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Reggae au Burkina : « La contribution de cette musique à la lutte contre le terrorisme est palpable et vraie », dixit Madess

Accueil > Actualités > Culture • Lefaso.net • mercredi 11 mai 2022 à 22h05min
Reggae au Burkina : « La contribution de cette musique à la lutte contre le terrorisme est palpable et vraie », dixit Madess

Bob Marley de son vivant disait : « Je ne veux pas que ma présence se remarque, mais que mon absence se ressente ». Cette citation, ses œuvres musicales ainsi que son charisme restent toujours gravés dans la mémoire de ses fans ce 11 mai 2022. En ce jour où le monde commémore le 41ème anniversaire de son décès, nous avons tendu notre dictaphone à Mahamadi Ouédraogo dit Madess, artiste musicien, éditeur, producteur, commissaire général du festival Marley d’or qui récompense chaque année la crème de la musique reggae au Burkina.

Lefaso.net : Vous êtes le promoteur du festival Marley d’or. Comment vous est venue l’idée de la création d’un tel festival et pourquoi l’avoir baptisé ainsi ?

Madess : Après le départ de Sams’K Le Jah des radios, on a constaté que le reggae était en perte de vitesse. Les actions de cet homme faisaient voyager le reggae. Il l’a amené dans plusieurs foyers burkinabè. On se demandait alors ce qu’il fallait faire pour que le reggae ne s’éteigne pas.

C’est ainsi qu’un soir, j’ai été inspiré et des mots me sont venus en tête : Marley d’or, les trophées de la musique reggae, the best reggae festival. Je ne me suis pas assis pour réfléchir au nom du festival. Tout m’est venu sur place, de façon soudaine. J’étais comme touché par une inspiration divine. L’objectif était de créer une plateforme pour le reggae et contribuer à sa dé-stigmatisation, vu que certains croient que nous ne sommes pas propres, que nous nous droguons, que nous sommes peu fréquentables, etc.

Nous avons voulu donner une autre couleur au reggae. Nous voulions montrer aux gens qu’Alpha Blondy, Roger Ouango, Zedess, Tiken, Ismaël Isaac sont tous des artistes qui font la fierté du reggae et qu’il ne faut pas prendre le mauvais côté du mouvement pour le généraliser. Aussi nous avons essayé d’associer les autorités, pour qu’elles voient d’eux-mêmes ce que nous faisons.

La 9e édition du Marley d’or vient d’être refermée. Quel en est le bilan ?

Le bilan est satisfaisant. On le fait d’abord pour le public. Si le public apprécie, c’est que l’événement a été une réussite. A ce titre, ceux qui sont venus ont apprécié. Les téléspectateurs ont apprécié. Tous les artistes annoncés sont venus. C’est le plus important. Même si c’est un Marley d’or que nous avons accouché par césarienne, l’essentiel aujourd’hui est atteint.

Nous sommes aujourd’hui le 11 mai 2022 et Bob Marley est toujours célébré au Burkina. Que représente-t-il pour les reggaemen ?

Bob Marley c’est le King. Ce n’est pas lui qui a créé le reggae, mais c’est lui qui lui a donné une dimension internationale. Bob Marley est pour le reggae, ce que DJ Arafat est pour le coupé-décalé. Il ne l’a pas créé mais c’est lui qui a fait voyager la musique. Partout dans le monde on fête le 11 mai. En Jamaïque, on fête plutôt le 6 février. Mais au moins on sent que quelque chose se passe là-bas le 11 mai.

Cette date est populaire. Vous pouvez demander à dix personnes les dates de décès d’Elvis Presley ou de Michaël Jackson, la majorité ne pourra pas répondre. Mais questionnez-les sur celle de Bob Marley et vous serez agréablement surpris. Tout le monde connaît le 11 mai. Juste pour dire que Bob Marley était un artiste gigantesque.

41 ans aujourd’hui et quelques musiques de Bob Marley continuent d’être d’actualité. Qu’est ce qui explique cela ?

En réalité, ce que Bob Marley faisait était profond, aussi bien dans la thématique que dans la musique. Son combat a beaucoup contribué à la libération de l’Afrique. Je pense à ses actions pour l’indépendance du Zimbabwe. C’est un artiste qui a beaucoup lutté pour le ghetto. Il est par ailleurs la première star du tiers monde. Avant, pour percer dans la musique, il fallait être d’une classe bourgeoise.

Ce sont les enfants des élites qui réussissaient dans la musique parce que toutes les portes leur étaient ouvertes facilement. Mais le premier ghetto man à être parti de rien pour atteindre le sommet, c’est Bob Marley. Si bien que les radios étaient obligées de jouer sa musique. Pas parce qu’elles l’aimaient, mais parce que sa musique forçait l’admiration. Raison pour laquelle, même après plus de 40 ans, sa musique reste vivante.

On dit souvent que le reggae est une musique de libération. Quelle est sa contribution dans la lutte contre le terrorisme au Burkina Faso ?

Sur ce point, je pense que nous avons fait plusieurs éditions du Marley d’or allant dans ce sens. Nous avons eu une édition dédiée aux forces de défense et de sécurité (FDS) et la dernière en date portait sur la résistance. Le combat reste le même, contribuer à pousser le terrorisme hors de chez nous. En chantant "Burkina soldat", Nourath magnifie les FDS, leur redonne du courage. L’objectif est de galvaniser les hommes sur le terrain. Plusieurs œuvres artistiques reggae ont d’ailleurs été faites dans ce sens. Redynamiser les troupes, sensibiliser les populations sur les mesures à adopter et les encourager à ne pas perdre la foi. Cette contribution à la lutte contre le terrorisme est palpable et vraie.

Comment se porte le reggae au Burkina ?

Le reggae est à l’image du pays. Quand les gens sont au pouvoir, ils n’aiment pas le reggae. Mais quand ils sont dans l’opposition, ils chérissent les acteurs du reggae. Le reggae fait son bonhomme de chemin. Il subit présentement une mutation parce qu’on ne peut plus faire de la musique comme Bob Marley le faisait. Nous essayons de faire du reggae à la burkinabè. Nous lui donnons ici une couleur "made in Burkina". Voilà pourquoi dans le Marley d’or il y a la catégorie de la meilleure chanson Roots burkinabè. Dans cette catégorie on récompense celui qui réussit au mieux le métissage entre la musique reggae jamaïcaine et celle burkinabè. Tout cela contribue à rapprocher le reggae de nos foyers.

Les Burkinabè consomment-ils le reggae ?

Les Burkinabè consomment le reggae, surtout quand il est bien fait. On l’a encore vu au Marley d’or cette année avec les prestations de certains artistes tels que Roger Ouango, Martin N’Terry, Ismo Vitalo, etc. Le public était littéralement en extase. Il n’y a pas de plus belle preuve que cela.

Votre mot de fin ?

Je voudrais dire merci pour la vision. Lefaso.net a été au début du Marley d’or. Plusieurs articles du média ont contribué à donner de la visibilité à l’activité. Je remercie le directeur de publication, Dr Cyriaque Paré pour le travail abattu chaque jour. Et rendez-vous le 11 mai 2023 pour le dixième anniversaire du Marley d’or.

Erwan Compaoré
Lefaso.net

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