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Libéralisation des échanges commerciaux : Echec programmé à Hong-Kong

Accueil > Actualités > International • • mercredi 14 décembre 2005 à 08h38min

Le français Pascal Lamy, DG de l’OMC

Cette fois-ci, aucune partie n’a droit à l’erreur, pas même les puissances occidentales, adeptes des subventions sauvages à leurs agriculteurs, encore moins les Africains, qui n’ont pas encore fini de croupir dans la misère. C’est dans ce cas de figure que s’annoncent les négociations à la conférence interministérielle de l’OMC à Hong-Kong du 13 au 18 décembre. Les débats promettent d’être houleux même si les dés semblent pipés à l’avance.

Les 149 pays membres de l’Organisation mondiale du commerce doivent coûte que coûte parvenir à un accord significatif sur la libéralisation des échanges commerciaux. Mais tout le monde sait que le menu qui est d’actualité et qui s’impose à ce rendez-vous hongkongais a pour plat de résistance : les subventions agricoles des pays du Nord.

Les dés semblent déjà pipés puisque d’une part, le négociateur européen au commerce, Peter Mandelson, a martelé qu’il ne proposerait pas une nouvelle offre sur l’agriculture, et que c’est aux autres de lâcher du lest.

Ensuite et curieusement, les Français, colonisateurs dans l’âme qui ne cessent de se montrer défenseurs de notre chère Afrique, ont décidé de lâcher leurs colonies en prônant la fermeté : pas de nouvelles concessions tarifaires pour ne pas déstabiliser la politique agricole commune européenne ; et s’il y a baisse des tarifs douaniers, l’UE aura pour concurrents directs les pays émergents dont le Brésil, l’Inde et la Chine.

D’autre part, il y a la force de frappe américaine, la toute-puissante machine mondiale pilotée de main de maître par Bush himself prête à faire des largesses au niveau des barrières tarifaires, pourvu qu’on ne lui parle pas de subventions (les lobbys agricoles risquent de se réveiller). On se rend compte qu’il y a déjà deux positions presqu’irréconciliables.

Dans ce duel de géants, que peuvent espérer François Traoré, cotonculteur devant l’Eternel et son groupe de « petits paysans » ? Rien.

Sinon qu’à travers eux, les petits pays se trouvent dans un cercle où ils doivent choisir entre la peste et choléras. Cela fait que d’entrée de jeu, les ambitions de la réunion de Hong-Kong sont inexistantes si ce n’est simplement que pour maintenir le cycle des négociations de Doha. Dans ce cas, on ne fait que du sur place ou du moins, on n’a même pas traversé la case départ.

Pendant qu’on y est, si nos pays pauvres avaient les moyens de financer leurs cotonculteurs, hésiteraient-ils un seul instant à le faire ? Assurément non. C’est comme si on disait à un père de famille socialement aisé de ne pas acheter trop de manuels scolaires à son fils, car il y aura un déséquilibre lors de l’examen de passage entre son rejeton et le fils du pauvre.

A la seule différence que là, les puissances industrielles ont commis le tort de signer les accords de l’OMC. C’est là leur erreur. Et les voilà contrainte de négocier avec des pays qui ne « boxent pas dans la même catégorie qu’elles ».

Si les négociations venaient à échouer, et c’est fort probable qu’il en soit ainsi, ce serait la porte ouverte à tous les pactes avec le diable. Ce qui ne serait pas à l’avantage des petits pays. Et cela a même déjà commencé avec des rencontres de concertation entre les Etats-Unis et les pays coauteurs de l’initiative sectorielle en faveur du coton.

Face à une telle controverse, le sort d’un pays comme le Burkina ne s’améliorera point, un pays qui passe pour être le premier producteur de coton en Afrique, mais qui a mis la clé de son usine textile sous les paillassons depuis belle lurette. Or c’est par là qu’il faut commencer pour valoriser sa production. Il est inadmissible qu’en tant que meilleur cotonculteur africain, toute sa récolte soit destinée à l’étranger et qu’en retour, on soit obligé de payer au prix fort les produits du textile.

Si les négociations échouent donc, ce sera à chaque pays de prendre en main sa destinée agricole. Un adage le dit d’ailleurs très bien : « La lutte est commune, mais le destin est individuel ».

Kader Traoré

LObservateur

Vos commentaires

  • Le 15 décembre 2005 à 14:17, par Madiba En réponse à : > Libéralisation des échanges commerciaux : Echec programmé à Hong-Kong

    Voila ce qui est bien dit. L’échec est bien visible tout comme les négociations sur le protocole de Kyoto car ces deux problèmes sont très liés.

    Partout dans le monde on ne parle que de la libéralisation des échanges commerciaux. Ce qu’il faut reconnaître est qu’elle n’arrange que les pays développés. D’une part, les pays développés ayant déjà conquis leur marché, veulent libéraliser les échanges afin d’envahir les marchés des pays en voie de développement. D’autre part, ils veulent protéger leurs marchés contre l’envahissement des pays émergents. Aujourd’hui, ils sont confrontés à un autre problème : les pays émergents ayant déjà presque conquis leurs marchés nationaux, cherchent à conquérir d’autres marchés surtout ceux des pays développés. Par conséquent c’est une guerre de longue haleine qui vient d’être engagée.

    Si nous apportons un regard sur le passé c’est-à-dire au moment de la révolution industrielle, les pays développés comme l’Allemagne, les USA, l’Angleterre, ont fermé pendant longtemps leurs marchés et les ont ouverts que lorsqu’ils étaient convaincus de la force de frappe de leurs entreprises. La France quant à elle a subventionné ces entreprises pour concurrencer les entreprises Allemandes, Anglaises et Américaines. Les subventions ont diminué à partir du moment où les entreprises étaient à même de concurrencer les entreprises étrangères. Par contre, en Afrique, sous la pression de certaines institutions internationales, on assiste à des privatisations sauvages et sans justification et on refuse que l’Etat apporte un quelconque soutien à ses entreprises.

    Les pays développés ne voient les libres échanges que d’un œil. Ils ne pensent qu’à prendre chez les autres ce qu’ils n’ont pas mais jamais partager leur marché. Ils nous achètent que des produits bruts tel que le cacao, le café, les noix de karité, le diamant, l’or, etc. qu’ils nous revendront très chers une fois transformés. Par contre, si nous réalisons la transformation nous même, ils refusent d’acheter nos produits. Cela fausse déjà la base des libres échanges.

    Dans cette configuration, on constate que chacun cherche à protéger ses intérêts personnels avant de penser à celui des autres. Cette attitude n’arrange pas les pays pauvres comme le Burkina Faso qui ne disposent pas d’infrastructures conséquentes pour transformer leurs matières premières et satisfaire leur marché. De ce fait les pays pauvres doivent pencher sur leur politique nationale avant d’attendre une quelconque solution venant des pays riches. Sinon comment comprendre que le Burkina Faso, un des grands producteurs du coton en Afrique et par conséquent dans le monde ferme son usine Faso Fani et se voit obligé de vendre toute sa production à l’extérieur. C’est la question qui revient chaque fois lorsqu’on parle de la subvention des producteurs du coton. De même comment comprendre que le riz importé est moins cher que le riz local. On massacre nos producteurs au profit d’autres producteurs. A défaut de subventionner nos producteurs, aidons les à mieux écouler et à mieux produire. C’est ce qui se passe en Europe. Q’on le veuille ou pas, les pays développés constituent les plus grands consommateurs des produits comme le coton, croyez vous qu’ils vont laisser leurs produits pour consommer les mêmes produits venant de l’extérieur. Vous rêvez.

    Je propose que si les pays africains ne peuvent pas transformer toute leur production, qu’ils se créent des alliances. Par exemple, le Mali, le Sénégal, le Burkina Faso et la Cote D’Ivoire qui constituent un grand marché textile peuvent réaliser des échanges complémentaires en ce qui concerne la production des intrants agricoles, la production du coton, sa transformation et sa vente.

    Pour terminer, je dirai que la politique globale imposée par un certain lobbying et certaines institutions internationales et qui gouverne les échanges internationaux n’est pas adaptée et est suicidaire pour nos pays pauvres. Alors il nous faut un changement profond qui ne peut se faire qu’à travers l’adoption des nouvelles politiques économiques où les pays pauvres auront leur mot à placer.

    Les économistes pourront en dire plus.

    Peace and love.

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