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Chronique de la métamorphose du Burkina Faso de Blaise Compaoré (25)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Burkina Faso : chronique des années Compaoré • • mercredi 16 novembre 2005 à 08h49min

Dominique de Villepin, pour sa première visite sur le continent africain en tant que ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et de la Francophonie, s’est entretenu, dans la même journée (21 juillet 2002), avec les présidents Blaise Compaoré et Laurent Gbagbo. A
Ouagadougou tout d’abord ; à Yamoussoukro ensuite.

Objectif : rechercher les voies et moyens de calmer le jeu politique en Côte d’Ivoire et le jeu diplomatique entre Ouaga et Abidjan. Il s’agissait aussi, pour le ministre français, d’obliger Gbagbo a entériner une décision de justice (l’attribution d’un certificat de nationalité à Alassane Ouattara) et lui imposer la présence de l’ancien premier ministre (considéré comme le protégé de Compaoré) dans le jeu politique dont le chef de l’Etat ivoirien entendait l’exclure.

C’est dix jours seulement après cette visite que Balla Keïta est assassiné à Ouaga. Concordance des temps. Cela ressemble fort à une tentative de déstabilisation de Compaoré à usage interne et à usage externe. Et dans la foulée, ce sera la tentative de coup de force dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002. On connaît la suite : le Burkina Faso est montré du doigt par Gbagbo ; la Côte d’Ivoire est coupée en deux. L’armée française prend position en attendant l’arrivée d’une force d’interposition envoyée par la Cédéao.

C’est Julia Ficatier, une fois encore, qui, dans La Croix (2 octobre 2002), va accorder la première la parole à Compaoré au lendemain de la réunion de quinze chefs d’Etat d’Afrique de l’Ouest à Accra.

Compaoré est, comme a son habitude, direct. Il rappelle qu’il a informé Gbagbo, en temps utile, de la présence sur son territoire, d’anciens militaires ivoiriens ; que Gbagbo, devant les chefs d’Etat réunis à Accra, a affirmé "qu’il n’avait jamais accusé le Burkina Faso" ; que "dès qu’il se passe quelque chose en Côte d’Ivoire, c’est vrai, c’est tout de suite "la faute des Burkinabè" ; que "se greffe là-dessus le problème d’Alassane Ouattara [...] que l’on accuse d’être aussi... burkinabè" ; "que le problème de "l’ivoirité" a ajouté à la complexite de nos relations avec la Côte d’Ivoire".

Le chef de l’Etat burkinabè trouve "inutile et dangereux" de
"polémiquer avec la Côte d’Ivoire ", prône le "dialogue" qui vaut "toujours mieux que l’interposition d’uneforce de paix", et souligne que "la France peut aider à une médiation entre les mutins et le pouvoir à Abidjan ".

Le Figaro l’écrira : "plus les accusations sont violentes à Abidjan, plus les démentis de Ouagadougou se font sobres". "Modération" et "apaisement" sont les mots-clés de la classe dirigeante au Burkina Faso. Le Monde consacre une pleine page à Blaise Compaoré "le survivant" ; un portrait signé Catherine Simon qui, manifestement, s’est prise au jeu du chef de l’Etat. Compaoré est partout et dit tout haut ce que personne ne voulait entendre : "Ce conflit est purement politique. Il couve depuis deux ans sur fond de crise économique [...] Pour conserver le
pouvoir, Laurent Gbagbo joue la déstabilisation interne et tente d’exporter ses problèmes, quitte à torpiller l’unité ouest africaine ".

C’est un retour inattendu de Compaoré sur le devant de la scène diplomatique franco-africaine. Qui va être reconnu en octobre 2002 à Beyrouth où se tient le sommet de la Francophonie. Il y est décidé que ce sera Ouaga qui accueillera l’édition 2004 de ce sommet. Le Burkina Faso retrouve ainsi la place qui était la sienne avant le déclenchement de "l’affaire Zongo".

Depuis plusieurs années, la Côte d’Ivoire occupe une part essentielle de mon temps. En 1999, c’est la mise en cause de la politique d’exclusion de Henri Konan Bédié qui a fait "tomber" le magazine dans lequel je m’étais beaucoup investi. Depuis la création de La Dépêche Diplomatique, au lendemain de l’attaque contre l’Amérique le 11 septembre 2001, j’assure un suivi au jour le jour de ce qui se passe en Côte d’Ivoire. Au détriment, bien sûr, de mes autres pôles d’intérêt africains que sont Alger, Dakar, Ouaga, Lomé et Cotonou, Luanda (ou, plus exactement, Baïlundo, le fief de Jonas Savimbi), Douala et Yaoundé, Malabo et Bata, Libreville, Brazzaville, Kinshasa. L’assassinat de Balla Keïta, auquel me liait une vieille amitié, m’a obligé à porter à nouveau mon regard vers le Burkina Faso.

A Paris, c’est Filippe Savadogo qui est ambassadeur du Burkina Faso. Depuis 1996. Il a pris la suite de Frédéric Assomption Korsaga que j’avais connu ministre à Ouaga. Savadogo, je l’avais découvert en 1999. Il avait bien aimé le papier que j’avais alors publié sur Compaoré et la gestion de "l’affaire Zongo" par la communauté franco-africaine. Savadogo a fait de son ambassade un lieu de vie. On s’y sent bien. C’est, déjà, le Burkina Faso. Et je ne m’étonne jamais de la foule qui vient y chercher un visa. C’est une des meilleures portes d’entrée en Afrique noire. Même si, pour moi, qui ait de l’eau salée qui coule dans mes veines, la mer est, quand même, un peu trop loin.

Le personnel diplomatique du 139 boulevard Haussmann est à l’image du "patron" (qui n’est pas un diplomate de carrière mais a parfaitement réussi sa reconversion après avoir été, pendant plus de douze ans, le secrétaire général permanent du Fespaco). Chaleureux, compétent, disponible, informé, ouvert au dialogue. Avec Filippe Savadogo, le colonel Pierre Sanou, l’attaché militaire (aujourd’hui ambassadeur à Accra), et Cyriaque Paré, le responsable presse-communication, je vais pouvoir, à Paris, entendre les voix, multiples, du Burkina Faso (l’officialité de la fonction n’entame pas la capacité d’analyse ; au Burkina Faso, même quand il y a une ligne politique - ou diplomatique - qui s’impose à tous, on n’y pratique pas, pour autant, la langue de bois !).

Très rapidement, je vais pouvoir suivre, avec Djibril Bassolé, le ministre burkinabè de la Sécurité (c’est un officier de gendarmerie, formé au Maroc, en Côte d’Ivoire puis en France, ancien chef d’état-major de la gendarmerie), l’évolution de la situation sur le terrain.

Dès le lendemain du putsch (présenté tout d’abord comme un "mouvement corporatiste" de quelques centaines d’hommes en rupture d’armée), il me fera part de son inquiétude. "Les uns et les autres, me dira-t-il, ont été trop loin pour s’arrêter en chemin. [Gbagbo] veut se maintenir au pouvoir sans pour autant tirer les leçons des événements qui viennent de se dérouler, or la victoire de Gbagbo serait la victoire de l ’ivoirité". Autant dire que ce serait, pour Ouaga, inacceptable. "La Côte d’Ivoire est ce qu’elle est grâce au Burkina Faso. C’est un pays qui s’est
formé par le peuplement extérieur et dont la mise en valeur des richesses a été assurée par les Burkinabè. Qui n’est pas burkinabè en Côte d’Ivoire dès lors que l’on visite les plantations de café et de cacao ?".

Une victoire des" mutins" (on ne parlait pas encore de rebelles) serait elle aussi porteuse d’incertitudes. "Qu’en serait-il de la nécessaire période de transition permettant la réinstauration d’un régime réellement démocratique ?". Et d’appeler de ses voeux "un homme nouveau avec des espoirs nouveaux bannissant l’ivoirité, instaurant un régime de stabilisation du pays, de pacification dans la concorde nationale".

Or, me disait-il alors, la Côte d’Ivoire rique fort de sombrer dans le "ni guerre-ni paix", une "situation de méfiance" au cours de laquelle "aucun investissement et aucune action de développement ne pourront être entrepris". "Le chef de l’Etat, m’assure-t-il, a choisi d’avoir une gestion rationnelle de la crise ivoirienne et d’agir de façon graduée [..,] Il faut arrêter le processus de désintégration de l’axe Abidjan-Ouagadougou. C’est cela qui est, fondamentalement, notre préoccupation. Ce n’est pas un problème de personne. Le débat qui doit être engagé, c’est celui qui porte sur l’intégration entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. Et il se situe bien au-delà du dossier Alassane Ouattara dont Gbagbo a fait une pomme de discorde".

A suivre

Jean-Pierre Béjot,
La Dépêche Diplomatique

Vos commentaires

  • Le 16 novembre 2005 à 21:50, par Didi En réponse à : > Chronique de la métamorphose du Burkina Faso de Blaise Compaoré (25)

    Ce qui est admirable au Président Blaise COMPAORE, c’est son calme et sa séreinité."Le plus haut degré de la sagesse humaine est de savoir plier son caractère par moment et se faire un intérieur calme en dépit des orages extérieurs"

    N’est-ce pas là la preuve de ce qu’il est un véritable homme d’Etat ?
    Je le crois fermement pour l’avoir écrit à plusieurs occasions en dépit des nombreux épisodes tragiques de la vie politique burkinabè.
    Il le démontre encore par les nouvelles élections démocratiques dans notre pays.

    Bravo à tous ces hommes et femmes qui collaborent avec lui. Il paraît qu’il a une mémoire d’éléphant.
    Tant mieux pour les responsabilités qu’il occupe tant au plan national qu’international.
    Bravo Monsieur Le Président !!!!
    Un observateur externe de la vie politique burkinabè

    Répondre à ce message

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