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Boucle du Mouhoun : L’insécurité et la cherté des intrants pèsent sur le début de la campagne agricole

Accueil > Actualités > Société • LEFASO.NET • lundi 4 juillet 2022 à 22h40min
Boucle du Mouhoun : L’insécurité et la cherté des intrants pèsent sur le début de la campagne agricole

La saison agricole 2022 s’installe progressivement dans la région de la Boucle du Mouhoun. Depuis maintenant quelques semaines, une bonne partie des paysans sont dans les champs. Entre défrichage, labour, ensemencement et pompage, ils s’occupent à diverses activités champêtres. Toutefois, insécurité oblige, des cultivateurs ont dû abandonner leurs champs dans certains endroits de la région. Par ailleurs la flambée des prix des intrants agricoles s’invite également, augmentant ainsi les peines des braves paysans.

Mardi 28 juin 2022 aux environs de 9h, nous voilà à Kamandena, une localité située à environ 15 km de Dédougou, sur l’axe menant à Bobo-Dioulasso. Le village est quasiment désert et calme. Les villageois seraient déjà allés aux champs. Les quelques habitants qui y sont restés s’emploient dans les champs avoisinant les concessions. Parmi ceux-ci, il y a Daniel Sangla.

Coiffé d’un chapeau de paille pour se protéger du soleil qui commence à monter, Daniel Sangla cultive du maïs essentiellement et est propriétaire de plus de six hectares de champ.

Daniel Sangla, cultivateur à Kamandena

Un début de saison rassurant malgré sa disparité

Ses semis sont à l’étape de la poussée. Le début de la saison agricole 2022 donne de l’espoir à ce villageois. « La succession des pluies est bonne. La poussée normale des semis dans mon champ est la preuve. Dans tous les cas le début de la saison agricole nous rassure pour le moment. Nous souhaitons qu’elle continue dans cette dynamique jusqu’à la fin », fait remarquer le quinquagénaire avant d’insinuer un tout petit léger retard à son niveau dans ce début d’hivernage, comparativement à la saison précédente. En effet, il explique qu’en 2021, il a commencé à semer le 16 juin alors que ce n’est que le 22 juin qu’il a commencé à mettre en terre ses semences cette année.

A quelques minutes de route de là, se trouve le domaine de Amadou Zoré. Ce dernier habite à Dédougou et fait la navette entre son champ et son lieu de résidence tous les jours. Avec des membres de sa famille, il s’affaire à l’ensemencement au fur et à mesure que les bêtes de trait labourent le champ. Sur un espace d’environ sept hectares, ce paysan confie vouloir produire du maïs et des arachides.

Le champ de maïs de Daniel Sangla en pleine poussée

Contrairement à M. Sangla, Amadou Soré estime que la saison agricole a débuté un peu plus tôt cette année. « L’année passée, à cette période-là, je n’avais pas commencé à semer. La pluie ne tombait pas de façon régulière comme cette année pour permettre la poussée des semis », fait-il observer.

Sur l’axe Dédougou-Ouagadougou, des champs donnent à voir une physionomie de la saison agricole nettement plus avancée. Certains semis comme le coton et le mil ont franchi l’étape de la poussée. Des paysans sont déjà à l’œuvre dans leurs champs pour le sarclage. Zakaria Zoromé est un cultivateur vivant à Kounadia, village situé à une dizaine de kilomètres de Dédougou sur la route de Ouagadougou. Dans son champ d’environ cinq hectares, il a semé diverses variétés culturales dont le coton, le mil, le maïs, des arachides et du haricot. Il dit avoir bénéficié de dons de l’Etat en termes d’intrants agricoles, mais cela ne l’a pas dispensé de l’achat à prix d’or de certains matériaux agricoles comme des herbicides.

La famille Zoré dans son champ de maïs et d’arachide

Au sujet de l’évolution de la saison agricole 2022, Amadou Soré dit n’avoir pas d’inquiétude. « Nous faisons une bonne entrée dans cette saison agricole. Tout ce que j’ai semé depuis le début jusqu’à ce jour a bien poussé normalement. J’ai déjà fini avec la partie du maïs et nous sommes en train de semer des arachides maintenant », a-t-il laissé entendre.

Comme ce père de famille, Ramata Kindo s’occupe de son champ d’arachides dans les encablures du village de Souri situé à environ cinq kilomètres de Dédougou. Elle est en plein ensemencement avec des membres de sa famille. Elle apprécie positivement le début de la saison agricole.

Un champ de coton en début de montaison aux encablures de Kounadia

Le prix de tout a doublé

Tout ce qui est en lien avec l’agriculture coûte très cher cette année, selon Ramata Kindo. En effet, « en 2021, j’ai fait labourer mon champ d’arachides d’un hectare à 9 000 FCFA par un tracteur. Cette année, cela m’a coûté 22 500 FCFA », a-t-elle déclaré avant d’ajouter que la liste de ses dépenses est loin d’être exhaustive. « En plus de la difficulté et de la cherté de bénéficier des services de tracteur ou de bêtes de trait en matière de labour, les produits semenciers sont inaccessibles. La boîte d’arachides est passée de 900 l’année dernière à 1 200 FCFA cette année. La même augmentation de prix s’observe au niveau des autres produits », indique-t-elle.

Souleymane Ouédraogo, vendeur d’intrants agricoles à Kamandena

Dame Kindo est appuyée par Daniel Sangla qui soutient que les prix des produits semenciers ont doublé. Il va plus loin en précisant que la situation est davantage critique pour ce qui est de l’accessibilité des intrants agricoles comme les pesticides, les herbicides, les insecticides et l’engrais dont l’augmentation dépasse le double.
A ce propos, Souleymane Ouédraogo, vendeur d’intrants agricoles à Kamandena apporte un éclairage : « l’année antérieure, je vendais le sac d’engrais à 17 500 FCFA. Cette année, le même sac se vend déjà à 32 000 FCFA. Concernant les herbicides, le litre du produit de marque "Parabest" qui coûtait 2 250 en 2021 se vend aujourd’hui à 4 750 francs ».

Selon lui, les prix ont doublé, voire triplé et il est à craindre de la qualité des produits cette année comparativement à ceux des années antérieures.

Ramata Kindo, propriétaire de champ d’arachide

Quand l’insécurité pousse à l’abandon des champs

A l’opposé de ces paysans de la région qui sont occupés dans leurs champs, il en existe bien d’autres qui ont abandonné les leurs à cause de l’insécurité.
C’est le cas de Abdramane Traoré vivant à Dédougou, il exploite un lopin de terre de deux hectares et demi à Labarni, une bourgade située dans la province de la Kossi (dans une zone dite rouge), à environ une vingtaine de kilomètres de Dédougou. D’habitude, il y cultive des arachides, du haricot et du maïs.

Mais au regard de la crise sécuritaire qui sévit dans la localité, il a renoncé à son champ cette année. Et il n’est pas le seul à avoir choisi de ne pas prendre de risques. Tous ses voisins, à l’en croire, ont abandonné leurs domaines de culture.
M. Traoré dit continuer à aller de temps en temps dans son champ, mais uniquement pour des raisons de visite des lieux sans nullement nourrir l’espoir de pratiquer une activité saisonnière.

Yipènè NEBIE
Yacouba SAMA

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