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Boucle du Mouhoun : Près de 4 000 nouveaux déplacés internes sont arrivés à Dédougou

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Attaques terroristes • Lefaso.net • vendredi 5 août 2022 à 18h38min
Boucle du Mouhoun : Près de 4 000 nouveaux déplacés internes sont arrivés à Dédougou

Les incursions répétées des groupes armés dans la région de la Boucle du Mouhoun, ces derniers temps, ont provoqué une ruée de Personnes déplacées internes (PDI) vers la ville de Dédougou. Selon les données de la Direction provinciale en charge de l’action humanitaire du Mouhoun, le nombre de PDI dans la cité du Bankuy est passé de 5 054 à 8 832 à la date du 15 juillet 2022. Le choc et l’incertitude du lendemain résument le quotidien de ces personnes que nous avons rencontrées.

C’est un euphémisme que de dire que la situation sécuritaire se durcit au Burkina Faso et spécifiquement dans la région de la Boucle du Mouhoun. En effet, environ 4 000 Personnes déplacées internes (PDI), selon les statistiques de la Direction provinciale en charge de l’action humanitaire du Mouhoun, ont trouvé refuge à Dédougou entre le 3 et le 15 juillet 2022. Ces populations viennent de plusieurs localités de la région, à savoir Bourasso dans la province de la Kossi, et Sâ, Souma et Douroula dans la province du Mouhoun.

Une opération d’enregistrement de PDI à la Direction provinciale en charge de l’action humanitaire du Mouhoun.

Fuyant les exactions des groupes armés pour sauver ce qu’ils ont de plus cher, la vie, ces Burkinabè, sous l’effet de la surprise et de la panique, ont, disent-ils, abandonné la quasi-totalité de leurs biens derrière eux. C’est donc dire que ce sont les mains vides que ces hommes, femmes, vieillards et enfants ont rallié la ville de Dédougou.
En l’absence de site d’accueil temporaire pour les abriter, les PDI nouvellement enregistrées, à l’instar des anciennes, sont dans leur écrasante majorité logées dans des familles d’accueil.

D’autres ont opté de louer une maison. Toutefois, 478 personnes sont hébergées dans les salles de classe d’un établissement d’enseignement de la place. « Au niveau de la région de la Boucle du Mouhoun, nous privilégions les familles d’accueil. Mais cette fois-ci, le flux était tellement important qu’une partie de ces personnes déplacées n’ont pas pu trouver des familles pour les accueillir. Ces quelques-unes ont été hébergées sur un site temporaire », a laissé entendre la directrice provinciale en charge de l’action humanitaire du Mouhoun, Odette Meda.

Odette Méda, directrice provinciale en charge de l’action humanitaire du Mouhoun, rassure que, sur le plan alimentaire, des dispositions sont prises pour porter secours aux déplacés.

Traumatisme et incertitude du lendemain

Toujours sous le choc des événements qui se sont produits à Douroula le 5 juillet 2022, Blandine Kondé (nom d’emprunt) s’est, dans un premier temps, refusée à tout témoignage. « J’ai peur. J’ai vraiment peur de parler de ce que j’ai vu ce jour-là », a-t-elle marmonné. Assurance lui a été donnée que des dispositions sont prises au sujet de la discrétion de son identité. Elle accepte ainsi de délier sa langue.

Avec une voix légèrement nouée et presque tremblotante, elle raconte : « J’étais au service dans le cadre de mon stage ce jour-là. Entre temps, j’ai entendu du bruit, mais je n’ai pas pensé à une attaque d’hommes armés. Personne ne les a vus venir (ndlr : les hommes armés). D’un coup, tout le village était occupé. On ne savait pas où aller. Ils sont allés vider le carburant à la station-service et piller les boutiques. Tout ce qu’ils ne veulent pas ou ne peuvent pas emporter, ils brûlent. Ils sont entrés dans les concessions brûler les hangars et les greniers. Je courais sans savoir où je partais, mais je n’avais pas l’idée de me mettre à l’abri dans la maison de quelqu’un. Entre temps, les balles descendaient de partout et j’ai vu une vieille femme qui fermait la porte de sa cour. Je lui ai demandé de me laisser entrer. C’était comme si j’avais perdu conscience. »

Et ce n’est pas tout. Blandine Kondé, à défaut d’être suivie psychologiquement après ce traumatisme, dit trainer toujours des séquelles. « Jusqu’à présent, si un bruit se produit autour de moi, je suis paniquée. La nuit, je fais des cauchemars. Mon sommeil est entrecoupé par des sursauts brusques », s’est-elle exprimée.

Quelques affaires pêle-mêle de PDI entassées dans une salle de classe servant d’abri temporaire.

A l’instar de cette femme, Denis Dembélé se remémore, dans la douleur, l’attaque menée par des hommes armés contre la commune rurale de Bourasso. Pour cause, cette menée terroriste perpétrée dans la nuit du 3 au 4 juillet 2022 a, selon lui, provoqué la mort de ses cinq petits-frères. « Ils ont été tués devant notre concession. Les corps baignaient dans le sang. Les hommes armés nous ont interdit de nous approcher des corps, encore moins leur trouver des sépultures », explique-t-il.

Lui, sa famille et bien d’autres personnes ont trouvé refuge à Dédougou après l’attaque qui a fait officiellement 22 morts.
« Je n’arrive pas à surmonter le fait que j’ai abandonné les corps de mes frères derrière moi sans pouvoir leur trouver un lieu de repos. Je suis choqué par ce fait que je ne peux pas digérer », se morfond M. Dembélé. [ Cliquez ici pour lire l’intégralité ]

Yacouba SAMA

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