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Burkina : « Pourquoi ça ne marche pas dans la culture, c’est parce que c’est un secteur qui est très assisté », (Valérie Kaboré, élue consulaire)

Accueil > Actualités > Culture • LEFASO.NET • jeudi 11 novembre 2021 à 22h15min
Burkina : « Pourquoi ça ne marche pas dans la culture, c’est parce que c’est un secteur qui est très assisté », (Valérie Kaboré, élue consulaire)

Elle fait incontestablement partie des fiertés burkinabé dans le domaine de la culture et de la communication, notamment la cinématographie où elle s’est fait un label en matière de réalisation et de production. C’est sans doute ce background qui lui a valu d’être portée (élue) par les acteurs à la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso (CCI-BF) pour le compte de la sous-catégorie « Entreprises culturelles et créatives » en novembre 2016. Valérie Kaboré, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, revient sur son quinquennat (2016-2021) à la CCI-BF et décline, par la même occasion, sa vision pour le secteur pour lequel, elle sollicite à nouveau la confiance des électeurs au scrutin consulaire du dimanche, 14 novembre 2021. Interview !

Lefaso.net : Réalisatrice et productrice de films, peut-on revenir sur quelques œuvres qui vous ont fait glaner des prix au plan national et à l’international ?

Valérie Kaboré : Au niveau de l’agence Média 2000, qui est ma première structure, créé il y a trente ans, j’ai d’abord, et beaucoup, fait dans la production de commandes. Ensuite, à partir de 1996, j’ai fait beaucoup de films, qui ont glané des prix. Parmi ces œuvres, on peut citer KADO ou la bonne à tout faire » qui traitait des aide-ménagères ; « Les vrais faux jumeaux », une œuvre qui met en exergue une discrimination entre des ‘’faux’’ jumeaux (fille et garçon, ou encore la série « Ina ».

J’ai également sur un autre plan, une série d’environ 50 films documentaires dans le cadre du Millenium Challenge Account, qui est un grand programme des Américains, où on a été mandaté pendant sept ans pour couvrir tout ce que le programme avait comme actions de communication. Ça m’a même valu une mission à la Maison blanche à l’époque.

Vous êtes élue consulaire dans la catégorie entreprise culturelle et créative à la Chambre de Commerce et d’Industrie du Burkina (CCI-BF). Que doit-on comprendre, quand on parle d’entreprise culturelle et créative ?

Les entreprises culturelles et créatives sont des entreprises qui font dans les œuvres de l’esprit. Ici, la matière de base, c’est la créativité. Il y a plusieurs domaines, et ce qui est du Burkina Faso, nous avons cinq grands groupes d’activités dans le cadre de l’entrepreneuriat culturel et créatif. Nous avons :

Les arts de la scène (y compris la musique enregistrée) : Le théâtre, la danse, les marionnettes, les festivals, foires, la musique, etc.

• Le cinéma et l’audiovisuel : Le cinéma, la vidéo, la radiodiffusion et la télédiffusion, les jeux vidéo,

• Le livre : Le livre, les journaux, les magazines, et les presse en ligne, les bibliothèques, etc.

• Les arts visuels et artisanat d’arts (arts plastiques et appliqués) y compris design et services créatifs : les beaux-arts (peinture, sculpture, dessin), l’artisanat (la vannerie, la poterie, le textile et le bois, joaillerie, les instruments de musique,...), la photographie ; le stylisme, le graphisme, la décoration intérieure, la publicité, l’architecture,

• Le patrimoine culturel (matériel et immatériel) : Savoirs et savoir-faire, us et coutumes, rites et traditions, musées, sites et monuments, etc.

C’est donc toute une panoplie de tous ceux qui sont dans l’évènementiel, le spectacle, la production. Les entrepreneurs, ce sont ceux qui font la production, la distribution ou l’exploitation en salle. Si vous prenez le cas du cinéma, l’entrepreneur dans toute la chaîne de valeur du métier, c’est celui qui produit (parce que c’est lui qui met son argent pour produire une œuvre). Ensuite, celui qui distribue (il prend le risque de payer une œuvre et rechercher le marché). Enfin, celui qui exploite à travers les salles de cinéma.

De façon générale, quels sont les rôles et missions d’un élu consulaire ?

Il faut d’abord souligner que la Chambre de commerce sert de trait d’union entre les intérêts publics et le privé. C’est la chambre de commerce qui centralise les doléances à soumettre à l’Etat et un des cadres qui matérialisent cela, c’est la rencontre gouvernement/secteur privé qui a lieu, en principe, chaque année à Bobo. La Chambre de commerce a pour mission, entre autres, de créer des infrastructures (économiques). Quand vous prenez le secteur des transports, vous avez Ouaga Inter, on parle de plus en plus de ports secs. C’est tout ce qui peut faciliter la vie d’un opérateur économique. Donc, c’est une institution qui œuvre au quotidien à faciliter le travail de terrain aux acteurs, du privé comme du public (car, souvent, les agents publics ne maîtrisent pas tous les contours du secteur privé).

Le rôle de l’élu consulaire, c’est de travailler donc au quotidien au sein de l’institution, la chambre de commerce, pour défendre au mieux, son secteur d’activité. Une fois que vous êtes élu, vous passez comme expert du domaine et dès lors, vous devez faire des propositions pour faire avancer les choses ; par exemple s’il y a des lois qui concernent le domaine, vous devez apporter votre expertise pour leurs élaborations. L’élu est donc dans le collège et participe aux réunions et délibérations du bureau (s’il est membre du bureau), etc. Quand vous avez, dans votre secteur d’activité, des références à la chambre de commerce, ça crée plus de confiance avec un certain nombre de structures, dont les banques. Donc, l’élu consulaire devient une sorte d’ambassadeur pour votre secteur d’activité.

Vous qui êtes en fin de mission, quel bilan global pouvez-vous dresser de votre mandat et quels ont été les acquis dans le domaine que vous avez représenté ?

La Chambre de commerce, c’est avant tout un collège, qui est accompagné par des agents internes. Ce sont eux qui font les projets et les élus valident. Les élus peuvent aussi proposer. C’est la première fois que notre secteur d’activité a été pris en compte, après 70 ans d’existence de l’institution. Il fallait donc jeter une base et je me sentais donc investi d’une mission de créer un chemin. C’est dans cette démarche permanente que j’ai eu une occasion de participer à une rencontre de l’Union européenne, aux côtés de personnes-ressources, où nous avons réussi à poser la problématique de la culture burkinabé.

Par la suite, le ministre de la Culture de l’époque, Tahirou Barry devait aller à Bruxelles, j’ai jugé bon d’y aller participer pour défendre et présenter le domaine du cinéma avec son corps de métier. L’ensemble de tous ces efforts ont conduit à l’obtention d’un fonds d’un montant de 10 millions d’euros (plus de six milliards 500 millions de FCFA) pour les acteurs culturels. Il est logé au sein du Fonds de développement culturel et touristique et est dispatché aux différents acteurs culturels. C’est un projet qui court jusqu’en 2023 et je crois que ça va beaucoup encourager les jeunes à monter des entreprises. C’est une fierté pour moi au moment du bilan.

Il y a eu aussi une association des entrepreneurs culturels et créatifs que j’ai mise en place. Elle est vraiment ouverte à tous les acteurs. Seulement, il fallait partir d’un noyau, qui est constitué des inscrits d’il y a cinq ans. La plupart des membres-fondateurs viennent donc de ce noyau. Vous avez Jah press comme vice-président, des personnes comme commandant Papus, Kenzo, PDG, Issouf Saré, Salif Sanfo, et bien d’autres personnes ressources. Donc, avec tout ce groupe, nous avons travaillé pendant trois ans. L’association a un vaste programme et nous avons tenu au mois de mars, un grand séminaire avec des consultants internationaux pour nous aider à définir les modèles économiques des différentes filières dont j’ai parlées tantôt. Quand vous observez, pourquoi ça ne marche pas dans la culture ? De mon point de vue, c’est parce qu’effectivement, c’est un secteur qui est très assisté. Ce qui fait qu’on n’arrive pas à grandir.

Nous pensons donc qu’avoir la subvention est une bonne chose (elle va demeurer), mais au-delà, il faut qu’on trouve les moyens de donner à ceux qui veulent aller loin que d’utiliser 500 mille ou un million, juste pour deux mois et s’asseoir. Il faut créer la possibilité d’avoir des crédits pour produire et écouler. C’est une préoccupation au niveau de l’association et pendant le séminaire, nous avons sorti un certain nombre de doléances qui ont été présentées au ministère de la Culture et à la Chambre du commerce qui les ont validées. C’est devenu une feuille de route qui va se dérouler. Que je sois réélue ou pas (je souhaite être réélue), c’est un programme qui va se poursuivre au bénéfice de la jeunesse burkinabè, c’est-à-dire tous ceux qui interviennent dans le domaine de la culture.

A l’heure du bilan du mandat, je crois avoir un peu péché pendant mon mandat, pour n’avoir pas assez communiqué. Mais je crois que c’est lié aussi à la nature de l’institution. A la Chambre de commerce, c’est comme la grande muette, ils font des choses, mais n’en parlent que lorsque c’est du concret. On a beaucoup de rencontres stratégiques, donc si chaque jour on devrait en parler sur les réseaux sociaux, cela ne rendrait pas service au domaine.

Parlant d’élection, vous êtes candidate au Kadiogo pour le compte de votre secteur. Comment se passe la campagne ?

Je peux dire que ça se passe bien, dans la mesure où c’est l’esprit du fair-play, de la démocratie et la fraternité qui anime tout le monde et je crois que c’est très important à souligner. Au-delà de la compétition qui existe entre certains candidats, l’objectif visé est le même, à savoir défendre l’intérêt de nos secteurs d’activité, du secteur privé burkinabé en général. L’essentiel, c’est que ce soit l’intérêt général qui prime. Nous avons pu, au cours de notre mandat, et sous le leadership du président de la Chambre de commerce, Kadhafi (Mahamadi Savadogo), jeter les bases de grands projets, et même amorcer de nombreux chantiers que je pourrai aisément poursuivre, si toutefois je revenais à être réélue. Nous avons mis la barre haute. Je souhaite donc que les 156 électeurs inscrits puissent m’accorder leur confiance pour le bonheur de notre domaine d’activité et de tous ses acteurs, sans distinction.

Quelle appréciation générale faites-vous de l’entrepreneuriat culturel au Burkina ?

Je crois que l’entrepreneuriat culturel existe, mais n’est pas valorisé. Les acteurs même n’ont pas suffisamment conscience de leurs capacités, simplement parce qu’on ne leur donne pas les moyens. A la Chambre de commerce, j’ai pu négocier avec une banque qui s’est ouverte au cours de notre mandat en faveur de la culture. Vous pouvez faire le tour de toutes les banques du Burkina, vous verrez qu’elles ne maîtrisent pas ce que c’est que l’entrepreneuriat culturel. Mais avec cette nouvelle banque, nous avons mené un plaidoyer et fait des propositions. Je crois que dans les mois à venir, vous verrez les acteurs culturels bénéficier de crédits avec des garanties que nous souhaitons négocier avec le Fonds de développement culturel et touristique. Nous avons même proposé que les droits d’auteurs du BBDA (Bureau burkinabé du droit d’auteur) y soient logés, pour pouvoir davantage faciliter les choses aux acteurs. L’entrepreneuriat culturel gagnerait donc à être structuré et c’est un chantier qui me tient à cœur.

Si vous êtes élue au soir du 14 novembre 2021, quels seront vos grands chantiers ?

Chaque entité travaille sur la base d’un référentiel et le nôtre sera arrimé à celui du président de la Chambre de commerce. Mais en dehors du plan de mandature, il y a effectivement notre vision que nous voulons défendre à l’intérieur, de sorte à nous faire intégrer. Nous allons travailler avec un programme qui existe déjà au niveau du ministère de la Culture, qui s’intitule la stratégie nationale de développement de la culture, pilotée par la direction de la promotion des industries culturelles et créatives. Vous savez également qu’il y a le PNDES II (Plan national de développement économique et social, phase II : ndlr) qui est en train de se mettre en place. Globalement, le bénéficiaire de l’ensemble de ces activités, c’est la jeunesse ; parce qu’aujourd’hui, ce sont les jeunes qui sont dans ces différents secteurs. Donc, un plan de formation va être proposé à cet effet. On peut se réjouir déjà que notre secteur d’activité se soit fait une place à la Chambre de commerce.

Ma vision s’articule donc autour de la Stratégie nationale de développement des industries culturelles et créatives (SND-ICC), qui est qu’à l’horizon 2025, le secteur culturel du Burkina Faso devienne économiquement émergent, présent sur tous les marchés, avec des acteurs dynamiques et professionnels. Pour cela, nous allons renforcer le cadre réglementaire et institutionnel des industries culturelles et créatives ; renforcer les capacités, le capital humain et la formation ; faciliter l’accès au financement ; développer les infrastructures et les investissements ; promouvoir la compétitivité et l’innovation ; développer les marchés interne et externe et, enfin, dynamiser la coopération en matière de culture. Mon rêve, c’est d’avoir des infrastructures où la jeunesse pourrait aller faire des spectacles, faire des productions de qualité.

Votre message à l’ensemble des électeurs ?

C’est de demander leur confiance et leurs voix pour pouvoir poursuivre la dynamique que j’ai entamée au sein de l’institution. C’est une instance de décisions. De ce fait, il va falloir faire le choix de quelqu’un qui est à mesure de défendre les intérêts, qui a la maîtrise des contours des défis. Le moment est décisif et il faut qu’on en tienne donc compte pour parler d’une seule voix pour le bonheur de tous les acteurs du secteur. Je saisi l’occasion pour inviter l’ensemble des acteurs à rester soudés, quelle que soit l’issue du vote.

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Propos recueillis par O.H.L

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