parfois mouvementée.

Pourtant, ce patrimoine reste mal connu, insuffisamment reconnu, et dans bien des cas, en péril. Si cette réalité ne réjouit guère, c’est qu’il faut reconnaître que le contact avec l’Occident, s’il a apporté les bienfaits de la civilisation moderne, a entraîné, du même coup, des mutations et des comportements nouveaux dont les effets les plus pervers se ressentent le plus durement dans le domaine culturel. En plus des nombreux prédateurs qui s’acharnent à le dénaturer, à le piller et à le détruire, il faut ajouter le problème de l’inadaptation des textes juridiques censés le protéger, vétustes et dans la plupart des cas inspirés des lois des anciennes colonies. En faisant un bilan global sur les 754 sites reconnus mondialement par l’UNESCO sur la liste du patrimoine mondial culturel, 96 seulement sont africains. L’avenir de nos traditions dépend donc de notre capacité à identifier et à renforcer les substances endogènes, et qui nécessitera un engagement déterminé. Il est temps, si nous voulons sortir notre patrimoine culturel du bourbier dans lequel il se trouve, d’avoir un esprit créatif pour proposer des mesures efficaces et adaptées à nos réalités.

La collaboration avec les populations détentrices de ces traditions, ainsi qu’avec les autres acteurs de développement de la société est également incontournable de nos jours.

Que retenir du Burkina ?

La diversité culturelle du Burkina liée aux multitudes d’ethnies a été favorable à la création des objets, des lieux, des maisons (palais et mosquées) culturels. La nature, elle aussi a doté le pays de sites culturels. Il s’agit des lacs, des mares aux caïmans, des monts et bien d’autres objets culturels. Cet héritage culturel fait de plus en plus de visites touristiques.

La restructuration du secteur de la culture par le ministère de tutelle a permis de créer certains sites touristiques en restaurant la valeur culturelle de ces vestiges.

Ainsi, on trouve actuellement des sites comme le village de Koro perché sur une colline à Bobo, le vieux quartier de Dioulassoba avec sa mosquée de vendredi à Bobo, la mosquée de Téoulé à Ndorola dans le Kénédougou, le ranch de Nazinga, le palais royal de Kokologho, les statuettes des rois Gans d’Obiré à Lorépéni, le Lac de Tengrela, les dômes de Fabédougou, le musée de Manega, le site de Laongo etc. Tous ces sites touristiques ont été aménagés par le ministère de la Culture et les populations elles-mêmes. Cependant il ne faut pas perdre de vue que jusqu’à nos jours aucun de ces sites n’est inscrit sur la liste du patrimoine culturel de l’UNESCO. Cela s’explique par le manque de moyens car la démarche archéologique demande des moyens énormes pour non seulement la fouille mais aussi dans l’analyse de laboratoire. Or un objet culturel qui n’est pas daté ne peut en aucun cas être universel. C’est l’une des raisons qui explique de façon générale le peu de sites africains inscrits sur la liste du patrimoine culturel de l’UNESCO.

Une mosquée à l’architecture soudano-sahélienne

C’est donc un double combat que les spécialistes de la culture doivent faire. En effet au Burkina certes qu’il y a une visibilité de la culture burkinabè, cependant il ne faut pas perdre de vue que la culture occupe l’arrière-plan dans le budget national. C’est dire qu’il y a du travail à faire pour accroître la part du budget national alloué à ce secteur.

De plus, il y a la valorisation et le renforcement des capacités des archéologues et autres personnes ressources impliquées dans l’érection d’un site touristique en patrimoine culturel de l’UNESCO.

L’espoir n’est pas encore perdu surtout qu’avec Africa 2009, des efforts sont faits dans ce sens. C’est d’ailleurs ce qui a permis de positionner le palais royal de Kokologho qui, du reste, est sur la liste indicative du patrimoine culturel mondial.

Quelle partition des populations ?

En plus de la propriété des sites, il y a des privés qui sont aussi propriétaires de musée. C’est le cas de Me Passéré Titenga qui a créé le musée de Manega et qui bénéficie de l’apport de l’Etat pour l’entretien de son site.

Dans le cadre de la gestion et de la conservation de ces sites culturels, le rôle et la place de la population riveraine est capitale. D’abord, elle doit faire sien ce patrimoine car il va générer des revenus qui permettront non seulement d’entretenir le patrimoine mais également ces revenus lui permettront de se doter de services sociaux de base tels les centres de formation sanitaires et les centres culturels. Elle participe également à l’authenticité du patrimoine car sans elle certaines données historiques sont difficiles à trouver.

Le Président du comité de pilotage d’Africa 2009, M. Oumarou Nao
en compagnie du Sécrétaire Général du ministère de la culture,
M. Joseph Kahoun (micro).

Le patrimoine culturel est également un moyen, si on le gère bien, pour la population de non seulement faire de son environnement une attraction touristique mais également, il permet à la population de bénéficier des revenus de ce patrimoine. Ce qui est aussi une façon de réduire la pauvreté dans ces zones à sites.

Salam COMPAORE
Abou OUATTARA


Les nouveaux sites culturels africains inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO

Lors de la 27 e session de l’UNESCO tenue du 30 juin au 5 juillet 2003, le comité du patrimoine mondial a examiné plusieurs demandes d’inscription. Au terme de ses travaux le comité a retenu 24 nouveaux sites pour inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Sur les 24 sites retenues, 4 sont africains dont :

p Le paysage culturel de Mapungubwe en Afrique du Sud : adossé à la frontière nord de l’Afrique du Sud avec le Zimbabwé et le Bostwana, ce site est un vaste paysage de savane situé au confluent du Limpopo et de la Shashe. Mapungubwe est devenu le plus grand royaume du sous-continent avant son déclin au XIVe siècle. Ce qui survit, ce sont les vestiges quasiment intacts des emplacements des palais de même que toute la zone de peuplement qui en dépendait. L’ensemble offre un panorama inégalé du développement de structures sociales et politiques sur quelque 400 ans ;

L’île James et sites associés de Gambie témoignent des principales époques et facettes de la rencontre entre l’Afrique et l’Europe le long du fleuve Gambie. Un continuum qui s’étend de la période pré-coloniale et pré-esclavagiste à l’indépendance. Ce site est d’une importante particulière pour son association avec les débuts et l’abolition du commerce des esclaves, mais aussi en tant que témoignage de l’utilisation de cette partie de l’Afrique comme première voie d’accès aux terres intérieures du continent.

Le Gebel Barkal et les sites de la région nabatéenne du Soudan. Ce sont plusieurs sites archéologiques couvrant une région de plus de 60 km de long dans la vallée du Nil. Tous ces sites sont de culture napatéenne et méroïtique de 270 avant J-C à 350 après J-C. Les sites comprennent des tombeaux avec ou sans pyramide, des temples, des bâtiments d’habitation et des palais.

Les monts Matobo du Zimbabwé : Ce site montre une progression de formes rocheuses s’élevant au-dessus du bouclier de granit qui couvre la plus grande partie du Zimbabwé. Ces grands blocs de roche offrent des abris naturels en abondance et sont associés à l’occupation humaine depuis le début de l’âge de la pierre jusqu’au début des temps historiques, puis de façon intermittente. Ils abritent une collection de peintures rupestres exceptionnelles. Les monts Matobo exercent une forte attraction sur la communauté locale qui utilise toujours les lieux sacrés et les sanctuaires en étroite liaison avec les activités traditionnelles, sociales et économiques.

Abou Ouattara
Source Africa chronique
L’Hebdo du 31/10/03

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